>^^ mr' I ^7 % V; i^ :. # ,>>** ^^^--,. ^. o /t4 i^^ SJC A jr ^*>; k M m m -r^Mf 'k :;ii: i l 'li''ii i' ^1 iv1il' ! ''l' il il ' il iib 'M 1 11 l*iil 1 1 il ' ii'i ii'i ' i !i|! i.:ri .i .'1 i''.'i 'h \ 1?^ ''' ':' 'i' 1 s!\ 'i S,[ 'l'ir'. '^1 1 1 lu 1 1 ' 'i Y J!!lt 1 ! M Vf '" 1 1 11.11 :' li lli'il M' ' 'U 1 1 1 li 11 ENCYCLOPDIE DHISTOFRE NAIIRELLE ou TRAIT COMPLET DE CETTE SCIENCE d'aprs LKS TIUVAIJX DIS ^ ATURALISTES LES PLUS M11NE>TS OE TOUS LLIS l'AYS KT OK l'OUTIlS LRS Kl'OCiUR.S BUFFON, DAUBENTON, LAGEPDE, G. GUVIER, F. CUVIER, GEOFFROY SAINT-HILAIRE, LATREILLE, DE JUSSIEU, BRONGNIART. etc , etc Ouvrage rsumant les Observations des Auteurs anciens ei eompi-enant toutes les Dcouvertes modernes jusqu' nos jours PAR LE D" CHEIMJ CHIKIIlUilEN-nUJOU A L'HOPITAI. Mll.n AIKK DU VAI,-l)E-(;i!ACK. PHOKESSKIIR D'HISTOIRE NaTUIIKLI.K, KTC. ,CARiNASSlERS! A vec la ciillnhnratiun de M. E. DESMAREST^ |ir|>;irateur d'Anntomie Coin(iare ati Musum. ^ CHEZ MARERCO ET COMPAGNIE, niiEi'iis DE i.'kncvolopdie, 5, luiK PII l'O^T-l^:- LODi ( rns le FO^T-[SEll^ PARIS 1 CHEZ GUSTAVE HAVARO A l.lRltAIIU,. -^ Il III' j< rt 1:1 1' :< i> A ir > / tir^i.' i. t t 1 i tv 15, IIUK CdMliAlIli (l'HS^ M(I^^AIE), A: Nous aurions voulu pouvoir comprendre dans ce volume riiistoire de tous les Mammifres de l'ordre des CARNASSIERS; mais les nombreux dtails dans lesquels nous avons d entrer ne nous l'ont pas permis. Nous traitons spcialement des tribus des Roussettes et des Vespertilioniens dans la famille des Chiroptres ; des tribus des Talpids, Soricids, Macros- clids, Tupaids, Gymmirids , rinacids et Etiplrids, dans la famille des Insectivores ; dans la famille des Carnivores, nous tudions entirement la sous-famille des Plantigrades, comprenant les tribus des Potids et des Ur- siens, et nous commenons seulement l'histoire des Digitigrades par la des- cription des genres compris dans les tribus des Mustliens et des Viverriens. Cette dernire tribu n'est mme pas complte dans ce volume, c'est--dire que nous avons rserv pour le volume suivant des genres qui, comme ceux des Civettes et des Cyiiictes, otTrent de grands rapports avec les Chiens, qni constituent la division suivante. Dans la sous-l^mille des Digitigrades, les tribus qu'il nous reste l'aire connatre, et qui nous offrent le plus grand intrt par l'importance des ani- maux qui y sont compris, sont celles des Caniens, ayant pour type le genre Chien; des Hyniens, renfermant les deux genres Hyne et Protle, et des Fliens, dont le groupe gnrique des Chats est le type. Enfin, la dernire sous-famille, celle des AivipmBiEs, comprendra deux tribus, celles des Phocids et des Tric/ic/iids, ou, d'une manire gnrale, les Phoques et les Morses. Pour la rdaction de notre travail, outre nos nombreuses recherches sur les animaux eux-mmes, nous avons consult un trs-grand nombre d'ouvrages, et nous avons fait notre possible pour donner l'tat de la science l'poque actuelle. Ifr^ J ' Vi Aa C>7 AVIS AU RELIEUR Les planches tires hors texte sont au nombre de quarante. Chaque planche doit tre place en regard de la page indique. Planches 1 . - 2, 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Pages. 1 9 18 27 34 43 51 60 67 72 82 91 96 103 111 H9 130 137 145 152 Pages. Planches 21 176 22. 23. 24 181 192 203 25 Frontispice. 26. 27. 28. 29 30. 51. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 58. 39. 40. 209 219 223 231 241 249 255 258 262 269 274 281 291 503 307 29043 Km-. 1. 1-Oiip. Fis. 2 Hyne. CARNASSIERS. La dnomination de Carnassiers est employe, en zoologie, pour in- diquer divers groupes d'animaux qui se nourrissent plus ou moins exclu- sivement de chair ; mais l'on dsigne plus spcialement sous ce nom, et en latin sous celui de Fer d'aprs Linn, un ordre particulier d'animaux de la classe des Mammifres, auquel on peut attribuer pour caractres gnraux : un systme dentaire compos d'incisives, de canines et de molaires, le plus souvent modifi pour une nourriture animale; quatre extrmits, dont les antrieures ne sont jamais termines par des mains, c'est- -dire par une patte ayant un pouce spar des autres doigts, et opposable ceux-ci ; des mamelles varia- bles en nombre et en posi- tion; l'articulation de la mchoire infrieure dirige en travers, et serre comme dans un gond, ne permettant aucun mouvement horizontal; des or- bites n'tant pas spares des fosses temporales; des arcades zygomatiques cartes et releves; un estomac simple, membraneux ; des intestins en gnral courts; un cerveau assez sillonn, n'ayant pas de troisime lobe, et ne recouvrant 1 Ocelot du Brsil. 2 HISTOIRE NATURELLE. pas le cervelet; et, enfin, un rgime presque constamment Carnivore, quelquefois insectivore, et plus rarement fructivore. Les principaux types des Carnassiers, si nous prenons cet ordre dans sa plus grande extension actuelle, sont : la Chauve-Souris, la Musaraigne, TOurs, la Marte, le Plioque, le Chien, le Lion, etc., que l'on trouve rpandus dans toutes les parties de la terre habitable pour les Mammifres, et que l'on peut observer dans les airs, comme les Chauves-Souris; dans les eaux, comme les Phoques; et plus gnralement sur la surface du sol, comme l'Ours, le Chien, le Chat, etc. De ces divers genres de vie trs-variables, on peut en conclure que Torganisation doit Tlre aussi beaucoup. Les naturalistes s'accordent sur le rang qui doit tre assign cet ordre dans la classification zoologique; en effet, dans toutes les mthodes, les Carnassiers suivent, mdialement ou immdiate- ment, les Quadrumanes, et prcdent les Rongeurs. Mais on est loin d'tre d'accord sur les limites de cet ordre, et par consquent sur sa caractristique. Sans entrer cet gard dans l'examen des nombreuses classifications proposes jusqu' ce jour, nous indiquerons seulement les trois qui ont t le plus gnralement suivies. Dans le Sijslcuia luiinr de Linn, les Fer, placs au troisime rang, et consquemment aprs les Primates et les Bruta, sont caractriss par l'existence, chaque mchoire, de six incisives et de grandes canines plus ou moins cartes des autres dents. Cependant, le clbre naturaliste su- dois runit dans cet ordre les neuf genres Plioca, Canis, Felis, Viverra, Miistela, Ursus, Didelpliis, Tnipa, Sorex, dont une partie seulement offre les caractres dentaires assigns par lui l'ensemble de ces animaux. riK. -2. IMioqno commun. Dans la mthode de G. Cuvier, expose dans ses premiers ouvrages, et principalement dans la premire dition du Rgne animal, l'ordre des Fer est conserv, mais avec des modifications im- portantes. Le nom de Fer est remplac par celui de Carnassiers; les Mammifres ails, placs par Linn la fin des Primates, sont transports la tie de l'ordre des Carnassiers, et les Carnassiers sont partags en quatre grandes familles : celles des CHiir.oi'iiini'S, ou Mammifres pourvus d'une membrane alaire (genre Vespertilio); des Insectivores, caractriss par leurs molaires hrisses de pointes coniques (genres Taipa, Sorex, Erinaceus); des C.\rnivores, ou Carnassiers proprement dits (genres Plioca, Canis, Felis, Viverra, MiislcIa, Ursus), et des M.\Rsur'i.Mjx (genre Didelpliis), qui diffrent cependant trs-notablement des autres Mammifres par leur mode tout particulier des organes reproducteurs, caractre des plus importants et qui doit les faire placer dans une sous-classe particulire. Du reste, G. Cuvier lui-mme, dans la deuxime dition de son Ptpie animal, les a dj ariNAssiKiis. 7^ V'v'. 5. Vi'spcrliliuii (iiL'illinl ''o- 4- Cliicii tlu Terre-Neuve jeune. Kij;. 5. Ours brun de l'ulnsfue 4 HISTOIRE NATURELLE. retranchs de ses Carnassiers pour en faire un ordre distinct, et, ds lors. Tordre que nous tu- dions ne s'est plus trouv compos que de trois familles, comprenant un grand nombre d'animaux qui, par leurs formes et les dtails de leur organisme, varient beaucoup, et entranent des varia- tions analogues dans leurs habitudes, au point qu'il est impossible de ranger leurs genres sur une mme ligne, et que l'on est oblig d'en former plusieurs subdivisions qui se lient diversement entre elles par des rapports multiples. G. Cuvier caractrise ainsi les trois familles de cet ordre : 1 CHIROPTRES. Les Chiroptres, ayant encore quelques affinits avec les Quadrumanes par la disposition de leurs organes gnitaux mles, et principalement distingus par un repli de la peau qui commence aux cts du col, s'tend entre leurs quatre pieds et leurs doigts, les soutient en Tair, et permet mme de voler ceux qui ont les mains assez dveloppes pour cela. Us comprennent deux tribus : les Chauves-Souris (genres Roussette, Molosse, Noctilion, PhtjUoslome, PJiinoloplie, Taphien, Vesper- tUion, Oreillard, etc.), et les Galopithques, que nous avons cru, l'exemple de De Blainville, devoir runir aux Quadrumanes; T INSECTIVORES. Les Iksectivokes, qui ont, comme les Chiroptres, des molaires hrisses de pointes coni- ques, et une vie, le plus souvent nocturne ou souterraine, mais qui n'ont pas de membranes latrales, tout en ne manquant pas de clavicule, et dont les pieds sont courts, produisant de faibles mouvenients. Dans les uns, on remarque, en avant, de longues incisives, suivies d'au- tres incisives et de canines toutes moins hautes mme que les molaires, genre de dentition dont les Tarsiers, parmi les Quadrumanes, offrent un exemple, et ce qui rapproche galement un peu ces inimaux des Rongeurs; dans d'autres, les canines sont grandes, cartes, et entre elles on voit de petites incisives, ce qui est la disposition la plus ordinaire aux Quadrumanes et aux Carnivores; mais ces deux arrangements dentaires se trouvent dans des genres d'ailleurs trs-semblables pour les tguments, la forme des membres et le genre de vie. Les groupes gnriques principaux sont ceux des Hrisson, Tenrec, Cladobate, Musaraigne, Desman, Taupe, Condijlure et Scalope; 5 CARNIVORES. Les Carnivores, qui sont essentiellement sanguinaires, ce que dmontre leurs quatre grosses et longues canines cartes, entre lesquelles sont six incisives chaque mchoire, et leurs molaires ou entirement tranchantes ou mles seulement de parties tubercules mousses, et, dans ce cas, non hrisses de pointes coniques. Ces animaux sont d'autant plus exclusivement carnivores, que leurs dents sont plus compltement tranchantes, et Ton peut presque calculer la proportion de leur rgime d'aprs l'tendue de la surface tuberculeuse de leurs dents compare la partie tranchante. C'est ainsi que les Ours, qui peuvent entirement se nourrir de vgtaux, ont presque toutes leurs dents seulement tuberculeuses. Les molaires antrieures sont les plus tranchantes, ensuite vient une molaire plus grosse que les autres, qui a d'ordinaire un talon tuberculeux plus ou moins large, et derrire elle on trouve une ou deux petites dents entirement plates : F. Cuvier a appel cette grosse molaire d'en haut, et celle qui lui rpond en bas, carnassires; les antrieures pointues, fausses molaires, et les postrieures mousses, tuberculeuses. C'est d'aprs ces diffrences que les genres peuvent s'ta- blir le plus srement, mais il faut y joindre aussi la considration du pied de derrire, qui a servi rtablissement de trois tribus particulires. Dans la premire, celle des Plantigrades, comprenant les genres Ous, Halon, Coati, Blaireau, etc., la plante entire du pied appuie sur la terre lors CARNASSIERS. 5 que l'animal marche ou qu'il se tient debout. Dans la deuxime, celle des Digitigrades, la plus nom- breuse, puisqu'elle renferme les genres Marte, Mouffette, (^lien, CAvelte, Iliihie, Chat, Loutre, etc., l'animal marche exclusivement sur le bout de ses doigts en relevant le tarse, et sa course est rapide : le systme dentaire offre aussi des diffrences qui permettent de former d'autres divisions. Enfin, dans la troisime et dernire tribu, celle des Amphibies, qui ne renferme que les deux anciens genres Phoque et Morse, les pieds sont si courts et tellement envelopps dans la peau, qu'ils ne peuvent, sur terre, servir l'animal que pour ramper; mais, comme les intervalles des doigts y sont remplis par des membranes, ces pieds constituent d'excellentes rames qui permettent aux Phoques et aux Morses de passer la plus grande partie de leur vie dans les eaux, et de ne venir terre que pour se reposer au soleil et allaiter leurs petits. Du reste, on doit remarquer que le corps allong de ces Mammifres, que leur pine trs-mobile et pourvue de muscles qui la flchissent avec force, que leur bassin troit, leur poil ras et selPr contre la peau, se runissent pour en faire de bons nageurs Enfin, M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire, en essayant de mettre la classification des Mammifres en harmonie avec l'tat actuel de la science, a t conduit s'carter en plusieurs points de la mthode de G. Cuvier. Pour lui, l'ordre des Carnassiers doit tre circonscrit dans des limites plus troites, et il en a exclu non-seulement les Marsupiaux, que tous les naturalistes loignent aujourd'hui, mais aussi les Chiroptres : ces derniers lui semblant devoir constituer un groupe ordinal distinct; comme l'avaient admis anciennement Blumenbach, Pennant, Daubenton, et comme l'admettent, de nos jours, MM. Van der Hven, Duvernoy, Charles Bonaparte, Lesson, Waterhouse, etc. Il rsulte de ce que nous venons de dire, que, dans la classification de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, les Chi- roptres formeraient un ordre distinct, et que les Insectivores et Carnivores runis en constitue- raient un autre auquel il laisse la dnomination de Carnassiers. Nous suivrons la classification adopte par G. Cuvier dans ses derniers ouvrages et que nous ve- nons d'exposer sommairement, quoique nous pensions que l'arrangement propos par M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire soit plus naturel que celui de ses devanciers. En effet, si l'on prend les termes extrmes de l'ordre ainsi constitu, une Chauve-Souris, un Chat et un Phoque, on trouvera de nombreuses et importantes diffrences : la premire se distinguera, au premier abord, par ses membranes alaires si curieuses; le second, par tous les caractres qui dnotent sa carnivorit arri- ve son summum de dveloppement, et le dernier, par ses formes, rappelant celles des Poissons et indiquant son genre de vie; en outre, on trouvera plusieurs modifications dans le systme den- taire. Mais il faut dire aussi, si l'on vient tudier un nombre plus considrable de genres et d'es- pces, qu'on parviendra trouver des passages entre ces points extrmes; c'est ainsi que des Chi- roptres on parviendra aux Carnivores par l'intermdiaire des Insectivores et mme des Plantigrades, principalement des Ours, qui ont encore quelque chose des dents des Chauves-Souris, et que, d'un autre ct, les Loutres nous serviront tablir le passage des Digitigrades aux Amphibies ou Phoques. Les Carnassiers seront donc partags, par nous, en trois familles, celles des Chiroptres, des In- sectivores et des Carnivores, et nous aurons soin, en faisant l'histoire de chacune de ces divisions, de dire les caractres qui tendent les rapprocher les unes des autres, ainsi que ceux qui les en loignent. HISTOIRE NATURELLE. PREMIRE FAMILLE. CHIROPTRES. CHEIROPTERA. Les caractres gnraux que l'on peut assigner aux animaux de cette famille sont les suivants : formes gnrales disposes pour le vol; incisives en nombre trs-variable; canines plus ou moins fortes; molaires tantt hrisses de pointes sur leur couronne, tantt sillonnes en long; un repli de la peau tendu entre les quatre membres, formant des ailes qui permettent l'animal de voler; doigts des mains excessivement allongs; membranes des mains se prolongeant, par les flancs, jusqu'aux extrmits postrieures, et nues en dessus comme en dessous; pouces postrieurs opposables aux autres doigts; deux mamelles toujours pectorales -:;'2^. '-^ Fig. 6. \ c'<|ioitilion liimiophile. Les CninoPTREs (yjip, maiii; tctescv, aile), plus vulgairement dsigns sous la dnomination de CuAuvEs-Sounis, ont le corps plus ou moins couvert de poils assez longs, lisses ou friss. La tte est grosse, le col court, les oreilles nues, le plus souvent longues et pourvues d'un appareil externe trs-compli(iu. Le tragus ou oreillon manque dans les Chiroptres frujvores ou Rousseiles, et est susceptible de prendre diverses formes dans les Cliiroptcres insectivores ou Vesperlilioniens, tantt il est aigu ou arrondi, tantt il est si dvelopp, qu'on le prendrait pour une seconde conque auriculaire Cet appareil de l'oue, souvent norme dans quelques groupes, semble dispropor- tionn i)ar son dveloppement, ou bien cache tellement la face, que Torgane de la vue, qui est ordi- nairement petit, devient peine visible. Les ouvertures des narines sont ou simples ou composes dans un nond)ie peu prs gal d'espces; dans le dernier cas, elles sont entoures de productions membraneuses plus ou moins compliques. Ces animaux ont des abajoues comme les Singes; pen- dant leur chasse, ils les remplissent d'Insectes, qu'ils dvorent dans leurs retraites. Les lvres sont dilatables. La bouche est trs-grande, et garnie d'un appareil dentaire le plus habituellement beau- coup plus compliqu dans les premires priodes de la vie que dans l'tal parfait; le plus grand nombre des espces est pourvu des trois sortes de dents dans le jeniicge, et n'en offre plus (piclquefois, mais trs-rarement, dans l'ge adulte, que deux sortes; alors les incisives permanentes CAUNASSIERS. 7 ressemblent, par leur forme, de pelitos canines : on ))eut dire, d'une manire gnrale, que les dents des Roussettes sont peu prs conformes comme celles des Singes, tandis que celles des Vespertilioniens ressemblent aux dents des Makis, ce qui tient des genres de vie analogues. Les ailes sont au moins quatre fois aussi longues que le corps. Les membranes qui les forment sont nues, plus ou moins diaphanes, et prsentant des rides en nombre variable qui figurent une espce de rseau mailles polygones; leur attache aux membres postrieurs se fait l'aide d'un osselet styliforme, qui n'est autre chose que le calcanum, muni d'un prolongement tendineux. Nous parlerons en dtail du squelette des Chiroptres dans nos gnralits sur les deux tribus qui composent cette famille, et nous nous bornerons maintenant noter seulement quelques particu- larits gnrales qui le concernent ou qu'il produit. L'avant-bras et la main prennent un dveloppe- ment excessif; les phalanges des doigts, suivant l'expression d'Etienne Geoffroy Saint-llilaire, pa- raissent avoir t passes dans une iilire pour servir de points d'appui une large membrane qui permet ces animaux de s'lever dans les airs et d'y chercher les Insectes dont ils se nourrissent le plus habituellement. Cette transformation d'une fonction ne se fait pas sans modifications de l'or- gane; aussi ces phalanges effiles n'ont-elles pas d'ongle, ni de phalanges onguales dans quelques cas. Les pieds sont peu dvelopps et libres, car la membrane interfmorale n'arrive que jusqu'au tarse. Les doigts, au nombre de cinq, paralllement placs, sont gaux, petits, et arms de lames cornes en forme de griffes. M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire a signal l'existence d'un os particulier plac derrire l'articu- lation du bras avec l'avant-bras, et prsentant, l'gard de cette articulation, une disposition sem- blable celle de la rotule dans l'articulation du genou. Cet os, analogue l'apophyse olcrane, ou plutt cette espce de rotule du coude, ne se trouve que chez les Chiroptres, et il est noter que, loin d'tre tabli sur un type chez les Roussettes, et sur un autre chez les Vespertilioniens, il offre une disposition peu prs semblable dans les uns et les autres, l'exception de certaines espces du genre Vcspcrtio, o il n'existe qu'en rudiment. Toutefois, M. Temminck a trouv quel- ques modifications cette rotule dans diverses espces de Chauves-Souris, et il pense que ces mo- difications sont en rapport avec !e plus ou le moins de dveloppement du cubitus, gnralement grle, mais plus fort et plus dvelo|)p dans les Frugivores que dans les Insectivores. Un grand nombre de Chiroptres possde la facult de se servir de ses ailes en guise de main; l'aile peut se ployer dans tous les sens et devient susceptible de prhension; sa structure rpond la fois tous les besoins de l'animal, des mains pour saisir, des pieds pour marcher, et des ailes pour voler : la rotule alors sert dans la marche rampante, en appuyant terre, aux mmes fonctions que la rotule postrieure dans les animaux des autres ordres de la classe des Mammifres. Les clavicules sont trs-puissantes; les omoplates fortes, ce qui fait que l'paule a une grande solidit. Le sternum est form de pices parfaitement ossifies, et non pas grles comme celui des Quadrumanes. Le cu- bitus a disparu en partie; le tiers suprieur qui reste se trouve soud au radius, qui est fortement conform. Les muscles pectoraux sont et devaient tre trs-forts, trs-volumineux; leurs points d'insertion sont beaucoup plus solidement fixs que chez les Singes. Dans les Chiroptres insectivores, l'estomac est petit, sans tranglement ni complication; le ca- nal intestinal, d'un diamtre assez gal, est court, sans ccum. Dans les Frugivores, on remarque quelques diffrences; les intestins sont particulirement plus allongs, ce qui tient leur genre de vie. Les organes mules de la gnration sont assez dvelopps, visibles au dehors et pendants. Le cerveau ressemble beaucoup celui des Insectivores proprement dits, et des Rongeurs par sa forme ovalaire, rtrcie en avant; par la nullit complte des circonvolutions crbrales; par le peu de dveloppement des hmisphres crbraux, qui ne recouvrent jamais le cervelet; par la brivet du corps calleux, dOnt la longueur gale peine celle des tubercules quadrijumeaux; par la position trs en arrire de ces tubercules, etc. Toutes ces connaissances anatomiques, comme le fait remar- quer M. de Quatrefages, rapprochent aussi singulirement le cerveau des Chauves-Souris de celui des Oiseaux, et tendraient par consquent les faire placer un rang infrieur celui qu'elles oc- cupent dans la srie mammalogique. Tous les Chiroptres cherchent se cacher; le plus grand nombre fuit la lumire. Leur demeure habituelle est, le plus ordinairement, en des lieux sombres et tnbreux; les cavernes, les fentes des 8 IIISTOIRE NATURELLE. rochers et des difices isols, les creux des arbres, leur servent de retraite. Pendant le jour, ils se tiennent ordinairement attachs par leurs pieds de derrire, comme accrochs par leurs ongles en dessous des branches des grands arbres, et, dans cette position, ils ont la tte en bas, disposition qui leur permet de prendre leur vol ds que le moindre danger semble venir les menacer. Cepen- dant, les Roussettes redoutent moins la lumire que les Vespertilioniens : quelques-unes volent en plein jour, et leur demeure ordinaire est dans les bois, o elles se rassemblent en troupes nom- breuses la cime des arbres ou dans l'entre des cavernes. Quelques Chauves-Souris, en particulier les espces du genre Molosse, ne s'loignent pas de grandes distances des lieux de leur demeure habituelle; plus solitaires, et vivant le plus souvent caches, elles se servent alors de leurs moyens puissants de prhension et d'ascension plutt que de ceux du vol. Les Vespertilions ou Chauves-Souris proprement dites parcourent, au crpuscule et aux premires lueurs du jour, une grande tendue de pays; les lieux o elles vont pourvoir leur nourriture sont le plus souvent trs-loigns de l'en- droit de leur demeure. C'est particulirement pendant les soires chaudes de Tt que nos espces europennes sont le plus vives. On a pu quelquefois en conserver en domesticit, mais seulement pendant un temps trs-court, et l'on a remarqu qu'elles taient trs-gourmandes. Nous rapporte- rons ailleurs quelques observations de M. Daniell, qui a tudi vivantes des Pipistrelles et des Noctules, Certaines espces sont purement frugivores, d'autres semblent mler aux fruits, leur nourriture ordinaire, quelques matires animales; enfin le plus grand nombre est essentiellement insectivore; et ces dernires espces poursuivent en volant les Insectes, qu'elles recherchent partout, mme la surface des eaux. Ces Mammifres courent aprs leur proie avec une gloutonnerie qui les aveugle sur le danger, et ne leur permet pas de distinguer les piges les plus grossiers : aussi peut-on, assure-t-on, en prendre la ligne, en amorant un hameon avec un Insecte, et en agi- tant cet appt dans l'air. Spallanzani semble avoir dmontr par des expriences directes que les Chauves-Souris auxquelles on a crev les yeux volent avec autant de facilit que celles qui n'ont pas subi cette mutilation; qu'elles vitent avec autant d'adresse les corps les plus dlis qu'elles rencontrent sur leur roule; qu'elles suivent la direction des voies souterraines, et passent au travers des branches d'arbres que l'on y a places sans les frapper de leurs ailes, qu'elles s'introduisent dans les trous des arbres, et qu'enfin elles s'accrochent aux saillies des votes ou des plafonds. Spallanzani a priv successive- ment des Chiroptres, dont il avait pralablement dtruit les yeux, des autres organes des sens; et ces animaux ne furent ni moins hardis ni moins adroits dans leur vol; d'o ce clbre observateur ^ conclut qu'il doit y avoir chez ces Mammifres un autre sens encore inconnu qui semble les guider et les servir efficacement pendant leur aveuglement. Ces expriences sont sans doute des plus re- marquables, mais il serait bon de pouvoir les rpter de nouveau et de les varier autant que possible, afin de confirmer ou d'infirmer les conclusions qu'en tire Spallanzani, et qui, dans l'tat actuel au moins de nos connaissances, nous paraissent tre hasardes. Lorsqu'on a cherch prendre ces animaux dans les vieux difices, ainsi que dans les autres repaires o ils se rfugient, on a toujours trouv seulement des mles, ou bien des sujets tous du sexe fminin, souvent aussi des jeunes en grand nombre; mais, dans ce cas, sans que, dans cette masse souvent norme, on ait pu rencontrer d'adultes de l'un ou de l'autre sexe. L'explication de cette observation, que l'on a longtemps ignore, est assez simple : en effet, on sait aujourd'hui que les sexes n'habitent jamais ensemble dans un mme lieu de retraite; immdiatement aprs l'accouple- ment, les femelles se retirent, plusieurs runies, et souvent mme par grandes bandes, dans des lieux carts et loin de la compagnie des mles, qui, de leur ct, s'associent aussi par troupes. Les sexes restent ainsi spars jusqu' ce que les jeunes soient en tat de voler et de pourvoir seuls leurs besoins : ceux-ci alors, leur tour, s'loignent de la compagnie de leurs mres et vont choisir un nouveau gte, o se runissent un grand nombre d'individus du mme ge qui se spa- rent par sexes vers l'poque des amours. Ces observations curieuses ont t communiques M. Temminck par des naturalistes hollandais tablis aux Indes orientales, et les envois nombreux que le muse de Leyde a reus de toutes les parties du monde ont servi en constater l'exactitude; en effet, presque partout o il a t procd la capture des Chauves-Souris, en explorant leurs'repaires, le contenu des envois s'est, le plus habituellement, trouv exclusivement compos de mles, ou de femelles, ou djeunes. Du reste, ces remarques ont t vrifies en partie sur quelques Vespertilion= El CARNASSIERS. 9 d'Europe par M. lirelim, ot M. le docteur Snchal a pu en constater l'exactitude Paris mme, sur le Mtii'in, Hont il a plusieurs fois trouv, dans les tours de l'g'lise Saint-Gervais, un trs-grand nombre de femelles pleines, et qui, le lendemain, ont avort, et jamais dans ces grandes troupes de ('iiauves-Souris il n'a pris de mles. Dans nos climats il semble y avoir deux portes de Chauves-Souris par anne; car on a souvent trouv des femelles pleines deux fois par an. Mais ces faits ne sont pas connus encore d'une manire parfaite. Leur porte ordinaire n'est que d'un seul petit, surtout dans les grandes espces exotiques; chez quelques Chauves-Souris, particulirement dans les espces europennes, la femelle a deux pe- tits, et elle les tient cramponns ses mamelles ou assujettis son corps, en repliant sur eux, pen- dant le vol, sa membrane interfmorale, qui leur tient ainsi lieu de soutien ou de poche. La grosseur de ces petits est parfois trs-considrable proportion de celle de leur mre, ce qui est surtout le cas des Roussettes. Les Chiroptres des climats septentrionaux, prives en hiver des substances ncessaires leur nourriture, restent engourdis pendant toute cette saison; ceux des contres tropicales, ayant pen- dant toute l'anne une abondance non interrompue, n'prouvent pas ce phnomne. Ceux qui sont sujets passer cet tat d'engourdissement se recouvrent de leurs ailes comme d'un manteau, s'ac- crochent la vote des souterrains par les pieds de derrire, et demeurent ainsi suspendus, les uns accrochs aprs les autres et souvent en grand nombre, d'autres se collent contre les murs ou se cachent dans des trous. Le pelage des Chiroptres est gnralement de couleur sombre, souvent bruntre, et de teintes plus ou moins claires, quelquefois, mais rarement, jauntre, et plus habituellement noirtre. Le systme de coloration varie parfois dans une mme espce suivant les sexes; c'est, dans ce cas, constamment une couleur rousse plus ou moins pure qui distingue la livre de la femelle, tandis que le mle est co- lor de brun ou de gris. Mais, lorsque le mle, et quelquefois les deux sexes, sont pourvus de sortes de glandes onctueuses sur les cts du col, c'est le mle qui est peint en roux, et la femelle est plus terne et plus obscure. Dans les Yespertilioniens, on ne remarque souvent pas de diffrence de co- loration entre les sexes. Enfin M. Temniinck pense que, l'instar des Oiseaux, les Chauves-Souris pourraient bien tre sujettes une double mue, et se trouver ainsi revtues, en t, d'une livre dif- frente de celle de l'hiver. La distribution gographique des Chiroptres prsente quelquesfaits remarquables. Toutes les Rous- settes appartiennent l'ancien continent, en y comprenant toutefois la Polynsie. Les Yespertilioniens ont des reprsentants sur toute la surface du globe; trois genres, ceux des Vespertlio, Las'mrus et Plccolus ou Oreillard, paraissent tre cosmopolites; un se rencontre la fois dans les parties les plus chaudes des deux continents [Njcnonius]; un autre parat tre commun aux climats chauds et aux contres tempres de l'ancien continent [Rhinoloplius); il en est un (Dhiops) qui habite spcia- lement le midi de l'Europe; qusiive {Tapliozois, IS'ijclenis, Bhinopomn i't Megaderina] sont rpar- tis dans les contres chaudes de l'Asie et de l'Afrique; enlin, trois, les genres Vcwtpirus, Noclilio, Molossis, semblent exclusivement propres l'Amrique mridionale. Mais si parmi ces genres il en est quelques-uns qui apparlienmnl la fois aux deux continents, il n'en est pas de mme des es- pces; sous ce rapport, les faunes des deux mondes sont entirement diffrentes, et M. Isidore Geof- froy Saint-Hilaire, en dmontrant l'identit spcifique des Nyctinomes du Rrsil et du Bengale, a fait connatre la seule exception bien constate jusqu'ici cette rgle gnrale. On connat les Chauves-Souris depuis une poque trs-recule, et leur aspect repoussant, leurs moeurs nocturnes, leurs sombres retraites, en ont fait, pour des peuples entiers, un objet de dgot et d'horreur. Mose les met au nombre des animaux impurs dont le peuple de Dieu ne doit pas manger la chair. Les Grecs semblent les avoir prises pour types de leurs Harpies. Les gyptiens en faisaient un objet de leur culte; car on en a trouv un grand nombre de momies dans leurs an- ciens temples. Au moyen ge, elles taient les compagnes des sorciers, des loups-garous, et, quand on a voulu reprsenter Satan, on a charg ses paules de vastes ailes de Chauves-Souris. Bien des annes se sont coules avant que les naturalistes eux-mmes eussent des notions pr- cises sur ces tres. Aristole les dfinit des Oiseaux ailes de peau, et s'tonne de ne leur trouver ni queue ni croupion. Pline les regarde galement comme des Oiseaux qui, par une exception unique, engendrent leurs petits vivants et les allaitent par des mamelles. Aldrovande les runit l'Autruche, 1- 2 iO HISTOIRE NATURELLE. parce que. dit-il, ces deux espces d'Oiseaux participent de la nature des Quadrupdes. Scaliger signale la Chauve-Souris comme le plus singulier des Oiseaux, couvert de poils au lieu de plumes, manquant de bec et portant des dents. Ce n'est que beaucoup plus tard que les Chauves-Souris furent places parmi les Quadrupdes; et enfin Linn, s'exagrant peut-tre la valeur de quelques-uns de leurs caractres, qui les rapprochent des Quadrumanes, les runit l'Homme et aux Singes dans son ordre des Primates. liliger, par une combinaison moins ingnieuse, loigne les Chiroptres des Quadrumanes, et les classe aprs les dents. G. Cuvier, et la plupart des zoologistes jusqu' notre poque, en forme la premire famille de Tordre des Carnassiers. Enfin, dans ces derniers temps, M Isidore Geoffroy Saint-Hilaire en fait un ordre tout fait distinct; et cette disposition parat devoir tre gnralement adopte par les zoologistes. Linn ne plaait dans cette famille qu'un seul genre, celui des Vespcriilio, dans lequel il forma cependant le groupe gnrique des Nociilio; Brisson en distingua, plus tard, celui des Roussettes ou Pieropus; mais on peut dire que c'est rellement Etienne Geoffroy Saint-Iiilaire qui a fond les bases de la classification de ces animaux, en y crant plusieurs genres et en donnant les caractres exacts de nombreuses espces. Puis vinrent ensuite les importants travaux de Buffon, G. Cuvier, De Blain- ville, A. G. Desmarest, Kulil, Leach, Bafinesque, Fr. Cuvier, Spix, Lesson et enfin ceux de MM.Tem- minck, Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Gray, Quoy et Gaimard, Ch. Bonaparte, Neuwied, P. Gervais, etc. Il rsulte de tous ces travaux que la famille des Chiroptres est aujourd'htii l'une des mieux connues de la classe des Mammifres, et peut-tre qu'on y a cr un trop grand nombre de coupes gnriques. En effet, cette famille comprend plus de trois cents espces rparties dans environ quatre-vingts genres. Elle renferme deux tribus bien distinctes : celle des Uoussettes, ou Cliiroptres frugi- vores, et celle des Vespertilioimejss, ou Chiroptres insectivores. G. Cuvier, avons-nous dj dit, y joignait les Galopithcques, que nous avons cru devoir runir, l'exemple de De Blainville, aux Quadrumanes; enfin, disons, en terminant ces gnralits, que les Ptcrodaclijles, ces gigantesques fossiles, dont Smmering et Oken faisaient de grandes espces de Chauves-Souris, doivent tre rapprochs des Reptiles, de Tordre des Sauriens, comme Ta dmontr l'immortel auteur des Ossements fossiles. PREMIERE TRIRU. LES ROUSSETTES. PTEROPII. Vicq d'Azyr, 1792. Systme analoniiquc. Molaires non munies de pointes aigus la couronne, qui est lisse, offrant seulement sur ses bords une crte plus ou moins apparente. Les Boussettes sont des Chiroptres frugivores, et, ds lors, par le genre de nourriture qu'elles doi- ventprendre, on comprend que l'un de leurs meilleurs caractres doit tre tir de leur systme dentaire. En effet, les molaires, au lieu d'tre hrisses de tubercules et de pointes aigus, comme cela a lieu dans les Chauves-Souris ordinaires qui se nourrissent exclusivement d'Insectes, prsentent, leur cou- ronne, une surface allonge, lisse, et borde seulement, sur chacun de ses cts latraux, principale- ment sur l'externe, par une crte plus ou moins apparente. Ce type, comme le fait observer M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui peut plus ou moins varier, semble intermdiaire entre celui des Carnassiers et des Herbivores, et ne se retrouve dans aucun autre Mammifre. Les incisives et les canines rap- pellent, par leur disposition, leur direction, leur forme, et souvent mme par leur nombre, celles des Singes; mais ce caractre n'est pas gnral, il offre quelques exceptions, surtout dans le genre Ceplialotes : on doit toutefois le noter, car, ainsi que le rapporte M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, la disposition de ces mmes dents, chez les Chauves-Souris insectivores, rappelle, au contraire, la structure des mmes dents chez les Makis. Cela pouvait, jusqu' un certain point, tre dit a priori, CARNASSIERS. i\ et est en relation directe avec le genre de vie de ces divers animaux. Le nombre total des dents est, le plus habituellement, de trente-quatre, ainsi rparties : incisives, ^; canines, ^^|; mo- laires, |E^|; mais il prsente quelques variations, portant sur les incisives et les molaires, qui peu- vent tre en plus ou moins grand nombre, suivant les genres, et ces diffrences ne sont pas toujours en rapport avec certaines particularits extrieures de l'animal. Toutes les molaires suprieures et infrieures ont, sauf la premire, aux deux mchoires, deux racines simples, un peu divergentes: l'antrieure peine plus grande que la postrieure. Les alvoles sont assez profondes, et ainsi dis- poses : en haut comme en bas, il y a deux petits trous ronds pour les incisives, un plus grand pour la canine, un autre excessivement petit, derrire l'alvole de celle-ci, la mchoire suprieure, et ensuite huit autres trous rapprochs deux deux : le postrieur un peu plus grand que l'ant- rieur. Fig. 7. Roussette grise Daubenton, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, G. Cuvier, Vicq d'Azyr, etc., ont donn quelques d- tails sur le squelette des Roussettes, mais c'est surtout De Blainville (Ostograpliic : fascicule des Chiroptres) qui en a publi une description complte que nous allons analyser. Ce squelette, dans son ensemble, et mme dans les proportions des parties, ne diffre pas essentiellement de celui des autres Chauves-Souris. Le tronc parat comme tronqu par l'absence plus ou moins complte de la queue. Le nombre des vertbres est de trente-huit, savoir : quatre cphaliques, sept cervicales, qua- torze dorsales, trois lombaires, trois sacres, et trois ou quatre coccygiennes dans les espces qui ont le minimum de queue. La tte est plus ou moins arrondie, mais lgrement allonge dans le plus grand nombre des cas, ce qui a valu ces animaux le nom de Chiens volanis, qu'ils portent dans les anciens ouvrages. La crte sagittale est peu prononce; le frontal offre une crte orbitaire assez tendue. Les mchoires, plus ou moins longues, sont constamment moins troites et moins resserres que dans les autres Chiroptres. Les vertbres dcroissent assez rgulirement de la premire cervi- cale la dernire coccygienne : celles du cou, particulirement l'atlas et l'axis, sont trs-robustes; les autres n'ont rien de particulier, si ce n'est que les coccygiennes sont soudes entre elles et ne for- ment qu'une seule pice, et que, dans les espces qui ont une queue, on voit, au del des quatre vertbres ordinaires, quatre ou cinq autres de ces os qui sont entirement libres. Les ctes, au nombre de treize quatorze paires, ne sont aplaties et largies que dans leur partie suprieure. La forme de l'os hyode semble assez variable; toutefois, dans les Pleropus fusciis et Duvaucelii, il est compos d'un corps en barre transverse, peine courb, et de deux cornes, dont l'antrieure, un 12 HISTOIRE NATURELLE. peu plus longue que la postrieure, est forme de deux pices assez paisses, courtes, presque gales, et dont la poslrieure, non divise, est forte, en forme de petite clavicule : cette disposition semble tre la plus habituelle. Le sternum est saillant, et ne parat compos que de six pices, moins que l'on ne considre la base de l'appendice xiphode comme en constituant une. L'omo- plate n'est pas carre, mais en forme de triangle; proportionnellement moins tendue et plus courte que dans les Chauves-Souris insectivores. La clavicule est trs-courte. L'humrus, au contraire, est plus long et surtout plus arqu dans sa double courbure. Le radius n'est que d'un quart plus long que l'humrus, au lieu de l'tre d'un tiers, comme dans le Vampire. La main est elle-mm( ])roporlionnellement un peu plus courte, surtout dans la partie digitale, dont le plus long doigt, celui du milieu, est double du radius en longueur; le pouce est court; le second doigt, le plus court aprs le pouce, est compos de trois phalanges peu prs dans la proportion ordinaire; des trois autres doigts, le plus long est le mdian. Les membres postrieurs ont presque compltement les mmes proportions, dans chacune de leurs parties, que ceux des autres Chiroptres. Le bassin est soud suprieurement par l'ilon au sacrum, et par l'ischion au coccyx intermdiaire, il est libre son exlrmil pubienne. Le caleanum, plus ou moins recourb en dessous, n'est pas pourvu d'un long peron. Le pouce est un peu plus court que les autres doigts, et les doigts externes sont lg- rement plus forts que les intermdiaires. Le doigt indicateur, et souvent le pouce, sont constamment lermins parmi petit ongle, ce qui n'a pas lieu dans les Chauves-Souris insectivores. Quelques par- ticularits ostologiques se font observer dans la srie des genres et des espces de Roussettes; c'est ainsi que dans les espces qui ont une queue les vertbres dorsales offrent des diffrences, et les lombaires ont leur apophyse pineuse plus prononce : la forme de la tte varie galement; dans le Macrocjlossus minimus, plus connu sous le nom de Roussette-Kiodote, la tte est trs-remarqua- ble par sa gracilit, par son allongement, et le peu d paisseur de ses os. Sfiuelelle le I'ioiisscUl'. Les ailes sont un peu moins larges et moins longues que dans la plupart des espces de Chiro- ptres insectivores; la diffrence de ces derniers, elles ne s'insrent pas sur les flancs, mais sur le dos, tantt vers les parties latrales, tantt sur la ligne mdiane : ce caractre est gnral, mais il est port son suniniuni dans le genre llypoderme. Ces ailes sont quelquefois trs-grandes, car l'en- vergure de certaines espces peut atteindre ji.'squ' 1"\75. La membrane interfmorale est toujours trs-peu tendue; elle est chancre, et, le plus souvent mme, tout fait rudimentairc et sans usage. Quelques espces n'ont aucun vestige de queue; d'autres ont un rudiment de cet organe, mais il est en partie engag dans la membrane intcrfmorale; enfin, il en est qui ont un lger support caudal de la longueur de la membrane. M. Temminclv s'est servi de ces caractres pour fornier trois groupes distincts dans le genre Roussette. CAUNASSlEr.S. 1 X Les organes des sens n'ollVeiit pas de particularits dilreniielles bi(!n marques; cependant l'on doit noter que les feuilles nasales et les oreillons, parfois si dvelopps dans certains Chiroptres insectivores, manquent conipllemcnl. Les conques auditives sont trs-simples et trs peu tendues. Les narines sont cartes l'une de l'autre. Les yeux sont grands, obliquement placs. Les poils sont assez rares, et gnralement courts et roides; dans quelques espces, ceux du dos sont implan- ts si obliquement, que la partie latrale de leur base est enfonce dans la peau; une Roussette, nanmoins, a sou pelage comme laineux. L'ouverture de la bouche est peu tendue. La langue est rude et papilleuse. Le tube digestif est plus long que dans les autres Chauves-Souris; et cela devait se prvoir a priori. Ou sait, en effet, que plus un animal est carnassier, plus ses intestins sont courts; ds lors, les Uoussettes tant es- sentiellement frugivores, devaient avoir un canal intestinal plus long que les autres Chauves-Souris, qui sont insectivores. L'estouiac est en forme de sac trs-allong, cylindrique et ingalement renll; l'orifice cardiaque est trs-rapproch du pylore. Le foie est compos de trois lobes ; deux grands et un petit, tenant la racine. Les poumons sont forms de quatre lobes bien distincts. Le cur est gros, dirig obliquement gauche. Ce sont les plus grands Chiroptres connus, et nous avons dit que l'envergure de certaines es- pces atteignait jusqu' 1"',75. Les plus petites espces, dont l'envergure est encore de 0'",55 0,40, dpassentouau moins galent pour la dimension les plus grandes Chauves Souris insectivores. Les mamelles de ces animaux sont pectorales et seulement au nombre de deux. Les mles sem- blent tre plus grands que les femelles. Quelques-unes de celles-ci sont sujettes des coulements priodiques de mme que quelques femelles de Quadrumanes; elles ne produisent qu'un seul petit par porte, et en prennent grand soin jusqu' ce qu'il puisse se suffire lui-mme. MM. Quoy et Caimard ont pu observer que le petit de la Roussette de Kraudren se cramponnait fortement sa mre mme pendant le vol: fait plusieurs fois observ chez nos Vespertilions europens. Les Uoussettes se nourrissent essentiellement de fruits, cependant on pense qu'un petit nombre d'entre elles mlent parfois leur nourriture ordinaire quelques dbris dlnsectes qu'elles semblent rechercher. On assure mme qu'en domesticit on peut quelquefois les habituer vivre de matire animale; mais cela n'est pas compltement dmontr. Ces animaux sont doux; ils vivent en troupes nombreuses et ont l'habitude de se suspendre, comme les Chauves-Souris insectivores, aux branches des arbres; on les trouve dans les creux des rochers, dans les cavernes, au plafond des grands di- fices, etc.; ceux que l'on conserve dans des cages restent suspendus par les pattes, et, lorsqu'on leur offre des fruits, ils s'attachent par une seule patte aux barreaux de leur prison, tiennent le fruit avec Fautre patte, et mangent ainsi la tte en bas; ils recherchent principalement les fruits pul- peux, surtout les bananes; d'autres fois les dattes et parfois mme des fleurs. D'aprs cela on voit que ces animaux sont loin de justifier la rputation sanguinaire qui leur avait l faite par les an- ciens naturalistes. Leur vol est lourd et peu rapide. On a rpt pendant longtemps que les Rous- settes taient des animaux entirement nocturnes, comme les Chauves-Souris de nos climats; toute- fois, les naturalistes voyageurs de notre poque, en particulier Lesson et Garnot, MM. Quoy et Gai- mard, etc., assurent qu'ils eu ont vu voler en plein jour dans plusieurs rgions de POcanie et de l'archipel indien; et, ainsi que l'un de nous l'a consign dans le Diclionnaire universel d'Insloirc naturelle, M. Charles Coquerel, chirurgien de la marine, a t mme, assez rcemment, de remar- quer qu' Madagascar certaines espces de cette famille volaient parfois pendant le jour, mais que, nanmoins, c'tait surtout vers le soir qu'on les voyait eu plus grand nombre. Leur chair, au moins pour plusieurs espces, est de bon got et semble recherche. Les Roussettes se trouvent rpandues presque partout, l'exclusion toutefois de l'Europe et de l'Amrique, car l'on a reconnu que c'est tort que l'on a donn le Brsil pour patrie au Pteropus Leselienanllii, et que le Cepliahtcs tniolis de Ralinesque ne doit pas se rapporter un genre de Chiroptres frugivores; toutefois nous devons faire observer que M. Temrainck ne serait pas loi- gn decroire qu'il existe des Roussettes aux environs de Fernambouc, ainsi qu'au Chili et au Prou. Ruffon ne connaissait que deux espces de Roussettes : la Rousselte commune et la Routjeite. Brisson est le crateur du premier genre fond dans cette famille, de celui des Roussettes {Plero- piis), mais il serait difficile de dire au juste les espces sur lesquelles il a bas ce groupe gnrique; aussi la connaissance prcise que l'on en a ne date-t-elle que des travaux d'Etienne Geoffroy Saint- 14 lilSTOIRE NATUIIELLE. Hilaire {Annales du Musum, t. XV, 1810); depuis, le nombre des espces a t de plus en plus aug- ment parles travaux de MM. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire [D'iclionnaire classique, 1828, etc.); Friric Cm'ier {Dents des Mammifres, 1825); A. -G. Desmarest {Mammalogie, 1821); Temminck {Monographie de Mammalogie, t. I et II, 1827-1832); Quoy et Gaimard {Zoologie de l'Astrolabe); J. E Gray {Zoologij of tlie Foyrtjpo- derma), Isidore Geoffroy Saint-Hilaire; nous y joindrons les genres moins importants des Acrodoin {Acerodon), Jourdan; pomophore {Epomophorus), Bennett; leuthrure {Eleuilieruru) et Xan- THARPYiE {Xantliarpijia), Gray, et enfin le genre Cyinoptre {Cynopterus), Fr. Cuvier, qui n'est pas admis par tous les zoologistes. D'aprs cela, on voit que nous partagerons les Roussettes en onze genres particuliers; nous au- rions pu y ajouter quelques autres groupes gnriques, proposs dans ces derniers temps; nous les avons omis parce qu'ils reposent sur des caractres de trop peu de valeur. Pour les espces, nous ne dcrirons que celles qui sont le mieux connues, et, autant que possible, nous choisirons celles dont on a observ les murs. Enfin nous ferons remarquer, avec M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, que l'on pourrait admettre deux divisions dans cette tribu : 1 celle des Ptropiens, renfermant tous les genres de la tribu, sauf celui des Hypodermes, et caractrise par ses ailes paraissant in- sres sur les cts du dos; et 2" celle des Hypodermiens, ne renfermant que le genre Hypoderma, dans lequel les ailes sont manifestement insres sur la ligne mdiane du dos. 1" GENRE. - ROUSSETTE. PTEROPUS. Brisson, 1750. Le Rgne animal divis en neuf classes U'tioi, aile; ircj;, pied. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, \; canines, J-E; molaires, |^g; incisives verticales; canines assez fortes; molaires couronne large et termine par deux crtes : la premire la mchoire sup- rieure trs-petite et pouvant mme manquer. Tte longue, troite, conique. Museau fin, termin par un mufle sur les cts duquel s'ouvrent les narines, qui sont un peu tu- berculeuses. Membrane interfmorale trs-peu tendue et ne formant le plus souvent qu'une bordure le long du ct interne de la cuisse et de la jambe. Ailes conformes comme celles de la plupart des Chauves-Souri^ c est--dire ayant le deuxime doigt onguicul. CARNASSIERS. 15 Queue tanll Irh-peu dveloppe, tantt au contraire n'existant pas. Pas lie feuilles ni de membranes autour des narines. Oreilles assez petites un maliennes, distantes l'une de l'autre. Langue, principalement la partie antrieure, hrisse de papilles dures, dirifjes en arrire et de diffrentes formes. Fig. 9. Roussette amplicauclc. Brisson a cr le genre Roussette aux dpens des Vesperiilio de Linn, mais c'est Etienne Geof- froy Saint-Ililaire (Annales du Musum d'histoire naturelle, t. XV, 1810) qui l'a le premier carac- tris d'une manire complte. Les Roussettes sont des animaux essentiellement frugivores. Les contes absurdes, chargs de merveilleux, qui ont rapport au genre de vie carnassier et mme sanguinaire de ces animaux, et qui ont t rapports par Buffon dans son immortelle Histoire naturelle, ont t produits par le dfaut d'observations exactes, et par l'effroi qu'ont d inspirer aux premiers voyageurs qui les ont vus leur norme envergure et leur appareil de dfense, en apparence si redoutable. Us n'attaquent aucun animal, pas mme, ainsi qu'on l'a cru, les Oiseaux et les petits Mammifres; et on leur a assez sou- vent attribu tort les dgts commis probablement par les Vampires, qui, eux, sont vritable- ment carnassiers, quoiqu'ils soient beaucoup moins dangereux qu'on ne l'a dit en gnral. Leur organisation montre qu'ils ne peuvent pas sucer le sang des animaux, ainsi qu'on l'a prtendu. C'est donc avec la plus grande rserve, et, nous dirons plus, en n'y croyant pas, que nous allons transcrire ce que dit Buffon des murs de la Roussette et de la Rougette. Les anciens con- naissaient imparfaitement ces Quadrupdes ails, qui sont des espces de monstres, et il est vrai- semblable que c'est d'aprs ces modles bizarres de la nature que leur imagination a dessin les Harpies. Les ailes, les dents, les griffes, la cruaut, la voracit, la salet, tous les attributs diffor- mes, toutes les facults nuisibles des Harpies, conviennent assez aux Roussettes. Hrodote parat les avoir indiques lorsqu'il a dit qu'il y avait de grandes Chauves-Souris qui incommodaient beaucoup les iiommes qui allaient recueillir la casse autour des marais de l'Asie; qu'ils taient obligs de se couvrir de cuir le corps et le visage pour se garantir de leurs morsures dangereuses. Ces animaux sont plus grands, plus forts et peut-tre plus mchants que le Vampire; mais c'est force ouverte, en plein jour aussi bien que la nuit, qu'ils font leurs dgts: ils tuent les volailles et les petits ani- maux; ils se jettent mme sur les hommes, les insultent et les blessent au visage par des morsures cruelles; mais aucun voyageur ne dit qu'ils sucent le sang des hommes et des animaux endormis. D'aprs les rcits des naturalistes voyageurs modernes, on peut, au contraire, assurer que ces Mam. mifres sont doux et paisibles, et qu'ils vivent en grandes bandes, suspendus pendant le jour par leurs pieds de derrire, la tte en bas et envelopps par leurs ailes membraneuses. Quelques espces s'accrochent de cette manire, par centaines, aux branches des arbres; d'autres se cachent dans les 16 IIISTOIl'.E NATURELLE. cavernes, dans les crevasses des rodiers et les trous des vieux arbres; quelques-unes ont l'habilude de se suspendre aux plafonds des grands difices. Les habitants des pays o vivent les Hoii-ssettes leur font une chasse acharne dans le double but de se dbarrasser d'tres qui leur sont trs-nuisibles en dtruisant leurs fruits, et de s'emparer d'animaux dont ils font leur nourriture. En effet, la chair des grandes espces de ce genre est, dit-on, blanche, succulente, de bon got et est estime comme une nourriture saine et dlicate, quoique l'odeur due l'uiine de ces animaux ait pu naturellement rebuter ceux qui en ont fait le premier essai. On les mange Madagascar, l'le de France, Timor, Luon, etc. Buffon rapporte qu'on se les procure facilement eu les enivrant, et que, pour obtenir ce rsultat, on place porte de leur retraite des vases remplis de vin de palmier. 11 serait bon, pour confirmer cette observation, de faire des exp- riences directes afin de s'assurer de sa vracit. Les Roussettes paraissent tre circonscrites dans toutes les contres de l'ancien continent, l'ex- clusion de l'Europe; l'Asie mridionale et les archipels en nourrissent beaucoup plus que l'Afrique et ses les; l'Ocanie en renferme un assez grand nombre; plusieurs se trouvent dans le continent de la Nouvelle-Hollande, ce qui est remarquable, car ce pays, qui nourrit un grand nombre de Marsupiaux, ne possde que trs-peu d'espces de Mammifres ordinaires. De mme que l'Europe, l'Amrique en serait aussi dpourvue; il ne parat pas certain cependant M. Temminck que cette partie du globe n'ait pas de Roussette; ces grandes Chauves-Souris, qui, selon Swainson, dvorent les fruits et d- vastent les vergers des environs de l'ernambouc, et celles qu'on dit avoir t vues au Chili et au P- rou, lui paraissent devoir se rapporter ce genre. C'est l un sujet de recherches que l'on peut re- commander aux naturalistes voyageurs, et qu'il serait trs-intressant de vrifier sous le point de vue de la gographie zoologique. Tel qu'il est aujourd'hui restreint, le genre Roussette peut tre trs-facilement isol de ses cong- nres; mais, et en raison mme de ce que ce groupe est des plus naturels, on trouve de grandes dif- ficults pour distinguer les espces d'une manire convenable On en connat prs de trente espces; car, en effet, Lesson, dans son Nouveau Tableau des Mamnfcres du Rgne animal, en indique vingt-cinq, et, depuis la publication de cet ouvrage (1842), divers zoologistes en ont dcrit plusieurs nouvelles. Celles des espces de ce genre qui ont une queue sont de petite taille, tandis que celles qui n'en ont pas sont toutes trs-grandes; la Roussette de J.wa, Pieropus Javanicns, A. G. Desmarest, a 1"',65 l'",75 d'envergure. Dans toutes les espces sans queue apparente l'extrieur, la bote crbrale est spare de la face par un rtrcissement considrable, correspondant la partie pos- trieure de l'orbite; chez celles queue apparente, le rtrcissement n'existe pas, et la bote cr- brale est un peu renfle. On s'est servi de ces caractres et de quelques autres pour former deux groupes dans le genre Roussette; ces deux divisions, toutefois, n'ont pas une grande valeur scienti- fique, car, dans l'une comme dans l'autre, on retrouve les caractres communs et propres tout le genre, et l'on n'a pu signaler aucune particularit diffrentielle dans le systme dentaire. ROUSSETTES CAUDES Temminck. Pas de (jneuc apparente a l'extrieur. Museau assez alimcj. Mendrrave interfmorule plus ou moins rudinientaire. PJfjinie entirement frugivore. Ce "roupe coui|irend le plus grand nombre des espces du genre; les i>liis importantes sont CATINASSIEUS 17 1. UOUSSETl'E DULi:. PTEROPUS EDULIS. Pron et Lesucur Caractres spcifiqurs. Pelage noir ou noirtre, roux sur le cou et les paules; poils ras, lui- sants et couchs sur le clos; oreilles longues, pointues; membrane interfmorale runissant les pieds la rgion coccygieniie, large rariiculation du genou et formant un angle trs-ouvert : celle de l'aile large, tendue, noire dans l'adulte, brune dans le jeune ge. Envergure, l. Cette espce se trouve dans tout l'archipel indien, Java, Sumatra, Banda, Timor et Sarapouan. Pendant le jour, on voit ces animaux suspendus par les crochets du pouce aux branches des arbres levs, principalement d'une espce du genre figuier, dans le voisinage des plantations dont ils dvastent les vergers. On peut cependant, au rapport de M. Temminck, garantir les arbres frui- tiers de leurs dvastations au moyen de filets faits avec des filaments tresss de bambous. Leurs troupes nombreuses, composes souvent de plus de cent individus, se mettent en mouvement vers le dclin du jour; c'est alors que les naturels des lieux o on les trouve en font la chasse au moyen d'un sac attach une longue perche; ils les mangent et trouvent leur chair assez bonne, mais l'odeur infecte qu'elle rpand en dgote les Europens. Blesss ou irrits, ces animaux font en- tendre un cri aigu semblable, dit-on, celui de l'Oie. La nourriture de la Roussette dule semble consister uniquement en fruits de toutes sortes : on a observ qu' Java elle habite exclusivement les rgions basses, et qu'on ne la rencontre pas dans les contres leves de cette le. 2. ROUSSETTE VULGAIRE. PTEROPUS VULGARIS. Et. Geoffroy Saint-Hilaire. Car.\ctres spcifiques. Pelage pais, grossier, roux, avec une grande tache d'un brun noirtre en forme de croix sur le haut du dos; parties infrieures noires; rgion pubienne rousstre; mem- branes noires; oreilles petites, pointues, peu chancres la partie suprieure et latrale. Enver- gure, 1". Cette espce est la Roussette de Buffon et de Brisson, le VespcvlUio vampims de Linn, et le Chien volant de Daubenton. Elle habile les les de France et de Bourbon; on croit qu'elle se trouve galement Madagascar et mme en Afrique, mais cette dernire assertion est loin d'tre dmontre. On mange cette espce; sa chair a, dit-on, une saveur particulire qui plat en gnral, principale- ment celle des jeunes sujets. La Roussette et la Rougelte {Ptcropiis rubricoUis, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire), autre espce qui en est trs-voisine et a la mme patrie, se rassemblent ple-mle sur les arbres, o elles sont at- tires par la prsence des fruits et des fleurs; elles ont toutefois des habitudes diffrentes, car, hors le moment o elles s'occupent recueillir leur nourriture, les premires vont se fixer sur les grands arbres au fond des forts, tandis que les autres s'tablissent dans les creux des vieux arbres ou dans les anfractuosits des rochers. 3. ROUSSETTE A PAGE NOIRE. PTEROPUS PHAIOPS. Tcmmincl. Caractres spcifiques. Pelage long, grossier, trs-fourni, un peu fris partout; museau, gorge, joues, tour des yeux, d'un noir profond; le reste de la tte, les cts du cou, la nuque, les paules, jaune-paille; poitrine roux dor; pattes postrieures couvertj^s de poils bruns leur base et d'un jaune clair la pointe. Envergure : "\14. Habite Macassar et les Clbes. 2 3 18 IllSTOiRE NATURELLE. 4. ROUSSETTE A TTE CENDRE. PTEROPIS POLIO:E[>HALi'S. Temminck. C\RACTL;r,Es SPCIFIQUES. Dessiis de h tte, joues, g'orge, d'un cendr fonc ml de quelques poils noirs; nuque, paules, devant du cou, brun-marron rousstre : le reste du corps gris vari. Enveroure : i'"AO. Sa patrie est la Nouvelle-Hollande et la terre de Van-Dicmen. 5. ROUSSETTE DE KRAUDREN. PTEROPUS KEn.WDREN. Quoy et Gaimard. Cabactres spcifiques. Occiput, cou, paules, haut de la poitrine, d'un jaune ple : le reste du pelage bruntre. Envergure : 0,80. Cette espce se trouve dans les les Marianes et Carolines, principalement Guam. Elle vole en plein jour. Pendant le repos, elle se suspend plutt aux arbres qu'elle ne se niche dans les excava- tions des rochers. La chair de celte Piousselte, malgr Todeur forte et dsagrable qu'elle exhale, est assez recherche. r,. ROUSSETTE GRISE. PTEROPUS GRISEUS. Et. Geoffroy Saint-IIilaire. CAHACTnEs SPCIFIQUES. Pclago gris, lgrement rousstre, passant la teinte lie de vin sur le dos; tte et cou roux clair; poils du cou longs el friss : ceux du dos, courts et couchs; oreilles courtes, et termines en pointe. Envergure . 0"\58, Habile l'Ile de Timor. 7. ROUSSETTE DE DUSSUMIER. PTEROPUS DUSSUMIERI. Isidore Geoffroy Saint-IIilaire. CAFACTiRES SPCIFIQUES. FacB ct gorgc biuues; ventre et dos couverts de poils bruns, mlangs de poils blancs; partie suprieure de la poitrine d'un brun rousstre; cts du cou, et tout l'espace compris la face postrieure du corps, depuis les oreilles jusqu' Pinsertiou des ailes, d'un fauve tirant lgrement sur le rousstre. Habile PInde. 8. ROUSSETTE A MASQUE. PTEROPUS PERSONNATUS. Temminck, Caractres spcifiques. Pelage mlang de brun, de jaune et de blanc, avec la tte peinte d'une manire trs- tranche de blanc pur et de brun. Provient de Pile de Ternate. On dit que cette Roussette aime beaucoup le \'n de palmier, dont les habitants des Moluques font une liqueur fermentc trs-spirituciise ct trs-enivrante : si l'on s'en rapporte aux voyageurs, quand les Indiens ont perc un palmier pour en tirer la sve, et plac dans la plaie le chalumeau qui doit Herpeste.1 ochraceus. Giviy. PI CARNASSIEUS. 10 diriger la liqueui" dans le vase destin la recevoir, ces Cliiroptres auraient l'intelligence d'aller mettre leur bouche au bout du chalumeau, et de boire cette sve sucre mesure qu'elle coule. Elles s'en- ivrent ainsi, tombent au pied de l'arbre, et sont prises par les habitants, qui les mangent et leur trouvent un excellent got de Perdrix. Un voyageur sudois dit en avoir pris une qui s'tait enivre et laisse tomber au pied d'un arbre; l'ayant attache avec des clous une muraille, elle rongea, dit-il, les clous et les arrondit avec ses dents comme si on les et lims. Ces faits nous paraissent trop merveilleux pour pouvoir tre admis sans contrle. 9. ROUSSETTE LALNEUSE. PTEROPUS DASYMALLUS. Temminck, Caractres spcifiques. Pelage laineux, long partout; membranes des lianes velues en dessus et en dessous; face, sommet de la tte, joues, gorge, bruns; nuque et cou blanc jauntre; corps brun fonc. Envergure, O^jTS. Cette espce, surtout remarquable par ses poils, qui sont trs-laineux, habite le Japon. Comme les autres espces du genre, elle se nourrit de fruits. Parmi les autres espces, nous citerons la Roussette d'Edwap-ds {Pteropus Eclwarsi, Et. Geof- froy), de Madagascar, Ceylan, Pondichry; la Pi. fundp.e (P. fnncreus, Temminck), de Timor, Su- matra; la R. DE Macklot (P. Macldolii, Temminck), de Timor; la R. a pieds velus (P. pselapliou, T. Lay), de la cte orientale du Japon; la R. a lvp.b (P. labaiiis, Temminck), dcouverte en Abys. sinie par M. Botta; la R. k.uong (P. argenlulus, Gray),' d'Amboine; la R. de l'Assam (P. Assamcn- sis, Mac-Leay), etc. O^ciiccieiue' Citoapc. ROUSSETTES CAUDAIRES. Temminck. Queue plus ou moins longue, moiti engage dam la membrane inter fmorale, qui est ass^z dveloppe. Museau peu allong, lgrement arrondi. Bgime frugivore, et trs-probablement en partie insectivore. Peu d'espces entrent dans ce groupe; nous ne citerons que 10. ROUSSETTE TAILLE. PTEROPUS STRAMINEUS. Et. Geoffroy Saint-IIilairc. Caractres spcifiques. Pelage trs-court, lisse, bien fourni, blanc jauntre en dessus, lgre- ment onde de rousstre; toutes les parties infrieures blanchtres, avec une bande brune la par- tie moyenne du ventre; membranes d'un brun jauntre; queue trs-courte. Envergure : O"',!^. Cette espce provient du Sennaar et du Sngal, et vit de fruits. On la trouve suspendue dans les cavernes, ou bien aux branches des arbres; elle se cache galement dans le creux des arbres. 20 HISTOIRE NATURELLE. 11. ROUSSETTE DE GEOFFROY. PTEROPUS GEOFFROYI. Temminck. Caracthes spcifiques. Pelage court, laineux, serr, except sur le devant du cou, o les poils sont longs et plus rares; coloration gnrale d'un gris terne, plus fonc en dessus qu'en dessous; membrane interfmorale large, d'un gris bruntre; pouce proportionnellement plus long que dans les autres espces; queue enveloppe par la membrane interfmorale, trs-courte. Envergure : O^jSo. Cette espce, qu'Etienne Geoffroy Saint-IIilaire nommait Pieroptis /Ecjyptianus, babite le Sngal et Pgypte, et, dans ce dernier pays, plusieurs individus ont t trouvs par lui attachs au pla- fond d'une des chambres de la grande pyramide. 12. ROUSSETTE DE LESCHENAULT. PTEROPUS LESCUENAULTII. A. G. Desmarest. Caractres spcifiques. Pelage brun gristre sur le dos, cendr fonc sur le ventre; nuque entoure d'un demi-collier fauve; partie del membrane alaire prs du corps, de l'avant-bras et des doigts, prsentant un grand nombre de petits points blancs rangs en lignes parallles; oreilles courtes; queue assez grande, peine engage dans la membrane interfmorale. Longueur : O^jOD. Cette Roussette, l'une des plus petites du genre, se trouve Pondichry et Sumatra. Une autre espce est la Pioussette de Leacii (P. Leacliii, A. G. Desmarest), du cap de Bonne-Es- prance, o elle est trs-abondante pendant la saison des fruits, et o elle opre, pendant la nuit, de grandes dvastations dans les vergers. 2"= GENRE. - LEUTHRURE. ELEUTUERURA. Gray, 1844. Voyage of Sulpliur. Mammalia. E),EuOspc, libre; oupa, queue. Queue courte, libre, place au m'dicu d'une cliancrure de la membrane inlcrfcmorale, qui est trs-ctroile, et garnie de poils nombreux en dessous prs de la base. Pas de glandes sur les cts du cou. M. Gray a indifjji ce genre, dans lequel il ne place qu'une seule espce, qui tait range prc- demment dans le genre Roussette, groupe des espces ayant une queue; c'est : LEUTHRURE HOTTENTOTE. ELEUTUERURA UOTTENTOTA {PTEROPUS), Smith. Caractres spcifiques. Pelage trs-court, (in, lisse et serr : de deux couleurs en dessus, et gris de souris uniforme en dessous. Envergure : 0'",55. Cette espce habite l'Afrique australe, et principalement les environs du cap de Bonne-Esprance. CARNASSIERS. 2f S-"" GENRE. - XANTIIARPYIE. XANTILUiPYIA. Gray Voyage of Sulpluir. Miimnialia. XavOo, fauve; afiruta, Harpvie CARACTRES GNRIQUES. Queue base renferme dans le dessous de la membrane inler fmorale, qui esl Iris-rapproclie de l'pine dorsale. Pouce dernire phalange assez allonge. Pas de g tabules ati-dessus ni au-dessous dans la rgion du cou. C'est encore avec une Roussette du deuxime groupe que ce genre a t fond par M. Gray. XANTIIARPYIE AMPLEXIGAUDE. XANTIIARPYIA AMPLEXICAUDATA (PTEROPUS). Et. Geoffroy. Caractres spcifiques. Pelage trs-court, ras sur le dos; tte et partie suprieure d'un brun rousstre, un peu moins fonc et mlang de lie de vin, aux parties infrieures; membranes inter- fmorales d'un brun roux; doigts et queue brun jauntre. Envergure : 0'",4r). Elle a t prise Timor, Amboine et Sumatra. A"'' GENRE. POMOPIIORE. EPOMOPHORUS. Bennett, 1858. ^Gray Magazin of Zoology and Botany, t. II. E7tw(/.t:, paule; (poptw, je porte CARACTRES GNRIQUES, Queue nulle. Nuque ayant une touffe de poils de chaque ct. Pouce dernire phalange trs-longue, aplatie. Ce genre, caractris en quelques mots par M. Gray, renferme trois espces : les Epomophorus Whitii, Bennett; Gambianus et macrocephalus, Ogilby, qui habitent la Gambie et n'ont encore t qu'incompltement dcrites. 5" GENRE, ACRODON. ACERODON. Jourdan, 1837. Annales des Sciences naturelles, 2 srie, t. VIII. Axispor, sans corne; Cf^^u;, dent. CARACTRES GNRIQUES. Siislhme dentaire : incisives, \\ canines, }-^; molaires, l^; les molaires suprieures collines tuberculeuses, dans lesquelles cependant se montre avec vidence le Hjpe des molaires des Roussettes: molaires infrieures trois collines. Par les formes mmes de la tte, par la disposition des membranes interfmorales, les Acrodons rappellent entirement les Pteropiis. Fr. Cuvier fait remarquer que les tubercules caractristiques 22 HISTOIRE NATURELLE. des molaires des espces de ce genre pourraient faire penser qu'il existe entre ces molaires et celles des Chauves-Souris insectivores des rapports de structure propres fonder entre ces deux familles un rapprochement beaucoup plus intime que celui qui avait t not avant que le genre Acrodon ne ft cr; mais, toutefois, il ne pense pas que- ces modifications aient en rien chang la na- ture des dents de V Acrodon, et qu'elles puissent mme exercer une influence trs-sensible sur les murs de cet animal : le systme dentaire de la famille des Roussettes, et celui de la famille des Chauves-Souris ordinaires, sont diffrents de forme dans leur essence : chacun d'eux peut se pr- senter avec des modifications plus ou moins profondes; mais, tant que ce qui est essentiel de forme dominera, les Roussettes ne seront pas des Chauves-Souris, ni les Chauves-Souris des Roussettes. Or, l'Acrodon appartient encore exclusivement, sous ce rapport, cette dernire tribu. Du reste, les rapports de V Acrodon et des Plcropns se retrouvent jusque dans la distribution des couleurs, qui sont brunes, avec une tache plus ple ou plus brillante sur le cou. Le type est : ACRODON DE MEYER. ACERODON MEYERII. Jourdan. Caractres spcifiques. Pelage brun, avec une tache plus claire sur le cou. Envergure : 2, 50. Cette espce a la taille des grandes espces de Roussettes; elle est originaire des Philippines. M. Meyer lui avait appliqu la dnomination de Pteropus pijroceplialHS. D'aprs Eschscholtz, qui nomme cette espce Roussette a crijiire {Pleropus jubaius), cet animal est commun dans l'le de Luon, et couvre les arbres de ses troupes nombreuses. Il vole le jour, mais reste cach dans le feuillage pendant les fortes chaleurs. Sa chair est tendre, et son got est, dit-on, peu prs sem- blable celui de cuisses de Grenouilles : les insulaires, et mme les Espagnols tablis Manille, en font grand cas. Une seconde espce doit tre range dans le genre Acrodon; c'est le Pteropus Vaniliorensis, Quoy et Gaimard, propre aux les Philippines, que plusieurs zoologistes regardent comme une vraie Roussette. 6""= GENRE. PACIIYSOiME. PACHYSOMA. h. Geoffroy-Saint-Hilaire, 1828. Dictionnaire classique, t. XV. Eay.'J', 'iriis; auw.c corps. CARACTRES GNRIQUES. Sijslcme dentaire : incisives, |; canines, ~\; molaires, |5i; la molaire qui manque de chaque cot, h chaque mchoire, est la dernire mchelicre, et non pas la petite fausse molaire antrieure, dent en quelque sorte rudimenlaire, et si peu importante, que sa prsence ou son absence ne pour- rait fournir un caractre gnrique. Formes gnralement lourdes et trapues. Tte grosse et courte, principalement dans la partie antrieure, bote crbrale arrondie. Museau gros. Mamelles places beaucoup en avant de l'insertion du bras, tandis que, dans les Pioussetlcs, elles sont presque axillaires, c'est-h-dire allaches au-dessous de L'insertion de l'humrus sur les parties latrales du corps. Le genre des Pachysomes a t tabli aux dpens des Roussettes pour des espces de Chiroptres qui, outre les caractres que nous venons d'indiquer, ont les arcades zygomatiques trs-distinctes, et l'espace libre qu'elles laissent entre elles et les os temporal et maxillaire annonant un grand d- veloppement des muscles lvateurs de la mchoire infrieure. Cette mchoire est elle-mme assez CARNASSIliRS. 95 ^Zi) cnurto et n'a d'lendue que dans la partie qui donne inserlion aux muscles, c'est-:\-dire sa por- tion poslrieui-e et son apophyse ooronode. C'est M. Isidore Geoll'roy Sainl-llilaire qui, le premier, a donn la caractristique de ce i;enre; mais son pre lavait prcdemment cr dans ses Leons sicnof)rnplnes. Les naturalistes anglais appliquent ce genre le nom de Ctjnoplcrus, Fr. Cuvier, dnomination que nous rserverons pour un autre groupe gnrique. Les Pachysomes rpandent autour d'eux, dans un rayon assez grand, une odeur pntrante toute particulire. Leur cri est fort, trs-perant; leur morsure douloureuse. Leur vie est nocturne; ils ne sortent qu'au crpuscule de leur retraite, qui est ordinairement le creux d'un arbre. Leur vol est irrgulier, mais rapide. On n'en connat que cinq ou six espces, qui toutes sont propres au continent indien. \. PACIIYSOME A QUEUE COURTE. PACYSOMA BREVICAUDATUM. Isid. Geoffroy Saint-Ililaire. C.\R.\cTREs SPCIFIQUES. Pclagc dcs cts du cou long, rude, cachant un appareil scrteur, poils divergents d'un centre commun et recouvrant des glandes : parties infrieures du corps cou- vertes de poils soyeux, assez courts, d'un brun olivtre dans presque toute leur tendue, et roux la pointe; tte gris cendr; cts du cou d'un roux vif; poitrine et ventre gris; flancs rousstres; oreilles bordes de blanc ou de jauntre. Envergure : 0'",55. dite espce habite le continent indien, principalement l'le de Sumatra. 2. PACIIYSOME MAilMlLll-LRE. PACIJSOMA TITTCIIILUM {PTEROPUS}. Temmincl< Gahactres spcifiques. Pelage fin, lisse, trs-court, l'exception de celui des cls du cou, plus long dans les mles que dans les femelles : les premiers ayant, de chaque cot du cou, une touffe de poils divergents d'un centre commun qui conduisent des glandes odorifrantes; ventre garni de poils courts; gorge avec des poils clair-sems; oreilles petites, rides la base, et plus ou moins bordes par un lisr blanchtre; queue courte, presque entirement enveloppe par la mem- brane interfmorale. Envergure : 0'",50. Habite Java et Sumatra. 3 PAGHYSOME A TETE NOIRE. PACHYSOMA MELANOCEPHALUM [PTEROPUS]. Temmlnck. CARACTRES SPCIFIQUES. Pelage assez long, bien fourni, except sur le devant du cou; poils du dos d'un blanc jauntre la base et d'un cendr noirtre la pointe; nuque, sommet de la tte et museau, noirs; une houppe de poils, couvrant un appareil scrteur, place sur les cts du cou; parties infrieures blanc jauntre terne. Envergure : O'",o0. 11 a t trouv Java. Les autres espces de ce genre sont les Paciivsome de Diard {Pncinjsoma D'iardii, Lsid. Geoffroy); DE DuvAucEL [P. Duvauceli, Isid. Geoffroy), qui toutes sont propres Sumatra et aux les voisines, etc 24 HISTOIRE NATURELLE. 7"* GENRE. WGARE. MEGAEIA. Temminck. Mi"fa;, granil; atfa, marteau. CARACTRES GNRIQUES. Sijsthne dentaire : incisives, \\ canines, '^J; molaires, f^^; mais ce caraclcre, observ seulement dans tinc vieille femelle, n'est peut-tre pas gnral pour toutes les espces. Queue non apparente l'extrieur. Museau trs-obtus. ^ Naseaux un peu saillants. Oreilles petites, non bordes. Mchoires trs-courtes. Ailes trs-courtes. Le genre Megaera est allribii M. Temminck par tous les naturalistes, quoique dans ses Mono- graphies de Mamnmlogie, particulirement dans le tome II (1857), o il rsume ce qu'il a dit sur la tribu des Roussettes, il place la seule espce qu'on y range avec les Paclujsoma. Le crne est un peu moins fort que celui du Pachysome queue courte, et remarquable par la saillie des os du nez et par l'extrme brivet des mandibules, ce qui est cause de la forme trs-obtuse du museau et de la lgre prominence des narines, qui sont un peu plus allonges que dans le Pachijsoma ecaudaium, quoique moins prominentes dans ce type que dans le Cephalotcs Pallasii. L'espce type de ce genre est la MGARE ECAUDEE. MEGAERA ECAUDATA. Temminck. Caractres spcifiques. Pelage assez court, gris ple la nuque et aux cts du cou, brun bisire la tte et sur tout le reste des parties suprieures, rare et gris cendr sur les parties inf- rieures; oreilles noires, non bordes; ailes courtes. Envergure : O^joS Cette espce babile l'le de Sumatra, district de Padang. S'"^ GENRE. ~ CYNOPTRE. CYNOPTERUS. F. Cuvier, 1825. Ofiils des Maniiiiifi'ro.s. Kuwv, chien ; irrspov, aile C.\RACTRES GNRIQUES. Sijstme dentaire : incisives, \; canines, \^^\ molaires, |^*; les dernires molaires manquent entirement , d'oli il rsulte que les mchoires sont raccourcies; incisives trs-fmcs, ranges sipn- iriqucmcnt, et trs-resserres entre les canines. Oreilles moijennes, bordes par un lisr blanc trs-distinct. Queue excessivement courte, runie, sa sortie du cocciix, aux membranes inter fmorales. Partie suprieure de l'humrus, cl membrane alairc, trs-poilues le long des flancs. Le genre Cunopterus, fond par Fr. Cuvier pour une espce de Roussette, semblant offrir des caractres particuliers dans le nombre de ses molaires, n'est pas admis par tous les zoologistes; M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire fait remarquer que ce groupe repose probablement sur une erreur uAUNASSIERS. 23 d'observalion, cl que les caractres qu'on lui assigne ne sont pas suffisants pour molivci la cra- tion dun genre. La seule espce de Cynoptre est le CYNOt'TRE A OREILLES BORDES. CYNOPTERUS MARGINATUS {l'TEIiOPUS). Et. Geoffroy. Caractres spcifiques. Pelage ras, court, brun olivtre; oreilles prsentant un lisr blanc autour du bord extrieur. Envergure de la Noctule d'Europe. Habite le Bengale. 9"^ GENRE. - MACROGLOSSE. MACROGLOSSUS F. Guvier, 182^. Mammifres de la Mnagerie du Musum, liv. XXXVUI Maicpo, grand ; "^Xoxraa, langue. CARACTRES GNRIQUES. Sfisltme dentaire : incisives, ~; canines, \^^, molaires, ~ ; les dents sont petites; il ij n (juatre fausses molaires et six vraies h la mchoire suprieure, et quatre fausses et huit vraies l'in- frieure. Museau ircs-alloncj, grle, cylindrique, acumin, en quelque sorte comparable a celui des Fourmiliers . Les mchoires, au lieu d''Hre plus larqes, cause de l'allomjement du museau, sont plus petites, et des vides existent entre les incisives droites et (jauches et entre les molaires; la mchoire inf- rieure dpasse la suprieure. Lancjue cijlindr'ique, ircs-lomjue. un peu extensible Ce genre ne comprend qu'une seule espce, le MACROGLOSSE KlOIlOTE MACKOGLOSSUS MINimUS (PTEROPUS] Et. tleoffroy Car.\ctres si'r.ii'iQUEs. Pelage court, serr, un peu laineux ; toutes les parties suprieures d'un roux clair un peu teint de jaunlre vers la racine des poils, qui, dans cet endroit, sont doux et cotonneux; parties infrieures d'un rousstre un peu clair; membrane interfmorale velue en des- sus; les poils dpassant le bord de. la membrane. Envergure : 0'",28. Cette espce, que M. Horsfield indique sous la dnomination de Pterupus rostratus, et Lesson sous celle de Macrocjlossus Kiodotes, cause de grands dgts dans les vergers; elle emble prfrer le fruit de VEugenia. On la voit, pendant le jour, suspendue aux rameaux levs des arbres, et ca- che dans le feuillage; elle se retire aussi dans les creux des arbres et dans les grands difices. Elle habite les l<\s de Java, Sumatra et Timor, et a t aussi trouve au Bengale, d'aprs Fi . Guvier. 26 HISTOIRE NATURELLE. 10'" GENRE. - CIMIALOTE. CEPIIALOTES. Et. Geoffroy Saint-Ililaiiv, ^810. Annales du Musum, l. XIX. KscpaXtT-c;, fjui a une f;rosse lU; CARACTRES GNRIQUES. Stjsline dcnlnire : incisives, ^; canines, J-^; molaires, ^|; h la mchoire suprieure, il ]j (i deux incisives pcliles et places entre les deux canines; mais, a l'infrieure, il n'y en a plus, et, en avant des molaires, on ne trouve plus (fuune seule dent de chaque ct, et qui est bien rellement une canine. Tcte trs-grosse, ample, sphrodale, spare du museau par un rlrcissemenl qui correspond des arcades zijiomaiiques trs-cartes. Museau court, connue tronqu. iVr/c.s iubuleuses, trcs-cartes, spares l'une de l'autre par un profond sillon. Queue place sous la membrane inler fmorale, et dpassant notablement cette membrane. V'vj, 10. Cpliiildlu de l'ailas eux Le genre Cephalotes a t cr par Et.. Geoffroy Saint-llilaire, qui y plaait orii;inairemeni d espces, le Vesperlilio cephalotes, Pallas, et une autre espce alors nouvellement dcouverte pat l'ron et Lesueur. Depuis, on a reconnu que ces deux espces devaient tre les types de deux groupes gnriques distincts : la premire est reste, pour Et. Geoffroy, dans son genre Cephalotes, et a reu d'Illiger [Prodromus sijstemalis Mammalium et Avium, 1811) la dnomination nouvelle de Ilarpifm (apruia, nom mythologique); la seconde est le type du genre Hypoderma, Et. Geoffroy, tandis qu'elle constitue le genre Cephalotes selon Illiger. Ce genre est l'un des plus remarquables de l'ordre, par l'anomalie de son systme dentaire, par la forme de sa lte et par la dispo.sition do ses narines. Il ne renferme qu'une seule espce authen- tique, le (^l'PIl.M.OTE DE l'ALLAS. CEPHALOTES PALIASII. Et. Geoirov. Caractbes spcifiques. Pelage un peu fris, gris cendr en dessus, blanchctre en dessous, peu pais, et doux au toucher; membrane interfmorale d'un rouge tirant sur le jaune, tachete ir- l'iilucei eus Lou'ii. Ura.v l'I CARNASSIERS. ' 27 rgulirement de blanc; lvre suprieure lenduo, et munie d'une double rang de petites soies; une lgre touffe de poils au-dessus des yeux; oreilles trs-cartes, nues, rondes et courtes. Envergure : 0'",50. Celte espce, qui est le Vespertilio cephalotes de Pallas, et le Ilarpifia Pallasi d'Illiger, se trouve mboine. C'est tort que Rafinesque place dans le mme genre, sous la dnomination de Cephalotes lnio- tis, une espce de Chiroptres provenant de Sicile, et qui doit probablement faire partie de quel- que groupe gnrique de Cliauves-Souris insectivores, et non de Roussettes. il'"^ GENRE. - HYPODERME. HYPODEHMA. E. Geoffroy Saint-Hilaire, 1829 Dictionnaire classique, l. XV. Vtto, dessous ; c^spixa, peau. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, |; canines, {^; molaires, Izt; incisives infrieures trs-petites, parce que les deux canines sont irs-rapproches l'une de l'autre; fausses molaires suprieures manquant. Pas d'ongle au doigt indicateur, quoique la phalange onguale existe. Membranes alaires prenant naissance stir la ligne mdiane dorsale, en sorte que le corps ne se trouve pas, comme dans les autres Chiroptres, plac entre les ailes, qui, habituellement, sont situes sur les flancs, et de telle sorte, que le corps est recouvert par les ailes comme par un manteau. Queue assez longue, donnant insertion la membrane interfmorale par sa face suprieure, et enveloppe par elle dans son premier tiers. Le genre Hypoderme a t cr par Et. Geoffroy Saint-Hilaire dans ses Leons stnographies, et caractris d'une manire complte par son fils dans le Dictionnaire classique; ce groupe a t form aux dpens des Cephalotes, et, ainsi que nous l'avons dit, llliger lui conserve cette dernire dnomination. La forme gnrale du crne de l'IIypoderme se rapproche de celle du crne des Roussettes, mais il existe une diffrence dans l'appareil remarquable qui remplace l'intermaxillaire, et dont les Rhi noiophes fournissent un autre exemple d'organisation anomale toute particulire. L'Hypoderme a l'intermaxillaire reprsent par deux petits osselets dtachs des maxillaires, et portant chacun une petite dent; ces osselets styliformes, peu prs courbs en S, sont longs de moins de 0",01, d- prims, runis ;\ Textrmit des narines par un cartilage vers l'origine des dents. Leur charnire mo- bile donne ces osselets, et par consquent la dent dont ils sont arms, la facult de se mouvoir en avant et en arrire, peu prs de la mme manire que les incisives mobiles des lUnnolophus agissant de haut en bas. Ce fait doit tre not, car il tablit un second exemple des plus curieux d'incisives mobiles dans la classe des Mammifres. On n'a encore bien distingu qu'une seule espce de ce genre, c'est HYPODERME DE PRON UYPODERMA PERONII Et. Geoffroy Saint Hilairo. Caractres spcifiques. Pelage gnralement d'un fauve roussfitre; tte, nuque et cou, de la mme couleur, mais passant un peu au brun; portion du dos recouverte par la membrane alaire, ayant la mme coloration que les autres rgions du corps Envergure ; 0"',G5. 28 HISTOIRE NATURELLE. Cette espce exljaie une odeur trs-forte et trs-dsagrable, produite par la scrtion de doux glandes places sur les joues, et dont la moiti suprieure, recouverte par la peau, est d'un beau rouge. Elle habite les les de Banda, Samao, Timor et mboine, et se retire, pendant le jour, dans les rochers et les cavernes, ne sortant de ces lieux, peu prs inaccessibles, que vers le crpuscule. Sa morsure est cruelle. On reconnat gnralement aujourd'hui que I'Hypoderme des Moluqdes {Hijpoderma Molnccense, Quoy et Gaimard) ne doit tre regard que comme une simple varit de Vthjpodermn Pcronii, et l'on sait, depuis assez longtemps, que le Pleropus paUialus d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire n'en est que le jeune ge. M. Kruger annonce qu'on a trouv, dans le calcaire de Solenhaufen, deux vertbres dorsales et deux os fossiles des extrmits qu'il rapporte une espce de Roussette Ce fait, s'il tait bien d- montr, serait de la plus haute importance scientifique, puisque^aujourd'hui on ne rencontre au- cune espce de Roussette eu Europe; maLs il est trs-probable que ces dbris fossiles appartiennent un Ptrodactyle, animal perdu que l'on regarde gnralement, sinon comme un Reptile, au moins comme intermdiaire entre les Oiseaux et les Reptiles. L'opinion que nous venons d'indiquer, et qui est de De Blainville, a d'autant plus de fondement, que Smmering, qui, comme M. Kruger, habitait Munich, a soutenu toute sa vie que le Ptrodactyle tait une grande Chauve-Souris fossile. DEUXIME TRIBU. VESPERTIIJONIENS. VESPERTIUONIDJE. Gray, 1825. Annals of Philosophical Magazin, t. XXVl. Molaires hrisses de luhereules et de pointes aigus. Les VEsrEr.TiLioisiEiNS, aussi nomms Chauves-Souris proprement dites ou Chiroptres insecu- vores, sont des animaux qui semblent presque uniquement se nourrir de matire animale, ce qui les diffrencie immdiatement des Roussettes, qui, au contraire, sont exclusivement frugivores, et dont les molaires, lisses la couronne, offrent, seulement sur les bords, une crte plus ou moins appa- rente. L'tude du systme dentaire des Vespertilioniens, comme celui des Roussettes, devant donner les meilleurs caractres distinctifs de cette tribu, ainsi que ceux des genres qui y ont t forms, on comprend qu'elle a d tre faite avec le plus grand soin. MM. Et. et Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, De Blainville, Fr. Cuvier, Temmiiick, Gray, Em. Rousseau, etc., s'en sont occups. D'aprs De Blainville, on peut dire, d'une manire gnrale, que le systme odontologique est presque toujours normal, c'est--dire form des quatre sortes de dents : d'incisives, de canines, d" avant-molaires et de mo- laires comprenant la principale, aussi distinctes par leur forme que par leur position relative, en sorte que leur signiiication n'offre jamais de difficult srieuse. Leur nombre, l'ge adulte, est mme assez constant pour chaque sorte, et ce nombre finit par se rapprocher quelquefois mme beaucoup de ce qu'il st chez les Carnassiers proprement dits. Les incisives, assez petites, et presses entre les canines, varient en nombre de zro une et deux paires, et jamais au-dessus, chaque mchoire; en bas, elles peuvent varier de zro une, deux et mme trois paires : on a donc les formules |, Y, |, fp ^^'^- Les canines, assez grandes et fortes, constamment reprsentes par la formule -J^J, ne manquent jamais; elles sont minces, allonges, quelquefois assez fortes. Les molaires ne sont ja- mais au-dessous de quatre chaque mchoire et de chaque ct, et au-dessus de six; mais toutes les combinaisons intermdiaires peuvent se trouver. Toutefois, les diffrences en nombre ne portent gure que sur celui des avant-molaires, car il y a toujours une dernire avant-molaire, une princi- pale et deux arrire-molaires : l'on peut donc avoir les formules ^Ef, girl, fE|, f^f, frf ; mais c'est Izl que l'on trouve le plus habituellement. Selon Fr. Cuvier, les quatre premires molaires de CARNASSIERS. 20 la mchoire suprieure des Vespertilioniens, peu prs de mme grandeur, prsentent l;i forme la plus pure des vraies molaires d'insectivores : la dernire, de moiti plus petite que les autres, est tronque sa partie externe la mchoire infrieure : les quatre premires molaires sont dans le mme cas que celles de la mchoire oppose; elles offrent la forme normale de ces dents chez les Insectivores; la dernire vraie molaire a son prisme postrieur imparlait et tronqu en arrire. Lq genre Dcsniodns prsente, toutefois, une anomalie des plus curieuses, sur laquelle nous reviendrons plus lard, nous bornant dire seulement maintenant que sa formule dentaire pour les molaires Les Vespertilioniens ont rellement deux systmes dentaires, comme la plupart des Mammifres, un de jeune ge et l'autre d'ge adulte; mais ce que le premier offre de remarquable, c'est qu'il n'existe le plus souvent que sur l'animal encore contenu dans le sein de sa mre ou l'tat de ftus, et qu'il est trs-incomplet. Ce systme dentaire de jeune ge semble De Blaiuville n'tre jamais form de plus de deux incisives en haut comme en bas, un peu diversiformes, suivant les groupes gnriques, d'une canine en crochet et d'une seule et unique molaire, galement en cro- chet, beaucoup plus petite, et distante de la canine, chaque mchoire et de chaque ct; mais certains naturalistes, en particulier M. Em. Rousseau, indiquent d'autres nombres pour ces dents. Les incisives, les canines et les fausses molaires qui constituent le premier systme dentaire des Chauves-Souris, tant toujours simples, n'ont qu'une seule et petite racine, dont on verrait peine les alvoles, galement simples au bord des mchoires, si ces os taient alors vritablement solides,' en supposant mme que les dents de lait fussent autrement que gyngivales dans la seconde denti- tion; les incisives n'ont jamais non plus qu'une seule racine conique, assez peu longue, ces dents n'ayant que trs-peu d'efforts supporter; les canine.' ont galement leur racine constamment simple, mais beaucoup plus longue et plus robuste qu'aux incisives; du reste, plus ou moins conique ou com- prime, suivant la forme de la couronne, les molaires ont, comme les prcdentes dents, des racines proportionnelles en grosseur et en complication celles de la couronne. Les alvoles prsentent, suprieurement, deux fentes : l'une antrieure pour l'incisive et l'autre pour la canine, puis deux petits trous ronds trs-rapprochs; intrieurement, on remarque une srie de six trous : les trois premiers peu prs ronds, et les trois autres ovales : l'antrieur plus grand, cause de l'obliquit singulire de la dent qui s'y implante. Fig. H Squelette de Molosse. En gnral, le squelette des Chiroptres insectivores, de mme que celui des Chiroptres frugi- vores, se rapproche un peu de celui des Oiseaux; les os longs sont compltement fistuleux, mais la plus grande partie de leur intrieur est remplie par un rseau cellulo-fibreux tellement libre ou peu serr, qu'il disparat entirement par la dessiccation, et par une moelle abondante. L'ossification se fait rapidement, et les piphyses se soudent de trs-bonne heure au corps de l'os. En totalit, le 50 HISTOIRE NATURELI.E. nombre des os du squelette ne dpasse gure deux cent sept. La disposition particulire des os du squelette est telle, que la locomotion, et mme la station, ne sont nullement troncales. Dans le Vampire, pris pour type des animaux de cette tribu par De Clainville, la colonne vert- brale, considre dans son ensemble, est courte, souvent tronque par l'absence de queue, et ne prsente gure que trois courbures bien proiionces, d'o il rsulte que le tronc de ces animaux, au repos, prend une forme globuleuse ou ramasse. Le nombre total des vertbres est de trenle-six, savoir : cphaliques, quatre; cervicales, sept; dorsales, onze; lombaires, sept; sacres, trois, et co> cygiennes, quatre. La tte, dont la longueur, compare celle du tronc, semble rellement dispro- portionne par sa grandeur, prsente une structure videmment plus rapproche de ce qui existe chez les Carnassiers ordinaires que de ce qu'offre le mme organe chez les Lmuriens. L'orbite est mdiocre, latrale, spare de celle du ct"oppospar un espace considrable, et largement confon- due avec la fosse temporale par suite de l'absence totale d'apophyse orbitaire au frontal et au jugal. La cavit nasale est petite dans sa partie olfactive; la cavit buccale, au contraire, est grande. Les vertbres cervicales, en gnral, sont remarquables par leur grande largeur, le peu d'paisseur de leur corps, la minceur et l'aplatissement de leur arc. et surtout par le diamtre du canal vertbral en forme de gueule de four. L'atlas est la plus large de toutes, et n'a pas d'apophyse pineuse mon- tante; l'axis offre une apophyse odontoide trs-marque : les trois vertbres cervicales intermdiaires vsont presque gales, peu prs semblables, et sans traces d'apophyses pineuses; la pnultime est plus petite, et la dernire a son arc suprieur large et aplati, sans apophyse pineuse. Les vertbres dorsales conservent cet aplatissement de l'arc suprieur, ainsi que l'absence d'apophyse pineuse; leur largeur, quoique augmente par les apophyses transverses, dcroit de la premire la dernire. Les vertbres lombaires sont plus longues, plus troites, plus paisses dans leur corps, leur canal est notablement rtrci, et elles sont hrisses d'apophyses. Les vertbres sacres sont trs-troites, trs-serres, sans apophyses ni trous, except la premire. Le sacrum est trs-petit, presque com- pltement indivis, bords peu prs parallles, et se continuant sans interruption avec le coccyx. Celui-ci, compos de vertbres en nombre variable suivant les genres, forme une sorte de petite crte, saisie son extrmit entre les deux ischions. Les ctes, qui s'articulent avec les vertbres dor- sales, sont toutes assez fortes, aplaties, c'est--dire plus larges qu'paisses, assez fortement arques en dehors, sans angle bien marqu. L'hyode, dans le Glossophage et les Stnodeimes, a son corps largi, dans son milieu, en plaque, et ses deux cornes assez dissemblables. Le sternum est compos de six pices, dont la premire, ou manubrium, en forme de T, est beaucoup plus robuste que les autres, et pourvue, en dessous, d'une apophyse mdiane trs-saillante, sans prolongement antrieur; la dernire pice, ou xiphode, est assez longue, termine par un appendice cartilagineux discode. Le thorax est remarquable par sa largeur, presque gale sa longueur, par sa forme conique et par le peu d'tendue des hypocondres. La longueur des membres antrieurs, depuis leur racine jusqu' l'extrmit du plus long doigt, est celle du tronc en totalit, au moins comire 4 est 1, ce qui donne l'envergure huit fois au moins la longueur du corps. L'paule est remarquable par l'tendue des aeux os qui la constituent. L'omoplate a une forme ovale un peu allonge, le bord dorsal ga- lant au moins le bord axillaire, et comprenant la plus grande partie du bord antrieur par l'arron- dissement de l'angle cervical; les faces externe et interne sont chacune partages en deux grandes fosses. La clavicule est presque aussi longue que l'omoplate, en sorte qu'elle porte le moignon de l'paule fortement en avant et en haut; elle est, en outre, robuste, comprime, arque, dans toute sa longueur, de manire ressembler une petite cte qui n'aurait qu'une seule courbure. L'humrus est trs-long, courb en forme d'S presque droit; sa tte est ovale, un peu comprime; la crte dellodienne est saillante, tranchante; son corps est arrondi, sans crte, si ce n'est vers son extr- mit infrieure, qui s'largit subitement. L'avant-bras n'est rellement compos que du radius, le cubitus tant rudimentaire, comme cela a galement lieu aussi dans les Ruminants. Le radius est des deux tiers plus long que l'humrus, et plus mme que la colonne vertbrale tout entire, sans y com- prendre toutefois la tte .- arrondi et lgrement arqu dans toute son tendue, sans crte ni rugo- sits d'insertion musculaire; il ne prsente l'extrmit suprieure qu'une cavit articulaire un peu oblique, assez large, tandis que son extrmit infrieure est moins large, sillonne en dessous par des gouttires troites pour le passage des tendons des muscles extenseurs, et termine, en avant, par une large gouttire articulaire. Le cubitus se prsente comme un os stylode plac tout fait CARNASSIERS. 51 la partie postrieure du radius. Le carpe n'est qu'un nud fort court, mais trs-compliqu par les profondes enchevtrures des os trs-anguleux qui le constituent. La main est trs-dveloppe, quoique prsentant, dans sa composition, tous les caractres des Mammifres levs de la srie zoologique. Il y a constamment cinq doigts; le pouce jouit d'une libert et d'une tendue de mou- vements qui ne se voit que dans les Quadrumanes; quant aux autres doigts, ils varient dans leur longueur relative, et, dans le Vamj)ire, le mdian est le plus long, puis le cinquime, le quatrime, et enfin le deuxime, qui est le plus court aprs le pouce. La forme et le nombre des mtacarpiens, ainsi que des phalanges, varient suivant les genres. La dernire piialange du premier doigt tant toujours plus ou moins rudimentaire et cartilagineuse, il devient trs-difiicile, et souvent impos- sible, de la reconnatre quand elle existe; ce qui n'a pas toujours lieu. Les membres postrieurs sont jtlus faibles et plus grles que les antrieurs. Le bassin est gnralement assez troit; l'ilon de fornie presque cylindrique; le pubis court, assez large, et l'ischion en forme de demi-anneau. La cavit cotylode est parfaitement circulaire, assez profonde. Le fmur gale les trois quarts de l'hu- mrus; son corps est droit, cylindrique, trs-grle; sa tte est sphrodale, et l'extrmil infrieure peu dilate. La jambe est, comme l' avant-bras, incomplte, mais, sa partie suprieure, au con- traire de ce qui a lieu dans celui-ci, o c'est la partie infrieure. Le tibia gale l'humrus en Ion gueur; il est droit, cylindrique, trs-grle, assez renfl, triqulre, un peu comprim l'extrmit su[)rieuro, ainsi qu' l'infrieure. Le pron est rduit l'tat stylode; mais sa partie acicule est suprieure, et sa partie rentle est, au contraire, infrieure. Le pied, en totalit, n'gale pas la septime partie de la main; il est essentiellement plantigrade, et les cinq doigts dont il est tou- jours pourvu sont peu prs gaux en force et en longueur, et tous dirigs en arrire par suite de la direction du fmur dans son articulation coxale. Le tarse est peine plus long que le carpe; l'astragale forme une saillie convexe au ct externe, dans laquelle le corps du calcanum se place, de manire que ces deux os sont articuls la fois avec ceux de la jambe, le tibia avec l'astragale, et le pron avec le calcanum. Les autres os du tarse ont des formes variables. Les mtatarsiens sont courts, presque gaux, dcroissant cependant graduellement un peu en longueur du premici au dernier. Le pouce n'a que deux phalanges, et la premire est deux fois plus grande que sa correspondante aux autres doigts, o elle dcrot du deuxime au cinquime. Les phalanges on gualcs, Irs-comprimes, presque gales, sont proportionnellement assez longues, arques, pais- ses, et un peu largies la base dejeur bord infrieur, o elles forment une sorte de talon. Les os ssamoides sont trs-peu nombreux dans les Vcspertilioniens. Quoique trs-petit, et de forme trs-variable, l'os pnien existe dans un certain nombre d'espces de cette tribu, et il manque dans un certain nombre d'autres. Quelques diffrences ostologiques se voient dans la srie des genres : celles que prsente la tte sont surtout intressantes tudier. Chez les Stnodermes, la tte est en gnral plus courte, plus ramasse. Dans les Desmodes, elle est remarquable par la petitesse de la face et du palais, et par la manire brusquement pointue dont la mchoire suprieure se termine. Dans lesGlossophages, la tte est plus grle et plus allonge. Les Mgadermes ont la tte encore plus raccourcie et en mme temps devenant comme huileuse cause de la grande minceur de ses parois. Les Rhinolophes etlesRhino- pomes ont toutes les parties du squelette encore plus grles et plus tnues; la tte, spcialement^ est plus huileuse au crne, plus raccourcie et plus tronque la face, avec un large aplatissement de la rgion fronto-nasale et un dveloppement singulier des sinus maxillaires. Les Vespertilions ont une forme de tte un peu variable suivant' les espces, mais gnralement plus allonge que dans les genres nomms prcdemment, et la crte sagittale est assez prononce. Les Taphiens et les Nocti- lions, sous ce point de vue anatomique, sont intermdiaires aux Uhinopomes et aux Vespertilions : les Molosses s'en rapprochent aussi et ont une tte courte, rtrcie en arrire vers l'orbite, et des niAchoires allonges. L'analomie de ces animaux n'est pas compltement connue, sauf l'ostologie, malgr les travaux importants qui ont t publis sur ce sujet. Nous ne nous en occuperons pas ici, et nous dirons seu- lement ce que l'on pouvait prvoir a priori, que les muscles qui servent la locomotion arienne sont notablement dvelopps, tandis que ceux de la locomotion sur le sol le sont peu. Les membres antrieurs, l'exception du pouce, sont revtus et runis par une membrane, ce qui en fait de vritables et puissantes ailes. Les membres postrieurs sont aussi envelopps dans la ,>z l HISTOIRE NATURELLE. membiane alaire, laquelle nat l'paule, se prolonge le long de l'avant-bras, de l'index et du deuxime doigt, qui est le plus long, en laissant le pouce libre, passe de l au tarse en enveloppant tous les autres doigts, eu remplissant l'intervalle qui les spare et en s'attachant le long des flancs, elle vient enfin se terminer la queue, qu'elle embrasse plus ou moins. On sent que de l'tendue de leur membrane et des parties des membres qui en font la limite dpend l'tendue du vol de ces animaux. Lorsque le Cbiroptre est en repos, les dernires phalanges des ailes se replient de di- verses manires, suivant les espces, et, par la seule disposition des ligaments, tous les doigts se rapprochent, de manire que les ailes enveloppent quelquefois le corps entier de l'animal La queue existe loujours; mais elle est plus ou moins distincte, plus ou moins enveloppe dans la membrane interfmorale et plus ou moins dveloppe, suivant les genres, quelquefois trs-courte cl d'autres fois au contraire trs-allonge. Les organes des sens sont trs-variables et offrent des modifications parfois singulires; ils don- nent, avec les diffrences que prsentent les dents, les caractres les plus propres diviser ces animaux et les runir en groupes naturels. La petitesse de leurs yeux, cachs quelquefois par les oreilles et entours de longs poils, devait borner singulirement leur vue; aussi a-t-ou suppos que la i)rsence des corps leur tait rvle par un autre sens, ainsi que nous l'avons dj dit en rappor- tant les expriences de Spaltanzani. Les oreilles sont plus ou moins dveloppes; les conques audi- tives sont, en gnral, plus grandes que chez les Roussettes, et les oreillons sont parfois trs-grands, ainsi que cela a lieu surtout dans le genre Oreillard. Le nez est quelquefois simple, quelquefois complexe ou creus par une cavit; chez les Rhinolophes, et dans d'autres groupes, il offre la partie suprieure des feuilles plus ou moins compliques et sur lesquelles nous reviendrons, car elles donnent aussi de bons caractres gnriques. Le poil est doux, gnralement de couleur brune, tirant tantt sur le gris ou le noir, tantt sur le roux. Les membranes des ailes et de la queue, ainsi que les oreilles, sont peu prs nues, et il y a peu d'exceptions cette rgle. La bouche est assez peu fendue. Les lvres prsentent des modifications plus ou moins essen- tielles, et elles ont une double fissure chez les Noclilions. La langue est rude et papilleuse. Les in- testins sont plus courts que ceux des Roussettes, ce qui tient au genre de nourriture qu'ils prennent. Tous les Vespertilioniens sont insectivores, et quelques-uns d'entre eux s'attachent aussi aux animaux pour en sucer le sang; le Vampire en est l'exemple le, plus marquant. Ils sont crpuscu- laires ou nocturnes, trs-rarement diurnes et comme par exception, et passent le jour cachs dans les lieux obscurs, dans les vieux difices, les fentes des rochers, les troncs des arbres, etc. Ils mar- chent avec peine et ne vont sur le sol qu'en se tranant. Leur vie est essentiellement arienne, et c'est en volant qu'ils attrapent les Insectes dont ils se nourrissent. Lorsqu'on saisit ces animaux, ils se dfendent avec un grand courage et cherchent mordre. Relativement aux Roussettes, ils sont de petite taille, car leur envergure ne dpasse gure 0'",55 et est mme souvent moindre. Les organes gnitaux consistent, chez les mles, en une verge pendante et en testicules trs- gros; les femelles ont un vagin trs-simple. Les mamelles sont au nombre de deux ou de quatre: dans ce dernier cas, qui est assez rare, il y en a deux inguinales et les deux autres sont toujours pectorales. La femelle ne produit gnralement la fois qu'un seul petit; on a pu cependant obser- ver qu'elle en avait quelquefois deux par porte. Les petits naissent totalement nus et aveugles; ils sont soigns tendrement par leur mre, qui les transporte sus[)endus par la mamelle qu'ils su- cent, et fortement attachs son corps au moyen des crochets qui garnissent leurs pouces. Quel- quefois plusieurs femelles se runissent dans le mme trou pour dposer leur progniture et pour l'y lever, et, si on enlve leurs petits pour les placer dans un lieu o elles puissent se rendre sans danger, on les voit bientt y voler pour les allaiter. Les Vespertilioniens semblent, ainsi que nous l'avons dit, se nourrir exclusivement d'Insectes; il est vident qu'ils ne peuvent se trouver que dans les lieux o ces articuls .-.e rencontrent pendant tout le cours de l'anne, ou sinon ils doivent entrer dans une torpeur hibernale plus ou moins pro- longe. C'est ce qui a lieu dans les espces de nos climats, qui passent la froide saison dans un tat de lthargie peu prs complet. Eu outre, il n'est donc pas tonnant de voir que les Chauves-Souris, assez petites et peu communes dans nos rgions septentrionales, se rencontrent au contraire en grand nombre d'espces trs-varices,, et souvent d'assez grande taille, dans les pays inteiliopicaux, sur les CAP.NASSSIEUS. Tm bords des grands fleuves. Toutefois les espces paraissent limites des contres plus ou moius cir- conscrites, et il en est de mme des groupes gnriques vritablement naturels. Les Pliyllostomes et les Sliiodermes semblent n'exister que dans l'Amrique mridionale, sur les deux versants des Cordillres et jusque dans la Caroline. Les Mgadermes sont au contraire, tous sans exception, des parties les plus chaudes de l'ancien continent, aussi bien en Afrique qu'en Asie. 11 en est de mme des Rhinolophes, dont TEurope possde mme deux espces rpandues jusque dans ses parties les plus septentrionales. Les Rhinopomes et les Nyctres se trouvent exclusivement dans les parties chaudes de l'ancien monde. Il n'en est plus ainsi des Taphiens, qui sont des deux continents, bien qu'on n'en connaisse pas en Europe. LesNoctilions redeviennent amricains; mais les Molosses sont de presque toutes les parties du monde; il en existe mme une espce dans les partieschaudesde l'Europe, sur les bords de la Mditerrane, et les espces amricaines en ont t distraites pour former le genre Nyctinome. Les Emballonures semblent uniquement propres l'Amrique. Les nombreuses espces du genre Yespertilion proprement dit sont dissmines dans toutes les parties du monde, depuis la Nouvelle-Hollande jusqu'en Norwge, et l'Europe en possde une vingtaine. Au reste, nous ferons observer que les Vespertilioniens sont au nombre de ces espces animales que l'homme transporte avec lui et qu'il peut rpandre dans tous les climats avec les navires dont il fait usage : c'est peut-tre une circonstance semblable, ainsi que le fait remarquer De Blainville, qu'est d le fait d'un Oreillard {Vespcrniio auriius, Linn), rapport, dit-on. de la Nouvelle-Hollande par Prou et Lesueur, et qui ne diffrait en rien de celui de nos contres. On connat un certain nombre de dbris fossiles de Vespertilioniens, mais l'on comprend que, comme ces animaux, et principalement les espces europennes, peu prs les seules tudies sous ce point de vue, sont d'une petite taille, et que leurs os sont trs-fragiles, les traces qu'ils ont lais- ses dans le sein de la terre n'ont pu tre aperues que depuis que l'attention des naturalistes s'est porte d'une manire plus spciale sur les fossiles en gnral. Ces traces ne consistent que dans une partie plus ou moins considrable des os du squelette, ou dans leurs empreintes, lorsque les os, par une cause quelconque, ont disparu. Les premiers ossements fossiles signals l'ont t en 1805 par Kurg; ils doivent probablement se rapporter au Vcsperlilio murinus et proviennent de la Souabe. G. Cuvier, en 1822, a indiqu une portion assez complte de squelette, dcouverte dans les couches de gypse du terrain tertiaire de Montmartre, et qu'il a nomm Vespert'dio Parisicnsis, et De Blain- ville, qui le dcrit dans son Ostographe, le regarde comme trs-voisin, sinon identique, avec le Vcsperlilio serotinus. M. Richard Owen a observ des molaires d'une grande espce fossile de Chi- roptres insectivores, provenant de l'argile de Londres. D'autres dbris de Vespertilioniens ont t indiqus dans le diluvium, soit clans les cavernes, soit dans les brches osseuses, en Saxe, par M. de Munster, aux environs de Kostritz; en Sardaigne et en France, auprs d'ntibes, par Wagner; Lige, par M. Schmerling, comprenant des fossiles de Rfnolophus fcrrum-cquinus et de Vcspcr- tilio mystacinus et serotinus; en Angleterre, par Mac Leay; en Russie, par M. Eischer de Waldheim, et enlin rcemment en France, dans le dpartement de l'Aude, par M. Marcel de Serres, et en Auver- gne, par M. Bravard. De sorte que, dans l'tat actuel de nos connaissances sur les ossements fossiles de Chauves-Sou- ris, l'on peut, avec De Blainville, tirer les conclusions suivantes : T des animaux de l'ordre des Chiroptres, et exclusivement de la tribu des Vespertilioniens, existaient dans nos pays avant la formation des terrains tertiaires moyens de nos contres europennes, puisqu'on en a trouv des restes indubitables dans la formation gypseuse des environs de Paris; 2" ces animaux taient trs- probablement contemporains des Anoploilierium et des Palothcriiun; 5 ils ont continu d'exister sans interruption depuis ce temps jusqu' nous, et cela dans toutes les parties de l'Europe, puis- qu'on en a rencontr des restes dans le diluvium des cavernes et des brches osseuses; 4 ces Chauves-Souris si anciennes ne diffraient que fort peu, si mme elles diffraient, des espces ac- tuellement vivantes dans les mmes contres, do l'on peut induire que les conditions dexisience qui leur sont ncessaires aujourd'hui taient les mmes cette poque plus ou moins recule de celle laquelle nous vivons, et que par consquent il n'y a rien de chang dans l'ensemble de ces circonstances, ou du moins que ces changements ont t trs-peu importants et dans des limites de variations dont les maxhua et les viinima oscillaient comme aujourd'hui, sans influence apprciable sur les corps organiss. r,i * IlfSTOlP.E NATUREflE. Toutes les espces de cette iribii taient runies par Linn dans son genre Vespertilio, dans lequel toutefois il forme le groupe gnrique des Noclilio, et il y comprenait mme les Roussettes, qui n'ont t distingues que par Brisson. Etienne Geoffroy Saint-Ililaire a commenc crer plusieurs genres particuliers et en a dfinitivement loign les Pteropns pour en faire une tribu distincte. Les genres qu'il y a admis sont ceux des Phyllostome, Rliinolophe, Mgaderme, Stnoderme, Molosse, Nycti- nome, Tapliien, Myoptre, Noctilion, Nyctre, Rhinopome, Vespertilion, Oreillard, Vampire et Glos- sophage. Mais le nombre des espces devenant tous les jours de plus en plus considrable, puis- qu'on en dcrit aujourd'hui prs de trois cents, le nombre des genres a d aussi augmenter, et cela mme dans une proportion plus grande. C'est ainsi qu'on peut en compter prs de quatre-vingts qui ont t fonds par iliiger, Leach, Fr. Cuvier, Savi, Kuhl, Keyserling, Spix, Kaup, etc.; et, plus rcemment, par MM. Isidore Geoffroy Saint-Iiilaire, Gray, Temminck, Ch. Bonaparte, Alcide d'Orbi- gny, Gundlacb, Neuwied, etc. Sans chercher indiquer les diverses classifications proposes pour les animaux qui nous occu- pent, nous nous bornerons dire quelques mots des principales. Fr. Cuvier adopte la tribu des Vespertilioniens, qu'il indique sous le nom de Cliauves-Sours, et, dans le Dictionnaire des Sciences naturelles, 1829, il la partage en trente genres. G. Cuvier [Rgne animal, 1829) divise les Chiroptres en deux grands genres : les Roussettes et les Vespertilions; et, dans ce dernier, il place un nombre assez considrable de sous-genres qui correspondent en partie aux genres d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire. De Blainville (.4j?/t's franaises et lranger es d' Anatomie et de Physiolojie, 1837) n'adopte pas cette tribu, et il fait de ces Carnassiers trois sous-familles distinctes : celles des Plujllonijctres fy\x Vampires, Loplwnyctres ou Bliinolopliiens, et Lionijetres ou Citaiives-Sonris normonyctrcs. Le nombre des genres est pour lui trs-peu considrable. M. Gray [Magazine of Zoologij and Botanij, volume second, iSoS) forme, dans sa famille des Vesperiilionid, qui comprend tous les Chiroptres, cinq tribus qu'il nomme : PInilloslomina, Rhinolophina, Vesperlilionina, Nociilionina et Pteropina, les deux premires constituant la divi- sion primairedes IsTionioni de Spix, et les trois dernires celle des ANisTiornoRi; il y comprend un trs-grand nombre de genres. Il en est peu prs de mme de M. Ch. Bonaparte; seulement, les coupes gnriques sont encore beaucoup plus nombreuses. Dans la plupart de ses ouvrages, publis dj assez anciennement, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, dont nous ferons connatre la classification d'aprs l'article Mammifres que M. Baudement a insr dans le tome VII du Dictionnaire universel d Histoire naturelle, 1846, partage les Chiroptres que nous tudions, et qui, joints aux Roussettes et aux Galopithques, forment pour lui un ordre parti- culier, en quatre familles: Premire famille. Les VESPERTILIONIDS, dont les expansions membra- neuses latrales constituent de vritables ailes, dont les lvres offrent la disposition ordinaire, et qui n'ont de phalange onguale aucun des doigts de l'aile. Premire tribu. Tapiiozoiens. Ncl .simple; membrane interfmorale peu dveloppe; queue courte. Genres : Tapliien, Embllo- mire, etc. Deuxime tribu. Molossiens. Nez simple; membrane interfmorale peu dveloppe; queue longue, demi enveloppe. Genres : Pdimane, Myoptre, Molosse. Nyetinome, Dinops. Troi- sime tribu. Vespertiliens. Nez simple; membrane interfmorale peu dveloppe; queue trs-dve- loppe. Genres : Vespertilion, Nycticce, Lasyure, Oreillard, etc. Quatrime tribu. Nyctriens. Nez creus dune cavit. Genre . Nyctre. Cinquime tribu. RuhNOLOi'HiEjis. Nez surmont d'une feuille. Genres : Rhinopome, Rliinolophe, Mgaderme, etc. Deuxime famille. NOCTILlOiMDS, chez les- quels les expansions latrales constituent de vritables ailes, qui ont une double tissure labiale, et ])halange onguale manquant tous les doigts. Genre : Noctilion. Troisime famille. VAMPIBIDS, prsentant des expansions membrai;euses latrales constituant de vritables ailes, ayant une pha- lange onguale au doigt mi-dius de l'aile, et dont les dents offrent la disposition ordinaire. Pre- mire tribu. ST.NODEiijiiii.Ns. Nez simple. Genre : Stnoderme; et seconde tribu. Puyli,osomiins. Nez surmont d'une feuille. Genres : Glossopliage, Vampire, Phyllostome, etc. Quatrime famille. hESMODlDS, chez lesquels les expansions latrales constituent de vritables ailes, dont les dents de la mchoire suprieure sont trs-grandes, fortement comprimes, et dont le mdius de l'aiie pr- sente une phalange onguale Myrmecobius >an'*cs- l'I. 5 CAUNASSlliUS. 35 Nous suivrons presque compllenienl la (lassification de M. Isidore Geoffroy Sainl-Uilaire, qui nous semble la plus naturelle de celles qui ont ete proposes : seulement, pour nous, les familles seront des sous-tribus et les tribus de simples divisions. D'aprs cela, la tribu des Vespertilionieus sera partage en quatre sous tribus, celles des Vesper- tilionkls, Noctilionids, Vamp'irids et Dcsniod'ulcs. PREMIERE SOLS-TI\llll). VESPiaiTILlOiMDS. VESPEUTILIONIDJE. Isidore Geoffroy Saint-Hiiaire. Expansions membraneuses latrales constitnanl de vriabks ailes. Lvres offrant la disposition ordinaire. Phalange ongiiale manquant tous tes doigts de l'aile. Cette sous-tribu, la plus nombreuse de toutes celles de la tribu des Vespertilioniens, comprend des espces chez lesquelles le nez est tantt simple, tantt creus d'une cavit et tantt surmont d'une feuille. On la partage en cinq divisions : celles des Molossiens, Taphozoens, Vespcrtiliens, Nijctriens et RInnolophiens MOLOSSIENS. MOLOSSII. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Nez simple. Membrane interfmorale peu dveloppe. Queue longue, demi enveloppe. Cette division correspond la deuxime tribu de la famille des Vespertilionids de M. Isidore Geoffroy Saint-Uilaire. Les genres qu'on y range sont propres toutes les parties du monde, et l'un d'eux, celui des Dinops, est exclusivement particulier l'Europe. Les principaux groupes sont ceux des Molosse, Pdimane, Dinops, Nijcnnome. et Myoplcre. Nous y joindrons, mais avec doute, les genres Centu- rion et Pteronote de M. Gray. 1" GENRE. MOLOSSE. MOLOSSUS. Et. Geoffroy Saint-Hilaire, 1805. Annales du Musum, t. VI. Nom d'une espce applique au genre. CARACTRES GNRIQUES. Tte grosse, museau trs-large et renfl, et face en partie dpourviie de poils, ne prsentant pas d'appendices membraneux. Systme dentaire : incisives, |; canines, {^; molaires, |e|, se/on Fr. Cuvier, et |^ selon Et. Geof- froy; incisives de grandeur moyenne, bifides, convergentes far leurs pointes, et lgrement cartes 30 niSTOIl'.E NATURELLE. leur base : les infcr'iciires irs-peliles, situes en avant des canines, comme repoiissves par celles-ci, et aijant leur tranchant garni de deux petites pointes; can'mcs suprieures grandes: inf- rieures touchant h la base tnterne, pointe djetc du ct extrieur; les vraies molaires cou- ronne large et hrisse de pointes : les fausses molaires, situes en avant de celles-ci. n'ayant qu'une ou deux pointes seulement. Oreilles grandes, runies du ct interne par la. base; oreillon petit, rond, pais, extrieur. Yeux petits. Narincs^un peu saillanles, ouvertes en avant, h orifice entour d'un petit bourrelet Membranes moijennes : iinter fmorale assez troite, termine carrment. (Jiieue h extrmit libre; le reste de son tendue tant plus ou moins engag dans la membrane. Fin. \2. Molosse Je tleotlVov. C'est eu I8O0 qu'Eiienne Geot'fioy a distingue ce genre de celui des Vespertilio de Linn, aussi le nom de Dgsopes (^ugittsw, j'inspire l'horreur par mon aspeci), qui ne lui a t appliqu qu'en 1811 par Illiger {Prodi'omus systematicus Dlammalium et Avium), doit-il tre rejet, quoique quel- ques zoologistes aient cru devoir l'adopter. On a depuis form plusieurs groupes aux dpens des Molosses, mais ils ne diffrent pas assez notablement de ce genre pour que nous les indiquions; nous citerons seulement les Tbyroptera (jpa. ouverture; T^Tsacv, aile), fonds par Spix {Simi et Vespertil'ones Brasilicnses, 1825) avec le Molossus aeuticaudatus, A. G. Desmarest {T. tricolor, Spix), Les Molosses sont des Chiroptres de moyenne taille, qui tous appartiennent l'Amrique mri- dionale, et qui, par leurs habitudes naturelles, ne paraissent pas diffrer de nos Vesperlilions eu- ropens. 11 est facile de reconnatre ces animaux; leur physionomie farouche, leur tte grosse et leur mu- seau trs-large, les a fait comparer un Doguin. La tte est, en outre, paissie par les oreilles qui, penches et presque couches sur les yeux, paraissent devoir plus servir protger l'organe de la vue qu' favoriser la perception des sons; elles naissent trs-prs de la conmiissure des lvres, et, aprs stre portes derrire le trou auditif, elles reviennent se runir en avant sur le front. Les Molosses vivent dans les souterrains et les cavernes profondes, o ils se tranent; ils se cram- ponnent l'aide de moyens de prhension trs-vigoureux. Et. Geoffroy n'en indiquait que neuf espces; M. Temniinck et d autres naturalistes en ont fait connatre plusieurs nouvelles, aussi, aujourd'hui, en dcrit-on plus de vingt. Mais on est loin de les connatre toutes assez compltement pour pouvoir affirmer qu'elles constituent rellement toutes des espces distinctes, et il est probable qu'on devra, plus tard, en rayer un certain nombre du catalogue mammalogique. Les plus distinctes sont : C.UISASSIKHS 57 1. MOl.OSSE, 1" MllLUT VOLANT. Daubuntcii. MOLOSSIIS FVSClVEiMLIl El- GeuHVoy Siiiil-lliliiire. Caractiies spcifiques. l'elage trun cendr brun en dessus, cendr ])lus clair en dessous, except le ventre, qui est brun son milieu; corps et tte ayant 0"',60 de longueur; queue dpas- sant lgrement la membrane interfmorale. Ce Molosse, qui, selon \. G. Desmarest, est le vritable VespcrtUio molossiis de Linn, se trouve la Martinique, et ne diffre que trs-peu du deuxime Mui,ot volant de Daubenton (Molossiis longi- cuudaus, Et. Geoffroy), qui habite le mme pays. 2. MOLOSSE VLOCE. MOLOSSUS VEI.o.X. Temmiii(.k. Carac'iiiks si'KciFiQUF.s. Fclagc trs-court, lisse : les poils d'une seule couleur partout; mem- branes des flancs poilues en dessus comme en dessous; corps, en dessus, d'un brun marron trs- fonc et lustr; en dessous, d'un marron un peu plus clair et mat : tous les poils unicolores. En- vergure : 0'".28. Ce Molosse, dans lequel la plus petite moiti seulement de la queue est libre, habite le Brsil, et le Mexique suivant Lesson. r>. MOLOSSE OBSCUn. MOl.OSSVS OBSCUnUS. El. GeptTroy Suint-Hilaire Caiiactues spcifiquks. l'oils de deux couleurs : en dessus, d'un brun noirtre, base blanche; aux parties infrieures, d'un brun cendr, base galement blanche; des soies aux bords des lvres, mais celles-ci lisses. Envergnre : 0'",26; taille de la Barbastelle. Cette espce est commune dans l'Amrique mridionale, et a t signale au Brsil, la Martini- que, dans l'le de Cuba, Surinam, etc Parmi les autres espces du mme genre, nous citerons le Molosse a lauge qi'eue (Molossus am- plexicnudnins, Et. Geoffroy), que Buffon, d'aprs le pays qu'elle habite, nommait Chauve-Souris de la Giufctne; le Molosse Alecto {Molossus Alecto. Temminck), du Brsil; \es Molossus riu/osus, Aie. D'Orbigny, de l'Amrique mridionale, et Moxensis, Alcide D'Orbigny, de Bolivie, etc. Nous laisserons provisoirement dans le mme genre le Dijsodcs mops, Fr. Cuvier, dont on a fait le type sous la dnomination de Mops Indicus, du genre Mors. Le systme dentaire de ce Chiro- ptre est compos de : incisives, i; canines, {^[; molaires, |^. dont | ":;:";' l "::" ; les incisives suprieures sont rapproches, allonges et elliptiques. 11 habite l'Inde continentale. '^' GENBE. - l'DIMANE. CHEIROMELES. Horsiield, 1823 Zoological rirsearclit'S. Xaip, main; p.Xo;, membrane. CAllACTRES GNRIQUES. Sfisthiie dciila'nc : incisives, |; canines, j-r-'; molaires. ^I-^ l^ieds en forme de mains; le cinriuime doifjl opposable et remplissant les fondions de pouce. 38 IllSTOlUE NATURELLE. Une pete touffe de poils l'insertion des ongles. Mnseau conique, sillonn, prsentant trois ranges de verrues supportant des poils. Membranes alaires amples, se prolongeant sur les flancs jusqu'aux genoux seulement. Membrane interfmorale troite, retenant la queue dans son tiers suprieur. Queue conique, annele. Fis. 43. Pdimane caudalaire Ce genre, form aux dpens des Molosses, propre l'archipel indien, ne renferme que deux es- pces seulement, dont la plus importante est la suivante. PDIMANE CAUDATAIRE. CHEIROMELES CAVDATUS. Temminck. Caractres spcifiques. La tte, le corps et les membres, sont glabres et couverts d'une peau noire, paisse, et formant de gros plis. La tte est courte et obtuse; les lvres trs-paisses, et le museau en groin; les oreilles grandes, paisses et non bordes. De gros plis, sur le devant du cou et LEE^STr.e Fig. 14. Pdimane ciiudatiiirc. CMINASSIKRS. 39 de la poitrine, cachent une ouverture d'o s'coule une matire onctueuse trs-odorante. Tout le dessous du corps est bruntre et couvert d'une peau rugueuse. Les membranes alaires prennent at- tache, non aux flancs, mais sur le dos. Envergure O^jGO. L'odeur que rpand cet animal est si forte, qu'elle persiste mme aprs une longue macration dans l'alcool. M. Millier raconte qu'un peintre, qu'il avait charg de dessiner un Pdimane vivant, eut beaucoup de peine finir ce travail, parce qu'il eut des nauses, accompagnes de vertiges et de cphalalgie. M. Temniinck pense que c'est l'aide de cette odeur que ces animaux assez rares peu- vent se retrouver et se runir dans les grottes obscures qu'ils habitent. Us ne sortent de leur retraite que le soir, et volent pniblement. On les rencontre surtout dans les lieux boiss et sauvages de Java, Sumatra et Borno. 5"" GENRE. - CENTURION. CENTURIO. Gray, \SU. Voyage of Sulphur. Mammalia. Centurw, Centurion. CARACTRES GNRIQUES. Sijstcme dentaire : incisives, |; canines, -{^{; molaires, fE|; les incisives sont petites : les sup- rieures coniques, cartes, et les infrieures serres, tronques; les canines sont (pandes. Tte cfrande. Face lisse, couverte de diverses plaques symtriques. Menton saillant. Lvre cilie l'angle de la bouclie. Narines spares, places de chaque ct d'une plaque triangulaire, presque cordiformes. Ailes grandes, avec un large pli oblique la base du bord suprieur de la conque : lobule conique, droit, aigu, denticul. Membrane interfmorale profondment chancre. Calcanum court, fort. Pieds grands, runis l'aile la base du doigt interne; pouces gaux; membrane se dveloppant entre les doigts internes; doigt du milieu ayant quatre phalanges; pouce allong, grle, a phalanges courtes, aplaties. Fis. l. CenliJi'ion vieux. Ce genre singulier, qui n'est probablement pas ici sa place vritable, offre quelques rapports avec les Molosses, mais en mme temps ressemble aux Mormoops et aux Phyllostomcs. On n'en indique qu'une seule espce. 40 IllSTOinE NATUHl':iJ.R CENTURION VIEUX. CENTUlilO SENEX. Gray Caractres spcifiques. Pelage d'un brun ple, compos de poils blanchtres la base, plus ples la pointe; les touffes des pauletles petites, d'un blanc pur; ailes, prs des avant-bra et des cuisses, couvertes de poils; membrane, situe entre Tiiulex et le doigt du milieu, faible. Provient probablement d'mboine. 4"- GE^M^.R. ^ l'TP.ONOTE. PTEnoy(rri]S. Gray, iSii. V(iy;ij,'i' (if Sulpliiir. Maninuilia. riTspov, aile; vtorc;, dos. CAnACTRES GNRIQUES. Oreilles latrales. Menton avec deux ctes membraneuses, transverses. Pieds libres. Ce genre, qui n'a t qu'indiqu par M. Gray. est loin d'tre suffisamment connu : aussi ne lui donnons-nous peut-lre pas la place qu'il doit occuper dans la srie. Le type est le Pleronotus Davyi, de Trinidad. S""^ GENRE. DINOPS. DimPS Savi. 1826. lii novo Gioinalp di Pisa. Aeivc terrible; (oi, il CARACTRES ONRIQUES. Systme dentaire: incisives, |; canines, i^; molaires, j^. Oreilles runies et tendues sur le front. Queue enveloppe, dans sa premire moiti, par la membrane inter fmorale. Le genre DJwop, cr aux dpens de celui des Molosses, dont il-ne diffre pas d'une manire trs-notable, ne renferme qu'une seule espce. DINOPS l>E CESTONI. DINOPS CESTOMI, Savi. Caractres sf'cifiques. ^- Corps couvert de poils pars et doux, dungris brun tirant lgrement sur le jauntre, un peu plus bruns seulement sur le dos; les ailes d'un brun noir; le museau, les l- vres et les oreilles, noirs : celles-ci grandes, arrondies, un peu chancres vers leur bord externe; queue longue, d un brun noir. Cette espce, laquelle A. G. Desmarest rapporte, mais avec doute, le Ceplialotcs Ktniotis de Ha- linesque, est du nombre assez peu considrable des Chiroptres europens. On la trouve en Sicile, et on l'a galement observe aux environs de Pise CARNASSIERS. 41 G-"^ GENiiE. - NYCTINOME. NYCTINOMUS. Et. Geoffroy Saint-Hilaiic, 1810. Description de l'Egypte, Histoire naturelle, t. II. Nu, nuit; vofio, demeure. CARACTRES GNRIQUES. Siistme denlare : incisives, |; canines, -^^, molaires, |^^; les incisives suprieures sont coni- ques, concjus : les infrieures trs-petites, serres dans l'alvole; les deux premires molaires sont simples, et les autres plus fortes, couronne hrisse de pointes aigus. Nez confondu avec la lvre, qui est profondment fendue et ride. Ailes grandes; ponce court; l'indicateur sans phalanges; le mdian en ayant trois; l'annulaire et le petit doigt n'en prsentant que deux. Pieds couverts de longs poils. Queue longue, enveloppe par une membrane interfmorale moyenne. Ce genre, cr par Et. Geoffroy, se rapproche beaucoup de celui des Molosses, auquel M. Teni- minck le runit, et dont il ne diffre que parce qu'il a deux incisives de plus la mchoire infrieure, que ss pieds sont velus, sa lvre ride, et ses membranes bordes de poils. LesNyctinomes ont les mmes murs que les Molosses. On n'en connat qu'un petit nombre d'es- pces, six ou sept, qui sont propres l'Asie et l'Afrique. Les deux que l'on peut prendre pour types sont : 1. NYCTINOME DU BENGALE. NYCTINOMUS BENGALENSIS. Et. Geoffroy Saint-Ililaire. C.\RACTRES SPCIFIQUES. Pclagc roux cu dessus, brun en dessous; la membrane des ailes borde d'un lisr de poils trs-prs des flancs; queue longue, forte. Envergure : 0^,2b. Celle espce, que Buchanan nommait Vespertilio plicalus, habite le Bengale. 2. NYCTINOME D'EGYPTE. NYCTINOMUS MGYPTIACUS. Et. Geoffroy Saint-Hilaire. Caractres spcifiques. Pelage d'une coloration rousse en dessus, et brune en dessous; la queue est grle; la membrane interfmorale n'enveloppe que la moiti de la queue, et n'a point de brides membraneuses; elle est garnie d'un lisr de poils trs-pais prs des flancs. De la taille de nos espces europennes. Envergure : 0'",26. Cette espce a t trouve en Egypte, dans les tombeaux et les souterrains des grands difices abandonns. Nous nommerons encore les Nyctinome de Port-Louis [Nyctinomus acetabulosus, Et. Geoffroy) des les Bourbon et Maurice, et Nyctinome de Ruppell {Dysopes Ruppellii, Temminck), d'Egypte. 4* 42 HISTOIUE NATURELLE. 7""" GENRE. - MYOPTRE. MYOPTERIS. Et. Geoffroy Saint-IIilaire, 1814. Description de l'Egypte, Histoire naturelle, t. II. Mu;, rat; TTrspcv, aile. CARACTRES GNRIQUES. SD-slme dentaire : incisivts, |; canines, |i}; molaires, j^; les incisives suprieures sont sim- ples, pointues : les infrieures sont hilobes; les molaires ont des tubercules aigus. Nez simple, sans feuille ni membrane. Museau gros. Chanfrein mplat. Oreilles larges, latrales, distantes, avec un oreillon interne. Membrane inter fmorale mojjenne, n'enveloppant que la moiti ae la queue. Les Molosses, qui sont trs-voisins des Myoptres, en diffrent principalement en ce que leurs larges oreilles sont runies, que leur oreillon est externe, et que leur chanfrein est convexe. Les Taphiens, quoique aussi assez rapprochs de ces Chiroptres, s'en loignent nanmoins parce qu'ils ont quatre incisives infrieures au lieu de deux, que leur mchoire suprieure est dpourvue entirement de cette sorte de dents, et aussi parce que leur membrane interfmorale est pliis vaste que la leur. On n'a donn encore la description que d'une espce de ce genre. MYOPTRE DE DAURENTON. MYOPTERUS D.4UBENT0NII. Et. Geoffroy Saint-Hilaire. CviucTREs SPCIFIQUES. Pclagc eu dessus de couleur brune et en dessous d'un blanc sale avec une lgre teinte de fauve; membrane brune et grise. Envergure : 0','2S. Cette espce, indique par Daubenton sous le nom de Bat volant, habite le Sngal. TAPHOZIENS. TAPHOZIL Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Nez simple. Membrane interfmorale peu dveloppe. Queue courte. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire fait des Taphoziens la premire tribu des Vespertilionids : nous avons cru devoir changer cet ordre sriai pour pouvoir joindre plus facilement les Taphiens aux Vcspertilions proprement dits. Les Chiroptres de cette division habitent aussi bien l'ancien que le nouveau continent; mais au- cun n'est propre l'Europe. Les principaux genres sont ceux des Tapliien, Emballonure, Uro- crijpie, Dicimure, Celano, Aello, etc., ainsi que quelques genres [Cenlronijclre, Mijstasine eiMosic) crs assez rcemment par M. Gray. Cervus aniifiensis. l'I (i. CAI'.NASSIERS. 43 i- GENRE. - TAPIIIEN. TAPIWZOUS. Et. Geoffroy Sainl-IIilaire. 1810. Dcscpption lie. l'Egypte, Hist. ii:il., t. 11. Tacpo;, tombeau; (^cto je vis. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, f. canines, j^j; molaires, |^, sur lesquelles il i\ a, a chaque m- choires, quatre fausses molaires et six molaires vraies. Tcte courte. Chanfrein marqu d'un sillon longitudinal. Narines non opercules. Mchoire suprieure courte, large. Orbites trs-rapproches du museau. Lvre suprieure trs-large, mince. Oreilles de moyenne lvation, trs-larges, places aux cts de la lle et non jointes entre elles la base; oreillon interne. Membrane interlmorale trs-grande. Queue libre vers la pointe, au dessus de la membrane. ^It. ' Fip 16 Tapliien saccolaime Le genre Taphien, Taphozous, fond par Etienne Geoffroy Saint-Hilaire. correspond aux ^roiipes gnriques des Saccopleryx ((Tax>4o;, sac; 7tts?'.v, aile) d'illiger [Prodromus syslemalicus Mamma- lium et Avium, 1811) et Saccolaimus (ascx^;, sac; ly.ii/.o, gorge) de Kuhl. Et. Geoffroy considre ce groupe gnrique comme intermdiaire entre ceux des Myoptres et des Noctilions, et rapporte qu'il se distingue des premiers en ce qu'il n'a que quatre incisives au lieu de deux la mchoire in- frieure, et qu'il n'en prsente pas la suprieure. Fr. Guvier le range ct des Nyctinomes et des Nyctres. Enfin M. Isidore Geoffroy le rapproche des Molosses. Dans le jeune ge de quelques individus, les incisives, toujours au nombre de quatre la mchoire infrieure, sont au nombre de deux la suprieure, et il n'y a pas d'os intermaxillaire, qui se trouve remplac par une arcade de nature cartilagineuse; les incisives infrieures, l'aise dans le jeune ge, sont plus ou moins entasses dans l'adulte, bilobes ou trilobes. Les canines sont longues, puis- santes, pointues et fort talon interne; les infrieures sont plus avances en devant des suprieures que dans les autres Chiroptres. La premire molaire suprieure a une longue pointe en forme de U flISTOir.E NATURELLE canine et la dernire en lame iransverse; les deux premires des cinq molaires infrieures de cliaquc ct de la niAchoire infrieure sont pointe conique, les autres pourvues de quatre tubercules. Les Taphiens ont peu prs la mme manire de vivre que les Vespertilions; ils se cachent pen- dant le jour dans les vieux btiments, dans les crevasses des rochers et des murailles, et ils no vo- lent que le soir. Us sont essentiellement insectivores. On en connat une dizaine d'espces qui sont asiatiques et provenant de Calcutta, Java et Su- matra, et africaines, o elles habitent la Nubie, l'Egypte, le Sngal, le cap de Bonne-Esprance, etc. Quant l'espce amricaine, commune en Pennsylvanie et dsigne par M. Wilson sous la dnomi- nation de Tapliozous mfus, on ne la place gnralement plus dans ce groupe, et l'on en fait juste titre le type d'un groupe particulier, celui des Dcsmodus, qui prsente d'importants ca- ractres. M. Temminck a donn une monographie de ce genre. Les espces principales sont : I. TAPHIEN SACCOLAIME. TAPHOZOUS SACCOLAIMUS. Temmintk. Caractres sPciriQUES. Pelage court, lisse, lustr en dessus, terne en dessous : aux parties suprieures et infrieures des membranes se trouve un ruban de poils courts dispos le long des flancs; face et cuisses nues; tte d'un brun noirtre marqu de nombreuses taches irrgulires d'un blanc pur. Envergure : 0',45. On rencontre cette espce, type du genre Snccolahmis de Kuhl, dans les crevasses des rochers au bord de la mer, dans les grottes profondes qui servent de retraite aux Hirondelles, et dans les ruines des anciens temples indous. Le mle a, au milieu du cou, une petite ouverture d'o sort une scrtion caustique d'une odeur trs dsagrable. La morsure de ce Taphien, qui fait souvent en- tendre un cri trs-perant, occasionne beaucoup de douleur. Habite Java. 2. TAPHIEN PEI\FOR. TAPHOZOUS PERFORATUS. Et. Geoffroy Saint-Ililairo , Caractres spcifiques. Pelage d'un gris roux en dessus et cendr en dessous, ou la pointe des poils seule est de ces deux couleurs, la base en tant blanche; queue plus longue que l'os de la cuisse. Envergure, 0',20. Et. Geoffroy Saint-llilaire a dcouvert cette espce dans les tombeaux gyptiens d'Ombos et de Thbes, et c'est pour lui le type de son genre Taphien 3. TAPHIEN LEROT-VOLAIST. Daubenlon. TAPHOZOUS SENEGALENSIS. Et. Geoffroy Saint-IIilaire. Caractres spcifiques. Pelage brun noirlre en dessus et d'un brun cendr en dessous. En- vergure, O^jlb. Cette espce de Taphien, qui a t rapporte du Sngal par Adanson, ne diffre de la prc- dente qu'en ce qu'elle est plus petite, que son museau est plus large et plus long, et que ses oreilles ont leur oreillon trs court, trs-large et de forme arrondie, tandis que cet organe, dans le Taplio-. Z0U.1 pcrforaiiis. est en forme de fer de lance, termin par un bord arrondi. CARNASSIERS. 45 4. TAPHIEN LEPTLRE. TAPIIOZOUS LEPTURUS. El. Geoffroy SaiiU-Hiiaire. Oaractres spcifiques. Pelage gris en dessus, plus ple en dessous; oreilles el membranes alaires et interfmorale d'un brun obscur. Envergure : 0",23. Cette espce, qui est le type du genre Saccopteryx dllliger, provient probablement des Indes. Nous indiquerons encore parmi les autres espces les Tapliozous bicolor, Temminck, de Calcutta; niidiveniris, Ruppell, de Nubie; Mauriiiaviis , Et. Geoffroy, de l'ile Maurice, et leucupterus, Tem- minck, du cap de Bonne-Esprance. Q"'" GENRE. EMBLLONURE. EMBALLONUBA. Kuhl et Temminck, 1838. In Vander Hvcn Tijdsclirift voon naturlijke GeschiedenniF, Eu.a>.).o, jelancp; cupa, queue CARACTRES GNRIQUES. Sijs(me dentaire des adultes : incisivca, |; canines, \^; molaires, |^. Dans le jeune ge, les in- cisives sont f . Les incisives suprieures sont places dans les branches converjentes des deux inlerniaxillaires: les infrieures ranges en arc de cercle; les canines larges la base, longues, h trois collines Ires-poinlucs : leur talon portant deux pointes aigus; parmi les cinq molaires de chaque ct des deux mchoires, il g en a une fausse trs-petite et fine, et tontes les vraies sont h- risses de trois pointes trs-aigus. Crne et mchoire suprieure comme chez les Taphiens; mais le crne trs-trangl entre les ar- cades zggomatiqucs. ^ Chanfrein large, creus. Mchoire infrieure a peu prs comme celle des Vespertilio. Pig. 17 Emballonure montaRnard. Le genre Emballonure, cr par Kubl, mais rellement caractris par M. Temminck dans ses Monographies de Mammalogie, comprend cinq espces; ce groupe a t, dans ces derniers temps, restreint une seule espce, tandis que les autres ont t places dans d'autres genres, et particu- lirement dans celui des Proboscidea de Spix, que quelques auteurs regardent comme diffrent, et que certains autres runissent au genre qui nous occupe. Le crne de ces Chiroptres ressemble, sous certains rapports, celui des Taphiens; mais il dif- fre de celui-ci par l'existence des os intermaxillaires en branches convergentes. Par quelques autres caractres, ces animaux se rapprochent des Vespertilions. On trouve aussi des rapports entre les 40 HISTOIRE NATURELLE Emballomircs ci les Taphiens dans la manire dont la queue, qui est courte, est enveloppe par la membrane interfmorale. Cette large membrane, manquant du soutien qu'elle possde dans la longue queue des Vespertilions, peut nanmoins tre retire vers le ventre l'aide d'un tendon al- long partant du calcanum. La seule espce laisse dans ce genre est la suivante. EMBALLONURE MONTAGNARD. EMBALLONURA MOMICOLA. Temminck. CAr.ACTREs SPCIFIQUES. Pelage de moyenne longueur, bien fourni, bicolore partout : la base des poils des parties suprieures d'un blanc jauntre, et les deux tiers, jusqu' la pointe, d'un beau brun fonc couleur chocolat; en dessous, les poils sont bruns la base et chocolat clair jusqu' la pointe. Les poils du museau et les cils sont longs et rudes; les membranes totalement nues. Enver- gure, 0'",29, de la taille de la Pipistrelle. Cette espce a t prise dans les parties solitaires et sauvages des montagnes du Munara dans l'le de Java. On la voit suspendue par bandes le long des pans verticaux des rochers ombrags et humides, o sa prsence se dcle par l'odeur extrmement forte et dsagrable qu'elle rpand dans l'air. On l'a galement signale Sumatra. Quant aux espces, toutes de l'Amrique tropicale, et au nombre de cinq, places dans le genre PnoBoscinE {Proboscklea) (TvpcSoax.i-, qui a une trompe) de Spix {Simite et Vesperliones Brasilien- ses, 1823), on doit probablement, l'exemple de M. Temminck, les runir aux Emballomires. Ces Chiroptres ont reu les noms de Proboscidea saxaiils, Spix {Vespertilio naso, Neuwied); A'^jyc- tinomus Bi'nsUiensis, Isidore Geoffroy; canina, Neuwied; calcarala, ^enmed {Centroiuicieris Maxi- viil'uniiis, Fischer), tous trois propres au Brsil; rivalis, Spix," des bords du fleuve des Amazones, et lineala {Emballonura), Temminck, de Surinam. 3'^' GENRE. - UROCRYPTE. UROCRYPTUS. Kuhl et Temminck, 1858. In Tijdscliiift voon naturlijke Geschiedennis. Oupa, queue; K^umc;, caclic. CARACTRES GNRIQUES Sijslcmc dentaire : incisives, f; canines, fzj; molaires, |^!j; les incisives trilobes; les canines et molaires comme dans les genres prcdents; mais ces dernires dents aijanl cependant toujours (fualre collines. Crne avec un rudiment d'intermaxillaire aboutissant en pointe sur le talon des canines et irh- (jrcle. Queue trspctile, comme cache. D'aprs ce que nous venons de dire, le genre Vrocrypius diffre essentiellement de celui des Emballonura, dont il est trs voisin, en ce qu'il n'a pas d"in Fig. 18. - Urocrvpte deux raies. de chaque ct de l'pine dorsale depuis le bord infrieur des omoplates jusqu'au coccyx; mem- branes noirtres, nues; base du pouce engage dans la membrane pollicaire. Taille de la Barbastelle; envergure, 0'",2Q. Habite TAmrique mridionale, et spcialement les environs de Surinam. 4' GENRE. CENTRONYCTRE. CENTRONYCTERIS. Gray, 1844. Voyage of Sulphur. Maiiiraalia. KevTfov, peron ; vuxTepi;, Cliauve-Souris. ' CARACTRES GNRIQUES. Nez assez sallmit. Narhics lulnilnires. Membrane hiterfcmorale prolonqe en cne. Calcanwn ircs-jrand. Ce genre, dont on ne connat pas bien le systme dentaire, est plac par M. Gray entre les Embal- lonures et les Urocryptes, et Tcspce type est VEmballonnra (Vesperlilio) calcarnla, Neuvied. que M. Fischer de Waldheim nomme Ceniromjcleris Maxhnilianus , qui est particulire au Brsil et que Spix range dans son genre Proboscidea. b""" GENRE. AELLO. AELLO Leach, 1822. Transactions of Linnean Society of London. Nom propre. CARACTRES NRIQUES. Systme dentaire : incisives. |; canines, [ J; molaires, {il- Mdius ayant seulement une qualiime phaUuujc. 48 HISTOIRE NATURELLE. Membi-ane interfmorale droite. Oreilles rapproches, courtes, trs-larges, sans oreillons. Queue ne dpassant pas la membrane et forme de cinq vertbres dans la partie visible. L'tablissement de ce genre ne repose que sur une seule espce, YAello Cuvieri, Leach, impar- faitement connue et dont on ignore la patrie. Elle est de couleur Isabelle ferrugineuse; ses ailes sont d'un brun obscur; ses oreilles sont comme tronques au bout. """ GENRE. - MYSTACINE. MYSTACINA. Gray, 1844. Voyage of Sulpimr. Mammalia. MuCTTa, moustache. CARACTRES GNRIQUES S'i'itme dentaire : incisives, |; canines, |j; molaires, ~; les incisives suprieures grandes. Nez assez saillant, entour la base par une ranqe de moustaches courtes, rigides Membrane inter fmorale tronque Espce type : Mystacina luberculata, Gray, particulire la Nouvelle-Zlande. T-o^ GENRE. MOSIE. MOSIA. Gray, 1843. Magazin of natural History, t. XI. Etymologie incertaine. CARACTRES GNRIQUES Sijstme dentaire : inci.nves, |; canines, \^; molaires, |Ef; les incisives suprieures trs-car tes : les internes grandes, obliques, et les externes trs-petites. Tte petite, poilue : la partie antrieure aplatie, assez concave en avants Lvres paisses: l'infrieure avec deux verrues triangulaires en avant. Fig. 19. Mosie nlgresceiit. Nez arrondi. Narines apicales, arrondies, non saillantes, sans fossette nu bord postrieur. Oreilles mdiocres, latrales. Tragus allong, bien dvelopp. CARNASSIERS. //O Ailes minces. Pouce peut, mince, premire phalmuje trs-courte, (iplatie. Membrane interfcmorale large, tronque. Calcanum long. Queue mince, extrmit saillante sur le milieu de la surface suprieure de la nwnbrane. Pieds postrieurs petits, attachs aux ailes, In hase des pouces externes : ceux-ci presque gaux, minces. Ce gnie, voisin de celui des Mgstucine, se rapproche galemenl des Emhallonura. On n'y place ^ encore qn'une espce. MOSIE NIGRESCENT. MOSIA NlGRESCI^ys. Gray. Caractres spcifiques. Pelage d'un brun fonc, plus ple aux parties infrieures; membrane interfmorale garnie, en dessous, de poils pars; oreilles assez grandes, pointues l'extrmit, nues, avec quelques poils la partie infrieure, lobule non distinct; tragus oblong, linaire, re- courb, arrondi l'extrmit. Envergure : 0'",25. Habite l'Amrique mridionale. 8^ GENRE. DICLIDURE. DICLIDURUS. Neuwied, 1826. Beitr^cge zur NaturgeschiclUe Brasiliens, t. H. A'.;, deux; JcXei, clef; cupa, fnieue. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire .-incisives, f; canines, |^; molaires, ^Erl; incisives infrieures petites, trilobes; canines suprieures diriges en avant, coniques, comprimes, lgrement recourbes, munies d'une dent interne : les infrieures droites, avec une rainure prominente; molaires suprieures aijant une fausse molaire trs-petite accole la canine, puis un vide, suivi de quatre fausses molaires trs- pointues : les infrieures prsentant deux fausses molaires, et trois vraies, collines saillantes Mchoire infrieure plus longue que la suprieure. Chanfrein de forme elliptique portant une forte excavation. Vi'j;. 20. niclidure blanc. Aux caractres que nous venons de signaler, vient s'en joindre un des plus importants, et sur lequel M. Temminck insiste particulirement. Les os coccygiens, au lieu de former un prolongement 50 HISTOIRE NATURELLE. caudal, prsentent plusieurs articulations qui se terminent par deux pices cornes adhrentes ii la peau, et formant un appareil deux valves ou capsules. La valve suprieure semi-lunaire, creuse en capsule; l'infrieure plus petite, pointue, triangulaire, et adapte, dans le sens horizontal, sur la prcdente. Ces deux pices se recouvrent, sont mobiles, s'cartent ou se rapprochent, et sont re- tenues, leur insertion, par un repli membraneux mince qui les isole du corps. Le coccyx se trouve log dans la capsule suprieure, tandis que le bord postrieur de la membrane interfmorale est tendu sous la valve caudale proprement dite. Outre ce singulier appareil, les Diclidures se font en- core remarquer par l'organisation peu ordinaire de leur crne : celui-ci prsente, en effet, entre les orbites, une dpression elliptique profonde qui fait saillir les os de la face, tandis que le vertex et les frontaux sont boursoufls par d'amples cavits celluleuses L'espce unique de ce genre est le DICLIDURE BLANC. DICLIDURUS FREYRESSII. Neuvvied. Caractres spcifiques. Pelage trs- long, touffu, un peu fris, d'une teinte blanchtre partout, court sur la tte, long sur le dos, et les poils y tant tendus en deux touffes sur les cts de l'excroissance bivalve de la queue; membrane interfmorale brun clair. Envergure : 0'",58. Cette espce a t dcouverte au Rrsil, dans les feuilles d'un cocotier. 9"'^ GENRE. - CLNO. CELMNO. Leach, 1822. Transactions of Liniican Socicly of London. Nom mythologique. CAR.\CTRES GNniQUES. Sii.sthne denlaire: incisives, |; canines, J-Ej; molaires, j~/. les incisives suprieures pointues : les infrieures rapproclies, cijlmdriciucs; canines suprieures plus grandes que les infrieures. Ailes iroisihme et quatrime doigts aganl trois phalanges : le cinquime n'en prsentant que deux. Membrane inter fmorale se prolongeant un peu au del des pieds de derrire. Oreilles cartes : orcillon petit. Queue molle. Dans les Clnos, les doigts des pieds sont allongs, presque gaux, arms d'ongles comprims, recourbs et larges leur base. Les membranes alaires dbordent lgrement les doigts. Les oreilles sont aigus et distantes, et n'offrent que des oreillons trs-petits; elles sont arrondies en avant, et coupes en ligne droite leur bord postrieur. La queue est rudimentaire, ou mme remplace par un filet cartilagineux occupant le milieu de la membrane interfmorale. Ce genre, que l'on est loin de connatre compltement, ne renferme qu'une seule espce, dont on ignore la patrie. CELENO UE BROOK. CELJEKO BROOKSIANA. Lcacli. Caracti^.es srciFiQUEs. Pelage brun ferrugineux sur le dos, d'une teinte plus olaiie sur le entre et les bras; les membranes noires; taille petite. Ainilopi' ontiurns l'I. 1. CAUNASSlEPii^. y, otoiAieiue t)iPi.Sioi^. VESl^Er.TlLIENS. VESl'EliTlUL Isidore Geoffroy Saiiil-IIilaiiC. Nez simple. Membrane inlerfmorale peu dveloppe. Queue trs-dcveloppe : le plus habituellement comprise dans la membrane. Cette division correspond la troisime tribu des Yespertilionids de M. Isidore Geoffroy Sainl- Hilaire, et porte la dnomination que nous lui avons conserve. Ces Chiroptres, trs-nombreux en espces, se trouvent rpandus sur toute la surface du globe, mais ils sont surtout abondants en Europe et en Amrique. Les genres que nous adoptons sont ceux des Vesperlilion, Nijelice, Furie, Scotopliile et Oreillard. Mais nous comprendrons dans cette division un beaucoup plus grand nombre de groupes gnriques, que nous ne ferons qu'indiquer, aprs avoir donn la description des Vesperlilio, que nous diviserons en quatre sous-genres, ceux des Vesperlilion, Minioplre, Pipistrelle et Ocijpte. 1" GENRE. VESPEHTILION. VESPERTILIO Linn, 1755. System;'. naUira\ Vespertilio, fossoyeur. CARACTRES GNRIQUES. Formule cnlaire : incisives, 7; canines, |^; molaires, |^, oit l^^, ou '^, ou |E^, d'un le nombre total des dci s varie de 32-54-56-58. Les incisives suprieures sont spares par paires ou distantes; elb's sont onstammcnt, dans tous les ges, au nondire de quatre, et, suivant M. Teni minck, lorsqu'elles le- ibent, et quil n'ij en a que deux, c'est par accident ou dans l'extrme vieillesse: les infrieures sont >'s-rapproclies, Irancliant bilob, couches et diriges en avant. Les canines sont fortes, souvent triangidaires , ne se touchant pas par leur base. Il existe toujours trois vraies molaires chaque mchoire et de chaque ct; la diffrence en nombre ne porte donc que sur les fausses molaires, qui sont simples, coniques, tandis que les premires ont la couronne large, hrisse de pointes aigus; les molaires suprieures so)it deux fois plus larges que les infrieures, et pr- sentent une couronne tranchant oblique : les infrieures sont sillonnes sur les cts. Gueule trs-fendue. Mufle nu, petit. Lvres trs-mobiles : l'infrieure simple. Nez sans feuilles membraneuses , ni sillon, ni rides, ni opercules. Joues renfles, velues. Yeux petits, noirs, brillants, placs latralement. Oreilles plus ou moins grandes, pourvues d'un oreillon distinct Crne comprim, allong. Langue lisse, moyenne, non protraclile. Abajoues existant toujours, et tant plus ou moins dveloppes. Membranes des ailes trs-tendues, soutenues par des mtacarpiens fort allongs; l'envergure aijanl quatre cinq fois la longueur lolalc du corps. 52 HISTOIRE NATURELLE. Doicjl hulcaleur avec une phalanic; mdius en offrant ivo'is; anmtlaire cl peth do'ijl n'en pr- scnlnnl que deux. Pouce spar des autres doicjls, court, assez robuste, et termin par un onfjle crochu. Membrane inierfmorale trs-grande, enveloppant la queue: celle membrane et lesmiles gnra- lement nues. Queue assez longue. Pelaqe doux, pais, aijanl habituellement une coloration grise. Glandes sbaces en dessous de la peau de la face, affectant diverses formes et de variable di- mension. Taille petite. \X Fig. 21. Vcspertilion Ivirivoul;i. Le genre Vespertilio, connu vulgairemenl sous la dnomination de Chauves-Souris proprement dites, a t cr par Linn, qui y comprenait la presque totalit des Chiroptres; Brisson et quel- ques aulres naturalistes, tels que Pallas, Daubenton, Leach, Rafinesque, etc., en avaient dj s- par certains groupes, mais c'est Etienne Geoffroy Saint llilaire qui, le premier, en fixa les limites d'une manire prcise. Plus tard, cependant, le nombre des espces de Vespertilions venant aug- menter considrablement, il devint encore ncessaire d'y faire des subdivisions nouvelles, el de nombreux travaux furent publis sur ces animaux, principalement par MM. Kubl, Brehm, Leister, Beclistein, Horsfield, de Neuwied, Temminck, Charles Bonaparte, Isidore Geoffroy Sainl-Hilaire, De Blainville, Fr. Cuvier, A G. Desmarest, Gray, P. Gervais, etc.; et ce genre, quoique renfermant encore beaucoup d'espces propres toutes les parties du monde, fui cependant considrablement restreint. Nous n'adopterons pas tous les groupes gnriques qui ont t forms ses dpens, et nous n'indiquerons quelques-uns d'entre eux que comme des sous-genres. Les Vespertilions sont des Chiroptres essentiellement nocturnes; ce n'est qu'au crpuscule qu'ils commencent prendre leur vol, qui est irrcgulier, incertain. Pendant le jour, ils se rfugient dans les troncs des arbres, dans les crevasses des rochers, dans les vieux difices, o on les trouve parfois runis en trs-grand nombre. Dans nos climats, ils prouvent tous un engourdissement hivernal. Les diffrentes espces de ce genre, quelques exceptions prs, sont pourvues, comme les Bhi- nolophes et quelques autres Chiroptres frugivores et insectivores, de glandes odorifrantes, d'o suinte, par des orifices presque imperceptibles de la peau, une matire onctueuse d'une odeur pntrante et dsagrable. Ces glandes, qu'on observe dans les deux sexes, se trou- vent places prs des yeux ou entre ces organes et le mufle; elles sont quelquefois trs-dvelop- pes, et recouvrent une grande partie de la tte. Ce sont elles qui produisent, chez certaines espces de nos Vespertilions europens, cette forte odeur si rebutante qui indique, mme une grande distance, les lieux o se cachent ces Chauves-Souris. Ces glandes, qui se trouvent sur diffrentes par- ties du corps, suivant les genres el les espces, sont parfois munies d'un double appareil de s- crtion : l'un d'une matire onctueuse, l'autre d'une poussire colore produite par la bourse du front. La Nodule d'Europe, dont l'odeur est si forte et si nausabonde, a un norme appareil scrc- CARNASSIERS. r>f, D.') tour; iiulpeiKlamment des glaiulos du museau, elle en a, dans Tanglc des mftclioires, une seconde paire, et de plus une glande veiruqueuse la nuque. Ces glandes sont plus grandes suivant les lieux qui servent de retraite, ou de sjour habituel et constant, aux diverses espces : celles qui vi- vent dans les souterrains humides et celles qui habitent le bord des eaux ont des glandes plus d- veloppes : aussi rpandent-elles une odeur plus forte que les autres. L'osselet, qui se trouve, chez les Roussettes et dans certains Chiroptres insectivores, dans le tendon du triceps brachial, et qui y forme une rotule olcranienne, ne se rencontre pas dans toutes les espces de ce genre. Quelques femelles de Vespertilions produisent deux petits, d'autres, en plus grand nombre, n'en ont qu'un; et il parat que la porte varie, soit priodiquement, soit accidentellement, car il est certain que chez la mme espce, la Noctule par exemple, on a observ celte variation d'une anne l'autre : aussi n'est-il pas tonnant de voir des auteurs assurer, comme rsultat de leurs observa- tions, que la Nodule porte deux petits, tandis que d'autres prtendent avoir reconnu qu'elle n'en produit qu'un seul. Une autre particularit dans le genre de vie des Vespertilions, et qui s'tend probablement tout l'ordre des Chiropties, c'est la runion d'un grand nombre de femelles fcondes qui s'isolent des mfdes et vont se choisir un gte commun, spacieux, pour y dposer leur progniture et vaquer en- semble aux premiers soins que les nouveau-ns exigent. Pendant ce temps, les mles restent ga- lement isols et loin des lieux choisis par les femelles, et, dans quelques cas, ils se runissent entre eux. Nos Vespertilions d'Europe reprennent leurs habitudes sociales vers l'approche de leur torpeur hivernale; pendant ce temps, souvent assez long, mais quelquefois interrompu par quelques beaux jours d'hiver pendant lesquels ils reprennent leur vie ordinaire, un grand nombre d'individus se cramponnent les uns aux autres et forment des tas dans les lieux o ils se sont mis l'abri du froid. On peut juger de l'innombrable quantit de ces animaux, en voyant sur le plancher des com- bles de nos vieux difices, principalement dans ceux de l'glise Saint-Gervais Paris, des tas de crottes dont l'paisseur peut, tre value prs de vingt centimtres. Lorsque les femelles sont runies, et sont au moment de mettre bas, elles se suspendent et ramnent la queue vers le ventre, de manire former un sac avec la membrane inlerfmorale. C'est dans cette espce de berceau que le jeune est tout d'abord dpos et reoit les premiers soins de sa mre, qui, plus lard, le trans- porte avec elle. Lorsqu'elle n'a qu'un petit, ce qui a lieu le plus habituellement, celui-ci se cram- ponne en sautoir la poitrine de sa mre, et, quand il y en a deux, ils se suspendent le long des tlancs et sont soutenus par la membrane interfmorale. La nourriture des Vespertilions consiste uniquement en Insectes crpusculaires ou nocturnes, et principalement, dans nos pays, en Phalnides; quelques petites espces semblent, toutefois, ne se nourrir que d'Hymnoptres. Leur gloutonnerie est extrme; Kuhl a vu une Noctule avaler de suite treize Hannetons, et soixante-dix Mouches suffisent peine au repas d'une Pi))istrelle. Les Vespertilions, ou, d'une manire plus gnrale, les Vespertilioniens munis d'une queue longue, se servent de ce membre pour faire entrer dans leur gueule, et pousser dans l'sophage, les Insectes trop gros qu'ils ne peuvent engloutir facilement. Leur queue leur tient alors lieu de doigt; ils la ra- mnent vers la tte, qu'ils baissent lgrement en volant, et parviennent ainsi se rendre matres de leur proie. D'aprs cela, on voit que la forme de la queue peut influer beaucoup sur les habitudes de ces animaux; aussi a-t-on pu se servir de la conformation plus ou moins diffrente de cet organe pour distinguer ])lusieurs groupes gnriques de Vespertilioniens, et quelquefois mme, disons-le, un trop grand nombre. On ne peut que trs-difficilement conserver en domesticit des Vespertilions, et ils ne tardent pas mourir. Aussi croyons-nous devoir rapporler des observations assez rcentes qui ont t faites sur plusieurs de ces Carnassiers tudis vivants. En juillet 1855, M. Daniell reut cinq femelles fcon- des de Pipistrelles, et les mit dans une cage, o elles furent fort turbulentes. Elles mangeaient avec avidit les Mouches et la viande crue, mais refusaient obstinment la viande cuite. Lorsqu'une Mouche entrait dans la cage, elles l'tourdissaient d'un coup d'aile, et se jetaient sur elle les ailes tendues comme pour lui fermer la retraite. La mastication et la dglutition taient lentes et pni- bles Plusieurs minutes taient ncessaires pour dvorer une grosse Mouche. Au bout de dix-neul jours, les cinq Pipistrelles taient mortes. A l'autopsie, on trouva qu'elles ne portaient qu'un seul 54 IlISTOIRE NATURELLE. petit. Le 16 mai J854, le mme M. Daniell se procura quatre femelles et un mle de Noctule. Le mle tait trs-sauvage, cherchait sans cesse s'chapper, et mourut au bout de dix-huit jours, aprs avoir refus toute espce de nourriture. Trois femelles succombrent peu aprs. Celle qui survcut fut nourrie avec du foie et du cur de volaille, qu'elle mangeait peu prs comme et fait un Chien. Pour cela, elle se servait des extrmits postrieures comme d'une pince. Elle mangeait beaucoup relativement son poids, et se tenait presque constamment pendue au sommet de sa cage, ne quittant cette position que le soir, pour prendre sa nourriture. Le 25 juin, M. Daniell, ayant re- marqu que cette Noctule paraissait fort inquite, l'observa avec soin, et fut tmoin de son accou- chement. Aprs une heure d'agitation environ, la Noctule s'accrocha par les membres antrieurs, tendit ses pieds de derrire, et roula sa queue de manire former avec la membrane interfmo- rale une espce de poche dans laquelle fut reu un petit, de taille relativement assez forte, entire- ment nu et aveugle. La femelle se mit presque immdiatement le lcher et le nettoyer. Cela fait, elle reprit sa position accoutume, et enveloppa si bien le petit avec ses ailes, qu'il fut impossible d'tudier le mode d'allaitement. Le lendemain, elle mourut, et l'on trouva la jeune Noctule adh- rente encore sa mamelle. Un essaya de nourrir le petit l'aide d'une ponge imbibe de lait; mais il succomba son tour au bout de huit jours, sans que ses yeux fussent ouverts : quelques poils seu- lement commenaient se montrer sur le corps. A ces faits, nous ajouterons que nous avons eu sou- vent des Vespertilions vivants, presque exclusivement des Pipistrelles et des Murins, et que, malgr le grand nombre que nous en possdions, nous n'avons pu en conserver aucune plus de quelques jours; souvent les femelles pleines que nous avions ont mis bas, et nous n'avons jamais pu lever les petits, qui mouraient le lendemain ou le surlendemain de leur naissance, sans avoir voulu prendre la nour- riture qu'on leur offrait sur un chiffon mouill dans du lait. Nous adopterons le genre VespertUio peu prs comme l'a form M. Temminck dans sa monogra- phie de ce groupe naturel; cependant, nous y formerons un plus grand nombre de coupes gn- riques, et, ainsi que nous l'avons dj dit, nous y indiquerons comme divisions secondaires des genres crs par divers zoologistes. Malgr tous ces retranchements, les Vespertilions proprement dits renfermeront encore plus do cent espces, qui se trouvent rpandues dans toutes les parties du monde; quelques-unes sont cosmo- polites : l'Europe, l'Asie et l'Amrique en renferment un grand nombre, puis viennent la Malaisie et l'Afrique, qui en comprend moins. On peut dire d'une manire gnrale que les espces et les in- dividus sont plus abondants dans les contres tempres et septentrionales que dans les rgions intertropicales, et que c'est parmi eux que l'on trouve les Chiroptres qui se rapprochent le plus du ple nord. Ce sont des animaux utiles en ce qu'ils dtruisent une infinit de Lpidoptres crpuscu- laires et nocturnes, dont les chenilles se nourrissent aux dpens des vgtaux cultivs par l'homme, ce qui ne les empche pas d'tre l'objet d'un prjug populaire qui les dsigne comme tant de mauvais augure; aussi les gens de la campagne, qui tirent de leur existence le plus grand profit, sont-ils ceux qui sont le plus ports les dtruire. Nous partagerons ce genre en quatre sous-genres : les Vespcrlilio, Miniopterus, Pipislrelhis et Ocijpetes. \" SOUS-GENRE VESPERTIIJON TROPREMENT DIT. VESPERTIUO. Cli. Bonaparte, 1837. Icoiioi^i'ali:! (Iclh) Fauna italica. Cette subdivision, laquelle on peut rapporter en synonymie la dnomination de Vesperugo de Blasius [die Wirbclthierc Europas. 1840), telle que la comprennent MM. Ch. Bonaparte et Lesson, renferme plus de soixante-quinze espces, qui sont rpandues dans toutes les contres. Nous dcri- rons les principales, et particulirement toutes celles de la faune de France. CARNASSIERS. ,5 A. ESPCES d'eUROPE. i. LE MUniN. VESPERTILIO MUIUNUS. Linn, Caractres spcifiques. Oreilles ovales, del longueur del tte; oreillons falsiformcs; pelage des adultes long, lisse, bicolore, plus fonc l'insertion des membranes, gris-brun en dessus; le sommet de la tte d'une teinte plus claire, dessous du corps blanc ou jaune blanchtre. Enver- gure : 0",42. Le Murin, dont M. Gray a fait le type de son genre lijoiis, est la plus grande des Cbauve.s-Souris d'Europe, et il est rpandu beaucoup plus abondamment en Allemagne qu'en France; on l'a signal aussi dans le nord de l'Afrique. En t, on le trouve dans les clochers ou les anciens difices rui- ns, et, pendant l'hiver, il se retire dans des cavernes et des souterrains, o on le rencontre alors par centaines. Jamais il n'habite les creux des vieux arbres. Il est d'un naturel trs-colre et trs- menaant, et, quand on en runit beaucoup ensemble, ils s'entre-mordent les uns les autres en se brisant les membres, et se tiennent cramponns si fortement, que, si l'on essaye d'en soulever un. on entrane toute la masse : alors ils font entendre un grognement particulier. Cette espce ne vit en communaut avec aucune autres, et chasse toutes celles qui tendent de s'tablir dans les lieux qu'elle habite. L'accouplement a sans doute lieu ds le commencement du printemps, car, le 18 mai, Kuhl a trouv, dans le corps d'une femelle, des petits qui taient dj de la grosseur d'une noisette nous supposons qu'il pourrait bien y avoir deux portes par an. Ce Chiroptre doit tre pris comme type, non-seulement du genre VespcrtUio, mais de tous les Ves- PERTiLiONiEixs; aussi avons-nous cru tre utile nos lecteurs en donnant un extrait de la partie ana- tomique de la monographie de cette espce, qu'a publie, en 1859, M. le docteur Emmanuel Rous- seau dans le Magasin de Zoolocfie de M. Gurin-Mneville, pi. vi ix. travail portant le litre de Mmoire zoulogique et anatomique sur (a Chanve-Sotris commune dilc Murin, et qui avait t lu l'Acadmie des sciences dans la sance du 19 mars 1858, et dj en partie annonc ds 1855. D'aprs M. Emm. Rousseau, les caisses des oreilles sont trs-grosses, comme souffles, et se d- tachent du squelette avec une trs-grande facilit. Tous les os de la tte se soudent de trs-bonne heure. Les os des incisives existent, mais ils sont trs-spars l'un de l'autre, de manire former une sorte de bec de livre dans le vide duquel on constate une plaque cartilagineuse mobile susceptible de s'ossifier. Les frontaux ont des sutures trs-prononces. Le trou occipital est trs-grand. A l'excep- tion de la rgion sacre, les apophyses pineuses des vertbres sont peu prs nulles. On remarque, sur la face antrieure des deuxime et troisime vertbres coccygiennes, deux noyaux osseux qui semblent reprsenter un reste d'os en V. Le sternum prsente une crte mdiane longitudinale trs- prononce ayant une large surface d'insertion aux muscles pectoraux, qui sont trs-dvelopps. Les cartilages sterno-costaux sont tous ossifis, mme ds la naissance. La clavicule est trs-longue. L'omoplate trs-grande, triangulaire, avec une pine trs-marque. L'humrus est allong, grle, non perc la fosse olcranienne. Le carpe n'a que sept os; le mtacarpe en a cinq. Il existe la symphyse pubienne un appareil ligamenteux qui en permet Tcartement dans la parturifion. La tte du fmur est sphrique et comme enfonce entre les deux trochanters, de sorte qu'il n'existe pas, vrai dire, de col fmoral. Cet animal a deux dentitions : l'une apparat pendant que le ftus est dans le sein de sa mre, et pour cela porte le nom d'intra-utrine; elle se compose de vingt-deux dents, reparties ainsi qu'il suit : quatre molaires, deux canines chaque mchoire, quatre incisives en haut et six en bas. Dans les trois premiers mois qui suivent la naissance, on voit surgir successi- vement les dents de la seconde dentition, qui existent conjointement avec celles de la premire pen- dant un certain laps de temps. Cette seconde dentition se compose de trente-huit dents, dont vingt pour la mchoire infrieure, savoir : six incisives, deux canines et douze molaires; la mchoire su- prieure porte le mme nombre de canines et de molaires, mais n'a plus que quatre incisives. L'ap- pareil glanduleux, que Kuhl a vu le premier, se compose de glandes ovales et mamelonnes trs- dveloppes toutes les poques de la vie, et qui recouvrent les branches de la cinquime paire de 50 HISTOIRE NATURELLE. nerfs; leurs concluils excrteurs s'ouvrent de chaque ct des joues; ces glandes scrtent une Iiu- meur butyrouse doue d'une odeur caractristique. 2. VF.SPERTILION DE BECII.STEIN. VESPERTILIO BECHSTEIMI. Leislcr. C.\.RACTnEs SPCIFIQUES. Orcillcs arrondies l'extrmit, plus longues que la tte; oreillon fal- siforme, un peu courb en dehors vers la pointe; pelage d'un gris roux en dessus du corps, blanc en dessous. Envergure : 0'",26. Cette espce, commune dans le Thuringe, plus rare en Wtranie, et que l'on a aussi signale en Angleterre, habite galement nos dpartements de la rive gauche du Rhin 5. VESPERTIIJON DE NATTERER. VESPERTILIO KATERERII. Kiilil. Caractres spcifiques. Oreilles ovales, assez larges, un peu plus longues que la tte; oreil- lon attach par une protubrance de la conque, lancol en dehors de la pointe; pelage gnrale- ment d'un gris fauve en dessus et blanc en dessous. Envergure : 0'",30. Ce Vespertilion est caractris surtout par les festons de la membrane interfmorale; M. Ch. Bo- naparte y runit le Vesperlio emarfmalus d'Et. Geoffroy. On le trouve dans l'Allemagne occiden- tale, le nord de la France et en Angleterre. 4. VESPERTILION CHANCR. VESPERTILIO EMARGINATUS. Et. Geoffroy Saint-Hilaire. Caractres spcifiques. Oreilles oblongues, de la longueur de la tte, fortement chancres leur bord extrieur; oreillon long, droit, en forme d'alne; pelage d'un gris noirtre en dessus et cendr en dessous, compos de poils doux et touffus, dont la premire moiti est cendre et la se- conde plus rousstre. Envergure : 0"',o5. Se trouve dans plusieurs contres de la France, en Allemagne et en Italie. On a pu le confondre avec la Pipistrelle, parce que, quoique plus grand, sa pliysionomie l'en rapproche assez, il tient aussi du Murin par les deux couleurs de son pelage; mais dans ce dernier la teinte extrieure des poils n'appartient qu' leur extrmit, tandis que dans le Vesperlio emarcjnains elle s'tend jus- qu' leur moiti; enfin il a de l'analogie avec l'espce prcdente. 5. VESPERTILION DE DAUBENTO.N VESPERTILIO DAUBENTONII. Lcisler. Caractres spcifiques. Oreilles petites, presque ovales, lgrement chancres sur leur bord extrieur, nues; oreillon lancol, petit, troit, mince; glandes sbaces blanches, formant une pro iubrance d'un blanc jauntre au-dessus de chaque il; poils du dos serrs, courts, doux, d'un brun noir la base et d'un brun rougetre lgrement ml de gris la pointe : ceux des i)arties in- frieures noirs la base et d'un blanc sale l'extrmit; dedans des oreilles et des oreillons jau- ntre. Envergure : 0"\r)r) Cette espce habite la France septentrionale, l'Allemagne occidentale, ITrlande, et a aussi t, (lit-on, rencontre en Sicile. CARNASSIERS. 57 G. VESl^ERTILION A MOUSTACHES. VESPElTILlO MYSTACIKUS. Leislcr. Caractres spcifiques. Oreilles assez grandes, ohlongues, arrondies par en haut, replies et cliancres extrieurement; oreillons lancols; poils tins et serrs, formant de chaque ct de la lvre suprieure une sorte de moustache; le dessus du corps d'un brun lav de marron, avec l'ex- trmit des poils de celte dernire couleur; le dessous mlang de noir et de jaune. Enver- gure : 0"", 16. Cette espce, rare en Allemagne, se trouve quelquefois dans nos dpartements du nord-est : on Ta signale en Angleterre dans le Devonshire et dans- le Danemark. Elle se loge dans le creux des vieux arbres et dans les habitations de l'homme; son sommeil d'hiver est de courte dure; elle vole rapidement et en rasant la terre ou la surface des eaux, pour y saisir les Insectes dont elle se nour- rit; son odeur est peu sensible. Nous avons dj parl d'une espce fossile de cette division, qui est dsigne par G. Cuvier sous la dnomination de Vespertilio Parisicnsis, et qui a t dcouverte dans les couches du gypse de nos environs. Les autres espces europennes ont reu les noms de Vespertlio dasycnemiis, Boi; rnfcscens, stenolHs, Okenii, Wieci, Scliinlzi, Brehm, toutes propres l'Allemagne; collaris, Sckintz, du Mont-Blanc; Nilsonii, Nathusius, de la Sude; Cappacbn, Ch. Bonaparte, de Sicile, et megapodus, Temminck, de la Sardaigne. B. ESPCES d'asie Quatre ou cinq espces, toutes propres au Japon. Comme type, nous citerons seulement le : 7. VESPERTH.ION MACROMCTYLE. VESPERTILIO MACRODACTYLVS. Temminck. Caractres spcifiques. Pelage court, cotonneux, bien fourni, uniformment d'un noir enfum aussi bien en dessus qu'en dessous; extrmit des poils gristre. Envergure : 0, 33. C. ESPCES DE LA MALAISIE. Une dizaine d'espces, propres aux les de Java et de Sumatra, et dcrites par MM. Ilorsfield et Temminck. Type : 8. VESPERTILION MAMELONN. VESPERTILIO PAPILLOSUS. Temminck. Caractres spcifiques. - Oreilles trs-distantes, plus larges que hautes, peii prs arrondies, avec un pli longitudinal qui permet l'organe de se fermer; oreillon trs-long, filiforme, en poinon; pelage abondant, trs-touffu, doux, cotonneux, fris, en dessus brun fonc, nuanc de rousslre ;"i la pointe, plus clair en dessous. Envergure : 0"\20. 58 IIISTOIUE NATURELLE. 1). ESPCES d'aFRIQUE. Peu nombreuses, provenant de LArabie, de la Nubie, de l'Egypte et de la Cafrerie, et signales par MM. Ruppell et Temminck. Type : 9. VESPERTILION IIESPRIDE. VESPEITILIO UESPERIDA. Temminck. Caractres spcifiques. Oreilles courtes, aussi larges que hautes; oreillon en feuille courbe et pointe arrondie; pelage court, lisse, bien fourni, de deux couleurs partout, en dessus noirtre la base et brun rousstre la pointe, et en dessous noir la base et cendr rousstre la pointe. Envergure : O'^jlQ. Habite les bords de la mer Rouge, vers les ctes d'Abyssinie. E. ESPCES D'AMRIQUE. Prs de trente espces propres aux rgions mridionales et septentrionales, et dcrites par d'Azara, Rafincsque, Fr. Cuvier, A. G. Desmarest, MM. Gray, Say, Leconte, Temminck, Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, d'Alc. D'Orbigny, P. Gervais, etc. Nous n'indiquerons parmi elles que 10. VESPERTILION DE LA CAROLINE. VESPERTILIO CAROLINEASIS. Et. Geoffroy Saint-Hilaiie. Car.^ctres spcifiques. Oreilles de la longueur de la tte, oblongues; oreillon en feuille de saule, moiti de la longueur de la conque; pelage bicolore partout; parties suprieures d'un brun marron, avec la base des poils d'un cendr noirtre, et en dessous d'un jaune cendr base brune. Envergure : O'",'!'! Habite Charleston, dans la Caroline du Sud. 11. VESPERTILION DE SAliNT-HILAIRE. VESPERTILIO BILARU. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Caractres spcifiques. Oreilles petites, triangulaires, presque aussi larges que hautes, peu chancres leur bord extrieur; oreillon allong; pelage assez variable, passant aux parties sup- rieures du brun-noir au brun-marron, et en dessous du gristre au brun-roux. Envergure : 0"',25. De la Capitainerie des Missions au Brsil. 12. VESPERTILION TRS-PETIT. VESPERTILIO PARVVLUS. Temminck. Caractres spcifiques. Oreilles petites, droites, pointues, dcoupes et lobe infrieur trs-distinct; oreillon en feuille de saule; pelage touffu, court, noir, lgrement enfum en dessus; cts du cou et parties latrales de la poitrine d'un noir plus enfum que le dos; le devant du cou, CARNASSIERS. 59 la ligne nioyenno du veiilrc, les tlancs et rabdonien, pointe dos poils brune; une teinte isabelle sur les jambes, l'abdomen et la base poilue de la membrane interfmoralc. Envergure : 0^,1 5, Habite le Brsil. 2'" SOliS-GE>'RE. MINIOPTRli. MIMOPTERUS. (Ai. Bonapiirlc. 1857. leoiiogralia ilclla Faniia Italica. Mf;'Jo;, trs-pelit; TtTspcv, aile. Ce sous-genre, fond par M. Ch. Uonaparte, ne renferme que deux espces, qui sont propres l'Europe. Le type est : i. VESPERTILION D'ORSINI. VESPERTILIO ORSINII. Gl). Bonaparte. Caractres spcifiques. Oreilles petites, peu prs aussi larges que longues, arrondies, sans chancrure, d'un tiers plus courtes que la tte, runies par une membrane; oreillon grle, filiforme, moiti de la longueur de la conque; systme dentaire comme dans les Oreillards; pelage doux, co- tonneux, trs-touffu, peu prs de mme couleur partout : en dessus d'un brun marron avec l'ex- trmit des poils un peu plus claire, et en dessous d'un gris clair, plus fonc la base des poils. Envergure : 0'",18. Ce Chiroptre habite l'Italie, o on Ta trouv sur les crtes peu accessibles et dans les cavernes du mont Corno, 1,800 mtres d'lvation au-dessus du niveau de la mer. La seconde espce est le Minioplerus Schrebersii, Natterer, de l'Allemagne, de la Hongrie et de, la Crime. 5e SOUS-GENRE. PIPISTRELLE. PIPISTUELLUS. Kaup, 1829. Eur. Thicnv, I. Nom propre. Ce sous-genre correspond aux genres Noctula et Seroliniis de M. Ch. Bonaparte (Iconojrafia dlia Faiina Italica), et en partie, au moins, celui des Vespertis de Blasius {in Wiegmann Ar- ciiiv., t. I, 1859). On en connat un grand nombre d'espces, sur lesquelles une quinzaine habitent l'Europe et trois la France; les autres sont rpandues dans l'Afrique, l'Asie et l'Amrique. A. ESPCES D'EUROPE. 14. NOCTULE. Daubenton. VESPERTILIO NOCTULA. Linn. Caractres spcifiques. Oreilles plus ou moins arrondies, larges, trs-tendues en devant jus- que prs de la commissure des lvres, bord extrieur courb en arrire; oreillon court, large, courb en fer de hache; membrane interfmorale fortement chancre l'articulation des pieds; pe- lage de moyenne longueur, soyeux, lustr, couvrant en dessous une partie de la membrane des flancs et toute l'aile le long de l'avant-bras, trs-fourni chez les vieux, plus rare chez les jeunes de 00 nisTOir.E naturelle. l'anne : parties suprieures d'un beau roux, vif et lustri, et infrieures d'un roux plus clair; les poils de l'aile bruntres; membranes d'un roux noirtre. Envergure : 0''',40. La Noctule est plus rpandue dans le centre de l'Europe que dans le nord ou dans le midi : on la trouve en France, en Angleterre, en Allemagne, dans l'Italie septentrionale, etc.; et un fait que Ton doit noter, c'est qu'on en a constat l'existence en Egypte et au Japon. Cette espce diffre tellement, par sa manire de vivre, de la Srotine, qu'on ne peut nullement confondre ces deux animaux, quoiqu'ils aient les plus grands rapports par leur conformation ext- rieure. Elle sort la premire de sa retraite chaque soir, vers le coucher du soleil, et s'lve d'abord trs haut dans l'air. A mesure que l'obscurit augmente, elle se rapproche de terre et surtout de la surface des eaux, o voltigent les tres dont elle doit faire sa pture. Les vieilles tours et les clo- chers, les combles des maisons habites, etc. , sont les lieux o elle se tient ordinairement; mais on la rencontre aussi trs-souvent dans le creux des arbres des forets ou des campagnes. En t, on voit voler les Noctules par troupes de dix vingt individus; et, en hiver, on les trouve blotties par cen- taines dans le mme repaire, oit sans doute elles se rchauffent mutuellement par leur agglomration. Elles peuvent rsister une abstinence trs-longue, et la vie chez elle est trs-dure. De toutes les Chauves-Souris europennes, ce sont celles qui rpandent l'odeur la plus dsagrable. 15. Slil\OTINE. Uaubenlon. VESPERTILIO SEROTINUS. Linn. Caractres spcifiques. Museau long, dnud jusqu'au chanfrein, garni seulement de poils rares; oreilles cartes, mdiocres, velues la hase extrieure, un peu tendues en avant; oreillon en feuille arque , pointe ronde ; membrane interfmorale non chancre; queue dpassant de 0',004 0",005 cette membrane; pelage de -^loyenne longueur, fin, soyeux, lisse et trs-lustr. Le mle, en dessus, brun chtain et en dessons brun cendr terne; la femelle brun rousstre en des- sus, gris jauntre en dessous; museau, oreilles et membranes des deux sexes, noirs: les jeunes avec un pelage plus sombre et moins lustr. Envergure : 0^, 56. Par sa taille et sa physionomie, elle se rapproche de la prcdente espce; mais elle s'en dis- tingue facilement, non-seulement parce qu'elle a deux fausses molaires de moins, mais encore parce que son pelage est plus long et plus bruntre. La Srotine habite le creux des arbres des forts et de la campagne, et elle en sort au printemps beaucoup plus tard que les autres espces. Elle vit isole ou par paire; elle ne vole que lorsque la nuit est close, et frquente le voisinage des eaux. Son odeur est fade et dsagrable, et non musque comme celle de la Noctule; sa voix est un siflle- ment aigu. Elle ne fait qu'un petit par porte, et ordinairement le met au jour vers la fin du mois de mai. Cette espce n'est pas rare en France; on la rencontre aussi en Allemagne, en Italie, en Cri- me, etc. 16. l'IPISTRELLE. Dnubenlon. VESPERTILIO PIPISTRELLVS. Linn. CAr,ACT:r>Es spcmouEs. Oreilles ovales, triangulaires, plus courtes que la tte, lgrement chancrcssur le bord extrieur; oreillons presque droits, termins par une pointe arrondie; crne trs-saillant, convexe en dessus; occiput arrondi, sans crte; pelage bien fourni, de moyenne lon- gueur; membranes nues; toutes les parties suprieures du corps couleur caf, et d'une teinte lgre- ment plus claire en dessous. Envergure : 0'",25. Les Pipistrelles, qui sont aprs l'Oreillard les plus petits Chiroptres d'Europe, sont remarqua- bles au premier coup dil par la couleur de leur pelage et de leurs membranes, ainsi que par la grandeur de leur queue. Elles se trouvent en commun, avec d'autres Chauves-Souris, sous les combles Raiiiiuroo. l'I. 8. CARNASSIERS. 61 des habitations, et dans les tours et clochers. Leur manire de vivre ne diffre en rien de celle des autres espces. Elles habitent le centre de l'Europe; on les rencontre abondamment en France, en Allemagne et en Angleterre. On en a signal une varit en Egypte, et on en a trouv aussi une au Japon. Les autres espces particulires l'Europe sont les Pipistrdlus vspi.slrcUus, Savii, Leucippe, Alcifilioe, Arslippe, toutes de Sicile et dcrites par M. Ch. Bonaparte; VesperlUio Leisleri, Kuhl, d'Allemagne; discolor, Natterer, d'Allemagne; Nilsonii, Blaslus, de Sude; liliUi, Natterer, de Trieste; Natliusii, Kiister, de Prusse; albolimbaus, Kuster, de Sardaigne, etc. 17. VESPERTILION LIMNOPHILE. VESPERTILW LIMXOPHILUS. Temminck. Caractres spcifiques. Oreilles mdiocres, parfaitement ovodes, sans lobe par devant; oreil- lons courts, droits, larges, en feuille arrondie par le bout; pelage doux, soyeux, de longueur moyenne; les parties suprieures du corps sont, chez le mle, d'un gris fonc, couleur de souris, et chez la femelle un peu plus rousstres. Envergure : O^j^o. Cette espce habite la Hollande; elle qe commence voler que lorsque la nuit est entirement venue, et ses mouvements sont trs-vloces; elle parat rarement ailleurs que sur les eaux, la li- sire des grands roseaux et des bois taillis, rasant la surface de l'eau d'un vol trs-rapide. B. ESPCES d'aFRIQUE. Quelques espces propres au cap de Bonne-Esprance, au Sngal et au Kordofan. Lesson y ru- nit des espces qui, d'aprs M. Temminck, doivent entrer dans le genre Nijclicejus. Comme type nous citerons seulement : 18. VESrEUTlLION DU CAP DE BONNE-ESPRANCE. VESPERTILIO CAPENSIS. Smitli. Caractres spcifiques. Oreilles mdiocres, distantes, pointues vers le bout; oreillons trs- longs, en forme de feuille de saule; pelage long, lisse, soyeux, noirtre en dessus avec la base des poils d'un brun olivtre et plus bruntre en dessous. Envergure : 0'",25. M. Temminck applique celte espce la dnomination de VesperlUio megcdurus. C. ESPCES d'asie. Une dizaine d'espces, particulirement propres Java et Sumatra. Nous dcrirons : 19. VESPERTILION KIRIVOULA. VESPERTILIO PICTUS. Linn. Caractres spcifiques. Oreilles grandes, ovales, lgrement chancres leur bord extrieur, oreillons grands, subuls; membranes peintes de couleurs tranches; pelage cotonneux, trs-fris; en dessus d'un roux dor trs-clatant, et en dessous lgrement rousstre; les flancs et les cts du cou d'un roux plus prononc. Envergure : 0"',2l2. 62 HISTOIRE NATURELLE. Cette espce, qui forme le type d'un genre particulier pour M. Gray, est rpandue sur le conti- nent de l'Inde, Java, Borno, Sumatra; mais son existence Ceylan est douteuse. Nous citerons une seconde espce, le Vespertilio noctiUina, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, du Bengale. D, ESPCES d'aMRIQUE. Une seule : 20. GRANDE SROTISE. Bulion. VESPERTILIO MAXIMUS. Et. Geoffroy Saint-Hilairc. Caractres spcifiques, Oreilles ovales, plus courtes que la tte; oreillon subul; pelage d'un brun marron en dessus, d'un jaune clair sur les flancs et d'un blanc sale sur le ventre. Enver- gure : 0">,45. Cette espce se trouve la Guyane, o elle vole par troupes trs-nombreuses, au crpuscule, dans les endroits dcouverts, souvent au-dessus des prairies, et quelquefois en compagnie d'Engoule- vents. i'"^ SOUS-GENRE. OGYPTE. OCYPETES. Lesson, 1844. Nouveaux tableaux du Rgne Animal. Mammifres. Ce sous-genre, qui correspond au genre Murna de M. Gray, ne renferme encore que deux es- pces dcouvertes Java, et dont M. Temminck a le premier donn la description. Le type est le 21. VESPERTlLIOiN POURCEAU. VESPERTILIO SUILLUS. Temminck Caractres spcifiques Oreilles ayant leur bord extrieur un oreillon muni d'un pli longitu- dinal; tragus long, filiforme, pointu; pelage trs-touffu, long, laineux, bicolore : toutes les parties suprieures d'un roux vif, un peu rougetre, avec la base des poils d'un blanc rousslre; les parties infrieures d'une teinte Isabelle; les flancs cendrs. Envergure : 0'",15. Cette espce provient de Java et de Sumatra; elle est difficile trouver, car elle est de petite taille, et son vol est extrmement rapide; pendant le jour, elle se blottit la racine et en dessous des grandes feuilles du Musa sapicntum. La seconde espce, place dans le mme groupe, est le Vespertilio cavernarum , Temminck, ga- lement particulier l'le de Java. A la suite de la description du genre Vespertilio, nous indiquerons, mais avec la plus grande r- serve, quelques groupes qui peuvent naturellement y rentrer, et qui ne sont pas assez importants ou assez compltement connus pour que nous nous occupions spcialement de chacun d'eux. Tels sont les genres : Romicia (nom propre), Gray {Mag. of Zool. and. Bt., t. II, 1858), qui ne comprend qu'une es- pce, le R. calcarata, Gray, dont on ignore la patrie, et dont la dpouille fait partie du Cabinet du Brilish Musum. CARNASSIERS. 65 Naialiis (du port Natal), Gray [Annals of Pli'ilosopli., t. XXVI, 1825). Type : le N. stmm'meus ou loncjicaudatis, Gray, dont, on ne connat pas la patrie. Pacholus (tts'./.u, pais; m,-, oreille), Glogcr, que M. Gray (Macj. of Zool. and Bot., t. Il, 1858) runit au genre Scolopliilus, qui, pour lui, correspond peu prs notre sous-genre Pipislrcllus. Kirivoula (nom spcifique), Gray {Annals of nat. Ilislorij, t. X, 1842), qui a pour type le Vesperlillo pleins, de notre sous-genre Pipislrellns. Marina (du nom spcifique), Gray {Marj. of nai. H'ist., t. X, 1842). Groupe fond avec le Vesper- lillo sulUus, type du sous-genre Oeijpclcs. Trilactltus [tri, trois fois; laiilo, je me cache), Gray {Annals of nalural lUstory, t. X, 1842), dont le type est le Vesperlillo Hasselti, Temminck. NijctuUnla, Gray {Mag. of nat. IIlsl., t. X, 1842), comprenant les iV. prolerus et fulvus, Gray, qui se rapprochent des Scolopinlus de cet auteur. Mijots (u.u,% Rat; w;, oreille), Gray {Maj. of Zool. an l Bot., t. Il, 1858), correspondant en partie au sous-genre VesperlUio, et renfermant les F. murinns, Beclistcinn et Natereri. Harploceplialus (ap-oia, Harpie; xccpaX/;, tte), Gray {Annals ofnal. Historij, t. X, 1842), ayant pour type les Vesperlillo Ilarpla, Temminck, que BI. Gray nomme Harploceplialus rufus. Lcuconoe (nom mythologique), Boi {Isls., 1850); Cneophus {/.-nc^T.Tc;, obscur); Nijstaeies (vjoTax- T.;, dormeur), et Pteiijfisles (TTrefu^i^w, je remue les ^iles), Kaup {Enlw. G. Europa's Ths., 1. 1, 1829); Lobosloma (X'.oc, lobe; a-:c]j.o., bouche), Gundlach {Annals of nat. Hist., 1840), et Clice- ronijclerus (-/.otpc;, Porc; vu)4Tspi;, Chauve-Souris), Lichsteinsten {In Arclilv. Wlefpnann, 1844), groupes gnriques incompltement dcrits, et qui, nous devons le dire, ne doivent peut-tre pas tous rentrer dans le genre des Vespertilions. 2""^ GENRE. NYCTICE. NYCTICEUS. Rafinesque, 1820. In A. G. Desmavesl. Mararaalogie. tymologie incertaine. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire: incisives, j dans les jeunes, ef | ige adulte; canines, [^; molaires, f^,. Les' Incisives suprieures sont toujours accoles contre les canines, et prsentent constamment la forme longue, conique et pointue cCune canine : les infrieures sont plus ou moins entasses. A ta mciiolre suprieure il n'y a pas de fausses molaires, et l' arrire-molaire est en lame trans- verscde, comme formant une demi-dent; en bas, l' arrire-molaire est termine par un tubercule. Lorsqu'il y a une fausse molaire en haut, elle est toujours extrmement petite, obtuse, hors de la range, et place derrire le talon de la cctnlne. En tout, Il y a, h l'tat normal, trente dents, et trente-deux dans le jeune ge, rarement trente-quatre lorsque la petite pointe existe encore der- rire le talon des canines. Inter maxillaire rudimentalre, et soude aux maxillaires dans toute sa longueur. Indpendamment de la diffrence dans le nombre et la forme des dents chez les Nyctices et les Vespertilions, on en trouve dans la forme du crne. Les NjjciIccus ont le chanfrein irs-largi, lisse, sur un plan horizontal et angulaire; le crne est trs-trangl entre les arcades zygomatiques, large et bomb vers l'occiput, qui prsente une crte saillante. Cette forme largie du chanfrein donne ces animaux quelque chose de la physionomie des Chiens roquets-dogues; leur gueule est 6^^ HISTOIRE xNATURELLE. grande; leur museau obtus, et leur tte parat encore plus large qu'elle ne l'est rellement, cause de rcarlement des oreilles. Le pelage est plus ou moins court, lisse. ^ ma- Fig. 22. Nyctiee de Temminck. Le genre Nyctiee a t cr par Rafinesque; M. Temminck en spare les Nijcccjtis, qui s'en dis- tinguent principalement par leur pelage long et leur membrane interfmorale plus ou moins velue. On doit aussi regarder ce genre comme synonyme des Ihjpexodona {mt.o, en dessus; s?, six; c(cu?, deni) de Rafinesque {Joiirn. de Pliijs., n" 87), et surtout du sous-genre Nijclalus (vj/-ra),c;, nocturne), indiqu par Lesson (Tabl. du rcf. anm. Mammifres, 1842) comme subdivision des VespcrlUio. 1" SOUS-GENRE. NYCTICE. NYCTICEUS. Temminck. Si nous considrons le groupe des Nyctices comme distinct de celui des Nycticjs, nous n'y comprendrons qu'un petit nombre d'espces propres l'ancien continent, et en particulier l'Asie et TAfrique, car aucune espce n'en a t dcouverte en Europe ni en Amrique. Comme espce typique, nous dcrirons le NYGTiCEE DE TEMMINCK. iWCTICEUS TEMMINCKII. Horsfield. Caractres spcifiques. Oreilles plus courtes que la tte, et de forme oblongue arrondie, chancres au bord externe, et munies d'un oreillon allong, recourb en faux; pelage soyeux, form de poils courts, fauves en dessus, jauntres en dessous; les cts de la tte et du corps d'un roux brillant. Envergure : 0"\55. Cette espce, qui est voisine, mais distincte du Nijctceiis Belangeni, est trs-commune Java, Sumatra, Borno, Banda, Timor et dans tout l'archipel indien. Elle vit en grandes bandes de plusieurs centaines d'individus dans les toitures des maisons et dans les trous des arbres; on la voit voler vers le dclin du jour, avant le crpuscule; elle se nourrit principalement de Termites, et rend ainsi de grands services en diminuant le nombre d'Insectes des plus nuisibles l'homme par la destruction qu'ils font des arbres des forts, ainsi que de ceux employs dans les constructions. Une autre espce de ce genre est le Nijcl'iccus nocltdbuis, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui ha- bite le continent de l'Inde. C\RNASSlF.r.S. G5 1""^ SOUS-GENRE. NYCTICJF. NYCTICEJUS. Tcmminck, Chez les Nijclkcjns, le pelage est long, et la membrane inferfmorale est plus ou moins velue. Tels sont les caractres assigns par M. Temminck celte division, qui comprend une dou- zaine d'espces, toutes amricaines, et qui correspond, en paitie au moins, au genre Aialapltn (nom propre) de Uafinesque, et celui des Lasiiirus (/aan;, poilu; w^a. queue), de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, et qui y est runi par Lesson. Comme types, nous citerons : I. NYCTICJE IIUMRAL. NYCTICEJUS HUMERALIS. Rifiiicsque. Caractres spcifiques. Oreilles ovales, plus longues que la llc, et noirtres, ainsi que le mu- seau; pelage d'un brun fonc en dessus, avec les paules noires, et les membranes peu prs de la mme couleur. Envergure : 0"',22. Habite la province de Kentucky, o elle est commune 2. NYCTICiiJE LASIURE. NYCTICEJUS LASIURUS [VESPERTILIO]. Linn. Caractres spcifiques. Tte petite; oreilles ovales, courtes; pelage variant suivant les ges et les saisons : le plus habituellement, le sommet de la tte et la nuque sont jauntres, avec l'extrmit des poils roux, et tout le reste des parties suprieures jaune, prsentant un reflet cannelle vif; le dessous est galement jauntre, et offre une tache d'un blanc pur de chaque ct de la poitrine; membrane nue, colore en roux et en noir. Envergure : 0"',o5. Cette espce, type du genre Lashiriis, est surtout remarquable par la disposition de SOQ systme dentaire, qui, son tat normal, est compos de deux incisives de chaque ct de la mchoire su- prieure, et six l'infrieure : ces dents tant en haut isoles, et semblables de petites canines. Les molaires sont, de chaque ct de la mchoire suprieure, au nombre de quatre, avec une cin- quime pointe derrire le talon des canines, et sans fonction; l'infrieure, on en compte cinq. Ce Nycticje se rencontre dans les tats-Unis et les provinces septentrionales de l'Amrique du Sud; elle est trs- commune New-York et en mme temps Cayenne. Nous indiquerons encore comme espce de ce genre le VespertUio novboraccnsis, Pennant, qui habite l'Amrique du Nord; c'est le type du genre Atalaplia de Rafinesque, qui tait bas sur un indi- vidu parvenu l'extrme vieillesse, et qui, comme le fait observer M. Temminck, et avant lui A. G. Dcsmarest, offrait des diffrences odontologiques importantes, en ce qu'il avait perdu toutes ses incisives, sans que l'on pt y voir de trace alvolaire. La caractristique de ce genre Alalapha de Rafinesque {Prodrome de Somiologie) tait : pas d'incisives aux deux mchoires; nez simple, non muni de crtes ou de membranes; oreilles mdiocrement cartes l'une de l'autre, et pourvues d'oreillons; queue longue, dpassant un peu la membrane interfmorale, ou y tant comprise en entier. Outre le VespertUio novboraccnsis, que Rafinesque nomme AtcUapha Amcricana, il y comprenait une autre espce qui est au moins douteuse, 1'^. Sicnla, qu'il dfinit par ses oreilles yussi longues que la tte, et sa queue saillante par une pointe obtuse. GO HISTOIRE NATURELLE. rv"^ GENRE. FURIE. -F67L4. Fr. Ciivier, 1828. Nouveaux Mmoires du Musuui, t. XVI. Nom niytliolopjiqiin. CARACTnES GNllIQUES. Siistcme dentaire : incisives, |; canines, j^j; molaires, jJE^; les incisives supcricnres loiilcs de mane fjrandeur, poinlues : exlernes disposes sans aucun rapport avec les canines infrieures; inci- sives infrieures places rgnlicremenl sur un arc de cercle, a l'aise, et trilobes; canines suprieu- res beaucoup plus paisses que les infrieures, toutes trois pointes : des deux latrales, l'une tourne vers les incisives, l'autre vers les molaires: les canines aijanl aux deux mchoires des formes anoma- les, et prsentant plus de rapport avec des fausses molaires qu'avec des canines ordinaires; les mo- laires conformes comme celles des Vespertilio; il y en a, suprieurement, deux fausses, et trois infricurcmenl. iMuscau camus, hriss de poils roides. Yeux saillants, ijros. Narines terminales, n'tant pas spares l'une de l'autre par un bourrelet. Lvres entires : la suprieure avec quatre ou cinq verrues sur les cts, et l'infrieure avec huit tubercules assez- semblables des verrues. Oreilles peu prs aussi lar(jcs que longues, simples, pourvues d'un orcillon trois pointes. Ongle du pouce se montrant au dehors de la membrane des ailes. Queue enveloppe presque compltement dans la membrane interfmorale. Oulro ces caractres, on doit (aire remarquer que, chez les Furies, les os frontaux et paritaux se relvent presque angle droit au-dessus des os du nez, et que toutes les parties suprieures sui- vent ce mouvement. Les os de l'oreille sont fort au-dessus de la partie antrieure de l'arcade zygo- matique, qui, au lieu d'tre horizontale, forme un arc dont Textrmil postrieure est trs-releve au-dessus de l'antrieure. La hauteur du maxillaire suprieur est presque nulle, tandis que la bran- die montante de la mchoire infrieure est trs-grande. Les os du nez laissent entre eux une dpres- .sion sensible sur la tte osseuse, quoiqu'elle ne s'aperoive pas sur la tte non dpouille. Dans les Yespertilions, on trouve des formes trs-opposes; ainsi, les os du nez, les frontaux, les paritaux et rocciput, sont sur une ligne droite oblique : l'arcade zygoniatique est horizontale; le maxillaire suprieur a une grande hauteur, et la branche montante de l'infrieur est mdiocrement leve. Ce genre a t cr, par Fr. Cuvicr, sous le nom de Furia, et, depuis, M. Ch. Ronaparte en a transform la dnomination en celle de Furiplerus {fima, furie; tttsow, aile). On n'en connat qu'une espce, qui habite la Mana, dans la Guyane. FURIt: lIORP.IIiLE. FURIA IIORRENS. Vv. Ciivlcr. Cap. \r.TK uF-s ppkcifiques. Pelage d'un beau noir uniforme, doux et pais, except sur le museau, o il est j)lus long, plus roide et plus hriss que sur les autres jiarlies du coips. Envergure : 0"',i'..). Celte espce, encore rare dans les collections, a t dcouverte par Leschenault. J^v^"^, CARNASSIERS. C7 4"- GENRE. SCOTOPIIILE. SCOTOPUILUS, Lcacli, 1822. Transaclioiis ol' Linncaii Society ori.ondou, l. Xlll. 2/40T&, obscurit ; piXo;, ami. CARACTRES GNRIQUES. Sijslme dentaux : incisives, -f; canines, \=~-, molaires, \^\; incisives suprieures ingales, poin- tues, les inlermdiaires tant les plus grandes, simples, et les latrales bifides lobes gaux : inf- rieures peu distinctement tri fuies; canines suprieures avec une petite pointe en arrire de la base: infrieures offrant cette pointe en avant de la base; molaires comme chez les Vespertilio. Oreilles distantes. Troisime, (juatrime et cinquime doigts des ailes ayant trois phalanges; l'index n'en prsen- tant que deux. Doigts des pieds mdiocres, gaux, arms d'ongles comprims et recourbs. Ce genre, dont nous donnons la caractristique d'aprs Leacli, n'est pas suffisamment dcrit, et c'est probablement avec raison que Lesson le runit aux Vespertilio; tandis que M. Gray y place des espces assez nombreuses et rapportes divers genres On n'y range ordinairement que le SCOTOPIIILE DE KUIIL. SCOTOPUILVS KUBLII. Lcacli. Caractres spcifiques. Pelage brun ferrugineux; oreilles, nez et ailes bruns. La patrie de-cette espce est inconnue. 5'^^GENRE. - OREILLARD. PLECOTUS. Et. Geoffroy Saint-llilaire, 1820. In A. G. Desniarcst. Mammalogic et Faune franaise. nX/.w, je plie; w;, oreille. CARACTRES GNRIQUES. SlJSth.^ dentaire: incisives, |-; canines, |n J ; molaires, j^i,^ ou l^^, total, trente-quatre ou trente- six dents; hwisives suprieures spares par paires; infrieures contigucs, trilobes leur tran- chant; cannes mdiocrement fortes; molaires agant leur couronne garnie de pointes trs-aigus. Tte moijennc . Nez simpl sans membranes ni crtes, ni fosse sur le chanfrein. Narines terminales et un peu latrales, spares l'une de l'autre par un sillon lgrement marqu. Oreilles trs-grandes, nues, places un peu en avant de la tte et runies la base par leur bord interne ou un prolongement de ce bord. Oreillon z.jiwent trs-dvelopp. Yeuct , 'it. Langue doue... Corps mdiocrement allong. Ailes membraneuses, tendues, soutenues par quatre doigts trs-grles et trs-longs, sans ongles, et accompagns d'un pouce court, robuste, onguicul. G8 HISTOIRE NATURELLE. Pieds poslcnciir.i h chuj do'ujls courts : ions dans ht miitc dlrcclion en arricrc, pourvus d'oujles croclms, {'(jaux entre eux. ()i\euc trcs-lon{jue, cnlieren'cnt cotnprise dans la membrane intcrfcmorale, (jui est trs-grawlc. Fi". 23. Oreilhuvl, Les Oreillards ressemblent Lcaucoup aux Vespoitilions, mais ils en diffrenl par un dveloppe- ment extraordinaire des oreilles, qui sont unies l'une l'aiitre par un prolongement du bord interne traversant le front vers son milieu. Ce genre, que M. Tcmminck ne regarde pas comme diffrent de celui des Vcspcrtilio, et que A. G. Desmarcst {DIannn.) indiquait comme un simple sous-genre de Vespertilio, correspond celui des Macrotus {[j.y.y.yj:, grand; co;, oreille) de Leach {loco talo), dnomination qui a t adopte par M. Cil. Bonaparte, tandis que M. Gray {Voij. ofSulpIiur, 1844) l'applique une espce d'Hati, ))rinci paiement caractrise en ce que sa queue est saillante au del de la membrane inlerfmorale. La Barbastelle, qui entre dans ce groupe gnrique et ne doit pi'obablenient pas en tre spare, a servi de type aux gro\\\')es, des Barbasiellus, Gray {Annals of Maffazin of Hislorij nalural, 1825), et Sijnolns {a-x>, attache avec; :, oreille), Kcyserling Von Blasius ((/ic Wirhclthkre, Europas, \Sii)), le premier adopt par M. Ch. Bonaparte et le second par M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire. On connat plus de douze espces d'Oreillards qui ont les mmes liabiludes que les Yespertilions, et sont rpandues dans toutes les parties du monde. Quatre sont europennes. 1. OREILI.AIU). l'LECOTUS AURITUS {VESPERTlLIo) l.inn. C.\nACTRES SPCIFIQUES. Oreilles presque aussi longues que le corps, inclines de ct, minces, un peu transparentes, ayant un repli longitudinal et saillant en avant jusqu' la commissure des It vrcs; un petit repli la base de leur bord interne, qui est cili dans toute sa longueur, runies par la partie infrieure sur la tle; tragus droit, long et pointu, muni d'un lobe externe la base; tte dprime; museau long, pointu; face peu velue; glandes odorifrantes places aux cts du museau et au devant des yeux, jauntres; pelage long, d'un brun cendr nuanc de rousstrc en dessus, gris blanchtre nuanc de fauve en dessous, membranes nues, d'un gris blafard, ainsi que les oreilles. Envergtire : 0"','28. Cette espce, qui se renconlre dans presque toute l'Europe et n'est pas trs-rare en France, ha- bite l'intrieur des villes et des villages, o elle tabli! son domicile sous les combles des maisons ainsi que dans les clochers. Elle est peu nombreuse en individus, ol ceux-ci vivent isols; elle ne re- cherche i)as le voisinage des eaux. CARNASSIERS. 09 A 2 DARBAjTELLL:. PLECOTUS BARDASTELLUS iVESl'EUTILIO]. Liniu'. CAnACTr.ES si'ciFKviuKS. Miiseuii trs-couit et obUis; tte couverte par les oreilles, qui sont runies leur base sur le front; conques auditives Irs-dveloppes, livs-larges, masquant la partie poslcricure du crne; une large handc de poils au milieu de la conque, qui est nue des deux cls; glandes odorifrantes triangulaires; pelage trs-court, fin et soyeux; membranes velues des deux cts; toutes les parties suprieures noires; ventre blanclitre; membranes brun clair. Enver- gure : 0,25. Cette espce, qui appartient la faune franaise, babitc les contres tempres et chaudes de l'Europe; elle est rare et prfre, comme lieux d'habitation, les vieilles tours leves. On la trouve quelquefois avec la Pipistrelle, mais jamais avec d'autres Vesperlilions. Les deux autres espces particulires l'Europe sont les Plccoliis brcvimaniis, Jenyns, d'Angle- terre et de Sicile, clcorniilits, Eabricius, propre au Danemark. (Jualre sont de la Malaisie, surtout de Timor et de Sumatra. Le Plccolus Timoriensis , Lcsson et Garnof, en est le type. Deux d'Afrique : les Vespertilio Iciiconiclas, Ruppell, de l'Arabic-I'etre, cl isabelUnus, Temniinck, des ctes de Barbarie. Quatre de l'Amrique, tant mridionale que septentrionale; la plus-connue est le VcspcrlUio dic- galolis, Rafincsque, des tats-Unis. NYCTRIENS. NFCTElilI. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Nez creus d'une cavit. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a dsign cette division sous le nom de famille, et il n'y plac: que le genre Nijclcre, qui habite l'Afrique et l'le de Java. GENRE UNIQUE. - NYCTRE. NVCTERIS. Et. Geoffroy Saint-Ililaire, 1814. Dcsciiiiliou (lo 1 gyple. Histoire naluRllc, l. II. N'j/.THt;, Chauve-Souris. CAP.ACTHES GNIUQUES. Sijslcme dcnlcdre : incisives, |; canines, \^\; molaires, *E^ et plus rarement ^ ce qui donne en tolaUl trenle-deux ou seulement trente dents; les incisives suprieures bilobes, petites, spares par paires: les infrieures trilobes; les canines assez fortes; les molaires fjamies la couronne de pointes aicjucs. Clmnfi^n creus d'une fosse profonde loncfitudinale. Narines couvertes par une sorte d'opercule cartilagineux et mobile. Oreilles trs-grandes, ircs-ouvertes, contigus leur base antrieurement. Oreillon presque extrieur. 70 HISTOIRE NATUPiELLE. Membrane inter fmorale plus grande que le corps el comprenanl La queue, qui csl termine par tin carlilaije bifurqu et en forme de T renvers (i). Ce genre, fond par Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, ne renferme que quatre espces, qui ont les mmes murs que les autres Ciiiroptres insectivores. 1. NYCTRE CAMPAGNOL VOLAiNT. Daubenlon. NYCTERIS HISPIDUS. Liniu". CaractPiES spcifiques. Pelage gnralement d'un brun rousstre en dessus et d'un blanc l- grement teint de fauve en dessous. Envergure, 0'",21. Cette espoe, qui est le Nrjcleris Daubenlonii d'Et. Geoffroy, habite le Sngal; on l'a indique comme de la Sicile, mais ce fait est loin d'tre dmontr. 2. NYCTRE DE LA TIIEBAIDE. MXTERIS THEBAICUS. Et. Geoffroy Saint-Hilire. Caractres spcifiques. Pelage doux et fin, brun en dessus et gris brun en dessous. Enver- gure : On'j^e. Ce Cbiroptre a reu d'A. G. Desmarest le nom de Nijcteris Geoffroyi. et de M. Smith celui 'af- finis; on l'a signal dans plusieurs contres de l'Afrique trs-loignes les unes des autres, telles que l'Egypte, la Nubie, le cap de Bonne-Esprance et le Sngal. 5. NYCTRE DU CAP. NYCTERIS CAPENSIS. Smith. Caractres spcifiques, Pelage fauve noir sur le dos et l'occiput; blanc sale sur les cts du cou; parties infrieures cendres; une touffe de poils bl aies sur le tragus. Envergure : 0'",'28. Cette espce habite l'Afrique mridionale, particulirement l'le de Pques. 4. NYCTRE DE JAVA. NYCTERIS JAVANICUS. Et. Geoffroy Saint-Hilaire. Caractres spcifiques. Pelage d'un roux vif sur les parties suprieures du corps et d'un cen- dr rousstre sur les infrieures. Envergure : O'",o0. Et. Geoffroy a donn la description de celle espce, qui est la plus grande du genre. CLiiiaiiiciiic Llioiioi], RIIINOLOPIIIENS. RFIINOLOPIIII. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Nez surmont d'une feuille. Division correspondant la famille qui porte la mme dnomination dans la mthode de M. Isidore Geoffroy Sainl-Uilaire, et au groupe des Loptionijctres de De Blainvilie. CARNASSIERS. 7 1 On connni iino cinqnnntnine d'espces de Rliinolopliiens, et elles se trouvent rpandues dans foules les eonlres du globe : les environs de Paris en renfenncnt deux se rapportant au genre Rlii- noloplie. Les genres que nous admetirons dans cette division sont au nombre de bnit, et, parmi eux, plu- sieurs ne nous sont pas entirement connus; ce sont ceux des Nijcloplile, Rlnopome, Arhe, fUti- iiolophc, Mc(j(ukrme, Mormoops, Cliilomjclre et PInjllodk. \" GENRE. NYCTOPniLE. NYCWPHILUS. Leacli, 1852. Transactions of Linnean Society of Londoii, t. XIII. K'Ji, luiil; 9'.Xs, j'aime. CARACTRES GNRIQUES. Systme denlaire : incisives, f; canines, l~\; molaires, ^-j les incisives suprieures lonjues, coniques, poinlues; par leur position prcs des alvoles des canines et par leur forme conique, lg- rement courbe, elles ont l'apparence d'une seconde paire de canines : tes infrieures sont fort h l'aise dans l'alvole, mal ranges, larjcs, trilobes; les canines sont portes sur un talon bord saillant : les infrieures armes, postrieurement, par une petite pointe, et toutes assez espaces pour ne pas nuire au dveloppement des incisives comme dans les mchelires; les molaires sup- rieures sont tuberculeuses, fortes collines, et les infrieures plus coniques. Nez avec deux feuilles nasales, dont la postrieure est la plus cjrande. Oreilles trs dveloppes, runies sur le front, tragus lancol. Membranes assez peu dveloppes. Queue dont la dernire partie dpasse lgrement la membrane inter fmorale. "~)-^. ^Y "^ . "^^ Fig. 24, Nyctoplule de Geoffroy. Le genre Nyctopliilus a t cr par Leacb, et revu depuis par M. Temminck, qui fait observer que c'est tort que le zoologiste anglais lui a attribu six incisives infrieures, tandis qu'il n'en pr- sente rellement que quatre. Ce groupe, par la forme et le nombre des molaires, se rapproche desNyctres, mais, au contraire, par la disposition du systme dentaire des incisives et des canines, a plus de rapport avec les Rhi- nolophes; en outre, il est encore voisin des Nijcteris par ses oreilles trs-grandes, par ses follicules nasales, toutefois sa queue ne prsente pas, comme chez ces derniers, un cartilage terminal bifur- qu. Tout le systme cutan est peu dvelopp, assez semblable i\ celui des Yesperlilions. On ne connat qu'une seule espce deNyclophiie, et elle est propre une des parties encore ind- termines de rOcanie. IllSTOlllE NA'lUIlKi.Li:. NYCTOrilll^E UE GEOITROY, .yVCTOPIlILUS GEOFFROYI. CARACTr.r.ES SPCIFIQUES. Pelage de deux couleurs : en dessus, base noire et pointe jjrun fonc; en dessous, base noirtre et pointe cendr blanchtre; des poils sur la membrane le long des flancs et sur la partie suprieure des deux cts de la membrane interfmorale. Enver- gure : 0"',23. S'"' GENRE. RIIINOPOME. PdUSOPOMA Et. GeolTroy Saint-Hilaire, 1811. rirfcri|ilii"in dp l'EsyptP. ilisloiro nalurelle, t. II. Piv, nez; r.mt.y., opercule. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, l; canines, ]-^; molaires, ^E^; les incisives suprieures cartes , l'une de l'autre; tes canines mdiocrement dveloppes; les molaires ayant leurs couronnes hris- ses de pointes aicjucs. Nez long, conique, coup carrment h l'extrmit, surmont d'une petite feuille. Ouvertures nasales troites, transversales, munies d'un petit lobe en forme d'opercule. Chanfrein large, concave. Oreilles grandes, runies, couches sur le front; oreillon extrieur. Membrane interfmorale troite, coupe carrment, enveloppant seulement la base de la queue. On a publi quelques dtails sur rostologie des Rhinopomes; nous nous en occuperons en parlant des os des Rhinolophes. Ce genre, dans lequel on voit apparatre les feuilles nasales, qui ne sont encore que trs-peu dveloppes, cr par Et. Geoffroy Saint-Ililaire, ne renferme que trois espces, particulires rgypte, l'Amrique mridionale et aux Indes, encore l'une d'elles n'y est-elle range qu'avec doute. 1. RllINOPOMR A PETITE FEUILEE. niIINOPOMA MICROPHYLLA [VESPERTILIO] Rrunnidi. Caractres spcifiques. Pelage long, touffu, d'un gris cendr assez uniforme. Envergure : 0'",2I . Cette espce, que Relon nommait la Chauve-Souris d'Egypte, a t principalement tudie par Et. Geoffroy, qui a dcrit avec soin son organe olfactif. Ce' appareil est remarquable par la grande largeur des fosses nasales, qui cause un renflement considrable des os maxillaires, et surtout, aussi, par l'existence de petits opercules, qui peuvent, la volont de l'animal, boucher les ouver- tures des narines. Ce Rhinopome, qui a t observ en Egypte, a gnralement les mmes habitudes que les Chauves-Souris de notre pays, si ce n'est qu'il fait continuellement mouvoir ses narines, les dilatant, et ensuite les contractant, de manire ne laisser voir aucune trace de l'ouverture. 11 ha- bite principalement les souterrains des pyramides du Caire. lii I Geiiellc ij.hiIIk'tiik; aEVALET l''iii. -2. - NioN (Ir Tiniis CAUNASSIEUS. 73 2. RHINOrOWR DE I.A CAHOUJiE. RIIINOPOMA CAROI.HVENSIS. Et Gcotirny Sainl-Ilil.iirc. (Iaractres spcifiques. Pelage brun; membrane obscure. Envergure : 0'",2 Ce Hhinopome n'est pas regard, sans quelque doute, comme particulier aux tats-Unis de l'A- mrique du Sud, et c'est probablement pour cela que Lesson lui a appliqu la nouvelle dnomina- tion de Rliinopoma duba. Pour nous, tout en convenant que l'iiabital de cette espce n'est pas d- finitivement connu, nous ne pouvons cependant admettre le clianj^ement de nom de Lesson; car il nous semble qu'il vaut encore mieux conserver une dnomination impropre j)lult que de surchar- ger la synonymie, qui, malheureusement, en zoologie comme en botanique, ne Test dj que beau- coup trop. Le BIniiopowa Caroiivcnsis diffre du Blihiopoma uncrophiilla par ses oreilles, qui sont moins grandes et moins spares; par sa queue, assez longue et paisse, n'lant engage par la membrane interfmorale que dans la moiti de sa longueur seulement; et, enliii, par sa taille un peu plus considrable, La troisime espce de ce genre est le Rhinopome d'Hardwick, Ehinoponia Uardvncki, Gray, que l'on rencontre dans les Indes. 5-"^ GENRE. ARITE. ARITEUS Gray, 1838. Magazin of Zoology ami Botaiiy. PUymologie incertaine. CARACTERES GNRIQUES. Nez prsentant une feuille droite, laneote, simple en arrire, arrondie sur le front. Oreilles latrales. Tragus spar, distinct. Membrane inlerfnwrale peu dveloppe, abord aminci vers la jambe. Ce genre, qui correspond celui indiqu prcdemment par M. Gray sous la dnominaiion d'Islio- pliorns (tiTiGv, voile; Cj^cpo, porteur), ne rcid'erme qu'une seule espce [Arileus flavesccus, Gray), dont on ignore la pairie, et dont un exemplaire est conserv dans les collections du Brilish Musum, Ce groupe est trs-rapproch de celui des Rhinolophes, et n'en diffre gure que par la disposilion de sa membrane interfmorale. 4-"* GENRE. RHINOLOPIIE. RHINOWPHUS. G. Cuvier et Geoffroy Saint-Ililaire, 1797. Tableaux lmentaiios ilu licgnc animal. CARACTRES GNRIQUES. SijSlhne dentaire . incisives, |, ou plus rarement ^l; canines, 'f^' ; molaires, ^, ^l. ou (juebiue- fois ^, ce qui donne en totalit vimjt huit ou trente dents, et rarement trente deux. Les lames inter- maxillaires suprieures peuvent manquer, et alors il n'ij a pas d'incisives suprieures; mais, quand ces lames existent, elles portent chacune une dent obtuse plus oji moins visible; mais ces dents tom- bent dans un ge avanc; les canines sont portes sur un talon assez grand, qui se dveloppe avec l'ge, sans pousser les incisives de leurs alvoles; les molaires sont toujours cour une garnie de 7- 10.. 74 HISTOIRE NATUnEM.E. pn'mics (rcs-difjucs : qniiud elles sol an nombre de seize, elles nifiiKjueiit de toute sorte de moluire (lUOUKile on fausse molaire; quand elles sont an nombre de v'nujl, elles ont nue dent anomale hors de lique, sans fonction prsiuiiable, place anlrienremenl sur le talon de la canine; enlin, quand elles sont au nombre de vimjt deux, elles prsentenl une fausse molaire de plus la mchoire infrieure. Cueille trs- fendue. Oreilles mdiocrement graniles, membraneuses, presque nues, sans oreillon, h peu d' exceptions prs, et places sur les cts de In tcte. Yeux petits. Nci siirniont de crtes membraneuses : la suprieure en fer de lance, place a plat sur le bas du front, et l'infrieure prsentant la disposition d'un croissant on d'un fer h cheval, et bordant la lvre suprieure. Narines orifice, places de chaque ct entre les crtes membraneuses, plus vuUjairemenl con- nues sous le nom de feuilles. Lvres paisses, composes d'un acjrfjat de fibres musculaires serres les unes sur les autres, et oppiises par leur direction. Membranes interfmorales peu dveloppes, assez semblables celles des Vespertilio. Doifjts des ailes avec un petit pouce spar, onjuicul, plac prs du poi(jnrl, et les (jnatrc doqts .viiranls forms il'osselets lrc.s-(jrcles : l'indicateur naijant qu'un mtacarpien sans phalange, tan- dis que les autres doigts ont un ou deux os, sans trace d'ongle. Queue grande, grle, entirement i u en partie embrasse jusqu' sa dernire articulation par ta membrane 'interfmorale. Pelage compos de poils trs-doux. Langue douce. l'k Rliinolo))1iP deuil. Les niiinolophcs manqunil d'os inipriiwixillaire runi aux maxillaires; cet os est remplac, chez les espces pourvues d'incisives siipiieures, par deux petites lames osseuses, plates, trs-minces, diveri^entes aux {\ei\\ exirmils, et se touchant vers le centre; ces petites lames, suspendues dans le cartilage nasal, portent chacune une incisive peu solidement affermie dans ces lamelles mobiles, et pouvant tomber facilement |)ar le plus lger effort; il parat cependant qu'elles ne tombent pas rgulirement, et que, lorscju'un effort accidentel les fait cder, elles repoussent, car le plus grand nombre des lUiinolophes pourvus de ces dnis en ont, lo plus souvent, dans Tge adulte, et toujours dans le jeune ge; leurs incisives mobiles n'tant pas exposes recevoir de lsion par le dvelop- pement de dents contigus, comme cela a lieu la mclioire infrieure des Molosses, i)ar suite du dveloppement des canines. Les espces qui manquent totalement de ces dents en sont prives dans loules les priodes de la vie par l'absenccMle lamelles iiitermaxillaii'es, remplaces par un simple cartilage. Ce singulier appareil d'inlermaxillaires mobiles, mis en action par des muscles releveurs CAUiNASSlKHS. 7:, et flclii.sseurs dpendanls presque exclusivement des lvres, donne aux IUnnol()|)lies la faculic de lever ou de baisser les ineisives suprieures, exemple 1res reniar(pial)le de dents molules dans la elasse des Mammifres, et prsentant certain dei^r d'analoi^ie avec l'appareil de diverses espres d'Ophidiens, l/extreniit postrieure du carlilai^e nasal et les deux lamelles osseuses sont suspi-n- dues l'extrmit antrieure du vomer; leur mouvement semble dpendre de rori,'-ane de l'odorat, trs-subtil chez ces animaux. On a cru pendant longtemps que nos Rliinolophes d'Europe, et principalement le petit Fer--Cbe- val, prsentaient quatre mamelles; mais Kuhl a dmontr qu'il n'y avait chez ces Chiroptres, de mme que dans les antres espces de la mme famille, que deux mamelles pectorales, et que les deux autres corps glanduliformes, que l'on avait pris |)our des mamelles inguinales, n'taient que des verrues de la peau, au-dessous desquelles il n'y avait pas de glandes mammaires. M. Temminck a coiilirm pleinement les observations de Kuhl; il rapporte que ces prtendus mamelons ne servent en aucune manire la nutrition, et il ajoute que ce sont des appendices particuliers d'o suinte une matire onctueuse, ftide, et qui est destine augmenter Todeur dsagrable qu'exhalent ces Chauves-Souris. Ces papilles n'existent pas avant l'ge de deux ans, et ce n'est que quand les femelles ont trois ans qu'on les voit bien dveloppes. Mais, outre cet appareil, les Rhinolophes ont, comme les animaux de la mme famille, des glandes odorifrantes trs-dveloppes. L'oreille est, dans le pins grand nombre des cas, prive d'oreillon ou de tragus, ou bien cet or- gane est excessivement petit, et l'oreille est droite, sans lobe bien marqu; mais, chez quelques espces, on voit un lobe infrieur, transversal, plus ou moins distinct, quelquefois trs-dvelopp, dtach de l'oreille par une chancrure plus ou moins grande, et servant fermer cet organe d'une manire plus complte que ne pourrait le faire toute antre espce d"ap|)areil. L'organe de l'odorat prsente une grande complication; les chambres nasales ne s'tendent pas au del des premires molaires; elles sont renfles et globuleuses; l'entre des narines existe par devant et au-dessous, et reprsente comme une large oi^erture que termine rintermaxillaire. Le nez est, en dessus, arm de deux feuilles disposes d'une manire toute particulire, et qui a valu ce genre la dnomination qu'il ])orte. De Blainville et M. Temminck ont donn des dtails sur Tostologie de ces Chiropti'es; le pre- mier zoologiste a tudi avec soin les squelettes des Rhinolophes et des Rhinopomes, qu'il compare avec celui des Mgadermes. Selon lui, la tte des Rhinolophes et des Rhinopomes est plus huileuse au crne, plus ramasse et plus tronque la face, que celle des Mgadermes, et prsente un large apliitissement de !a rgion fronlo-nasale et un dveloppement singulirement huileux des sinus maxillaires. Les mchoires sont assez bien semblables danses trois genres; cependant, le prmaxil- laire, qui manque encore dans les Rhinolophes. existe, quoique assez peu complet, dans les Rhino- pomes. Le reste du squelette n'offre de diffrence que dans la longueur des vertbres de la (jueue, qui ne sont peut-tre pas en plus grand nondjre dans les Rhinolophes que chez les Mgadermes, nniis qui, tant trs-allonges et excessivement grles, portent la queue au del des membres jtostrieurs; et cela mme est encore plus manifeste dan.s les Rhinoiomes. Le sternum est saillant, en angle ou- vert, et muni, latralement, d'une sorte d'apophyse pineuse, suivant M. Temminck. Les os qui <:onslituent la poitrine ne prsentent pas non plus de diffrence bien apprciable, ni dans le nom- bre, ni dans la forme, au moins chez les Rhinopomes; mais il n'en est pas tout fjdt de la mme manire dans les Rhinolophes, dont les ctes, et surtout les postrieures, sont singulirement lar- gies, au point de se loucher presque compltement. Chez ces derniers animaux, l'hyode est largi, excav, courb fortement en dessus, et ses cornes postrieures, prolonges en forme de bras, dila- tes, spatules, sont beaucoup plus fortes que les antrieures, extrmement dlies dans les deux articles qui les constituent. Les os des membres sont trs-grles : aux antrieurs, l'humrus est plus long et moins robuste dans les Mgadermes; le radius est un peu plus arqu, surtout dans les Rhi- nolojdies; le cubitus est filiforme et non coud, et la main est trs-courte : en effet, le plus long doigt, le troisime ou mdian, est peine plus long que le radius; aux membres postrieurs, il n'y a pas de diffrences apprciables dans ces trois groupes de Chiroptres. L'os pnien a t trouv dans deux espces de Rhinolophes; dans le grand Fer--Cheval, o il a au moins 0'",008 d^ long, il est paissi et triangulaire la base, qui est excave en capsule, prenant ensuite, en se rtrcissant d'abord, puis en se dilatant et s'amincissant de nouveau, la forme d'une spatule l'extrmit; dans 76 HISTOIRE NATURELLE. le pclit Fer--Ciieval, o il est ncessairement beaucoup plus petit, il a la forme de la pointe d'une i)e triqutre. Les Rhiiiolophes vivent, une i^rande partie de l'anne, runis en bandes de plusieurs centaines d'individus des deux sexes, soit dans les cavernes, les vieux difices abandonns ou peu frquents, ou dans les trous quelquefois normes et vermoulus des arbres des forts vierges : pass le temps de l'accouplement, et quand les femelles sont pleines, celles-ci s'loignent des mles, s'tablissent plusieurs ensemble dans des retraites particulires, et vaquent en socit de leurs compagnes aux soins de la nutrition et de l'ducation, si nous pouvons employer ce mot, du petit ou des deux petits que chacune d'elles a mis au monde. Les mles, de leur ct, vivent alors runis, et la famille ne reprend ses habitudes sociales que lorsque les jeunes sont en tat de pourvoir leur subsistance, (^e fait, des plus intressants, et dont nous avons dj parl, semble, du reste, peu prs gnral pour presque tous les Chiroptres. Nos espces europennes sont essentiellement insectivores, noc- tuines, et toutes hivernent. Elles se retirent, en troupes plus ou moins nombreuses, dans les lieux souterrains, o elles passent l'hiver, et la journe entire pendant les autres saisons, enveloppes dans les membranes de leurs ailes, et suspendues aux votes, la tte en bas, par leurs pieds de derrire, dont tous les doigts ont une mme direction en arrire. Cette habitude ne leur est pas, du reste, particulire, et les Vespertilions la prsentent galement. Ces Chauves-Souris se trouvent rpandues dans les les de la Sonde, dans l'Inde, l'Asie, l'Afrique et l'Europe; on assure mme en avoir assez rcemment dcouvert une espce en Australie; jusqu'ici, on n'en a observ aucune en Amrique. L'Europe n'en renferme que trois, et, sur ce nomljre, deux se rencontrent dans presque toute la France, et ne sont pas rares aux environs de Paris. Linn, Erxleben etBechstein, associrent les Rhinolophes avec les Vespertilions sous la dnomina- tion commune de Vesperlio. Haubenton, le premier, distingua le grand et le petit Fer--Cheval, que Linn avait confondus. Et. Geoffroy Sainl-llilaire cra le genre Rliiiiobplms, et, aux deux espces anciennement connues qu'il y plaa, il en adjoignit de nouvelles qu'il lit connatre; G. et Fr. Cuvier, A. G. Desmarest, Illiger, etc., adoptrent les ides d'Et. Gc^offroy Saint-Ililaire, et, ainsi que M. Ilorsfield, dcrivirent de nouvelles espces. M. Teiiminck [Monograplne de Mummalofje, tome 11, premire livraison, 1855) rsuma, avec le talent qu'on lui connat, tout ce qui avait t dit sur ce genre, dcrivit de nouvelles espces, et donna une L.onographie de ce genre : ce travail, des plus importants, nous a servi de guide dans cet ouvrage. Depuis la publication de M. Temminck, peu de changements ont t oprs dans le genre des Rhinolophes; le nombre des espces, qui est au- jourd'hui de plus de \iiigt, a t seulement augment par MM. Gray, Sykes et Martin. Nous devons ajouter, en terminant ces gnralits, que deux genres ont t forms aux dpens des lUi'inolopInis, ceux des llrerosiDKr.E (Uipposicleros) [mr.o;, Cheval; at^r.po:, fer), propos par M. Gray (1858, Amials of Maf/azin of Zoolocjii and Botanij), et PhyHorhina (uXM, feuille; ptv, fivo;. nez), cr par Leach (1822. Transactions of Lhmean Socielij of London), et adopte par M. Ch. Bonaparte. A l'exemple de M. Temminck, nous ne considrerons ces deux genres, qui sont synonymes, que comme une simple section ou sous-genre du genre Rhinolophe, et nous formerons un second sous-genre avec les ftlnoloplms de MM. Gray et Ch. Bonaparte. f' SOUS-GK!Sl\li. RHINOI.OPHt:. RULXOLOPIWS. El. Geofroy Saint-lliLiiic At'Z fenille nasale peu coinpliquce, bord lisse, el place Iransvcrsalemenl ot un ridxtn sur le chanfrein. Oreilles sans lobe disrmcl h la base de la conque, ou bien lobe peu apparent. Neuf espces entrent dans ce sous-genre, et aucune n'est propre l'Europe. CAUNASSIEUS. 77 A. ESPCE d' AFRIQUE. 1. RHINOLOPHE TRIDENT. miNOLOPHUS TRIDENS. Et. Geoffroy Saint-IIilairo. Car.^ctfes spcifiques. Pelage rare, court et lisse, d'un cendr blanchlre, base blanche en dessus et blanchtre sale en dessous. Toute la surface du museau couverte par un fer cheval, mais la feuille nasale tant peu comprime, large la base et slevant en lame iransverse, dont la partie suprieure est termine par trois dents; queue assez courte, non engage dans la membrane interfmorale dans son dernier tiers. Taille de la Pipistrelle; envergure : 0'",'28. Cette espce se trouve en Egypte, dans les profondes excavations des montagnes, et surtout dans les parties les plus recules des tombeaux des anciens rois et du temple de Denderach. La seconde espce de cette section est le Rliinoloplins Comwcrsonii, Et. Geoffroy, qui est trs- voisine de la prcdente, si mme elle s'en distingue; elle habite Madagascar. B. ESPCE d'asie. Une seule espce, le Rlnnoloplnis Duldumensis, Sykes. propre au pays des Mahrattes, dans rinde, et qui se rapproche du 7. insigms. C. ESPCES DE LA MALAISIE. 2 RHINOLOPHE NOBLE. IIHINOLOPHUS NOBILIS. Horsfiekl. Caractres spcifiques. Pelage trs-doux, lin, long, d'un brun marron en dessus et blanchtre en dessous; feuille nasale simple, bord terminal en couronne; fer cheval entour d'une large membrane pointue par devant et de plis latraux. Envergure : 0",55. Fig. 20 Rli'moloplie noble. Elle se trouve aux Moluques, principalement Java, o on la voit voler communment le soir dans les jardins, et, pendant le jour, elle se tient cache sous les feuilles du Musa sapknlum. 78 IllSTOllIE NATURELLE. o. RHINOLOPIIE DIADME. RHINOLOPHIS UIADEMA. h'A. (leollroy SaiiU-ilil;iin-. CARACTnES sTi'xiFiQUES. Pelage d'un roux vif uniforme, prsentant des retlels dors; feuille de- l base du front trois fois plus large que haute, bord arrondi, et formant avec le bourrelet en fer cheval de la lvre suprieure une espce de diadme qui entoure les ouvertures des narines. En- vergure : O^jSS. Ilapport de Timor par Pron et Lesueur. 4 IIHINOLOPHE A DEUX COULEURS. RINOLOPHUS BICOLOR. Tcmniiiick. Caractres spcifiques. Pelage long, trs-lin, lisse, bicolore partout; en dessus d'un blanc trs-pur depuis la tte jusqu'aux deux tiers du corps, et d'un roux marron la pointe; plus blan- chtre en dessous, mais seulement parce que l'extrmit des poils est colore en brun; membrane d'un brun clair: feuille petite, transversale, de petite taille. Envergure : O^.^o. Habite Java, Amboine el Timor. Les autres espces de cette division sont les Rhinoloplius ins'ignis, Horsfield, de Java; speoris, Schneider, de Timor et d'Amboine; trkuspidaiiis, Temminck, des Moluques, et larvattis. Horsfield, de Java. 2 SOUS GENRE l'llYLI>ORIIlISE. PIlYLLORHiyA. Ixacli. Nez avec vne feuille plus on moins compliquce, leve en forme de fer de lance, et porlaiii une sorte de soelc naissant du centre du fer cheval. Oreilles offrant un lobe dislnct la base de la conque; ce lobe plus ou moins dvelopp, ser. uni fermer le passade auditif cl tenant lieu de tragus. Ce sous-genre, qui, tout en rpondant au genre l^lnjllorhina de Leacli, (;orrespond galement au genre llipposideros de M. Gray, renferme quatorze espces propres toutes les parties i\u monde, l'exception de lAmrique. A.. ESPCES d'eUROPE. Trois seulement. 5. RHINOLOfllE IM'LTIT FER-A-CHEVAL, ou lilFER, Daubentoii RIII.\OlA>PlliS UIPPOCREPIS. llumiaim. Caractres spcifiquics. Pelage d'un bhiiic lustr; dans l'adulte, rextrmil des poils des par- ties sii[)erieures lgrement bruntre; membranes diaphanes, d un cendr fonc dans les mles, jauntre chez les femelles; feuille frontale compose de deux pices en forme de fer cheval, l'inf- rieure tant en lame verticale carre. Sa longueur est de 0.9, et son envergure de O^.'i?. Celt(! espce a successivement port les noms de \ espertilio Itipposiderus, liechslein; V. minas, Montagu; filtinoloplius hiliasiatus. Et. GeoftVoy, et //. liippoercpis, Hermann, que nous avons (-AUNASSIKHS 71) adopt avec la plupart dos autours. VA\e se trouve dans les vieux dilices, dans les cavernes, etc., et est assez difticile dcouvrir parce qu'elle se suspend aux lieux les moins accessibles l'iiomme. File habite l'AlleiLagne. l'Anii^leterre et la France; mais, dans ee dernier pays, elle est assez rare. o. llIlNOLOI'ilH CUAND FEU-A-CllblVAI, ou lliNIFER. Daiibenton. RHIXOLOPHUS FERRllM-EQUINUM. Linn('. CxRACTRES .n'xiFiQUES. Pelage trs-doux, d'une couleur blanchtre mle de cendr clair et de roux en dessus, et d'un gris teint de jaunlre en dessous; membranes noirires; face pourvue dune membrane nue en forme de fer cheval, bordant la lvre suprieure et entourant les narines; au-dessus une seconde crte nasale, dont la partie infrieure s'avance verticalement sous forme d'une plaque peu prs carre, et la suprieure assez grande, aplatie en fer de lance. Enver- gure : 0'",40. Cette espce, longtemps confondue avec la prcdente, a reu d'Et. Geoffroy le nom de Rlno- loplius unihaslalus. Les Rliinolophes qui constituent cette espce se trouvent dans toute l'Europe, except toutefois dans les parties septentrionales et orientales; ils sont communs dans les environs de Paris. Leurs habitudes ne diftrcnt pas de celles des Chauves-Souris ordinaires; ils commencent paratre vers la chute du jour pour saisir, dans leur vol incertain et irrgulier, les Insectes crpusculaires ou noc- turnes, tels que les Phalnes, les Noctuelles et plusieurs Diptres dont ils font leur unique nourri- ture. Pendant le jour ils se tiennent cachs dans les vieux difices, dans les carrires ou les souter. rains abandonns, mais toujours une certaine distance les uns des autres; c'est dans les mmes lieux qu'ils vont hiverner. Lorsqu'on en place jjlusieurs dans une bote, ainsi que le fait remar- quer .\. G. Desmarest, qui a pu les tudier vivants, ils ne tardent pas sattaquer avec frocit en se brisant mutuellement les os des membres, et Unissent par s'entre-dvorer. 7 RllIiNOLOtniE GLIFFON lUIlNOLOl'HUS CIJVOSUS. tWippell Caractres spcifiques. Pelage en dessus d'un cendr nuanc d'une teinte lie de vin et en des- sous d'un blanchtre sale; feuille nasale simple, en fer de lance, peu leve et garnie de poils. En- vergure : 0"',28 Ce Rh'im'oplius, que M. Smith nomme R. Gcoffrr.yi, et Lichstenstein /. Capcusis, a t trouv en Dalmatie et en Afrique, dans diverses parties de I Egypte, ainsi qu an cap de Bonne-Esprance. B. ESPCE d'aFRIQUE. Une seule espce, le Rlihwloplius Londeri, Martin, particulire Fernando de P. C. ESPCES d'asie. Trois espces : les Rli'molopinis Rouxii, Temminck, de Calcutta; nippou, Temminck. du Japon et le Rli'niolopliits corniidis, le plus connu de toutes, 80 IIISTOir.K NATUlUa.LK s. RHIISOLOPIIR CORNT. RIIiyOLOI'nUS (onSVTUS. Temininck. Caractres spcifiques. Pelage en dessus blanc rousstre, plus clair en dessous; socle du fer cheval lev en corne obtuse. Envergure : 0"\'26 Du Japon. D. ESPCES DE LA MALAISIE. Six espces : 9. RHINOLOPHP: deuil RUINOLOPHUS LUCTUS Temminck. Caractres spcifiques. Pelage excessivement long, touffu, laineux, d'un noir terne couleur de suie, mais avec la pointe des poils des parties suprieures termine par une coloration gris clair,' et prsentant une teinte plus rousstre dans la varit indique par M. P. Gervais sous le nom de nifa. Envergure : 0'",40. Habite les les de Java et des Philippines. 10. RHINOI.OPHE NATN. nHINOLOPlIUS MlXOli. Horsfiekl. Caractres spcifiques. Pelage en dessus d'un brun noirtre lgrement cendr, en dessous d'un cendr brun clair chez le mle et plus rousstre dans la femelle. Envergure : 0'",'2S. Habile Java, Sumatra et Timor. Les autres espces, dcrites par M. Temminck, habitent tontes Java, l'exception de la dernire, qui est dAmboine, ce sont les Rhinoloplius trifoliatus, affin'ts (d'Horsfield), pusillus et Ennjoih. E. ESPCE de l'australie. Une seule espce particulire la Nouvelle-Galle du Sud et indique par M. Gray sous la dno- mination de Rhinolophus niegaphylhis. S-"- GENRE. MGDERME. MEGADRMA. Et. Geoffroy Saint-Hilaire, 1810. Annales du Musum, t. XV. Me-^a;, i^rand ; '^spp-'., peau. CARACTRES G^RIQUES. Sijsthne denlaire : incisives, ^, canines, J"]; molnircs, f*;^?; les incisives infrieures se trouvant uniformment places ct l'une de l'autre sur la mme ligne, et denteles leur tram liant; les canines fortes, crochues; les molaires (farnies de poiiiles aigurs. Oreilles trs-grandes, riniies sur le devant de la tte; orcilhn iiilerne trs-dvelopp. CARNASSIERS. 81 Narines environnes et surmontes d'un appemlice tcjmncnlnire dont la forme varie ilans clm- quc espce, mais qui se compose toujours de trois parties, l'une verticale, l'autre tioriz,ontale ci la troisime en forme de fer cheval Os inlermaxillaires rudimeninires ou nuls. Troisime doijt des pieds antrieurs manquant de pludanje onijuale . A ilcs trs-dveloppes. Membrane inierfmorale coupe carrment. Queue non apparente l'extrieur. Les Mgadermes, distingus par Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, ont beaucoup de rapport avec les Phyllostomes et les Rhinolophes, mais ils ne sauraient tre confondus avec eux; car, s'ils se rappro- chent considrablement des premiers par la prsence d'oreillon et Fabsence de queue, et des seconds par leur appareil nasal, ils s'loignent des uns et des autres par leurs lvres velues, sans tubercules^ et par leur langue courte, lisse, sans verrues ni papilles. En parlant des Rbinolophes, nous avons dit quelques mots du squelette de ces Chiroptres. Daubenton le premier a fait connatre une espce de Mgaderme; Etienne Geoffroy Saint-IIilaire en a donn une monographie, et M. Gray {Mafi. of Zool. and Bot., 1858) a cherch y indiquer une subdivision nouvelle, celle des Lavia, laquelle il assigne pour caractres chaque narine couverte par une lame membraneuse, valvulaire, longitudinale, et dans laquelle il ne place qu'une espce, la Megadermafrons, Et. Geoffroy. On ne connat que quatre espces de ce genre; elles habitent l'Afrique et l'Inde, et l'on ne sait rien sur leurs habitudes naturelles. 1. MGADERME FEUILLE. Daubenton. MEGADERMA FRONS. El Geoffroy Saint-Hilaire. CAr..\CT;RES SPCIFIQUES. PcIagc d'une belle couleur cendre avec quelques reflets jauntres peu apparents; feuille nasale ovale, trs-grande et d'une demi-longueur des oreilles. Enver- gure : O^jiO. Cette espce habite le Sngal. 2. MGADERME LYRE. MEGADERMA LYRA. Et. Geoflroy Saint-Hilaire. Caractres spcifiques. Pelage roux en dessus, fauve en dessous; feuille nasale rectangulaire, follicule de moiti plus petite qu'elle; oreilles amples. Envergure : 0'",25. De la cte de Coromandel. 3. MGADERME St'ASME. MEGADERMA SPASMA (VESPERTIL10\ Linn. i Caractres spcifiques. Front d'un roux clair : le reste du pelage roussAtrc; feuille nasale en cur, follicule aussi grande qu'elle. Envergure : 0',27. De l'le de Ternale. 11 82 HISTOIRE NATURELLE. 4. MGADERME TKFLK. MEGADERMA TRIFOLIUM. Et. Geuffroy Sainl-Uilairc. Cahactufs spcifiques. Pelage long, moelleux, de couleur gris de souris: feuille nasale ovale, A follicule aussi grande qu'elle; oreillon en trfle. Envergure : 0',26. Cette espce a t trouve Java par Leschenault. 6""" GENRE. MORMOOPS. MORMOOPS. Leadi, 1822. Transactions of Linncan Socirty i f London. Mosp.w, larve; wy, aspect. CARACTRES GNRIQUES. Sijstnic dentaire : incisives, |; couines, -{^J; molaires, fEg, en totalit ,lrcnte-six den(s; les inci-, sives suprieures sont incf aies, et les intermdiaires sont larjenient chancres; les infrieures sont gales, tri fuies; les canines sont comprimes, canalicules en devant: les suprieures aijant le double de la longueur des infrieures; les molaires sont hrisses de pointes aigus. Nez membranes trs-compliques. Narines larges. Oreilles runies aux membranes nasales. Nez couvert de tubercules irrguliers. Face ayant l'aspect des plus bizarres. Queue entirement enveloppe dans la membrane interfmorale. Ce genre, cr par Leacli et adopt par tous les zoologistes, ne renferme qu'une seule espce propre Java, et principalement remarquable par la disposition de ses oreilles, qui, runies aux membranes du nez, prsentent un vaste appareil propre recevoir les sons et les odeurs. La bouche elle-mme participe celte richesse d'organisation; mais, ce qui passe toute mesure, c'est que les os du crne s'lvent perpendiculairement au-dessus de ceux de la face, de sorte que ces deux par- lies principales del tte forment un angle droit. MORMOOPS DR DE BlAliSVILLE. MORMOOPS BLAINVIfJ.II. I.eacli. Caiiacres spcifiques. Pelage long, brun noirtre, uniforme. Envergure : 0'",O. Cette espce, dcouverte la Jamaque par M. Lavis, a sur le nez une feuille droite et adhrente aux conques auriculaires, lia queue, comme bifurque son sommet, est entirement engage dans la membrane interfmorale, qui la dborde de beaucoup; cependant la dernire vertbre caudale est libre, mais elle est peu visible. Le front est brusquement lev, en laissant entre lui et les maxillaires une profonde dpression. La lvre suprieure e.'^l lobe, lgrement crnele, tandis que rinfrieure s'tend en une membrane trois festons, ayant au milieu un appendice charnu, dis- pos en une sorte de diadme; de chaque ct du menton part un feston membraneux qui va se sou- der avec le pavillon de loreille. La langue est hrisse de papilles recourbes, bilides en avant. |.-| 1 __ Zorillp hyse sa(;ro-iliaque, en a encore une iskiatique, l'extrmit de laquelle s'articule la partie mobile de la queue, ce qui fait que le dtroit postrieur forme un trou ovale complet. Le fmur et le tibia sont assez courts, robustes, et ce dernier est comprim et tranchant son bord in- terne. Le pron est, au contraire, filiforme et moins complet que chez les Taphiens. Le calcanum est pourvu d'un peron osseux, articul, encore plus considrable que dans les Tophoziis, et qui est l'analogue du pisiforme de la main. Le pouce est notablement plus court que les autres doigts, qui sont presque gaux, et croisant lgrement du premier au cinquime. FiLi. 27. Noclilioii voisin. Les Noctilions se trouvent dans les contres chaudes et boises de l'Amrique mridionale, telles que le Brsil, le Paraguay, la Guyane, le Prou, les Florides, etc.; leurs murs n'ont pas t obser- ves; mais toutefois, d'aprs la forme de leurs vraies molaires, on peut conjecturer qu'ils vivent d'Insectes et non pas de fruits, comme Linn le rapporte. Ces Chauves-Souris se ressemblent tellement par leur taille et tous les dtails de leurs formes, qu'on ne peut les distinguer spcifiquement qu'avec beaucoup de doute. Aussi, dans ces derniers temps, a ton runi en une seule plusieurs prtendues espces et n'en at-on admis positivement que deux. 86 HISTOIRE NATURELLE. 1. NOCTILION LPORIN. NOCTILIO LEPORINUS. Linn. Caractres si'ikiFiQUEs. - Pelage d'un fauve rousslre plus ou moins jauntre, uniforme, avec les meniLiranesalaires un peu bruntres. De la taille d'un Rai de moyenne grandeur; enver- gure : U'",40. Cotte espce, qui a successivement reu les noms de Noclilio uncolor, dorsalus, albiventer. Va. Ceoffroy; m fus. Spix; viilatus. Neuwied, et rufipes, Alcide D'Orbigny, est propre diverses contres de l'Amrique du Sud. 2. ISOCTlLlOiN VOISIN. NOCTILIO AFFINIS. A. d'Orbigiiy. Caractres spcifiques. Pelage d'un brun cannelle assez clair en dessus, un peu plus ple en dessous : un indice de raie plus claire longeant la ligne mdio-dorsale et rsultant plutt de la dis- position particulire des poils que d'un changement de couleur. De taille un peu moins considrable' que celle de l'espce prcdente. Ce Noctilion est trs-commun Concepcio, dans la Bolivie; il rpand une forte odeur musque, que l'on sent de loin. TROISIEME SOUS-TRIBl. VAMPIRIDS. VAMPIRJDjE Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Eorpansious mevibraneuses latrales conslituant de vritables ailes. Dents offrant la disjwsition ordinaire aux Vespertilions en gnral. Phalan(}c onjuak existant au doigt mdius de l'aile. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a cr comme famille distincte, et sous la dnomination que nous lui conservons, cette sous tribu, qui est principalement caractrise par son systme dentaire nor- mal et semblable celui du plus grand nombre des Vespertilioniens, et par son mdius de l'aile ayant une phalange onguale. Les Vampirids sont partags en deux divisions : les Slnodermiens et les Pliyllostoniiens. STNODEl^MIENS. STENODERMII. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Nez simple. Cette division correspond la tribu des Slnodermiens de la famille des Vampirids de M. Isidore beotfroy Saint-llilaire, et est caractrise d'une manire gnrale par son nez non surmont de crte ou de feuille membraneuse. CARNASSSIEHS. 87 0(1 n'y ranime qu'un seul genre, celui des Stcnodcriiia, qui est particulier lAujrique mri- dionale. GENRE UNIQUE. - STNODERME. STENODERMA. Et. Geoffroy Sainl-Hilaire. 4 814. Description de l'gypto. Histoire luiturpllc, I. 11. Stevc;, lroil; ci'epa?, peau. CARACTRES GNRIQUES. Siisthne dentaire : hicsives, |; canines, ~^| ; molaires, ^. Eliennc Geoffroii Saivt-Hilaire al- tribue ces animaux quatre incisives aussi bien ta mchoire suprieure qu' l'infrieure, tandis que G. Ciivier, tout en admettant quatre incisives infrieurement, n'en sujnale que deux la m- choire d'en haut. La dernire molaire est ronde, tuberculeuse, et la principale est videmment toujours la plus forte. Nez simple, sans feuille ni production membraneuses. Oreilles petites, latrales, isoles, ovales, chancres au bord externe. Oreillon intrieur. Membrane interfmorale rudimentaire, bordant seulement les jambes. Queue nulle. Ce genre a t cr par Etienne Geoffroy Saint-Hilaire pour une espce, son Steuoderma rufa, que l'on rangeait prcdemment dans le genre Vcspertilio, dont on fait aujourd'hui le type du genre Desmodus, tandis que l'on admet d'autres espces dans le genre Stnoderme. Quelques particularits relatives au crne des Stnodermes ont t donnes par De Blainville. La tte est en gnral plus courte que dans le Vampire; elle l'est dj dans sa partie vertbrale; mais c'est surtout dans sa partie appendiculaire quelle est trs-ramasse et quelquefois mme d'une bri- vet et d'une forme arrondie tout fait remarquables; ce qui fait que le palais et la mchoire inf- rieure ont quelque ressemblance avec ce qu'ils sont dans l'espce humaine. Selon De Blainville, les deux espces que Ton doit particulirement laisser dans le genre Steuo- derma sont les S. Janiaicensis et cavernarum. Nous citerons galement le Stnoderme du Chili. STKiSOUERME DK LA JA^MAIQUE. STENODERMA JAMAICEXSIS [AltTIBEUS] l.cicli. Caractues spcifiques. Felage biun en dessus, gris de souris en dessous; oreilles et niem- branes bruntres. Cette espce a reu plusieurs noms particuliers : c'est la Grande Chauve-Souris fer de lance de la Guyane de Buffon; le Vespertilio perspicillatus de Linn; le Phijllosioina perspicillatum d'Eenne Geoffroy Saint-IIilaire; le P. Jamaicense d'Horsfield, et VArtibeus Jamaicensis de Leach. On la trouve dans une grande partie de l'Amrique mridionale. 88 HISTOIBE NATURELLE. (JdeiX'Ximi^ 0^K'i6ior). PUYLLOSTOMIf^NS. PHYLLOSTOMJI. Isidore Geoffroy Sainl lilaire. Nez surmonte d'une feuille. Cette division, que M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire indique comme une tribu de sa famille des Vampirids, se distini^iie de la division des Stnodermiens en ce que les animaux qu'elle renferme portent tous sur le nez des crtes ou des feuilles membraneuses. Ces Chiroptres sont particuliers l'Amrique, principalement aux parties tropicales de cette partie du monde. Les deux genres principaux, dans lesquels on pourrait faire rentrer tous les autres, sont ceux des Glossophages et des Phyllostomes; mais on y place aujourd'hui une quinzaine de genres; nous in- diquerons ceux des Glossopliacje, Anoure, Plujllophore, Monophijlk, PInjUoslome, Vcunpire, Ca- roUie, Lophostome, Slurmie , Ariibe, Madale, Brachijplujile, MacropliiiUe el Diplujlle. 1" GENRE. - GLOSSOPHAGE. GLOSSOPJIAGA. Et. Geoffroy Saint-IIilaire. 1804. Mmoires du Musum, t. IV. rwoaa, langue; pa")fo;, qui suce. CARACTHES GENERinUES- Sjistcme dentaire: incisives, |; canines, -\^\; molaires, ^\. Les dcnls, au nombre de vingt- quatre en totalit, sont toutes trs-petites et rappellent assez bien la conformation du systme den- taire des Macrocjlosses de la famille des Roussettes; incisives ranges rgulirement; canines mdiocres; molaires tout fait semblables celles des Pluilloslomes. Fig. 2y Glosso()li;igc cauialaiic. Mchoire infrieure allonge. J\cz avec une crctc en forme de fer de lance. Tte lonque, conique. CARNASSIERS. 89 Langue trs-longue, roule, lroite, extensible, avec des bords saillants ou en bourrelet, et fai- sant la fonction d'un organe de succion. Membrane inter fmorale rudimentaire, oti mme n'existant pas. Membranes des ailes mdiocrement dveloppes. Queue courte, ou nulle. Ce genre, cr aux dpens des Phyllostomes, a t lui-mme paitag en plusieurs groupes gn- riques, c'est ainsi que le Glossopliaga amplexicaudala est devenu le type du genre Pliyllophore, le G. ecaudala celui du genre Anoura. La tte de ces animaux est en totalit, et dans ses appendices, beaucoup plus grle et plus allon- ge que celle du Vampire; mais les autres parties du squelette ne prsentent pas de diffrences trs apprciables. On ne range plus dans ce genre qu'un trs-petit nombre d'espces qui sont propres l'Amrique mridionale et qui ont les mmes habitudes que les Phyllostomes, c'est--dire que, comme le montre leur langue, elles sucent le sang des animaux. 1. GLOSSOPHAGE DK PALLAS. Et. Geoffroy Saint-Hilaire. GLOSSOPHAGA SORICINA [VESPERTILIO). Pallas. Caractres spcifiques. Pelage doux et laineux, d'un cendr brun en dessus et d'un brun trs- clair en dessous; membrane interfmorale assez large et coupe en angle rentrant; queue trs-courte ou nulle. Envergure : 0',25. Cette espce, que Vicq d'Azyr nomme la Feuille, et que Buffon indique sous la dnomination de Chauve-Souris Musaraigne, se trouve Surinam et Cayenne. 2. GLOSSOPHAGE CAUDATAIRE. GLOSSOPHAGA CAUDIFR. El Geoffroy Saint-Hilaire. Caractres spcifiques. Pelage d'un brun noir uniforme, un peu plus clair en dessous qu'en dessus; membrane interfmorale trs-courte; la queue la dbordant lgrement. Envergure : 0"',24. Cette espce, que M. Gray place dans le genre Monoplnjllus de Leach, habite le Brsil. 2"'^ GENRE. - ANOURE. ANOURA. Gray, 1825. Magazin of Zoology and Botany. A, privatif; oupa, queue. CARACTRES GNRIQUES. Incisives, l~l, suivant M. Gray. Membrane interfmorale trs-troite, trs-courte, bordant les cuisses. Voue petit, mince. Calcanum trs-court. Queue nulle. Le genre Anoura a t indiqu plutt que caractris par M. Gray; il est fond aux dpens des Glossophages, dont il ne diffre gure que par son manque de queue, et encore ce caractre ne lui est pas exclusif. On n'y place qu'une seule espce. 9 12 90 HISTOIRE NATURELLE. \NOl]RK SANS (jUIiUK A^OUI{A ECAUDATA [GLOSSOPHAGA). lit. Geolfroy Saint-lliliirc CiRACTKES spciKiyuEs. Pelage dun bi'uii obscur. De petite taille. Fig. 29. Anoure sans queue. Celle espce, que M. Gray nomme Anoura Gco(fro]f, habite le Brsil, principalement les envi- rons de Rio-Janeiro. S-"' GENRE. - PllYLLOFHORE. PHYLWPUORA Gray, 1838. Magazin of Zoology and botaiiv, t. 11. ^ 'l>'j>.cv, feuille; cpcpsu, je porte. CARACTRES GNRIQUES. Nez prsentant une feuille en dessus- Membrane inter fmorale lar()e. Queue courte, souvent termine par une nodosit et renferme dans la membrane interfmorale. Le genre Phyllophore, cr par M. Gray, ne se distingue pas trs-notablement de celui des Glos- sophages, dont il a t dmembr; sa membrane interfmorale est seulement plus large, et sa queue prsente un renflement vers sa terminaison. On n'y range que trois espces particulires l'Amrique mridionale. LESeSTRE Pin- I Uat percli al l-'m. "2 llyiiG myei ri. 1-2. CAUNASSIEUS. 91 1. PHYLLOPIIORE A QUKUE ENVELOPPE. PIIYLLOPIIORA AMPLEXICAUDATA (GLOSSOPHAGA). Et. Geol'lroy Saiul-llilaire, Caractres spcifiques. Pelage brun noirtre, lgrement plus fonc en dessus qu'en dessous. Habite le Brsil, principalement auprs de Rio-Janeiro. Fig. 30. Phyllophore queue enveloppe. '2. PHYLLOPHORE NOIRE. PHYLLOPHORA NIGRA. Gray. Caractres spcifiques. Pelage noirtre, plus ple en dessous; fossette de la lvre infrieure frange de quelques petites barbes; feuille nasale mdiocre, ovale, lancole, plus longue que large; oreilles mdiocres, arrondies, de moiti aussi longues que la tte. De l'Amrique du Sud. Fig. 31. Phyllophore noire 92 HISTOIRE NATURELLE. 3. PFiYfJ.OPIIORR WGALOTIS PHYLLOPHORA MEGALOTIS. Gray. Cabactres spcifiques. Pelage noirtre, plus clair en dessous qu'en dessus; fossette de la lvre infrieure non frange sur le bord; feuille nasale ovale, lancole, plus longue que large; oreilles trs-grandes, arrondies, aussi longues que la tte. Se rencontre dans linrique tropicale. i^' GENRE. - MONOPHYLLE. MONOPHYLLUS Leach, 1822. Transactions of Linnean Society of Loiidon, t. XIII. Movo;. une seule ; cpuXXcv, feuille. CARACTRES GNRIQUES. Siislhne dentaire : incisives, ^; canines, \=\; molaires, | |. Selon Leach, qui a donne la for- mule dentaire que nous avons indique, les incisives suprietires so}il ingales; les deux du milieu tant plus longues que les latrales et bifides; les canines et les molaires ne prsentent pas de ca- ractres particidiers . Nez aijant une seule feuille droite. Queue mille. Ce genre, qui n'est pas suffisamment connu, ne renferme que deux espces particulires l'Am- rique du Sud : l'une, cre rcemment par M. Gray sous la dnomination de Monophgllus Leachii, et l'autre, type du genre, et plus anciennement connue. MONOPHYLLE DE REDMANN. MONOPHYLLUS REDMANNII. Leach. Caractres spcifiques. Pelage brun en dessus, gris en dessous; oreilles arrondies; feuille na- sale aigu, couverte de petits poils blanchtres; membranes bruntres. Se trouve la Jamaque. b"" GENRE. PHYLLOSTOME. PHYLLOSTOMA. Cuvier, Et. Geoffroy Saint-Hilaire, 1797. Tableaux lmentaires du Rgne animal. O'jA/.ov, feuille; (sxou.%. bouche. CARACTRES GNRIQUES. Stjsti'me dentaire : incisives, |; canines, \^^, molaires, j^r^ ou l^, ce qui donne en totalit vingt- huit OU trente-deux dents; mais, ce nombre n'est pas constant, car quelquefois on trouve deux incisives de moins ou pas du tout l'une ou h l'autre mchoire ; les incisives sont souvent serres entre les canines, les latrales tant trs-petites, et les intermdiaires plus larges et tailles en Inseau; les canines sont trs-qrosses a leur base, et se louchent presque htne l'autre par leurs collets; les molaires oui leurs couronnes hrisses de tubercules aigus, ce qui montre la carnivorit de ces Chiroptres . CARNASSIERS. Tte loniuc, umformmenl conique. Gueule Ircs-fcndue . Lvres laissant voir les canines en dcliors. Nez surmonte de deux crtes mcinbnnicuscs de formes diffrentes. Oreilles grandes, nues, non runies la base, ii oreillon interne et dentel. Yeux trs-petits, latraux. Langue simple, hrisse de papilles cornes, dont la pointe est dirige en arrire. Ailes trs-dveloppes. Doigt du milieu aijant une phalange de plus que les autres. Membrane interfmorale plus ou moins dveloppe. Queue variable dans sa longueur. Pelage court, lustr. Taille moijenne. 95 Fig. 32. Phyllostome allong. Le nom de Phyllostome a t donn ces animaux cause de la disposition particulire des par- ties qui entourent la bouche et qui surmontent le nez. La membrane nasale, arrondie son attache, se dresse en se rtrcissant pour finir en pointe obtuse. Elle est ctoye par deux sillons profonds qui se terminent aux narines et qui les partagent en deux portions; l'infrieure assez semblable un fer cheval, et la suprieure imitant un fer de lance; enfin, la partie moyenne do la feuille est plus paisse et plus charnue que les latrales, qui sont fort rtrcies infrieurement par les sillons des narines, ce qui fait que la portion lancole s'attnue ses deux extrmits. Cette membrane n'adhre aux tguments de la face que sur le rebord des narines. Toutes les espces de ce genre proviennent de l'Amrique mridionale : leurs murs sont peu con- nues; toutefois, on sait qu'elles sont nocturnes, et beaucoup plus sanguinaires que les autres Chi- roptres. En effet, les Phyllostomes ne se contentent pas de vivre d'insectes, mais ils attaquent les gros animaux endormis pour en sucer le sang, qu'ils font sortir de la peau en l'incisant avec les pa- pilles cornes dont leur langue est munie. Nous verrons qu'une espce d'un groupe voisin, qui a long temps t runie aux Phyllostoma, s'attaque mme l'espce humaine. Ces Chauves-Souris sont 94 HISTOIRE NATURELLE. galement frugivores, et peuvent, dit-on. en une seule nuit, dtruire tous les fruits d'un pays, quand elles viennent s'y jeter en grandes troupes. Le genre Phvllostome de G. Cuvier et d'Et. Geoffroy Saint Ililaire a t, peu d'annes aprs sa cra- tion, partag en deux groupes naturels, ceux des Plujllosloma et Glossopliaga; depuis, il a t sub- divis en un grand nombre de groupes gnriques, tels que ceux des Vanipiuis, CaroUia, Artibcus, Bracluipfnilla, Macroplujtla, DiplujUa, et en outre plusieurs genres, tels que ceux des Lophosioma, Sturnira et Madalens, qui en sont trs-voisins, auraient pu y rentrer naturellement. Nous avons cru utile d'indiquer les caractres de tous ces genres, fonds pour la plupart par Leach et par M. Gray; mais nous ne les croyons pas tous assez bien connus pour pouvoir encore tre adopts dfinitivement; il est trs-probable que le nombre en sera considrablement restreint lorsqu'on aura pu les tudier avec soin. Malgr tous ces retranchements, le genre Phyllostome renferme encore une quinzaine d'espces, dont les principales sont les suivantes. 1. PHYLLOSTOME FER UE LANCE. Buffon. l'HYLLOSTOMA IIASTTUM [VESPERTILIO). Linn. C.\RACTRFS SPCIFIQUES. Pclagc courl, uiarrou en dessus et brun en dessous; feuille nasale ver- ticale, entire, sans chancrure l'extrmit, sans bourrelet, avec le milieu largement renfl, la base trs-troite, et dborde par la feuille de la lvre, qui est en forme de fer cheval; queue trs-courte, enferme entirement dans la membrane interfmorale, qui se prolonge en pointe au del de son extrmit. Envergure : 0',35. Se trouve principalement dans la Guyane, mais n'est pas rare dans plusieurs contres de l'Am- rique du Sud. 2. PHYLLOSTOME OBSCURE ET RAYE. D'Azara, PHYLLOSTOMA ROTUNDATUM. Et. Geoffroy Saint-Hilaire. Caractres spcifiques. Pelage brun rougetre; museau assez aigu; feuille nasale verticale, entire et arrondie son extrmit. Envergure : 0'",37. Habite le Paraguay. 5. PHYLLOSTOME ELEUR DE [JS PHYLLOSTOMA LILIUM Et. Geoffroy Sainl-Hilaiic. Caractres spcifiques. Pelage d'un brun rousstre en dessus, d'un brun blanchtre en des- sous; feuille nasale troite la base, aussi courte que large. Envergure : 0",30. Trouve au Rresil. Parmi les autres espces, nous nous bornerons citer les PliyUostoma hraclujotiiw, obscuriini, superahaunn, brevicaudatiim, dcouverts au Brsil, et dcrits par M. Neuwied, et les PlujUosioma cirrliasurn, bidens, soricinum, galement du Brsil, et que M. Spix indique tort comme se rap- portant au genre Vampirus. CARNASSIERS, 95 6" GENRE. VAMPIRE. VAMPIRUS. Et. GeotTioy Sainl-Hilaiie, 1804. Mmoires du Musum, i. IV. Nom niylliologique. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, ^; canines, \E\; molaires, |e|, ce qui donne trente-quatre dents en totalit; les molaires sont trs-tiibercideiises; suprieurement, il y en a quatre fausses, savoir : deux normales et deux anormales, et six vraies, et, infrieurement, six fausses, sur lesquelles il y a deux normales et quatre anormales, et six vraies; les incisives suprieures du milieu sont trs- larges, et les latrales beaucoup moins dveloppes. Museau allong. Membrane interfmorale large, tronque l'extrmit. Queue nulle. Les autres caractres comme dans les Phyllostomes. Fig. 33. Vampire spectre. Ce genre ne renferme qu'une seule espce, dont Buffon fait un portrait effrayant; nous allons transcrire quelques lignes de V Histoire naturelle gnrale et particulire, et nous nous permetlrons ensuite de contredire quelques-unes des assertions avances par notre illustre compatriote. Le Vampire a le museau allong; il a Taspect hideux des plus laides Chauves-Souris; la tte informe, et surmonte de grandes oreilles fort ouvertes et fort droites; il a le nez contrefait, les narines en entonnoir, avec une membrane au-dessus, qui s'lve en forme de corne ou de crte pointue, et qui augmente de beaucoup la difformit de la face. Le Vampire est aussi malfaisant que dif- forme; il inquite l'homme, tourmente et dtruit les animaux. D'aprs M. de La Condamine, ces Chauves-Souris sucent le sang des Chevaux, des Mulets, et mme des hommes, quand ils ne s'en ga- rantissent pas en dormant l'abri d'un pavillon. Il y en a de monstrueuses pour la grosseur; elles ont entirement dtruit, Borja et en divers autres endroits, le gros btail que les missionnaires y <)fi HISTOIRE NATURELLE. avaient introduit, et qui commenait s'y multiplier. Ces faits sont confirms par plusieurs autres historiens et voyageurs, lierre Martyr, qui a crit assez peu de temps aprs la conqute de l'Am- rique mridionale, dit qu'il y a, dans les terres de Tistlime de Darien, des Chauves-Souris qui sucent le sang des hommes et des animaux pendant qu'ils dorment, jusqu' les puiser, et mme au point de les faire mourir. Jumilla assure la mme chose, aussi bien que dom George-Juan et dom An- tonio de Ulloa. Il parat, en confrant ces tmoignages, que respce de ces Chauves-Souris qui su- cent le sang est nombreuse et trs-commune dans toute l'Amrique mridionale. Plus loin, Rnffon dcrit la manire dont les Vampires parviennent percer ta peau des animaux pour sucer le sang. Nous avons cru devoir examiner comment il est possible que ces animaux puissent sucer le sang sans causer en mme temps une douleur au moins assez sensible pour veiller une personne endormie. S'ils entamaient la chair avec leurs dents, qui sont trs-fortes, et grosses comme celles des autres Qua- drupdes de leur taille, l'homme le plus profondment endormi, et les animaux surtout, dont le sommeil est plus lger que celui de l'homme, seraient brusquement rveills par la douleur de cette morsure; il en est de mme des blessures qu'ils pourraient faire avec leurs ongles ce n'est donc qu'avec la langue qu'ils peuvent faire des ouvertures assez subtiles dans la peau pour en tirer du sang et ouvrir les veines sans causer une vive douleur. La langue, en effet, est pointue et hrisse de papilles dures trs-fines, trs-aigus, et diriges en arrire; ces pointes, qui sont trs-fines, peuvent s'insinuer dans les pores de la peau, les largir, et pntrer assez avant pour que le sang obisse la succion continuelle de la langue. Cette dernire observation de Buffon, quoique faite, ainsi qu'il le dit, sur une langue de Roussette, est des plus exactes*, et il a parfaitement dcrit le mcanisme au moyen duquel les Vampires peuvent tirer du sang des animaux pour se l'assimiler; mais il a exagr le rsultat des blessures que font ces Chauves-Souris. En effet, les plaies produites par la langue des Vampires sont trop petites pour occasionner une perte de sang capable de faire prir l'animal attaqu; il est donc trs-probable que ces blessures ne sont pas dangereuses, moins qu'elles ne soient envenimes par le climat. Aux observations publies par Buffon, nous ajouterons que Pison avait dj donn des dtails trs- circonstancis sur les habitudes sanguinaires des Vampires, et nous transcrirons ce qui est dit sur le mme sujet par Flix D'Azara dans son Hisloire naturelle du Paraguay, a Les espces de Chauves- Souris amricaines feuille sur le nez diffrent des autres espces en ce que, poses terre, elles y courent presque aussi vite qu'un Rat, et en ce qu'elles aiment sucer le sang. Quelquefois, elles mordent les crtes et les barbes des volailles qui sont endormies, et en sucent le sang; d'o il r- sulte que ces volailles meurent, mais parce que la gangrne s'engendre dans les plaies. Elles mor- dent aussi les Chevaux, les Mulets, les Anes et les btes corne, d'ordinaire aux fesses, aux paules ou au cou, parce qu'elles trouvent dans ces parties la facult de s'attacher la crinire et la queue. Enfin, l'homme n'est point l'abri de leurs attaques, et, cet gard, je puis donner un t- moignagne certain, puisqu'elles ont mordu quatre fois le bout de mes doigts de pied, tandis que je dormais en pleine campagne dans des cases. Les blessures qu'elles me firent, sans que je les eusse senties, taient circulaires ou elliptiques, de deux trois millimtres de diamtre, mais si peu pro- tondes, qu'elles nepercrent pas entirement la peau, et l'on reconnaissait qu'elles avaient t produites en arrachant une petite bouche, et non pas en piquant, comme on pourrait le croire. Le sang qui provient de la blessure ne vient ni des veines, ni des artres, mais seulement des vaisseaux ca- pillaires de la peau, d'o les Vampires les tirent sans doute en suant ou en lchant. Enfin, nous citerons le passage suivant d'Et. Geoffroy Saint-Hilaire, publi dans sa monographie des Phyllosto- mes {Min. du Musum, t. XV, 1810). Tous les Phyllostomes (et l'on sait que le Vampire tait le l^lniUostoma spcclrum du savant zoologiste qui crivait ces lignes), qu'ils aient ou non les mchoires courtes ou allonges, sucent le sang des animaux. Il ne faudrait pourtant pas croire qu'ils se nour- rissent absolument et exclusivement de sang; ils ne se sont dj rendus que trop redoutables en dtruisant en totalit, Borja et dans divers endroits, le gros btail que les missionnaires y avaient introduit, sans ajouter encore ces faits par des exagrations qui tiennent du merveilleux, fous vivent d'Insectes, la manire des autres Chauves-Souris; je m'en suis assur en ouvrsnt 1 estomac de plusieurs d'entre eux; et ils ne se hasardent mme se jeter sur le btail que dans les nuits o ils prouvent disette d'autres aliments. Il n'est pas vrai que les blessures qu'ils i> ut soient aussi dangereuses pour les hommes que le rapporte le pre Jumilla. Outre que cela ne se iMg. 1 l'clis huiny c; p; ' T ( (_ r Viii. 2. ModCette srinclio. l'I i: CARNASSIERS. 97 peut concevoir du peu trefforts qu'ils doivent faire pour attirer eux quelques gouttes de sang, on le sait positivement par D'Azara, qui dit qu'au Paraguay personne ne craint ces animaux et ne s'en occupe, quoiqu'on dise d'eux ([ue, pour endormir le sentiment ciiez leur victime, ils caressent et ra- frachissent, en battant leurs ailes, la partie qu'ils vont mordre et sucer. Nous avons dit que les Vampires habitent les rgions tropicales de l'Amrique; nous ajouterons qu'on n'ei connat qu'une seule espce. VAMPIRE. Buffon VAMPIRUS SPECTRUM iVESPERTILIO). Linn. Car.\ctres spcifiques. Pelage doux, de couleur marron en dessus, et d'un jaune rousstre en dessous; feuille nasale moins large que haute, se prolongeant sur le fer cheval, sans tre dcoupe sa base, ayant son bourrelet du milieu peu pais, ses lobes latraux arrondis, et venant mourir en pointe son extrmit; membrane des ailes s'tendant jusqu' la base du doigt extrieur du pied de derrire; milieu du bord postrieur de la membrane interfmorale se prolongeant en angle sail- lant. Longueur totale, 0"',16: envergure de 0'",66 0'",70. Le squelette de ce Chiroptre peut tre pris comme prsentant peu prs la moyenne exacte des caractres des Vespertilioniens; c'est pour cela que, l'exemple de De Blainville, nous en avons donn prcdemment une description assez complte. Le Vampire est la plus grande espce connue de Vespertilioniens. et, par sa taille considrable, semble se rapprocher des Roussettes; mais il est essentiellement carnassier, tandis que ces der- nires sont tout fait frugivores. On le trouve, d'une manire gnrale, comme nous l'avons dit, dans presque toute l'Amrique mridionale, mais il est surtout commun au Brsil et dans la Guyane. T"" GENRE. CAROLLIE. CAROLLIA. Gray, 1858. Magaziii of Zoology aiul Bot.iny. Etymolouie incertaine. IIAHACTRES GINlilBIUUES Membrane interfniomle larie, tronque. Membrane antrieure des ailes large. Plies libres vers la partie postrieure de la clieville du pied. Pouec lonj, compos de deux phalanges allonges, gales. Oreilles oreillon petit. Face courte. Queue nulle. ['ig. 54 C;a-ollic vcrruqueuse. Ce genre a t cr aux dpens du groupe des Phyllostomes, dont il ne diffre pas d'une manire bien notable. Il ne comprend que deux espces particulires l'Amrique mridionale : le Plufllo- 10 13 98 JllSTOIRE NATURELLE. stomu brachiiolmn, Neiiwied (Carollia BrasUiemis. Gray), propre au Brsil, et une espce rcem- ment dcrite. CAROLLIE VliRRUQUEUSE. CAROLLIA VERliVCATA Gray. Caractises spcifiques. Pelage d'un brun ferrugineux; oreilles assez larges, ovales postrieure- ment; tragus mdiocre, ovale, trigone. pointu, avec une faible chancrure en dehors prs de l'extr- mit, et rtrci la base; feuille nasale ovale, lancole. Habite TAmrique tropicale. 8"'^' GENRE. LOPHOSTOME. LOPHOSTOMA. Alcide d'Orbigny, 1836. Voyage dans l'Amrique nirklionalc, Atlas, 17' livraison. Aocpoc, crte ; OTOaa, Ijouclie. CARACTRES GNRIQUES. Sijstme denlaire : incisives, |; canines, |^]; molaire, |^^; les deux molaires antrieures les plus petites de toutes. Tte tin peu allonge. Mchoires longues. Nez surmont d'une feuille simple, liasti forme. Oreilles grandes, en cornet lev, et garnies, intrieurement, d'un oreillon cliancr la base interne. Queue beaucoup plus courte que la membrane interfmorale : celle-ci trs-ample, et descendant au niveau des ongles. Dernire vertbre libre lu face suprieure de la membrane. Eperons soutenant la membrane trs- forts, mais de peu d'tendue. Pelage doux, compos de poils longs. Fig. 53. l.ojiiiosloaie les t'orls. CHNASSlIiRS. 99 Ce genre, par la disposition de son systme dentaire, se rapproche beaucoup des PlujHosioma, et principalement des groupes des Slurnira et Vampiriis. tandis qu'il s'loigne des Stnodermes, dont les molaires sont plus frugivores; il ne comprend qu'une seule espce particulire l'Amrique mridionale LOPHOSTOMfc] DES FORETS. LOPUOSTOMA SYLVICOLUM. Aie. d'Orbi"n y- Caractres spcifiques. Pelage d'un gris de souris brun en dessus et sur la tte, cendr en dessous, avec la rgion du cou un peu plus claire; poils doux, allongs, except ceux de la face, qui sont. courts, bruntres. Envergure : 0'",35. Celte espce habite les grandes forts qui bordent le pied oriental de la Cordillre bolivienne, au pays des sauvages Yuracars; elle attaque souvent les personnes endormies en plein air. O-"" GENRE. STUUNIRE. SIURNIRA. Gray.. 1842. Magazii of naluial llistory, t. X. ' lymologie incertaine. CARACTERES GNRIQUES. Nez feuille lancole, simple. Oreilles trajns distinct l'extrieur. Lvres cilies sur les cts : la suprieure ayant une grande verrue entoure d'une srie de petites verrues. Membrane interfmorale trs-troiie, marginale. Ailes naissant la partie postrieure du corps. Pattes de derrire libres. Pouce compos de deux plialancjes : la premire allonge, et la terminale courte. Calcanum n'existant pas, ou plutt peu dvelopp. Queue nulle. Une touffe de poils en forme d'paidelte la base des ailes chez les mles. ^f/ >^> / / \ \, Fig. 36. Slurnira spectruni. Ce genre, qui offre quelque rapport avec ceux des Anoura, dit?, Artibeus , et avec les Phgllostoma par la conformation de son systme dentaire, qui est semblable, ne renferme qu'une seule espce. 100 HISTOIRE NATURELLE. STUHISIBE SPECTRE. STURNIRA SPECTRUM. Gray. Caractres spciriQUES. Museau brun, avec la racine des poils plus fonce; dessus des bras et cts du corps, prs des ailes, noirtres; l'paulette grande, d'un jaune brique; feuille nasale droite, ovale, lancole, presque aussi large que hante. Celte espoe a t dcouverte dans l'Amrique mridionale. lO"'^ GENRE. ARTIBE. ABTIBEIS. Leach, 1822. Transactions of l.inneau Society ofLondon, t. XI 11. ApTt, en ligne droite; xi^bi je m'avance. CARACTRES GNRIQUES. Systme dcntciire : incisives, j; canines, {-;e-j; molaires, r^;. D'aprs Leach, les incisives sup- rieures sont bifides, et les infrieures sont tronques; tes canines d'en liant ont un rebord interne leur base; les molaires sont semblables celles des Phylloslomes Pouce form d'une plialange longue et d'une seconde courte. Membrane interfmorale profondment chancre. Ailes ailaches trs-prs de la base des orteils. i\ez portant deux feuilles : l'une liorizontale et l'autre verticale. Queue nulle. L'espce typique de ce genre, que l'on range cependant quelquefois avec les Phyllostomes. est le ARTIBE BRUN ET RAY. D'Azarj. ARTIBEUS LINEATUS {PHYLLOSTOMA). Et. Geoffroy Saint-Hilaire. Caractres spcifiques. Pelage brun, et seulement plus clair en dessous qu'en dessus, avec une raie blanche sur le milieu du dos. une autre allant de chaque narine l'oreille du mme ct, et une troisime parlant de l'angle de la bouche jusqu' la base de l'oreille, parallle la prc- dente. Envergure : 0'",52 Habile le Paraguay. M. Gray a signal deux autres espces : \esArtibeus fimbriatus et fulifinosus, des mmes pays que l'espce prcdente. Quant VArtibeus Jamaicensis, Leach, nous l'avons plac, d'aprs De Rlainville, dans le genre Stnodernie. CHNASSIEUS ll">^ GENRE. MADATE. MADAT^US. I.each, 1822. Traiisnctions of Liiincan Society of Loiidoii, l. Xlll lymologie incertaine. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, j, canines. \_\; molaires, ij-;^; les deux incisives intermdiaires suprieures ont plus de longueur que les latrales : elles sont bifides; les infrieures sont gales, simples, aigus; les canines sont assez fortes; les molaires comme dans les Phijlloslomcs. Nez portant deux feuilles. Lvres garnies de papilles molles, comprimes, franges. Langue bifide sa pointe. Queue nulle. Ce genre ne renferme qu'une seule espce MADATE DF LEWIS. MADAT^US LEWISII. Leach. Cahactres spcii'Iques. Pelage uniformment noirtre; Tune des feuilles nasales brusquement pointue vers le haut; oreilles mdiocres, arrondies; membrane interfmorale chancre. Ce Chiroptre habile la Jamaque. I^""" GENRE. - RRACHYPHYLLE. BBACHYPHVLLA. Gray, 1835. Proceedings of Zoological Society of Ijondoii. Boa^u, court ; uXXov. feuille. CARACTRES GNRIQUES. Nez prsentant une feuille ovale, entoure en arrire par un sillon profond Membrane interfmoi-ale courte, profondment chancre, offrant deux raies distinctes. M. Gray a indiqu plutt que caractris ce genre, dans lequel il ne place qu'une seule espce, son Bracliijpliijlla cavernarum, particulier l'le Saint-Vincent, l'une des Antilles, et que De Blain- ville fait rentrer dans le groupe gnrique des Stnodermes. IS'"^ GENRE. MACROPHYLLE MACROPHYLLA. Giay, 1858. Magazy of Zoology and Botauy, (. 11. Ma)4pc/;, long ; h>i^i' iA>''> canines assez gn- ralement \E\, parfois en plus grand nombre ou bien nulles; molaires, Ve^,, f^, |^, fEr, etc.; et, selon De Blainvillc, on peut dire que le nombre total des dents, tudies d'un seul ct, chaque m- choire, est, dans l'tat normal, de dix en haut comme en bas, mais qu'il peut descendre huit en haut et six en bas. La forme des dents, pour toutes les sortes, indique assez bien leur usage, tant toutes plus ou moins pointues, ou iirisses de pointes plus ou moins leves qui s'entre-croisent; aussi les incisives mritent rarement ce nom; les canines encore moins frquemment; mais toujours les avant- molaires sont aigus ou armes de pointes comme les molaires proprement dites; dans le plus grand nombre des cas les incisives sont longues en avant, et suivies d'autres incisives et de canines toutes moins hautes que les molaires: dans d'autres cas les canines sont grandes, cartes, etdes incisives peu dveloppes se remarquent entre elles; enfin les incisives peuvent tre petites et les canines manquer. Les molaires se rapprochent pour la forme de celles des Carnivores, et elles montrent que ces animaux sont plus carnassiers que les Chiroptres; elles sont gnralement assez fortes. Quant la proportion de ces diverses dents, il n'arrive pas toujours que ce soit la premire des dents maxillaires suprieures, ou celle qui la croise infrieurement, qui ait rellement la forme de canine, quoique les zoologistes leur en aient souvent donn le nom. Nous n'entrerons pas, pour le moment, dans de plus grands dveloppements sur le systme den- taire, car il ne prsente pas des caractres uniformes; et, ainsi que le fait observer De Blainville, il offre trois types diffrents et qui se trouvent dans les trois grands genres linnens des Taupe, Mu- saraigne et Hrisson; c'est donc en tudiant ces groupes gnriques que nous donnerons plus de dtails. Nous croyons cependant devoir faire connatre immdiatement un extrait d'un important travail de M. Duvernoy, publi en 1844 dans les Mmoires de la Socit d'Hslorc ncUurelle de Strasbourg, quoique le savant professeur ne s'occupe presque exclusivement que de la structure des dents des Musaraignes. Dans la substance tubuleuse des dents chez plusieurs Insectivores et Rongeurs, M. Duvernoy a distingu trs nettement les embouchures des tubes, qu'il appelle calcigres avec M. l\. Owen. La plupart de ces tubes ne lui ont montr de coloration que dans leurs parois; leur canal parat blanc et mme transparent comme la gangue qu'ils traversent. Ces tubes et ces canaux sont trs-serrs les uns prs des autres, leur origine et dans une partie de leur trajet, au point qu'on les distingue peine, et qu'ils forment, vus par transparence, comme des taches de couleur grise dans les lames qui ne sont pas suffisamment amincies. Ils se sparent et deviennent moins nombreux mesure que l'on s'loigne du bulbe dentaire. Dans une dent ancienne, la plupart ne se prolongent pas jusqu' l'mail, de sorte que la partie de la substance tubuleuse qui s'approche de l'mail montre de moins en moins ces tubes. Un certain nombre, aprs s'tre ramifis en diminuant de calibre et s'tre anastomoss entre eux, vont se terminer dans une ligne noire, courte, rticule, qui spare assez nettement de l'mail la substance tubule. Observ avec soin dans les dents de Musaraigne, le noyau pulpeux est d'autant plus petit que la dent est plus ancienne. Sa forme est exactement, en petit, celle de chaque dent; elle rpte intrieurement la forme extrieure de la couronne et des ra- cines. Le noyau pulpeux, avec sa couleur rouge, s'aperoit gnralement assez, sans prparation, travers la substance osseuse de l'mail de ces dents, qui sont trs-minces. Aux poques de la pre- mire et de la seconde dentition des Musaraignes, la membrane maillante, qui se voit l'extrieur des molaires, travers la capsule dentaire qui recouvre la srie des dents, est colore lorsque ces dents doivent tre colores; bien plus, l'tendue et la place de ces parties teintes correspondent exactement aux parties de ces dents qui prsenteront la mme coloration; elles restent au con- traire blanches chez les jeunes Musettes, dont les dents sont sans couleur. Dans les Musaraignes, le cment se dveloppe avec les dents, dont il forme pour ainsi dire la gangue, et il se durcit avec elles. Le cment, chez ces animaux, forme un organe distinct de la mchoire et des dents, dont il est s- par par une membrane particulire, sorte de prioste du cment. Chaque mchoire a de l'un et do l'autre ct une rainure ou dpression, superficielle ou profonde, dans laquelle le cment est reu avec les dents. C'est cette mme membrane alvolaire du cment qui produit les couches adventives du cment dentaire autour des racines des dents de l'homme; c'est cette mme membrane dont l'ac- tivit nutritive comble de son produit les alvoles et en fait sortir les dents. L'aspect du cment, qui rpond chacune des grandes cavits alvolaires des Musaraignes et les remplit, est, en quelque 108 HISTOIRE NATURELLE. sorte, une poche parois contournes, remplie elle-mme d'une substance osseuse. Des branches vasculaires considrables, ramifications assez nombreuses, se dtachant presque angle droit des vaisseaux sanquins du canal dentaire, pntrent cette substance dans une direction uniforme, en se divisant assez rgulirement, et semblent la partager en cellules ou en compartiments. .M. Duvernoy rsume ainsi son mmoire. La structure interne du cment alvolaire est analogue celle des os des mchoires. Sa substance se compose de petites cellules qui se prsentent comme des taches de forme irrgulire, rarement rondes, plutt ovales ou oblongues, se prolongeant aux deux bouts par un ou plusieurs filets. Dans quelques individus, ces taches paraissent noires avec un contour form d'une ligne blanche transparente; dans d'autres, leur couleur est une ligne noire et l'intrieur est blanc. Ces diffrences dpendent sans doute des degrs d'ossification qui font dispa- ratre ou laissent subsister les parois membraneuses. Dans quelques cas, ou voit rayonner de leur contour beaucoup de traits fins, traits qui leur donnent une apparence toile, et elles paraissent au milieu d'un rseau extrmement fin dont on n'aperoit les cordons noirs, trs-dlis, qu'avec beaucoup d'attention, au moyen d'un grossissement considrable. Dans une dentition ancienne, ou du moins bien termine, le cment alvolaire est soud et confondu avec la substance osseuse des mchoires, et sa propre substance s'en distingue difficilement. Les petites taches qui rpondent aux cellules de Retzius paraissent peut-tre moins nombreuses et plus allonges. La membrane du c- ment, sorte de prioste, est mince, noire dans celte dentition termine, et semble se continuer, dans plusieurs cas, avec les ramifications vasculaires qui parlent de celte membrane ou viennent y aboutir. Le cment alvolaire est videmment pntr par des branches vasculaires qui partent des vaisseaux du canal dentaire; mais la membrane cjui revt de toutes parts ce cment parat tre le l)rincipal ccMilre de l'activit nutritive des productions du cment, et le point de dpart ou l'aboutis- eant de ses principaux vaisseaux. Quant au dveloppement des premires dents chez les Musaraignes, chez la jeune Musette, le bord des mchoires est creus d'une dpression ou rainure, dans laquelle les dents sont enfonces par leurs racines; celles-ci y sont enveloppes de leur cment, lequel a l'apparence d'une pulpe granu- l-euse qui remplit l'intervalle d'une racine l'autre, La couronne fait saillie en dehors de celte rai- nure; elle n'a encore que ses pointes un peu durcies dans les vraies molaires, ou sa pointe unique dans l'incisive moyenne ou celle qui la suit. Les molaires vraies et fausses sont renfermes dans une seule capsule. Un lger dbris de cloison membraneuse semble marquer leur place particulire dans la rainure qui les reoit. Dans de plus jeunes Musettes, dont la peau n'a encore aucun poil, la cap- sule des molaires de la mchoire infrieure surmonte le bord libre de cette mchoire, comme une vessie allonge qui lui serait ajoute. Chez les individus plus jeunes encore, tout est moins distinct. La capsule des molaires de la mchoire infrieure ne se distingue du prioste de cette dernire que par un ruban du bord libre de cette capsule, que l'on dirait gonfle par une pulpe homogne. Chez ces animaux, le durcissement des dents prcde celui des mchoires; ils ont deux dentitions identiques pour le nombre et la forme. La seconde dentition s'effectue de bonne heure; et, ce qu'il y a de singulier et de particulier ces animaux, c'est que toutes les dents se renouvellent la fois. Le cment ancien, qui maintenait les dents auxquelles il appartient, disparat avec elles, dtach sans doute par le dveloppement, au fond de la rainure alvolaire de la srie des dents nouvelles et de leur cment. M. Duvernoy pense que les dents des Musaraignes se renouvellent plusieurs fois. Il se demande avec raison comment ces animaux peuvent se nourrir et saisir leur proie quand leurs dents sont couvertes de leurs capsules membraneuses et mal affermies par leur cment alvolaire encore mou. A l'poque de leur mue dentaire, cet anatomiste a constat que les os de leur tte taient moins so- lides et moins affermis qu' toute autre poque, et que leur estomac et leur canal inteslinal taient toujours vides. Le squelette des Insectivores prsente des particularits remarquables; mais, de mme que le .systme dentaire, il offre des diffrences telles, qu'il doit tre tudi dans les trois types princi- paux de la famille; on peut seulement dire maintenant que la clavicule existe constamment. Les diverses parties internes de l'organisme des Insectivores varient aussi trop pour que nous nous en occupions maintenant. Les orifices des narines sont percs diffremment l'extrmit d'un museau ])lus ou moins pro- CARNASSIERS. 109 lonc: en boutoir solide, rsistant, propre fouir, ou en une trompe molle, mobile, et servant explorer les corps qui Tenvironnent. Il n'y a quelquefois pas d'yeux, ou bien ces organes sont rudi- menlaires, petits, mdiocres, et, plus rarement, un peu grands, et ces diverses particularits orga- niques sont en rapport avec le genre de vie de ces animaux, c'est--dire que, plus l'espce aura des hal)iludes subterranennes, moins l'organe de la vision sera dvelopp. Les oreilles, dans leur con- que et dans le canal auditif externe, sont dans le mme cas : ce canal est trs-petit, trs-large, et la conque tout fait nulle, petite, ou moyenne, mais jamais grande, quelquefois trs-simple, et d'autres fois pourvue, son bord externe, d'un ou deux replis ou lobes qui ont quelques rapports avec ce qui se voit dans les Chiroptres. Les mamelles ne sont pas pectorales comme dans ces Mam- mifres; elles sont, au contraire, ventrales, et en plus grand nombre. Les membres sont complets, et diversement disposs, suivant les murs diffrentes de ces ani- maux. La plante des mains et des pieds s'appuie constamment sur h terre; les mains de devant ont cinq doigts, toutefois, dans le genre Chrysochlore, on n'a pu constater la prsence que de trois ongles; le pouce est presque gal aux autres doigts, quoique plac sur le mme rang; les pieds ont toujours cinq doigts, arms d'ongles robustes. La vie des Insectivores est, le plus souvent, nocturne et souterraine; les espces qui, comme la Taupe, doivent vivre dans des souterrains qu'elles se creusent dans le sol, ont des membres antrieurs trs-fortement constitus, assez courts, et leurs extrmits sont transformes en des espces de pelles, tandis que dans d'autres espces, comme les Hrissons et les Musaraignes, les membres ont des formes plus grles, et quelquefois sont transforms en des sortes de rames dans les espces aqua- tiques. Leurs mouvements sont assez faciles. Enfin, dans un genre des plus curieux, celui des Ma- crosclides, les pattes de derrire acquirent un grand dveloppement, tandis que celles de devant sont courtes; l'animal ne peut gure plus marcher qu'en faisant des sauts plus ou moins forts, et, sous ce point de vue, a beaucoup de rapports avec les Gerboises, et mme avec les Pramles. La queue, quelquefois assez longue, est souvent peu dveloppe. Le pelage varie beaucoup; assez court et trs-doux dan-s les Taupes et dans quelques Musarai- gnes, il devient plus rude dans d'autres groupes, et peut inme se prsenter, en partie, sous forme de piquants, comme on commence le voir dans nos Hrissons d'Europe, et comme cela devient tout fait manifeste dans les Tanrecs. Le systme de coloration des poils est gnralement sombre, bruntre ou noir; une exception se remarque seulement dans le genre Chrysochlore, qui renferme des espces vulgairement dsignes sous le nom de Taufcs dores, et qui ont, sur un fond noirtre, des reflets mtalliques. Les caractres spcifiques, tirs de la coloration des poils dans son inten- sit, dans sa teinte, et mme parfois dans sa distribution, ne sont pas trs-rigoureux; en effet, M. Duvernoy s'est assur que che.'. les Musaraignes, genre o le nombre des espces est plus grand que dans aucun autre groupe de cette famille, les variations sont nombreuses, suivant les sexes, l'ge, et mme la saison. Beaucoup d'Insectivores passent l'hiver en lthargie; cela a principalement lieu pour les espces qui habitent les pays froids; mais, toutefois, quelques-unes de celles qui vivent dans les rgions chaudes, comme les Tanrecs, prouvent galement le mme phnomne. Leur nourriture la plus habituelle, et presque exclusive, consiste en Insectes, dont ils dvorent un nombre immense; c'est ainsi qu'ils rendent de grands services l'agriculture; cependant, et cela s'applique surtout la Taupe, on cherche continuellement les dtruire, parce qu'ils mangent parfois les racines, et parce que les espces dont la vie est tout fait souterraine font des galeries nombreuses qui nuisent la culture. Quelques-uns fouissent la terre pour rechercher les Vers dont ils se nourrissent. Quant aux lieux qu'ils habitent, les uns, comme les Taupes, restent constamment dans les troits conduits qu'ils se creusent sous le sol; dautres, comme les Hrissons et les Musaraignes, se cachent sous les dbris qu'ils rencontrent; il en est, comme les Tupaia, qui grimpent sur les arbres la manire des cureuils, et un petit nombre ne cherche pas de re- fuge. Cela se conoit facilement, car, par leur taille trs-petite et trs-rarement moyenne, ils sont exposs plus que d'autres Mammifres la voracit des Carnivores; ils ne peuvent gure se servir de leurs dents contre leurs ennemis; quelques-uns d'entre eux, les Hrissons, les Tanrecs, les ri- cules, etc., se dfendent en hrissant les poils de leur corps, qui sont transforms en piquants. Un trs-petit nombre de Musaraignes se trouvent dans les eaux et nagent avec facilit; les Macros- 110 IlISTOlPiE NATURELLE. clides sautent, mais la plupart des autres Insectivores marchent et mme courent avec une grande clrit. Relativement la distribution gographique des Insectivores, nous dirons que les trois genres principaux de cette famille sont essentiellement propres l'ancien continent, et que tous trois sont europens. Un seul, celui des Musaraignes, se trouve dans toutes les parties du monde, l'Amrique mridionale et la Nouvelle-IIollandc exceptes. Les Taupes sont exclusivement de l'ancien continent, ou tout au plus des parties septentrionales du nouveau, car il semble peu probable qu'on en ait rencontr en Amrique, et c'est peine si elles dpassent, en Asie et en Afrique, le littoral de la Mditerrane. L'Amrique mridionale seule offre les Chrysochlores, et l'Amrique du Nord les Tu- pains. Les Gymnures ne se rencontrent qu'en Asie, et l'Afrique offre les Macrosclides. Enfin, les Jlrissons sont particulirement de l'ancien continent, tandis que les Tanrecs elles ricules n'habi- tent que les les de Bourbon et de Madagascar. Comme rsultat de l'anciennet la surface du globe, on peut dire que les types europens des Mammifres de cette famille sont connus depuis la plus haute antiquit historique. Des individus qui se rapportent l'un d'eux, au genre Musaraigne, taient conservs l'tat de momie par les Egyptiens; et les deux ou trois espces qui ont t admises cet tat ne paraissent pas, De Rlain- villc, surtout d'aprs les remarques de M, Ehrenberg, diffrer d'une espce actuellement vivante en Afrique et mme en Egypte. En outre, on peut voir, au muse du Louvre, des figurines gyptiennes qui reprsentent des Musaraignes. Les trois genres typiques des Insectivores se trouvent l'tat fossile : 1 dans les brches os- seuses du littoral de la Mditerrane; 2 dans le sol des cavernes de l'Allemagne, de l'Angleterre, de la Belgique et de la France; 5 dans un terrain tertiaire moyen des montagnes sous-pyrnennes; 4 dans un terrain d'eau douce d'Auvergne. Des dix espces qui ont t reconnues jusqu'ici, six, savoir; une Taupe, trois Musaraignes, un Desman et un Hrisson, ne semblent pas, l'illustre au- teur de VOsiograpliie, diffrer spcifiquement de celles qui existent aujourd'hui l'tat vivant; elles se rencontrent ple-mle avec des restes d'animaux qui ne vivent plus dans nos contres; les quatre autres, dont on ne connat pas encore les analogues l'tat vivant, savoir : une Taupe, une Musaraigne, un Hrisson et un Tanrec, forment des espces nouvelles, et intermdiaires celles qui existent aujourd'hui. Les anciens naturalistes connaissaient peine les trois types europens de la famille des Insecti- vores, et ils ne se sont nullement occups de leurs rapports naturels ni de la place qu'ils doivent occuper dans la classification des Mammifres. Aristote, trois cent cinquante ans avant l're chr- tienne, dit nanmoins quehjues mots de la Taupe, qu'il dsigne sous le nom d'ka-y.\7l; des Musa- raignes, qui sont pour lui ses Murales, et des Hrissons, ses Ecliinos. Pline, cinquante ans avant Jsus-Christ, n'ajoute que peu de chose aux crits d'Arislote, et, le premier, il cre les mots Talpa, Mus araneus et Erinacens. Du reste, il augmente encore le nombre des fables dj rpandues sur la Musaraigne, en rapportant que sa morsure est venimeuse en Italie, que cet animal ne se trouve pas au del des Apennins, et qu'elle meurt lorsqu'elle a travers, ou mieux, qu'elle est tombe dans une ornire; quant au Hrisson, il se borne en dire avec plus de raison que, comme l'Ours, il se cache pendant les mois d'hiver. Elien ne fit que rapporter les fables de ses devanciers; toutefois, il indique la manire dont le Hrisson trompe la voracit du Renard. Au moyen ge, les auteurs qui se sont occups d'histoire naturelle, Isidore de Seville, Albert le Grand, Agricola, Scaliger, ne firent que rectifier ce qu'avaient dit Aristote et Pline, et n'augment- rent que peu les connaissances acquises sur les Insectivores. Gesner, en 1520, est le premier qui ait passablement dfini, au moins dans les deux genres Taupe et Musaraigne, les Insectivores, qui ait donn des figures passables des trois genres types de cette famille, et ait dmontr qu'on ne devait pas les confondre avec les Rats, ainsi qu'on le faisail avant lui. Puis vinrent Walton (1552), Aldro- vande (1045), Marc-Aurle Sverin, Johnston (1657), Charleton (1G68), qui ajoutrent quelques ma- triaux leur histoire. Ray, en 1695, est le premier qui, sentant leurs rapports naturels, les ait rapprochs tous convenablement dans un systme mammalogiquc. Linn, de 1 755 1 766, dans les diverses ditions de son Sijstema natur, rassembla ce qu'avaient dit ses devanciers, fonda dfiniiivement les grands groupes des Hrissons, Taupes et Musaraignes; il dtourna le nom de Sorcx, qu'il appliqua aux Musaraignes, et celte dnomination latine leur est icc^ ^^^ Kio. 1 Cliieii liasset cossais. Fi;;. 2. rienelle il'Eiirope. CARNASSIERS. Ml reste, et est venue remplacer celles de M iisarcmcus et Mas araneiis, employes trs-longtemps auparavant, et qui avaient l'inconvnient de faire regarder cet animal comme se rapportant au genre Mns ou Rat. Ilill (1752) copia presque Linn, et dcrivit la Talpa acauda, qui, depuis, est devenue le type du genre Clirysocldore. Brisson (175G) n'indiqua rien de nouveau, si ce n'est qu'il dfinit mieux les espces, dj plus considrables en nombre. Daubenton, la mme anne, caractrisa de nouveau certaines espces du genre Musaraigne, et il donna un travail important sur ce sujet dans le grand ouvrage de Buffon, publi en 1760. Pennant, en 1771, plaa ces animaux la lin des Ron- geurs. Erxleben (1777) rapprocha aussi les Taupes des Musaraignes, mais il en spare les Hris- sons, non-seulement par les Chauves-Souris, mais encore par les Ours. Sclireber (1778) s'occupa, pour la premire fois, de leur systme dentaire comme d'un caractre propre les distinguer. Iler- mann (1780) donna de grands dtails sur les Musaraignes europennes. En 1780, Pallas et Storr sentirent les rapports naturels des Insectivores entre eux et avec les autres Mammifres. Beclislein, de 4789 1795, augmenta le nombre des espces de Sorex. Linck, en 1795, en forma un ordre particulier sous la dnomination de Rosores. G. Cuvier (1798), Lacepde (1798) et Illiger (1811), prenant en considration rigoureuse le systme dentaire, les ont partags en plusieurs genres gn- ralement adopts aujourd'hui, et, ds celte poque, on peut presque dire qu' l'exception du genre Sorex' y eut autant de genres que d'espces bien connus d'Insectivores. Elienne Geoffroy Saint- Hilaire (1811), Savi (1822), Say (1835), Gloger, Brehm, augmentrent le nombre des espces dj connues, principalement parmi les Musaraignes; il en fut de mme d'A. G. Desmarest en 1820, et de Fr. Cuvier en 1827. Raffles, Smith, Vigors et Horsfield, Martin, Brandt, etc., ont ajoul au cata- logue manimalogique de nouvelles formes beaucoup plus distinctes, fournies par l'Afrique, l'Inde et l'Amrique. En 1820 et 1827, M. Isidore Geoffroy Saini-Hilaire dcrivit de nouvelles espces, et fit connatre plus tard le genre ricule; M. Gray cra, en 1837, le genre Corsira;U. Temminck dcrivit le groupe des Ilylogales, qui correspond aux Tupa'ia. et M. Doyre donna, en 1855, la caractristique du nouveau genre des Euplres, que De Blainville rapproche des Mangoustes ou des Genettes. Wa- gler, en 185G, a appliqu de nouveau, aux Musaraignes connues jusqu' lui, les principes de divisions gnriques qui avaient t employs par De Lacepde, et il introduisit aussi les bases de la distinc- tion et de la distribution gographique des espces, ce qui a t adopt par MM. Jennys (1835), Na- thusius (1857), Gray et Duvernoy (1855) : ce dernier zoologiste surtout, et sans avoir eu connais- sance du travail de Wagler, publia sur les Sorex un travail important dont nous donnerons l'ana- lyse. De Blainville {Ann. d'Anatome et de Phiisiolofjie, t. II, 1858, et d'OstograpIne : Fascicule des Insectivores, 1841) a donn un mmoire, auquel nous avons emprunt plusieurs passages, sur l'an- ciennet des Insectivores la surface de la terre, dans lequel il rsuma tout ce qui avait t dit avant lui sur ces animaux, posa les bases de leur classification, et indiqua les espces que l'on a trouves l'tat fossile. Depuis la publication de cet ouvrage, plusieurs travaux ont encore t faits sur les Insectivores; on doit particulirement citer une notice de M. Isidore Geoffroy Saint-IIilaire, publie en 1844, sur les Tanrecs et les ricnles, la description de quelques espces du nord de la France appartenant au genre Musaraigne, par M. de Selys Longchamps; une monographie des espces du mme groupe naturel particulires l'Amrique septentrionale, par MM. Say et Bochman; la description d'une es- pce nouvelle de Sorex de Madagascar, par M. Charles Coquerel, etc. Enfin, outre les ouvrages de G. Cuvier et de De Blainville sur les Insectivores fossiles, nous devons encore indiquer les travaux de M. Kaup, et ceux de Schmerling, Schlotheim, et de MM. de Laizer, R. Wagner, l'abb Croizet, Richard Owen, Lartet, etc. Le nombre des espces d'Insectivores aujourd'hui connu est de prs d'une centaine, et leur distinction doit reposer essentiellement sur le systme dentaire, qui, pour la plupart d'entre elles, principalement dans les Musaraignes, prsente une particularit tranche dans le nombre, la forme ou les proportions des dents. On a donn la caractristique d'environ trente genres de cette famille, forms aux dpens des Musaraignes (Sorex), Taupe (Talpa), et Hrisson (Erina- ceits), seuls genres admis par Linn, ou bien qui ont t crs sur des espces nouvellement d- couvertes : plus de la moiti de ces genres sont bass sur de bons caractres, tous trs-distincts, et les autres peuvent tre regards comme de simples subdivisions sous-gnriques. En outre, un no [IISTOIRE NATURELLE. assez grand nombre de noms gnriques ne devront tre considrs que comme synonymes de groupes prcdemment crs. Dans l'tude que nous en ferons, nous placerons la fin de la famille les Hrissons, qui, surtout dans le genre Tanrec, qui en a, juste titre, t dmembr, prsentent un systme dentaire nor- mal, et qui se rapproche assez de celui des Carnivores. Nous subdiviserons les Insectivores en sept tribus particulires, qui correspondent aux sept familles indiques par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire; seulement, nous intervertirons la disposi- tion qu'il a adopte dans le but de placer la tte de notre famille les Taupes, qui, comme le fait remarquer De Blainviile, peuvent tre considres comme le type le plus parfait des Insectivores. Cela pos, les tribus que nous adoptons, et dans lesquelles nous n'indiquerons maintenant que les ]irincipaux genres, sont les suivantes : r* Tiibu. Talpids : Plantes des pieds nues; corps couvert de poils; yeux trs-petits ou nuls; pattes antrieures converties en pelle ou en pioche. 1"" Division. Talpiens : Membres antrieurs pentadactyles, en forme de pelle. Genres : Taupe, Scalope, Condijlure et Urotrique. 2" Division. Chrysochloriems : Membres antrieurs tridactyles, en forme de pioche. Genre ; Clirijsochlore. 1" Tribu. SoRiciDs : Plantes des pieds nues; corps couvert de poils; yeux trs-petits; pattes antrieures tablies sur le mme type que les postrieures. Genres : Desnian, Musaraigne, compre- nant un grand nombre de subdivisions particulires, etc. o'' Tribu. Macrosclids : Pb.ntes des pieds nues; yeux bien dvelopps; membres postrieurs extrmement allongs. Genre : Macrosclide . Tribu. Gymnurids : Plantes des pieds nues; corps couvert de poils; yeux et membres pos- trieurs bien dvelopps; queue cailleuse. Genre : Gymnure. <>" Tribu. TuPAiDs : Plantes des pieds nues; corps couvert de poils; yeux bien dvelopps; membres poslrieuis galement bien dvelopps; queue touffue. Genre : Tnpaia. (1* Tribu. Eriinacids : Corps couvert de piquants. Genres : Tanrec, Ericule, Hrisson. 1" Tribu. Eii'LRiDs : Plantes des pieds velues. Genre : Euplrc. PREMIERE TRIBU. TALPIDI:S. TALPID/E. Isidore Geoffroy Saini-Iilairc. Plantes des pieds et des mains nues. Pattes antrieures converties en pelles ou pioches. Yeux trs-petits. Cette tribu correspond la famille d'Insectivores de U. Isidore Geoffroy Saint Ililaire, qui porte la mme dnomination. On n'y comprend qu'une douzaine d'espces, propres toutes les parties du monde, l'Ocanie excepte, et qui sont rparties dans cinq genres distincts, que Linn runissait sous le nom gn- rique de Talpa. Nous y formons deux divisions, celles des Talpiens et des Chrysoculorie.ns. CARNASSIERS. H3 TALPIENS. TALPIL Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Membres anlrieiirs pentadactijles, en forme de pelle. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a cr cette division, qu'il nomme famille, et dans laquelle on ne comprend que les quatre genres Taupe, Scalope, Condijiure et Urotrique. i" GENRE. TAUPE. TALPA. Linn, 1735. Systema natura% 1. 1. Tapa, nom appliqu au groupe par Pline. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire: incisives, ~\ canines, \^^ ; molaires, '^^,cntotalit quarante-six dents; lesincisives suprieures sont petites, bien ranges et semblables, sauf la taille, celles des Carnivores; les inf- rieures sont larges, lgrement dclives et disposes en arc; en liant les canines sont minces, crochues, termines en pointe tranchante an bord postrieur, et offrant, de mme que les infrieures, cette particularit d'tre attaches au maxillaire par deux racines au lieu d'une seule, ainsi que cela se prsente ordinairement; en bas ces mmes dents sont triangulaires, fortes, ce qui, joint leurs deux racines, les fait regarder par Fr. Cuvier comme les premires et les plus grandes des fausses mo- laires; la mchoire suprieure, il y a trois petites fausses molaires en rudiment de chaque ct, puis une quatrime assez forte, triqutre la base et couronne forme d'une seule pointe, et enfin trois vraies molaires, les deux premires a couronne pourvue d'un bord tranchant avec deux pointes, et la troisime triangulaire, sommet en dehors et dirige transversalement; la mchoire infrieure, il y a deux petites fausses molaires, puis une troisime plus grande, tranchante, pointue, triangulaire, avec un petit talon en arrire, et trois vraies molaires, gales entre elles, bord ex- terne tranchant, divis en trois tubercules aigus et double talon intrieur. De Blainville n'admet pas entirement cette disposition de systme dentaire, et pour lui la formule dentaire est \-\- \-{- 3 t .} 3T^3' Corps petit, trapu, comme cylindrique. l't large en dessus, allonge, termine en pointe pur une espce de boutoir dans lequel sont per- ces les narines. U'^. 3S. aupe coajiiiiKic. il 15 414 HISTOIRE NATURELLE. Conques amlilivcs manquant oiiicyemcnl. Yeux Irs-pctits, h paupires trs-c trottes, situes au-dessous d'un poil trs touffu. Douche trs-femlue, arme de dents visibles l'extrieur et destines broijer les enveloppes plus ou moins solides qui eutourenl le corps des animaux, presque exclusivement des Insectes, dont les Taupes font leur proie ludntuelle. Lvre suprieure divise. Langue couveiHe de papilles molles. Cou court, extrcnmnent musculeux, surtout la face suprieure. Membres trs-courts : les antrieurs aussi pais et robustes que les postrieurs sont dbiles. Mains semblant sortir d\i corps, h cause de la brivet du bras et de t' avant-bras, trs-larges, paume toujours tourne en arrire et h bord interne tranchant; les cinq doigts qui les terminent runis jusqu' la racine des ongles, qui sont peu arqus, longs, linaires, arrondis et tranchants au bout. Pieds de derrire sijsimes osseux et musculaire peu dvelopps, et ayant cinq doigts grles, faibles et munis d'ongles de force mdiocre. Point de glandes odorifrantes situes la base de la queue ou sur les cts du corps. Estomac membraneux, allong. Pas de ccuni. Queue courte, presque nue, a pidmie plisse en petites lignes circulaires, analogues h celles que prsentent les Rats. Pela/je trs- fin, doux au toucher, fort dense, court, soyeux, compos de poils perpendiculaires au plan de la peau. Le genre Taupe [Talpa) a t cr en 1755 par Linn, et comprenait alors plusieurs espces, qui toutes, l'exception d'une seule, ont servi de types des groupes gnriques qui en sont trs-dis- tincts; c'est ainsi que les Talpa Asiatica et rubra doivent tre rapportes au genre Chrijsochlora, et que la Talpa longicaudata est devenue le type du genre Condglurus. Il n'y restait plus qu'une seule espce linnenne, la Taupe ordinaire, Taipa Europa, qui habite l'Europe tempre et sep- tentrionale, ainsi que l'Italie suprieure, et laquelle on a runi deux autres espces dcouvertes assez rcemment, les Talpa cca, Savi, de l'Italie infrieure et de quelques autres contres de l'Europe, et la Talpa moogura, Sicbold, du Japon. Un grand nombre de naturalistes se sont occups de ce genre; nous citerons surtout les excel- lents travaux dEt. Gcoffrov Saint-Ililaire. Fig. 39. -- Squelette tie Taupo touinuinc. Le sj sterne osseux des Taupes, tudi par plusieurs anntomistes, particulirement parDauhenton De Bla.nv.lle, Etienne Geoffroy Saint-lIilaire et G. Cuvier, prsente des par.i.ularit! des plus ": marquables, aussi croyons-nous devoir nous y arrler Les os de ces animaux sont en gnral durs CARNASSIERS. 115 et rsistants, peu colluleux et fortement burns, trs-blancs, peu ou point salis de graisse, assez pesants, fortement articuls et serrs entre eux. Le squelette offre quelques rapports avec celui des Cliauves-Souris par la forme gnrale du tronc, court, plus large en avant et se rtrcissant assez fortement en arrire; mais il est compos d'un plus grand nombre d'os, ce qui tient en partie ce que les membres sont moins incomplets cl que les mains ont besoin de pices accessoires. La colonne vertbrale est compose de quarante-sept pices: quatre vertbres cpbaliques, sept cervicales, qua- torze dorsales, six lombaires, cinq sacres et onze coccygiennes. La srie que forment ces vertbres est d'un diamtre presque gal, si ce n'est aux lombes, o il se renfle un peu et n'offre gure que les courbures ordinaires : une en dessus, trs-prononce au cou, une autre en dessous, tendue presque jusqu' la queue, qui se recourbe un peu en dessus. Les vertbres cpbaliques ont leur corps assez allong, aplati en dessus comme en dessous, leur arc large, surbaiss, comme bulleux, largi sur les cts et tout fait lisse. La tte en totalit est dprime, triangulaire, largie en ar- rire, attnue en avant et un peu en forme de soufflet, sans traces de crtes ni d'apophyses d'in- sertion musculaire; ses condyles articulaires tant larges, presque terminaux, trs-distants, et l'angle facial de dix degrs au plus. La cavit crbrale est proportionnellement assez grande, dprime, largie sur les cts, mais sans que les diffrentes fosses soient bien nettement spares. Les loges sensoriales sont fort peu dveloppes. La mchoire infrieure est longue, troite clans sa branche horizontale, qui est en mme temps assez courbe en sens oppos sur ses deux bords, et prsentant, dans sa branche verticale, une sorte de palmature trilobe, large. Les vertbres cervi- cales sont largies, courtes, les premires cependant bien plus que les dernires; l'atlas est remar- quable par la manire dont il est vas, largi en soucoupe la face antrieure et sans apo- physes un peu marques; l'axis est plus troit et son apophyse odontode est considrable; la troi- sime vertbre a encore une apophyse pineuse, styliforme, et les quatre dernires n'en offrent plus. Les vertbres dorsales ont surtout des apophyses transverses trs-prononces, diriges en avant. Dans les vertbres lombaires, les trois sortes d'apophyses sont dveloppes. Le sacrum est comprim. On remarque des os en V dans la plupart des vertbres coccygiennes. Il y a seulement quatorze ctes, qui sont presque arrondies, plus ou moins courbes, de forme mdiocre. L'hyode, presque con- tigu au sternum, est assez tendu; toutefois son corps est court, peu pais, large, lgrement ex( av en arrire. Le sternum, compos de sept pices, est trs-tendu, et cela lient particulirement la forme singulire et au grand dveloppement du manubrium; le xiphode est assez long et termin par une plaque arrondie; les cornes sternales sont au nombre de sept. Le thorax, form parles ctes et par le sternum, est tendu, presque conique, sensiblement dprim et largi sur les cts. Les membres sont courts, presque gaux en longueur, mais disproportionns, du moins pour la force et l'paisseur, et trs-distants par la manire dont sont avancs ceux de devant. Aux membres antrieurs, l'omoplate est principalement remarquable par sa grande longueur, qui gale celle des douze premires vertbres dorsales, ou celle de l'humrus et du radius runis, ainsi que par sa grande troitesse, n'tant dilate un peu qu' son extrmit dorsale, o sa forme est triqutre. La clavicule ne se prsente pas comme un os long, ainsi que cela a lieu dans tous les autres Mammi- fres, mais c'est un petit os assez semblable une courte phalange excave ses deux extrmits, traverse obliquement par un gros trou vasculaire, et pourvue, au milieu environ de son bord infrieur, d'une apophyse rentrante et tronque. L'humrus offre galement une forme tout fait particulire, en ce que ce n'est plus un os long et cylindrique, mais un os plat, presque carr, trs- largi ses deux extrmits, ce qui produit une forte chancrure de chaque ct, plus large l'ex- terne qu' l'interne. Les deux os de l'avant-bras sont aussi fort courts, mais complets et de forme plus normale : le radius, bien moins long que le cubitus, est droit, un peu comprim, presque ga- lement large en haut et en bas; il prsente suprieurement sa cavit articulaire sigmode avec un bec avanc, formant une sorte de petit olcrane en drrire et en dehors, et ayant infrieurement sa sur- face d'articulation transverse, en contre-poulie, branches trs-ingales. Le cubitus est large, di- lat en fer de hache, transverse, oblique et recourb vers les deux tiers de l'os, La main continue la forme raccourcie et largie du bras et de l'avant-bras; le raccourcissement portant essentiellement sur les os du mtacarpe et sur les deux premires phalanges, et l'largissement sur l'addition au bord interne du carpe d'un grand os en forme de C ou de corne comprime, recourbe et un peu tranchante. Aux membres postrieurs, les formes sont plus normales. Le bassin est allong, troit, ^|g HISTOIRE NATURELLE. tout fait parallle au sacrum, avec lequel l'ilon, qui est presque cylindrique, se soude solidement dans presque toute sa longueur; le pubis ne se soude pas avec celui-ci du ct oppos, de manire que se portant tout entier en arrire, il forme avec l'iskion un grand trou sous-pubien trs-long, ce qui le fait ressembler un peu un bassin d'oiseau. Le fmur est trs-court, quoiqu'un peu plus long que rhumrus, mais bien plus troit; il est lgrement comprim, largi assez fortement en haut par un grand troc'hanter; les deux tubrosits de l'extrmit infrieure sont presque gales, spares par\ine poulie large, peu profonde. La jambe, de longueur mdiocre, est faible et remarquable en ce que le tibia, assez fortement arqu en deux sens opposs, est comme doubl dans toute sa lon- gueur par un pron soud intimement avec lui dans sa moiti infrieure, et libre seulement dans son tiers suprieur et sa terminaison. Le pied, fort petit et tout fait plantigrade, est assez court, peu troit; l'astragale est peu lev, assez large; le calcanum, trs-large dans sa partie articulaire avec l'astragale, est comme tal et prolong en arrire par une tubrosit assez forte et un peu re- courbe en haut; les os du tarse et du mtatarse ont peu prs la forme ordinaire : les phalanges sont presque gales, notablement moins longues que les mtatarsiens. Il ny a gure de diffrences apprciables dans le squelette des Taupes de sexe et d'ges diff- rents; cependant le bassin de la femelle se distingue facilement de celui du mle en ce que les pubis sont plus fortement souds entre eux dans celui-ci, et au contraire assez carts dans celui-l. Les os de la face, en gnral, et surtout ceux du nez, se soudent de trs-bonne heure. Les trois espces de ce genre semblent constitues tout fait sur le mme type. Pour terminer ce que nous avions dire sur les os des Taupes, nous devons ajouter qu'il y a d'assez nombreux os ssamodes, et qu'il existe un os pnien dans la Taupe ordinaire. Ce dernier os est extrmement petit et prsente la forme d'un dard obtus, un peu courb dans le sens vertical, et pourvu dans ce mme sens d'une petite crte sa base. Le systme musculaire est trs-dvelopp dans certaines de ses parties; c'est ainsi que les muscles du cou, et ceux qui font jouer les membres antrieurs, sont trs gros pour permettre l'animal de fouir avec facilit. Les autres muscles ont peu prs leur forme normale, et cela se remarque sur- tout dans les membres postrieurs. La tte est termine par un boutoir arm l'extrmit d'un osselet particulier, qui sert l'animal comme d'une tarire pour percer et soulever la terre, et qui constitue aussi un organe dlicat de toucher. D'assez longues moustaches sont places autour de la base du boutoir; c'est sans doute dans cette partie de la tte que rside principalement le sige du toucher; car la paume des mains et la plante des pieds, tout en tant entirement nues, sont recouvertes d'une peau roide et calleuse. L'il est si petit et si bien cach par les poils, qu'on en a ni l'existence, et qu'on a pu mme considrer comme tout fait aveugle l'espce (Talpa cca) dcrite par M. Savi. Cependant aujour- d'hui, grce surtout aux observations de M. Krohn, on peut penser, malgr les remarques d'habiles anatomistes, qui semblent dmontrer le contraire, qu'il n'en est pas ainsi, et que le nerf optique se trouve dans les Taupes, aussi bien que l'il; mais le premier est trs-faible, trs-difficile voir, et le second prsente un ensemble qui rappelle un arrt de dveloppement dans la formation de l'il des Mammifres mieux dous sous ce rapport. Malgr cela on n'en doit pas moins noter l'tat tout fait rudimeiitaire de l'organe de la vision chez ces animaux, car cet tat est en corrlation avec son genre de vie. Cela nous dmontre encore une fois de plus l'harmonie si admirable que Dieu a mise en toute chose; en effet, la Taupe, se trouvant constamment dans des habitations souterraines, n'avait pas besoin d'avoir des yeux parfaitement conforms et qui ne lui eussent t d'aucune utilit; Dieu ne lui en a donc pas donn de complets; mais, en mme temps, il lui en a laiss des vestiges dis- poss comme dans les autres animaux. A. G. Desmarest s'est assur par des expriences directes que les Taupes voient, et il a remarqu que leurs paupires pouvaient jouer droite et gauche, de faon ne plus se trouver en face de l'il, dans certains moments; alors l'il est tout fait plac sous la peau, et il y a tout lieu de croire qu'il ne peut plus servir la vision, si ce n'est pour reconnatre un degr de lumire trs- intense, tel par exemple que celui d'un rayon de soleil ou de la dflagration subite de la poudre canon. Ce sujet important est loin d'tre encore puis, et il serait dsirer que l'on ft de nou- velles recherches. Si l'appareil de la vision est peu dvelopp, celui de l'olfaction l'est en revanche beaucoup. Le CARNASSIERS. 117 tympan est trs-large, rouie est trs-fine, bien que la conque auriculaire manque, et que l'oreille externe ne consiste qu'en un long conduit sous-cutan, dcrit par Etienne Geoffroy Saint-IliJairc^ Les organes reproducteurs prsentent chez la Taupe des particularits des plus curieuses. Dans le mle les organes externes sont trs-dvelopps. Chez la femelle, les appareils gnital et urinaire d- bouchent l'extrieur par deux orifices distincts. La vulve des jeunes femelles n'est pas perfore. Le clitoris est perfor par le canal de l'urtre, et l'extrieur ressemble beaucoup au pnis du mle. Le seul caractre extrieur qui permet de distinguer les jeunes femelles des mles, c'est que le pnis de ces derniers est plus distant de l'anus que le clitoris des femelles. Le bassin, comme nous l'avons dit, est trs-troit, mais les pubis ne se joignent pas, de sorte que les organes gnito-urinaires et le rectum ne sont pas compltement renferms dans sa cavit, et que le ftus, en naissant, no traverse pas le bassin. Cette circonstance permet la Taupe de produire des petits, qui, proportion garde avec la mre, ont un volume plus considrable que dans aucune autre espce. Le nombre des ma- melles est de huit : deux pectorales, quatre dans la rgion ombilicale et deux dans la rgion in- guinale. Les Taupes entrent en amour au commencement du printemps, et ensuite au mois de juillet. Les femelles mettent bas deux fois par an; leur porte est peu considrable et compose de trois cinq petits et quelquefois d'un nombre moindre; depuis le mois de mars jusqu' celui d'aot, on les trouve accompagnes de leurs petits, qui naissent tout nus et tout rouges. La mre soigne ses enfants avec beaucoup de tendresse et les dpose sur un lit de feuilles et d'herbes qui tapisse le sol d'une sorte de chambre assez spacieuse de ses galeries, dont la vote est supporte par des piliers de terre, et qui est situe dans la partie la plus leve et la plus sche du terrier, de faon tre tout fait l'abri des inondations. L'intestin n'est pas dix fois aussi long que l'animal; son diamtre est peu considrable et varie peu dans ses diverses rgions; il n'existe aucune trace de ccum. L'estomac est cependant trs- ample; il reoit le cardia son centre. Pour dchirer la terre et la pousser derrire elle, la Taupe a reu un instrument merveilleusement appropri sa destination. Par la disposition ostologique de ses membres antrieurs, de son ster- num et surtout de ses mains, elle se trouve arme de deux sortes de pelles trs-robustes l'aide desquelles, le museau plac en avant, elle s'avance quelquefois si rapidement dans la terre qu'elle y semble nager. Mais, d'un autre ct, en raison de la gracilit de ses membres de derrire, et parce que le ventre trane sur la terre, la Taupe se meut aussi pniblement sur la terre qu'elle le fait rapi- dement en dessous. Toutefois, et malgr l'opinion universellement admise, nous devons dire que M. Pouchet rapporte, au contraire, que, sur le sol, la Taupe est un animal dont les mouvements sont extrmement vifs, et qui court avec une si grande rapidit, que Pocil ne peut suivre l'action de ses membres. On considre gnralement la Taupe comme nuisible, et on lui fait une guerre active cause des dommages auxquels elle donne lieu; cependant ce n'est que par exception qu'elle mange les racines des plantes, car sa nourriture consiste presque entirement en Insectes et en Vers de terre, qu'elle dcouvre en perant ses galeries, et auxquelles elle joint, assure-t-on, quelques bulbes du colchique d'automne. Elle se nourrit principalement de mcins ou larve de Hanneton; mais elle dtruit aussi en grand nombre les Courtillres; ce n'est qu'accidentellement qu'on la voit manger des graines ou des fruits tombs des arbres. Enfin, d'aprs des observations d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, il arrive parfois la Taupe de s'emparer, pour construire son nid, de tiges de diverses gramines qu'elle saisit par la racine, et fait descendre verticalement et peu peu sous terre; c'est ainsi que l'on a trouv, dit-on, dans un seul nid quatre cent deux tiges de bl parfaitement conserves et avec leurs feuilles entires. Le vritable tort qu'elle cause rsulte de la destruction des plantes de prairie ou des crales qu'elle trouve sur son chemin, et surtout des irrgularits que ses nombreuses taupinires tablissent sur le sol, ce qui empche de faucher aussi prs de terre qu'on peut le faire lorsque la surface en est unie. Mais, toutefois, elle rend de grands services en dtruisant un trs-grand nombre d'Insectes qui nuiraient beaucoup plus qu'elle l'agriculture; en effet son apptit est extraordinaire, et, pour nous servir de l'heureuse expression d Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, nous dirons qu'elle n'a pas faim comme tous les autres animaux, mais que, chez elle, ce besoin est exalt, que c'est un puisement H8 HISTOIRE NATURELLE. ressenti jusqu' la frnsie. Elle se montre violemment agite; elle est anime de rage quand elle s'lance sur sa proie; sa gloutonnerie dsordonn toutes ses facults; rien ne lui cote pour assouvir sa faim; elle s'abandonne sa voracit, quoi qu'il arrive; ni la prsence d'un homme, ni obstacles, ni menaces, ne lui on imposent, ne l'arriont. La Taupe attaque ses ennemis parle ventre; elle entre la tte entire dans lo corps de sa victime; elle s'y plonge; elle y dlecte tous ses organes des sens. Une Taupe meurt de faim au bout de trs-peu de temps, et il est remarquer que, dans le cas mme o sa faim est porte au plus haut degr, elle ne touche presque jamais aux matires vgtales qui se trouvent auprs d'elle; qu'au contraire, si un animal se rencontre sa porte, elle s'lance sur lui l'improviste, lui ouvre le ventre et le dvore presque tout entier en peu de temps. Les Crapauds sont peu prs les seuls animaux qui lui rpugnent; elle dvore avec avidit les Oiseaux. Si mme l'on place dans un lieu ferm deux Taupes de mme sexe, la plus faible est bientt dvore, et on ne retrouve plus d'elle que sa peau et ses os. Aprs avoir assouvi sa faim, la Taupe est tourmente par une soif ardente, tellement que, si on la saisit parla peau du cou, et qu'on l'approche d'un vase plein d'eau, on la voit, dit-on, boire avec avidit, malgr la gne d'une telle position. La plupart des faits que nous venons de rapporter, et qui sont indiqus par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire dans le Die- l'ionnaire classique ci llisloirc nainrclle, sont dus M. Flourens. Mais nous ajouterons qu'ordinaire- ment les Taupes trouvent assez de larves, d'Insectes parfaits et de Vers sans avoir recours une autre nourriture. A. G. Desmarest {Dict. des Se. nat., t. LU) a donn de nombreux dtails sur les galeries creuses par les Taupes, ainsi que sur les moyens employs pour dtruire ces animaux, et nous croyons utile de les transcrire. Les Taupes vivent isolment chacune dans son systme de galeries particulires et elles ne viennent gure au jour que lorsqu'elles veulent changer de canton pour trouver un terrain plus riche en nourriture, ou l'poque de l'amour, pour le rapprochement des sexes. Les mles, plus robustes et plus gros que les femelles, creusent des souterrains moins tortueux, et leurs taupinires sont plus nombreuses et plus rapproches les unes des autres que celles qui appartiennent aux tra- vaux des femelles. Les jeunes individus ne pratiquent que des boyaux tortueux et offrant de grandes distances des taupinires d'un petit volume. Selon les saisons, les galeries sont plus ou moins profondes, parce que la temprature qui rsulte de ces saisons a une influence sur les Insectes et les Vers, en les faisant Renfoncer plus ou moins dans le sol; les Taupes doivent naturellement les suivre. Selon la nature du sol elles sont aussi plus ou moins superficielles; ainsi, quand le terrain est sablonneux, les racines sont peu profondes et les Insectes s'enfoncent peu; alor-s-^les galeries des Taupes rasent pour ainsi dire la surface du terrain et font elles-mmes une saillie en dessus; au contraire, quand le terrain est la fois gras et lger, ces travaux sont profonds et pousss avec une activit telle, qu'ils occupent un dveloppement quadruple au moins des premiers. Une Taupe creuse horizontalement partir d'un point central, et elle ouvre plusieurs galeries dans des directions diffrentes, lesquelles se rejoignent entre elles par des boyaux de communication. Les taupinires qu'elle forme de distance en distance ont pour objet de rejeter en dehors la terre fouille et qui obstruerait le passage; c'est l'aide de sa tte qu'elle soulve cette terre pour former le soupirail par lequel elle rejette ensuite tous les autres dbris dont elle veut se dbarrasser. Pour tablir son domicile, elle choisit ordinairement un terrain meuble et fertile, et s'loigne galement des endroits pierreux et rocailleux et des lieux marcageux ou seulement trs-humides. Dans sa demeure, le point o elle se lient le plus souvent est toujours le plus lev et le plus sec. Jamais ses galeries ne sont en communication directe avec l'air extrieur. Elle se livre ses travaux de mineur principalement vers le lever et le coucher du soleil, et aussi vers midi. En hiver elle est beaucoup moins active qu'en t, mais elle ne tombe point dans un tat de torpeur comme divers Insectivores et Ron- geurs. On fait une chasse active aux Taupes, soit en les poursuivant avec la bche ou la houe, et en les enlevant avec ces instruments une fois qu'on a reconnu le lieu o elles travaillent, soit en cherchant inonder leur demeure, soit enfin en plaant des piges dans les galeries qu'on a interrompues. Le pige le pbis usit et le plus anciennement imagin est la taupire de Delafa'ille. Il consiste en un cylindre de bois creux,, long de O^.SS, dont le diamtre intrieur est gal celui des galeries ordinaires des Taupes. A chaque bout de ce cylindre est place en dedans une petite fourche en bois, suspendue suprieurement et d'une manire mobile par l'angle de runion de ses branches, de [>> I (lljifii iloiiue. l-'i;;. '2 GiiOpiir(' I IC, CARNASSIERS. H9 faon que celles-ci tombent obliquement la paroi infrieure du conduit; ces fourches sont situes en sens oppos, et leurs pointes se regardent. Ce pige tant plac dans une coupure que l'on fait la galerie la plus nouvellement creuse par la Taupe que l'on veut atteindre, sa cavit intrieure est comme la continuation de sa galerie. Or, si la Taupe veut la traverser, elle rencontre d'abord une des fourches, dont elle soulve facilement les branches; mais, lorsqu'elle a pass, celles-ci retombent et empchent son retour; de mme elle ne peut passer au del de la seconde fourche, qui s'oppose de la mme manire que la prcmire^ sa sortie, une fois qu'elle est entre les deux. Une petite tige mobile et termine par un peu de papier fait connatre par son mouvement que l'animal est pris, et alors on va relever le pige. Un autre pige, invent pariM. Lecourt, consiste en deux branches car- res et croises, runies par une tte ressort, la manire des pincettes ordinaires; la tte est en acier aplati; les branches sont en fer, leur extrmit est arme de deux crochets plies en contre- bas et angle droit, de cinq lignes; sa longueur totale est de 0'",22. Ce pige est tendu, les bran- ches ouvertes, dans le sens des galeries, et une dtente empche le rapprochement des branches; mais, si la Taupe touche cette dtente, elle se trouve immdiatement saisie par les deux branches, qui se rapprochent par l'effet du ressort. La meilleure manire de prendre un grand nombre de Taupes, celle employe le plus gnrale- ment par les taupiers, consiste plutt les guetter dans leurs travaux du matin, et, quand on en voit une pousser la terre, on coupe vivement avec une bche le boyau dans lequel elle se trouve, ainsi que derrire elle; alors on est sr de la saisir dans la taupinire qu'elle forme. Lorsque Ton a reconnu la position d'un nid de Taupe, l'poque des amours, plusieurs hommes arms de houes Qu de bches se placent autour de ce gte, et, un signal donn, coupent toutes les galeries qui sont en communication avec la chambre o se tient cet animal; ensuite on attaque cette chambre et l'on dtruit la Taupe et ses petits. Ajoutons que, loin de dtruire les Taupes, des agriculteurs de quelques pays en achtent souvent pour les mettre dans leurs vignobles quand les racines des vignes sont attaques par les Insectes, et qu'ils s'en sont toujours bien trouvs. Ainsi, les agricul- teurs tireraient peut-tre avantage de la propagation des Taupes, car elles leur seraient trs-utiles en dtruisant des animaux qui nuisent beaucoup plus qu'elles leurs cultures, et, comme l'a crit M. Pouchel, comme l'a dit de nouveau rcemment la Socit eulomologique de France M. Mocque- rys, les Taupe^, aprs avoir dtruit les Insectes nuisibles l'agriculture, ne tarderaient pas dispa- ratre d'elles mmes, au moins en grande partie, parce qu'elles ne trouveraient plus assouvir leur faim vorace. Le pelage de ces Insectivores, doux et iin, a t employ comme fourrure, mais rarement, parce qu'il est diflicile de trouver un nombre considrable de peaux qui prsentent exactement les mmes teintes. L'on en fit mme, dit-on, des couvertures de lit; mais l'immense quantit de peaux qu'il fallait pour cela, et surtout les frais de fabrication, qui l'emportait. sur leur produit, ont fait renon- cer depuis longtemps cette industrie. Sous Louis XY, quelques femmes de la cour s'imaginrent de faire servir cet animal leur toilette en alliant sa peau aux mouches et au fard dont elles se cou- vraient le visage, elles s'en firent des sourcils; mais cette mode absurde fut de courte dure. Quanta la chair des Taupes, elle a une mauvaise saveur, se corrompt promptement et n'est pas employe. Ainsi que nous l'avons dit, on ne connat que trois espces de Taupes aujourd'hui vivantes; mais l'tat fossile on en a trouv plusieurs espces dans des couches gologiques assez rcentes, et qui se rapportent exclusivement au terrain tertiaire. Le plus grand nombre des dbris fossiles que l'on a recueillis jusqu'ici doivent se rapporter notre espce vulgaire encore existante, et l'on en a constat la prsence dans un assez grand nombre de localits; c'est ainsi que M. Schmerling en a trouv dans plusieurs cavernes des environs de Lige; M. Schlotheim dans une caverne prs de Kos- trig; M. Richard Owen en Angleterre; De Blainville aux environs de Sansans (Aude) d'aprs M', l'abb Lartet, et en Auvergne d'aprs M. Bravard. De Blainville indique, mais avec doute comme en tant distincts, sous le nom de Taupe dents a'ujus, des dbris de mchoires dcouverts en Auvergne; mais il dcrit comme tout fait particulires les Talpa minuta et aniiqnana; la premire, recueillie Sansans par M. Lartet, et la seconde en Auvergne, et provenant de la collection de M. De Laizer. Les caractres ostologiques ou odontologiques qu'offrent ces fossiles permettent de les distinguer facilement les uns des autres et d'avec les espces rcentes. Parmi les espces vivantes, nous ne dcrirons que le type. 120 HISTOIRE NATURELLE. LA TAUPE. Buffnn. TALPA VULGAlilS. Brisson. Caractres spcifiques. Pelage doux, luisant et d'un noir cendr, qui prend diffrentes teintes lorsqu'on le voit sous divers aspects; c'est ainsi qu'il est cendr clair, quand on regarde l'animal de- puis ia tle jusqu' la queue et que les poils sont couchs en arrire; noir, mais non luisant, lors- qu'on le voit, au contraire, par derrire depuis la queue jusqu' ia tle; noirtre seulement sur la poi- trine et le ventre. Quand la Taupe sort de l'eau et qu'elle n'est plus que lgTement mouille, son pelage prsente quelques reflets mtalliques un peu analogues ce qu'on observe, un beaucoup plus fort degr, chez les Chrysochlores. Le menton et la poitrine sont d'un gris trs-lgrement glac de fauve. La longueur totale, mesure depuis le bout du nez jusqu' l'anus, est de 0'n,i5; la tte, depuis le boutoir jusqu'au centre des oreilles, 0^,004; la main, 0\015; le pied, O-^jOlS; le pouce, Les nuances du pelage que nous venons d'indiquer appartiennent la majorit des individus; toute- fois elles offrent assez souvent des variations qui ont t mentionnes par les auteurs. Ainsi Brisson, Klein et Seba ont dcrit une Taupe de l'Oslfrise sous les noms de Talpa variegata et macuUiia, dont le pelage est marqu de taches blanches et de taches d'un noir fonc; une seconde est la Taupe blanche (Talpa alba), Seba, que l'on trouve, quoique rarement, dans tous les pays, mais qui est plus commune en Pologne et dans le canton de Konsclnva, non loin des monts Durais; une troisime est la Taupe jaune {faipaflava), Pennant, dont le pelage est d'un gris jauntre ou couleur de paille plus ou moins nuanc de noirtre, symtriquement, dans diverses parties de son corps, et qui se rencontre en Au- nis, au bois de Vincennes, etc.; enfin une quatrime, dsigne par Lesson sous la dnomination de Talpa gr'isca, est d'un cendr clair uniforme, et provient, dit-on, de Rohme. Du reste, ces varits sont loin de devoir constituer des espces; on remarque galement des variations dans la taille de ces animaux, ce qui fait distinguer par les laupiers des grosses et des pelitcs Taupes. La Taupe est connue depuis la plus grande antiquit, et, ainsi que l'a dmontr Olivier, elle por- tait chez les Grecs le nom d'AoTrau^. Linn lui appliquait la dnomination de Talpa Europa, qui est assez gnralement adopte, quoique le nom de Talpa vulgaris de Brisson soit plutt admis par quelques zoologistes. La Taupe est rpandue dans toutes les contres fertiles de l'Europe, mais on n'en trouve pas, dit-on, en Irlande, et l'on en voit peu en Grce. M. Harlan assure que l'espce existe aussi dans l'Amrique septentrionale; mais ce fait est trs-loin d'tre dmontr; et Lesueur, l'un de nos plus zls zoologistes, qui a pendant prs de vingt ans sjourn dans le pays indiqu par M. Harlan, a plusieurs fois assur l'un de nous que, malgr ses recherches, il n'en avait jamais vu. C'est cette espce que l'on doit rapporter tous les dtails de murs que nous avons prcdem- ment donns. Les deux autres espces sont la Taupe aveugle, Talpa cca, Savi, qui est plus petite que la pr- cdente, puisque la longueur totale n'est que de 0"',12, laquelle elle ressemble beaucoup par sa forme et son pelage; son boutoir est plus aplati. M. Savi la disait tout fait aveugle; mais il est bien dmontr que cela n'est pas exact, car les paupires de cet animal ont encore une ouverture distincte, quoique beaucoup plus petite que dans la Taupe commune. Elle a t dcouverte dans les Apen- nins, mais, depuis, elle a t signale en Grce, Hambourg, en Suisse, dans le midi de la France, et Et. Geoffroy Saint-Ililaire croit mme que la varit de l'espce prcdente, indique sous le nom de Pelilc Taupe, pourrait bien lui tre rapporte. Enfin, la dernire espce, qui est trs-distincte, comme le dmontrent les diverses parties de son organisation et de son pelage, est particulire au Japon, et a reu de Siebold et de M. Temminck le nom de Talpa moogura. CARNASSIERS. 121 !2" GENRE. - SCALOPE. SCALOPS. G. Guvier, 1800.' Leons d'anatomie, t. I. ^ioXcTti;, Taupe. CARACTRES GNRIUUES. Sijsicnie dentaire : incisives, ;; canines, ; molaires, |^, ce qui donne, d'aprs Fr. Cnvier, un total de trente-six dents; les deux incisives suprieures sont trs-fortes, trs-larges, arrondies en devant, planes en arrire, perpendiculaires la mchoire, et tronques en biseau : infrieiire- ment, les deux incisives du milieu sont petites, tranchantes, et les latrales trs-longues, pointues, crochues, presque comme des canines; il n'y a pas de canines; les six premires molaires suprieures sont des fausses molaires : deux cglindriques, trs-petites, minces comme des fils; une troisime beaucoup plus grande, cylindrique, pointue; une quatrime plus petite, mais de mme forme; une cinquime pyramidale, tronque obliquement au sommet, et une sixime du double plus grande que la prcdente, de mme forme : les trois vraies molaires ont plus de largeur que les autres, et leurs couronnes sont garnies de tubercules pointus, forts, et munies d'un talon intrieur, petit; les molaires infrieures comprennent trois fausses molaires h une seule pointe, qui sont couches en avant, et trois vraies molaires composes comme celles des Chauves-Souris. Museau trs prolong, cartilagineux, termin par un boutoir. Yeux trs-petits, cachs par des poils. Pas d'oreille externe. Pieds trs-courts, cinq doigts : les antrieurs trs-larges, ayant les doigts runis jusqu' la dernire phalange; les ongles longs, aplatis, linaires, propres creuser la terre, croissant depuis le pouce jusqu'au troisime doigt y compris, les deux autres diminuant, et l'externe tant le plus petit de tous : pieds postrieurs trs-petits, trs-grles, h doigts pourvus de petits ongles crochus, arqus. Queue courte. Le genre Scalope, .form par G. Cuvier avee une espce place par Pennanl dans le genre Taupe, et par Linn dans celui des Musaraignes, a beaucoup de rapport avec les animaux de ces deux groupes, et surtout avec ceux du premier; mais il en diffre principalement par son systme den- taire et par la disposition de quelques-uns de ses organes des sens. Le corps est de forme allonge, cylindrique, musculeux dans toutes ses parties antrieures, qui concourent aux mouvements des pattes de devant, et ceux qui ont pour but de relever la tte. Celle-ci est dans la proportion de la tle de la Taupe, relativement au volume du corps, et est supporte par un cou trs-court, trs-musculeux. Le museau est encore plus allong que celui des Musaraignes, garni de plusieurs ranges de pores, termin par un boutoir, et non flexible et mobile comme celui du Desman. La gueule est assez fendue. Les membres sont trs-courts, pentadactyles, et ceux de derrire parais- sent faibles et dbiles, comparativement ceux de devant, qui sont exactement semblables ceux de la Taupe, c'est--dire termins par une large main nue et calleuse, dont tous les doigts, souds intimement les uns aux autres, sont arm ''S d'ongles forts, crocbus, et formant, par leur runion, une lance coupante, une sorte de bche, pour entamer et creuser la terre. Les membres postrieurs sont plantigrades, allongs, talon bien marqu, doigts grles, bien spars, et garnis d'ongles minces, arqus. Le pelage est trs-fin, perpendiculaire la peau, comme celui de la Taupe; mais il est moins doux au toucher, et son aspect est moins velout. Le squelette de ces animaux, tudi par M. De Blainville, prsente quelques particularits no- ter. La mchoire infrieure a plus de force et plus de courbure dans sa branche horizontale que celle de la Taupe. La colonne vertbrale n'offre rien de particulier, si ce n'est que les vertbres sacre et coccygienne sont trs-comprimes. L'omoplate a ses fosses canalicules. La clavicule n'a pas l'apophyse du bord infrieur dispose comme dans la Taupe, et son trou vasculaire est plus 12 16 122 HISTOIRE NATURELLE. rorisidrabie. L'humrus est un peu plus carr. Les membres postrieurs sont plus grles, et pro- portionnellement plus faibles. De Blainville a donn galement des dtails sur le systme dentaire, et, pour lui, la signification des dents n'est pas la mme que pour Fr. Cuvier. Ce systme dentaire est anomal de forme, de pro- portions, et mme de nombre, du moins la mchoire infrieure, et cette anomalie porte surtout sur les parties antrieures. Les murs des Scalopes sont analogues celles des Taupes, seulement, de mme que quelques Musaraignes, ces animaux recherchent les terrains humides, tels que les bords des rivires et des ruisseaux. Us se creusent des galeries dans le sol. Leur nourriture consiste en Insectes et en Vers. Us sont propres l'Amrique septentrionale. On n'en connat qu'une seule espce. SCALOPE DU CANADA. SCALOPS CANADENSIS. G. Cuvier. Caractres spcifiques. Pelage d'un gris fauve, tant en dessus qu'en dessous du corps : chaque poil tant d'un gris de souris la base, et presque fauve la pointe. La longueur, pour la tte et le corps, est de prs de O^.SO, et celle de la queue n'a pas 0',03. Cette espce tait nomme, par Linn, Sorex aquaticus; parPennant, Tnipa fusca; par Brisson, Talpa Virginiana; c'est aussi une varit de la mme espce, le Scalops Pennsiilvanka, Ilarlan, que Lesson {Manuel de Mammaloge, 1827) avait prise pour type de son genre Talpasorcx {Talpa, Taupe; Sorex, Musaraigne), genre qui, ds lors, doit tre ray de la nomenclature, et qui tait ca- ractris par des particularits odontologiques qui ne sont pas exactes. Le Scalope habite les tats-Unis d'Amrique, depuis le Canada jusqu'en Virginie. Le Scalopus cristalus d'Et. Geoffroy Saint-Hilaire est devenu le type du genre qui suit. 3"* GENRE. - CONDYLURE. CONDYLURUS. lUiger, 18H. Prodroma syslcnialica Mammalium et Avium. Kov^uXo, nud ; oupa, queue. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire d'aprs Fr. Cuvier : incisives, |; canines, \^^^, molaires, ^j ce qui, en tota- lit, donne quarante dents : les deux incisives suprieures sont arrondies leur bord externe, tandis que l'interne est droit; elles sont convexes en avant, et concaves en arrire : les infrieures sont fortement diriges en avant; les canines suprieiires sont longues, pointues, et un peu en cro- chet^ et les infrieures trs-peliles; des molaires d'en haut, quatre sont trs-pclites, distantes : la cinquime est triangulaire; les trois vraies nioUmrs sont hrisses de pointes, et vont en diminuant de grandeur de la premire la dernire : celles d'en bas sont normales, plus grosses (jue les sup- rieures; les vraies molaires sont d'gale grosseur entre elles. Museau trs-prolong, quelquefois garni de crtes membraneuses disposes en toile autour des ouvertures des narines. Pas d'oreilles externes. leux extrmement petits; mais les parties qui l'environnent dpourvues de poils. Lvres spares des parties environnantes par un sillon qui semble former les contours d'autres lvres, et paraissent tre doubles. Pieds antrieurs courts, larges; ci cinq doigts munis d'ongles robustes et propres fouiller la terre; pieds de derrire grles, cinq doigts. CARNASSIERS. 125 Queue de longueur mdiocre. Corps trapu, couvert de poils trs-fins, doux, courts, d'une couleur uniforme, et perpendiculaires la peau. \ \ Fig. 40. Condylure museau toile. Ce genre, cr par Illiger, et qui a t runi celui des Talpa par G. Cuvier, doit en tre distin- gu. Il renferme quatre espces : l'une d'elle appartenait au genre Sorcx de Linn; une seconde son genre Taupe; une troisime a servi de type pour la cration du genre Astronujclcr (acr/ip, toile; piciep, museau) de M. Harris (1826, Boston Journal, t. II), qui n'a pas t adopt par la plupart des zoologistes; enfin, une dernire a t plus rcemment dcouverte. Les Condylures ont tout l'ait le port et l'aspect des Taupes; leurs membres ont la mme con- formation que ceux de ces animaux. Leur tte a les mmes proportions, mais le museau est termin par des appendices charnus qui forment comme une espce de couronne autour des narines. Les yeux sont cachs par des poils, et il n'y a pas plus que dans les Talpa de conques auditives. La queue est plus longue que celle des Taupes, mais elle est galement revtue par une peau ride transversalement, sur laquelle les poils sont rares; le nom gnrique qu'Illiger leur a assign semble indiquer que cette queue a des nodosits remarquables, ce qui n'est cependant vrai que dans les individus desschs, et non dans ceux qui sont vivants ou conservs dans l'alcool. Le systme dentaire des Condylures, ou plutt celui d'une espce de ce genre, le Condyluracristata, a t tudi par plusieurs naturalistes, et particulirement par A. G. Desmarest {Journal de Physi- que, 1819); par Fr. Cuvier {Denis des Mammifres, 1825), et par De Blainville {Ostographie des In- sectivores, 1841), et ces trois auteurs sont loin d'tre d'accord. Nous avons donn notre caractristique des dents d'aprs Fr. Cuvier, et nous nous bornerons ajouter qu'A. G. Desmarest admet la formule dentaire : incisives, |; dents coniques ou fausses molaires, |^; et vraies molaires, |^, et que De Blainville dit qu'il y a, chaque mikhoire, et de chaque ct, quatre incisives, une canine, trois avant-molaires et trois molaires, et que ces dents ressemblent celles des Taupes, avec quelques diffrences de forme et de proportion. Le squelette ressemble celui des Talpa, mais il montre une dgradation bien plus marque vers les Musaraignes que cela n'avait lieu dans les Scalopes. La tte est allonge, troite, peu dilate dans sa partie crnienne, et les mchoires, surtout celle d'en bas, sont longues, trs-grles; le crne est entirement lisse, il n'y a pas d'orbite distinct, et l'arcade zygomatique est trs-mince. Les vertbres coccygiennes sont plus nombreuses que dans la Taupe, plus longues, plus rgulire- ment dcroissantes, avec les os en V infrieurs plus nombreux et plus prononcs. Les ctes sont plus grles. La diminution dans la disposition la locomotion souterraine se montre surtout dans les membres antrieurs, qui sont plus longs et moins larges : les membres postrieurs sont plus allon- gs, plus levs et proportionnellement plus forts que chez les Taupes, et le bassin est plus court, mais sa forme gnrale est la mme, si ce n'est dans celle de l'extrmit postrieure du pubis, plus en crochet, et ces diverses particularits tendent prsenter dj, en partie au moins, ce qui doit avoir lieu dans les Musaraignes. iU HISTOIRE NATURELLE. Fr. Cuvier dit que les organes gnitaux ne sont pas contenus dans une poche, et que l'urtre est indpendant du vagin; son canal a son orifice l'extrmit du clitoris. Les animaux de ce genre n'ont encore t observs que dans l'Amrique du Nord, o ils vivent absolument la manire des Taupes. Toutefois, ils ont une vie un peu moins souterraine, et Ton en trouve quelquefois sur le sol. Les espces qu'on place dans ce genre sont les suivantes. 1 CONDYLUI A MUSEAU TOILI'. CONDYLURA CRISTATA [SOREXi Linn. Caracthes spcifiques. Narines entoures d'un cercle de lanires membraneuses, disposes en toile; queue moins longue que la moiti du corps; pelage court, trs-doux, un peu moins fin et moins fourni que celui de la Taupe d'Europe; mais absolument du mme gris noirtre velout. Lon- gueur de la tte et du corps : 0"',12; celle de la queue : 0'",05. Cette espce habite le Canada, et a pour cela reu de Lafaille la dnomination de Taipa Ca- nadensis, et de Buffon, celle de Taupe du Canada. De Lafaille assure que cet animal peut vo- lont carter ou rapprocher les franges cartilagineuses roses qui terminent son nez, la manire du calice des fleurs, en enveloppant et renfermant les conduits nasaux auxquels elles servent d'abri. On ne connat pas bien les murs de cet Insectivore; cependant, on sait qu'il vit sous terre comme notre Taupe, qu'il se creuse des terriers dans les terrains lgers, et qu'il pousse la terre en dehors en tau- pinires moins grosses et moins leves. De ce dernier fait, et des appendices assez fragiles de son nez, on a conclu qu'il ne devait pas fouiller la terre avec son museau; mais, ainsi que le remarque JI. Boitard, cela doit tre une erreur, car, sans cela, comment repousserait-il la terre de son boyau la surface du sol? Comment creuserait-il chaque jour de nouvelles galeries pour trouver sa nourri- ture, qui doit consister en Vers, en larves, en Insectes, et peut-lre aussi en bulbes et petites racines charnues? 2. GONDYLURE A POIL VERT. COADYLURA PRASINA. Hanis. Cabacthes spcifiques. Pelage trs-fin, de couleur verte, avec une teinte gristre vers l'extr- mit de la queue : celle-ci est trs-mince, et trangle son origine, ensuite largie, et amincie gra- duellement vers son extrmit; sa surface n'a ni rides, ni sillons transversaux, et les poils qu'elle porte ne sont pas rangs en verticilles; forme gnrale du Condylure museau toile. Longueur de la tte et du corps : 0"',12; de la queue : 0'",04. Cette espce, dont M. Ilarris a fait le type de son genre Astromijcter , a t prise aux tat-Unis, dans le district du Maine. Les deux autres espces sont : le Condyluhe a ghosse queue [Condijlura macroura), Harlan, remar- quable par une queue grosse et aussi longue que le corps, et qui habite la Colombie, et le Con- dylure A LONGUE QUEDE [CoiidijUira longicandata), Illiger, espce douteuse, particulire la baie d'Iliidson. et qui serait caractrise par son pelage d'un brun ferrugineux, et sa queue plus allonge proportionnellement que dans les autres espces. CARNASSIERS. 125 4"^ GENRE. - UROTRIQUI::. UROTIUCIWS. Temminck, 1842. In Magasin df Zoologie di; Curin-Mncville. Oupa, queue, fi', Tff/.o;, [loil. CARACTRES GNRIQUES. Systme (Iciilairc : incisives, |; canines, l_l; molaires, !Z^; en totalit trente-six dents; les inc sives suprieures sont grandes, droites, triangulaires, trs-fortes, formes exactement comme cdes du Desman des Pyrnes; les infrieures sont droites, coniques, un peu courbes et talon plus large; les canines sont longues, coniques, aboutissant vers la moiti de la longueur des incisives; parmi les ynolaires suprieures on compte quatre petites fausses molaires : la premire, accole la canine, est trs-petite, les trois autres augmentent graduellement en volume jusqu'aux vraies mo- laires, qui sont au nombre de qua-re et hrisses de pointes; infrieurement il y a trois petites fausses molaires gales en volume et une quatrime du double plus forte, conique, talon, et trois vraies molaires hrisses de pointes. (Temminck.) Tl longue, pointue. Trompe dpassant les incisives suprieures. Oreilles et yeux cachs sous la peau. Pieds de devant fouisseurs, peu prs conforms comme ceux des Taupes; pieds de derrire re- prsentant ceux des Musaraignes. Queue assez longue, grosse, cailleuse, abondamment garnie de longues soies qui forment un pinceau vers le bout. Fig. 41. Urolrique talpode. Le genre Urotrique prsente des caractres communs aux Taupes et aux Musaraignes, et vient tablir la liaison entre les Talpids et les Soricids. M. Temminck indique les particularits ostologiques suivantes : L'omoplate est, comme dans la Taupe, remarquable par sa longueur et par son troitesse, mais plus dilate son extrmit. Les clavicules, quoique robustes, ressemblent celles des Desmans; elles sont courtes, fortes, grosses. L'humrus, quoique court et robuste, n'a pas, comme dans la Taupe, cette forme particulire d'un os carr, plat et large, il est plat et allong. L'avant-bras ressemble plus celui de la Taupe, cepen- dant il est plus large et plus grle; le radius y est en rapport normal avec le cubitus : ces deux os sont tellement accols l'un sur l'autre, qu'ils semblent former une seule et mme pice; le cubitus tant plat et large, tandis que le radius est grle comme dans les Musaraignes-, mais l'olcrane, quoique moins lev que chez la Taupe, est termin en fer de hache transverse. La main est raccourcie par le peu de longueur des mtacarpiens, et manque de l'os additionnel interne en forme de croissant, qui existe dans la Taupe. Les ongles, plus grles que ceux des autres Insectivores, sont galement plus comprims. Le bassin ne diffre pas de celui de la Taupe Le fmur est court et le tibia 126 histoire: naturelle. proportionnellement beaucoup plus long que chez les Talpa; l'un et l'autre ont la mme forme que dans les Musaraignes. Le pied est petit, long, plantigrade et pourvu, au ct interne, d'un trs-petit rudiment reprsentant l'os particulier, bien plus long chez la Taupe, et qui parat former sous la peau un sixime doigt. )> Les habitudes de 1 Urotrique ressemblent plus celles des Taupes qu' celles des Desmans et des Musaraignes; il fouit la terre et se creuse des conduits souterrains assez semblables ceux des Taupes, mais moins visibles en ce qu'ils sont plus profondment placs dans l'intrieur du sol, et qu'ils ne prsentent pas de buttes la surface de la terre. On ne le voit jamais dans les plaines, s- jour ordinaire des Taupes; il tablit toujours sa demeure dans les contres couvertes de hautes mon- tagnes, une lvation de trois quatre cents mtres au-dessus du niveau de la mer, et c'est dans ces localits seulement qu'on peut esprer de trouver des individus morts sur le sol; c'est du moins dans cet tat qu'ont t recueillis tous les sujets rapports par les voyageurs. On ne connat qu'une seule espce de ce genre; elle habite le Japon, particulirement dans les rgions mridionales et orientales. UROTRIQUE TALPOIDE. UnOTRICUUS TALPOIDES. Temminck. Caractres spcifiques. Pelage serr, abondant, velout, lustr, d'une teinte gnrale brun- marron trs-fonc, avec la base des poils noirtre; parties infrieures un peu plus claires. Longueur, depuis le bout de la trompe jusqu' l'origine de la queue, 0'",12; de la queue, 0"',03. Ojiuxienu (j)widion. CHRYSOCHLORIENS. CHRYSOCHLORII. Isidore Geoffroy Saint-Hilaiie. Membres antrieurs trois doigts en forme de pioche. Cette division, qui rpond la deuxime tribu de la famille des Talpids de M, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, ne renferme qu'un seul genre, celui des Chrijsochlores, propre au cap de Bonne- Esprance. GENRE UNIQUE - CHRYSOCIILORE. CHRYSOCHLORIS. G. Cuvier. 1800. Leons d'anatomif, t. I. Xp'joo?, d'or; xXpo;, couleur veile. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire: incisives, ;; canines, {}; molaires, ^zh en totalit quarante dents; les inci- sives suprieures fortes, aigus : les infrieures latrales semblables, avec deux trcs-petitcs dents intermdiaires; molaires suprieures comprenant six fausses molaires, petites, cl cinq vraies mo- laires cartes les unes des autres, triangulaires, avec un tubercule aigu chaque angle, et un quatrime la base de l'angle interne, qui est le plus prononc, et la dernire ne prsentant qu'une lame mince, lgrement chancre; molaires infrieures plus minces que celles d'en haut, mais ga- lement espaces, et pntrant entre ces dernires lorsque la bouche est ferme. CARNASSIERS. 127 Museau peu prolong, carllacj'menx, comme tronqu an bout, nu. et de couleur de chair. Narines environnes de lames valvulaires. Yeux irs-pclits. Point de conque externe de l'oreille. Lvres entires. Langue douce. Pieds de devant trois doigts, arms d'ongles robustes et en gouttire, comme ceux de la Taupe: pieds de derrire assez faibles, quatre ou cinq doigts arms d'ongles peu robustes, et dont l'ext- rieur est le plus court. Corps pais, trapu. Queue nulle. Pelage trs-court, doux, perpendiculaire la peau. Deux mamelles inguinales. Fig. 42 Glirysochloi'i: du Cap. Ce genre a t fond par G. Cuvier, quoiqu'on l'attribue gnralement De Lacpde, pour une espce d'Insectivores, vulgairement connue sous la dnomination de Taupe dore, et que Linn rangeait dans le genre Talpa sous le nom de T. Asiatica. De Blainville, dans son Ostograpliie des Insectivores, a tudi le squelette du Clirysoclilore. La colonne vertbrale, compose de quarante-deux vertbres, est, en totalit, plus allonge et plus cy- lindroide que celle des Taupes. La tte est, dans sa forme gnrale, beaucoup plus courte; la m- choire infrieure est trs-courte et trs-forte dans sa branche horizontale; le rocher est trs-grand. Les vertbres cervicales sont assez courtes; cependant, l'atlas est un peu vas, et l'axis a un corps trs-long. Le sacrum est encore plus troit et plus en crte que celui de la Taupe. Les vertbres coc- cygiennes dcroissent trs-rapidement. Il y a dix-neuf ctes, qui sont fortes et larges. L'hyode n'of- fre rien de particulier. Le sternum est allong, troit, cornes nombreuses. Le thorax, en totalit, est beaucoup plus long, plus conique et un peu moins dprim, que dans la Taupe. Les membres antrieurs en diffrent beaucoup. L'omoplate est large, arque en cercle; sa crte, qui ne commence qu' la moiti de l'os, est remarquable par lar disposition qu'elle prsente. La clavicule est longue, troite, et a une seule courbure. L'humrus est en forme de croissant; la concavit en dedans; l'extr- mit suprieure offre une tte articulaire, comprime comme dans les Oiseaux. La main est tout fait anomale, et rappelle un peu ce quiexiste dans certains Edents, en ce qu'un seul doigt s'est dvelopp outre mesure; les autres ne servant qu' le renforcer, ce qui fait qu'on ne peut que diffi- cilement constater la prsence des autres doigls. Les membres postrieurs rentrent bien davantage dans le type des Taupes; seulement, chaque moiti de la ceinture pelvienne est encore plus ind- pendante de celle du ct oppos, ces deux parties s'cartant fortement en arrire. Les pieds sont un peu plus robustes que dans la Taupe; les doigls extrmes sont proportionnellement plus courts, et surtout il n'y a pas de faux doigt interne. D'aprs les dtails dans lesquels nous venons d'entrer, on voit combien les Chrysochlores sont 128 HISTOIRE NATlTiELI-E. distincls des Taupes sous le point de vue de leur charpente osseuse; il en est de mme dans la dis- position des extrmits des membres. Il n'y a que trois doigts aux pieds de devant : l'ongle externe est triple en longueur du doigt suivant, et lintecne est le plus petit; en outre, il y a un petit ergot corn sessile sur le carpe : les membres postrieurs, d'aprs la plupart des auteurs, prsenteraient cinq doigts comme la Taupe; toutefois. De Blainville n"en indique que quatre. Mais si ces deux ani- maux dikrent ainsi, ils ont aussi de nombreux rapports; c'est ainsi que leur forme gnrale est peu prs la mme, cl qu'ils ont des murs semblables. Aussi, de mme que la Taupe, le Chrysochlore se creuse des galeries sous la surface du sol, et il parat mme qu'elles sont plus profondment si- tues pour rinsectivore tranger que pour celui de notre pays. Les trois espces que l'on range dans ce genre sont toutes propres au cap de Bonne-Esprance. CIIRYSOCHLORE DU CAP. (HRYSOCHLORIS CAPENSIS. A. G. Desmarcsl. Caractres spkcifiques. Corps couvert en entier de poils, dont la base est brune, et l'extr- mit d'un vert brillant qui produit les plus beaux reflets mtalliques et cuivreux trs-brillants, sur- tout lorsque l'animal est en entier plong dans un liquide transparent. Un peu plus petite que la Taupe d'Europe; sa longueur totale est d'environ 0,13. Celte espce porte dans Buffon le nom de Taupe dore, qu'elle a vulgairement reu; Brisson en fait sa Talpa Sibirica aurala, et Linn sa Talpci Asialka. C'est par erreur que, d'aprs une fausse indication donne par Seba, on a indiqu la Sibrie comme tant la patrie de cette espce; elle est, au contraire, africaine, et on n'en trouve que dans les environs du cap de Bonne-Esprance, o elle est, dit-on, trs-commune. Deux autres espces du genre Chrysochlore, toutes deux propres au mme pays que la prcdente, ont t indiques rcemment : ce sont les CImjsochloris Hotlenlota, H. Smith, et Damarensis. Ogilby. Quant la Taipa riihra d'Erxleben, que l'on croit de la Guyane, et que l'on a quelquefois range dans le genre qui nous occupe, on sait positivement qu'elle ne doit pas y entrer, et on la regarde comme une simple varit du Sculops Cunacknsis. DEUXIEME TRIBU. SORICIDS. SOmClDJE. s. Geoffroy Saint-Hilaire. Plantes des pieds et des ma'ms nues. Corps couvert de poils. Yeux trcs-pclhs, mais bien distincts h l'extrieur. ' Pattes antrieures tablies sur le mme tijpe que les postrieures. Celle tribu, qui correspond la famille d'Insectivores de M. Isidore Geoffroy Saint-IIilaire qui porte le mme nom, comprend ini assez grand nombre d'espces rparties sur toutes les parties du globe, et qui sont gnralement de petite taille. Deux genres principaux, ceux des Desnians et es Musaraignes, forment cette tribu; l'on a cr leurs dpens un assez grand nombre de coupes gnriques que nous n'adopterons pas, afin de ne pas compliquer encore un sujet dj difficile par lui-mme, mais que nous aurons soin cependant d'indiquer. Quant au genre Urolrique de M. Temminck, que M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire place avec les Soricids, nous avons cru, par l'ensemble de ses caractres, devoir le comprendre avec les CARNASSIERS. 129 Talpids; cela, au reslo, est peu important, car, ce genre tablissant le passage entre ces deux tri- bus, il tait indiffrent de le ranger vers la fin de Tune ou au commencement de l'autre. i'^' GENRE, - DESMAN. MYGALE. G. Cuvier, 1808. Leons (ranatomie, t. 1. Mu;, Rat; ^aXv), Belelte. CARACTRES GNRIQUES. Sysime denlahe : incisives, f; canines, j^J; molaires, l^, d'aprcs El. Geoffroij, pour le Der man des Piirnces, tandis que Pallas, pour le Desman de Moscovie, indique : incisives, ;; dnis co niques, f^l; molaires, |;e|, en tolalilc quarante-quatre dents. Les incisives suprieures interm- diaires sont triancjidaires , 1res fortes, aplaties; tes infrieures petites, fjales entre elles; canines inoijennes, coniques, non distinctes par la forme des incisives latrales et des premires molaires; les quatre dernires molaires en liant et les trois dernires en bas de chaque cl, couronne large, fjarnie de tubercules aif/ns. Tte moyenne. Gteule assez ouverte. Narines places l'extrmit d'un long prolongement, en forme de trompe trs mobile dans tous les sens et doue d'une grande sensibilit. Pas d'oreilles externes. Yeux trs-peiits Membres courts : les cinq doigts de chacun, surioul ceux des postrieurs, runis par une mem- brane. 3!ains et pieds nus. Ongles longs, arqus. Queue comprime latralement, ccailleuse, ce qui la transforme en une sorte de rame. Corps allong, couvert de poils assez doux. Fi. 43. Desman do Moscovie. Ce genre a t fond par G. Cuvier pour une espce, le Mggale mosctiata, place par Linn et Pallas dans le genre Musaraigne, et avait reu prcdemment, en 1803, de Lacpde ( TaW. du Rgne ani- mal), le nom gnrique de Desman, tir de la dnomination de l'espce avec laquelle on le formait, tan- dis que Vhcv {Siistema Mammalium, 1829) lui a appliqu le nom de Mgogalea (..u:, Rat; faXv;, Be- lette), et Wagler {Naiurliclies Siislem der Ampliibia, 1 850) celle de Caprios (Ka^ptc, Sanglier). Depuis, une seconde espce, le Sorex Pijrenaicus , Et. Geoffroy, ayant t dcouverte, a servi galement de A- I'' i:,o riFSTOinE naturelle. ivpe n un Q;enve. nouveau que M. Isidore Geoffroy Sainl-llilaire nomme Mijgniina (diminutif do M//- (inle), et M. Kaup (Eni. G. Etiropas, 1. 1, 18'29) Galcmys {-^^.Xr^ Belette; y.\,:, Rat), et qui ne diffre du i^enre des Dcsmaiis proprement dits que par sa queue moins comprime, ainsi que par quelques particularits de son systme dentaire. Les caractres des Mygales et des Mygalines ne nous ayant pas paru trs-importants, nous avons laiss runis dans un seul groupe les deux animaux qui leur servent de types. Les Desmans, dont la taille gale environ deux fois celle du Rat d'eau, se tiennent sur le bord des ruisseaux et des rivires, o ils se creusent des galeries souterraines dont Touverture est sous l'eau, et dont une portion est assez leve pour n'tre jamais submerge; ces galeries sont trs-longues, car elles ont de douze quinze mtres, ils nagent trs-facilement; les pieds de derrire sont palms, et leur queue, plus ou moins comprime, leur sert comme de rames. Ils restent souvent plongs dans l'eau, en faisant seulement sortir au dehors l'extrmit de leur trompe pour respirer. Ils se nourrissent d'Insectes, de Vers et surtout de Sangsues, et aussi, dit-on, des racines de Nijmplia. Ils ne se montrent jamais sur la terre ferme, et vivent isols ou seulement par couples. Leur corps est assez allong, couvert de poils trs-doux, les uns soyeux, plus ou moins iriss, les autres, au contraire, duveteux et formant une sorte de bourre. Les conques auditives n'existent pas. Les pattes pentadactyles sont armes d'ongles robustes, les antrieures propres fouiller, les post- rieures disposes pour la natation. Ils rpandent en tout temps une trs-forte odeur de musc, qui se communique aux poissons qui mangent leur chair. La liqueur qui produit cette odeur est scrte par une double range dcryptes glanduleux de la grosseur d'un petit pois, au nombre de quatorze ou quinze de chaque ct, placs sous la base de la queue. Ils n'prouvent pas d'engourdissement hibei'nal, mais ils se trouvent parfois prisonniers sous la glace. Le squelette de ces animaux prsente quelques particularits, qui toutes pourraient les faire rap- procher de la division des Talpids plutt que de celle des Soricids, avec lesquels toutefois ils ont un assez grand nombre d'autres points de rapport. L'ensemble du squelette ressemble celui des Musaraignes, mais la tte rappelle tout fait celle des Condylures, le crne tant large, dprim, tout fait lisse, et l'arcade zygomatique tant complte et hliforme comme dans les Taupes. Les ver- tbres cervicales sont courtes, en forme d'anneaux, sans apophyses pineuses; il n'y a que treize ver- tbres dorsales; les six vertbres lombaires sont hrisses des trois sortes d'apophyses; les vert- bres sacres sont au nombre de cinq; enfin, et cela doit tre not, on compte vingt vertbres coc- cygiennes canneles par des sillons longitudinaux, sans trace d'apophyse, dcroissant peu peu de longueur et de diamtre, de manire constituer une queue conique, trs-pointue. Le sternum est court. Le thorax, galement court, est brivement conique, dilat fortement en arrire, largi sur les cts et dprim comme dans les Taupes. Les membres antrieurs participent de ceux des animaux de ce dernier genre et de ceux des Sorex; l'omoplate est longue, troite; la clavicule droite, courte; l'humrus peu dvelopp, robuste; les deux os de l'avant-bras et mme ceux de la main rappellent les parties analogues chez les Musaraignes. Aux membres postrieurs, le bassin est plus court dans sa partie antrieure que dans la postrieure; le fmur est peu allong, dilat, aplati ses extrmits; la jambe est plus allonge et plus grle que celle des Sorcx; mais le pied est beaucoup plus long que dans ce genre, principalement par le grand allongement des mtatar.siens. D'aprs ce., parli- cularils, que nous avons empruntes De Rlainville, on voit que les Desmans servent d'une ma- nire parfaite tablir le passage des Taupes aux Musaraignes. Les deux espces de ce genre sont : 1. UESMAN DE MOSCOVIE. MYGALE MOSCOVITICA. El. GeollVoy Saiiit-Hilairc. CAr.ACTREs SPCIFIQUES. Pelage trs-beau et trs-luisani, form de deux sortes de poils, comme celui des Castors, d'un brun plus ple en dessus et plus fonc sur les flancs; ventre d'un blanc ar- gent; (|uelqucs parties blanches sur la face; queue plus courte que le corps, caillcuse, presque nue, trangle la base, cylindrique et renfle vers le milieu, trs-comprime verticalement son extrmit. Longueur de la tte et du corps, 0"',2r); de la queue, 0"',1*J. s Fif. 1 Grabicr. Fijf. 2. Genelte fossane ri. ] CAP.NASSIKP.S. 17)1 Biiffon avait parl fort peu du Dcsnian de Russie; cependant celte espcc avait dj t signale par Aldrovande, Clusius, Gharlelon, Klein et Linn, et ce dernier la nommait Sorex moscliala; mais elle ne l'ut bien connue qu'aprs la description qu'en fit Pallas, qui la dsignait sous le nom de 3lij(jalc mosch'ifcrus, et depuis lors elle a t tudie de nouveau par Klienne Geoffroy Saint-ililaire et par M. Brandt Cette espce habite la Paissie mridionale; elle est surtout irs-commui aux environs de Woro- nech, oii les pcheurs la prennent parfois dans leurs filets. Les dtails de murs (jue nous avons dj donns se rapportent spcialement elle, car on sait peu de chose sur les habitudes de la se- conde espce. 2 DKSMAN DES l'YRNES. MYGALE PYREKAICA. Et. Gcollroy Siiinl-Hilairc. C.\n.\cTUEs si'ciFiQUi-s. Pelage compos de longues soies et de feutre; tout le dessus du corps tant d'un brun marron, les flancs gris-bruns et le ventre gris argent; point tie parties blanches sur la face; queue plus longue que le corps, cylindrique dans la plus grande partie de sa longueur, di- minuant insensiblement depuis son origine, et verticalement comprime son extrmit Longueur de la tte et du corps, 0"',1o, de la (jueue, 0'",14. Eii;. 44. Uesiiiim drs l'yriKcs. Ce Desman a t dcouvert, il y a une trentaine d'annes, par M. Desrouais, auprs de Tarbes, dans les petites rivires, qui y sont fort nombreuses. C'est un animal qui se nourrit exclusivement d'Insectes, et qui rpand une odeur trs-forte et trs-tenace. Il est moins aquatique que le Desman de Hloscovie, ainsi que le dmontre son organisme. Il a t pendant quelque temps trs-rare dans les collections; mais il Test beaucoup moins aujourd'hui, bien qu'on ne l'ait pas trouve ailleurs que sur le versant septentrional des Pyrnes. S'" GENUK. MUSARAIGNE. SOBEX. Linn, 1735. Syslcma natun'. Mus araneus, nom nppl'uju par les Ijatins ces animaux. CARACTnES GNRIQUES. Sijslcme denlaire : inchivts, .^; fausses canines ou incisives lalrales inlermcdiaires, |^} on ;y.'4; nwUres, l^l, en lotaiil vinfil-linil ou irenle dcnls; les incisives suprieures internidiaircs double 132 HISTOIRE NATURELLE. crochet, ayant un fort peron situ a leur talon; les infrieures allonges sortant droites de l'alvole et ne se recourbant qu' l'extrmit; les fausses canines, que quelques auteurs regardent comme des incisives latrales, sont, surtout suprieurement, beaucoup plus petites que les incisives inter- mdiaires; les molaires ont leur couronne large, hrisse de pointes : les suprieures tant plus grandes et h tranchanl oblique. Os intermaxillaire infrieur court. Corps couvert de poUs fins, courts, lustrs. Tte trs-allonge, termine par un muffle divis par un sillon profond, mdian. Nez prolong, mobile, h narines s ouvrant sur les cts. Oreilles courtes, arrondies, prsentant deux opercules qui oeeupenl presque toute la largeur de la conque. OEil tellement petit, qu'il est difficile d'en distinguer la pitpillc, noir; paupires fortes, charnues, paisses, cilies. Fij. 45 Musaraigne d'eau Pieds h cinq doigts bien conform.^-, et tant dans les mmes rapports h ceux de devant qu' ceux de derrire; le pouce tant le plus court de tous. Plantes des pieds et paumes des mains garnies de six tubercules. Ongles crochus, comprims latralement, termins en pointe et non propres fouir la terre. Queue plus ou moins longue, tantt ttragone. tantt comprime dans une partie de sa longueur. Mamelles au nombre de six ou de huit, tant pectorales que ventrales. Une glande sbace sur chaque flanc, entoure de soic.-i roides, serres, laissant suinter une hu- meur grasse. fjingue grosse, presque conique, pointue l'extrmit, marque de petits sillons transversaux. Fi". 46. Musaraigne commune Le genre Musaraigne, cr par Linn, comprend des Mammifres de trs-petite taille, qui taient anciennement confondus avec les Rats, et qui avaient reu depuis longtemps dj, mme dans les CARNASSIERS. \ 'Z.X O.) ouvrages do Pline, le nom de Mm aranms {mus, Rai; arancus, Araigne), que Brisson {IVcfne anima!, 1756) leur a appliqu gnriqucment. M. Savi conjecture que leur dnomination est due leur forme peu prs semblable celle du Rat, au choix de leur proie la plus ordinaire, les In- sectes, et riiabilci que les Musaraignes mettent s'en emparer. Leur nom vulgaire, dans nos campagnes, est celui de Muselles. Fig. 47. Musaraigne de l'Inde glande odorifrante. Ces animaux, ainsi que nous le dirons, ont donn lieu de nombreux et importants travaux, et, principalement dans ces derniers temps, ont t, par plusieurs auteurs, partags en un nombre assez considrable de genres ou sous-genres que nous chercherons indiquer brivement. L'organisation interne des Musaraignes a t tudie par divers anatomistes; nous citerons ce sujet plus particulirement les travaux de Daubenton, Etienne Geoffroy Saint-llilaire, De RIainville, Fr. Cuvier, etc., et surtout ceux plus rcents de M. Duvernov. Fig. 43 Musaraigne queue de R^t De Blainville, dans son Oslograplik, a donn une description complte du squelette de la Musa- raigne queue de Rat, Sorex viijosuvus. Pallas, pris pour type des animaux qui nous occupent comme en tant le plus grand et montrant les diffrences qu'il prsente d'une manire plus facile saisir. La colonne vertbrale est forme d'un grand nombre de vertbres; il y a quatre cphaliques, sept cervicales, quatorze dorsales, cinq lombaires, quatre sacres et vingt coccygiennes La tte est al- longe, troite, presque triqufre; la mchoire suprieure est rapproche du palatin postrieur, et elle est allonge; l'infrieure est galement trs-tendue dans son ensemble. L'atlas a une apophyse pineuse infrieure trs-dveloppe : les apophyses latrales sont grandes et perces d'un seul grand trou; l'axis offre une apophyse pineuse large, arrondie, assez leve; la dernire cervicale diffre peine de la premire dorsale, car elle n'a pas plus d'apophyse pineuse qu'elle. Celte apophyse de- vient au contraire assez marque dans les autres vertbres dorsales, surtout la troisime et sur les dernires; alors elle s'largit en s'inclinant un peu en avant. Les vertbres lombaires sont courtes, 17)4 HISTOIRE NATURELLE. assez robustes. Le sacrum est trs-comprim et offre une crte continue forme par les apophyses pineuses soudes ensemble. Les vertbres coccygiennes n'ont pas d'apopliyses pineuses; leurs articulations sont assez saillantes, et elles dcroissent assez rapidement en diamtre. Les ctes, au nombre de quatorze paires, sont lgrement courbes en dehors; la premire est |)lus forte et plus courte que les autres. Le sternum est compos de six pices. Dans le membre antrieur, Fomoplatc est courte, large, ovale, arrondie son bord antrieur. La clavicule est longue, grle, (cylindrique, arque dans un seul sens et dans toute son tendue. L'humrus est court, robuste, et lappelle un peu celui de la Taupe, quoique toutefois il ait une forme normale. Le radius et le cubitus sont mdio- cres, droits, serrs l'un contre l'autre, presque gaux. La main est trs-petite, le carpe n'a que trois os la premire range et quatre la seconde; les os du mtacarpe, ainsi que les phalanges, ont une forme normale. Aux membres postrieurs, le bassin ne s'articule qu'aux deux vertbres sa- cres, et il reste libre l'extrmit du pubis. Le fmur, le tibia et le pron, sont constitus comme ceux de la Taupe, peu d'exceptions prs; les os du pied ressemblent galement ceux de ce der- nier Insectivore, mais ils sont un peu plus allongs. H n'y a pas d'os pnien. Si nous cherchons indiquer quelques diffrences dans le systme osseux des diffrentes espces de ce genre, nous di- rons que, dans le Sorcx jlavcscens, le nombre des vertbres dorsales est de quinze au lieu de qua- torze, et qu'il en est de mme des ctes; qu(!, dans la Musaraigne d'eau, il n'y a que treize verlbies dorsales, et que, dans le Sorex brevicaudatus de l'Amrique du Nord, la forme de la tte est plus large, plus dprime que dans les autres espces, et le nombre des vertbres coccygiennes moindre. Fig. 49. Squclulte ilc Musaiaigiic de l'Inde. Le systme dentaire des Musaraignes, que l'on regarde comme intermdiaire entre celui des Car- nivores et des Rongeurs, a donn lieu des travaux importants dans lesquels les auteurs sont trs- loin d'tre d'accord, soit sur le nombre des dents, soit sur leur signification. La formule que nous avons donne dans notre caractristique est d'Et. Geoffroy Saint-Hilaire, et a ensuite t reproduite dans la Mamialo(jc d'A G. Desmarest. Fr. Cuvier dit que, chez ces animaux, il y a trente dents : dix-huit suprieures et douze infrieui'es; les premires consistent en deux incisives trs-fortes, cro- chues, termines en une pointe renforce sa base, et ayant, postrieurement, une forte dentelure, seize mchelires, dont dix fausses molaires et six molaires vraies : celles-ci, excepte les deux dernires, composes de deux prismes runis et ports par une large base, ayant un tubercule |)ointu antrieurement et une surfile aplatie postrieurement, et la dernire n'offrant qu'un seul prisme. Les dents infrieures se composent de deux incisives fortes, longues, crochues, termines eu pointe, et couches en avant, et de dix mchelires, dont quatre fausses molaires et six vraies : celles-ci formes de deux prismes parallles, termins par trois pointes, except la dernire, qui est plus petite et moins dveloppe (|ue les autres. D'aprs De Blainville, le nombre total des dents des Musaraignes varie de huit dix en haut et de chaque ct, et n'est jamais au-dessus ni au-des- sous de six en bas, et toujours il y a quatre molaires postrieures qui ne changent pas, et qui sont lontlamentales, comme dans tous les autres Insectivores, en sorte que la diminution dans le nombre total et la variation ne portent que sur celles que Loua nommes dents intermdiaires. Spcialement CARNASSIEnS. 135 dans le Surc.v vtilgaris, il y a dix dents en haut do chaque ct, et six en bas; mais, en comptant les dentelures des incisives, on peut trouver, suprieurement, trois incisives, une canine et huit fausses molaires; ces dernires prsentant une principale et trois arrire-molaires, et, infrieurc- ment, huit dents, savoir : doux ou trois incisives, pas de canines, deux avant-molaires et trois mo- laires vraies. Enlin, M. Duvernoy a tudi galement le mme sujet; nous avons parl de son travail dans nos gnralits sur les Insectivores, et nous n'y reviendrons pas maintenant, devant en dire encore quelques mots en parlant des quatre sous-genres de Musaraignes. Nous terminerons en fai- sant remarquer que les formes et la disposition des dents des Musaraignes, la couleur de leur mail, etc.. prsentent des caractres particuliers dont on s'est servi, tantt pour former des divi- sions gnriques ou sous-gnriques, tantt pour diflrencier les espces Tune de l'autre. Selon M. Duvernoy {Mm. de la Soc. du Musinn d'isi. nat. de Strasbourg, t. Il, 1837), l'esto- mac de ces animaux n'a qu'un simple cul-de-sac, le cardiaque, qui est plus ou moins dvelopp, et dont la forme varie suivant qu'il est plus ou moins distendu par les aliments. Le canal intestinal, assez court, est dpourvu de ccum. Le foie a cinq lobes et une vsicule; mais la proportion et la situation de cette vsicule, la forme et la proportion de ces lobes, varient un peu d'une espce l'autre. La rate est norme, prismatique, et replie sur elle-mme dans le Sorcx Indiens; elle est plate, un peu plus large en arrire dans les S. iclragonurus et IJermanni. Le pancras est norme dans le Sorex Hernianni, et il s'tend l'extrmit postrieure de la rate au pylore et au duodnum. Les organes reproducteurs mles offrent, certaine poque, un norme dveloppement, relative- ment la taille des Musaraignes. Quelques faits remarquables se prsentent aussi dans les organes femelles; le vagin est souvent trs-long. Les femelles mettent bas vers la fin du printemps, et leur porte est de six neuf petits. Les organes gnitaux sont enferms dans une cavit longitudi- nale qui contient aussi l'anus. Les glandes mammaires sont normes; elles forment deux paquets trs-considrables qui se joignent sur la ligne mdiane de la rgion abdominale et du pubis. Le cerveau a des hmisphres petits et sans circonvolutions, ce qui n'empche pas que le volume total de cet organe ne soit assez considrable. Les nerfs qui se rendent aux yeux sont trs-peu dve- opps, et comme atrophis. Les Musaraignes ressemblent beaucoup, soit par leurs formes extrieures, soit par la nature et les couleurs de leur pelage, soit mme, plusieurs gards, par leur organisation intrieure, aux petites espces du genre Rat, avec lesquelles e\\S taient jadis confondues, et dont on les dislingue d'ail- leurs facilement, et au premier coup d'il, par leur museau termin en une espce de trompe, ainsi que par tous les caractres faciles saisir qui distinguent un Insectivore d'un Rongeur. Ce sont g- nralement de trs-petits Mammifres, et, en effet, la plus petite espce de cette classe est la Musa- raigne de Toscane, Savi, et la Musaraigne de Perrottet, Duvernoy. Les plus grandes espces habi- tent les rgions mridionales du globe : telles sont les Sorcx cfujanteus et Sonnera, Isid. Geoffroy Saint-llilaire. Ces animaux sont presque aveugles, vivent d'Insectes, d'Arachnides, de Vers et de petite proie, qu'ils recherchent terre ou dans l'eau. M. Duvernoy fait observer qu' dfaut de leur nourriture habituelle, qu'ils ne peuvent plus chasser pendant l'hiver, dans nos climats au moins, il ne serait pas tonnant qu'ils mangeassent des graines, qu'ils semblent chercber jusque dans les granges pendant l'hiver. C'est une opinion rpandue dans les campagnes qui semble vraisemblable, et qui ne serait pas plus tonnante que le changement de nourriture de la Marte Zibeline, lorsqu'elle se trouve rduite manger de la farine, faute de proie vivante. Ils poussent la voracit jusqu' se dvorer quelquefois l'un l'autre; M. Ziel, de Druniath ^Bas-Rllin), cit par M. Duvernoy, crit en effet qu'ayant enterr plusieurs i)ots de terre vernisss dans tous les endroits o il avait suppos la j)r- sence de ces animaux, ds le lendemain il aurait d retirer, d'un seul pot, trois Musaraignes, si la plus grosse d'entre elles n'avait presque entirement dvor ses deux compagnes, et il ajoute qu'il a pu plusieurs fois constater ce fait curieux. Il se pourrait aussi que la plupart des Musaraignes de nos pays septentrionaux passassent l'hiver engourdies dans des trous souterrains; c'est l un sujet d'tude sur lequel on n'a, au reste, aucun fait citer. Les Musaraignes habitent solitaires des trous dans la terre ou dans les murailles, dans les broussailles, etc., d'o elles sortent rarement le jour. Elles vivent prs des habitations, et quelquefois, ainsi que nous venons de le dire, se trouvent, en hiver; dans les greniers. Plusieurs espces se rencontrent dans les lieux secs; d'autres se plaisent, au contraire, dans les prairies humides ou sur le bord des fontaines, et on les voit plonger dans i3C IllSTOlUE NATURELLE. l'eau ou nager pour s'emparer de leur proie; il en est qui semblent mme tout fait aquatiques. La plupart rpandent, principalement l'poque o les sexes se recherchent, une odeur qui, dans cer- taines espces, approche beaucoup de celle du musc, et qui provient de glandes jiarliculires pla- ces sur les flancs, et dcrites avec soin par Et. Geoffroy Saint-ililaire. Buffon, en parlant de la Musaraigne commune, dit que cette odeur rpugne aux Chats : qu'ils la chassent, qu'ils la tuent, mais qu'ils ne la mangent pas comme la Souris; et cette opinion est assez gnralement admise. Tou- tefois, M. Duvernoy rapporte, d'aprs Lesueur, qu'il n'en est pas ainsi pour trois espces amri- caines de ce genre, qui taient trs-recherches par une Chatte. Enfin, nous ajouterons que l'un de nous a t plusieurs fois mme de constater un fait tout fait contraire celui signal par Lesueur : dans lune des cours dpendant de l'cole vtrinaire d'lfort, et dans laquelle on avait dpos un grand nombre de fagots, il vit plusieurs fois une Chatte occupe pendant toute la journe chas- ser des Musaraignes; mais jamais elle ne les mangeait, se bornant les tuer, puis, sans s'en occu- per davantage, venir les ranger ct les unes des autres dans un lieu un peu loign de leur retraite habituelle. C'est tort que Ion a dit, depuis la plus haute antiquit, et que Buffon a r- pt, que la morsure de ces animaux tait venimeuse : il n'en est absolument rien. Leur pelage est doux et pais; sa longueur est peu prs la mme sur toutes les parties du corps; mais, sur le museau, la queue et les pattes, il est cependant plus court qu'ailleurs; il se compose de poils laineux et de poils soyeux; sa couleur est d'un gris plus ou moins bruntre, mais dont la teinte peut changer suivant diverses circonstances. Les moustaches, quoique longues, sont assez faibles. Le genre Musaraigne doit tre mis au nombre de ceux qu'on dsigne sous le nom de cosmopo- lites; on retrouve les espces qui le composent dans toutes les parties du monde et sous presque tous les climats, et l'on pourrait peut-tre mme admettre, avec les naturalistes amricains, que quel- ques espces sont communes aux deux continents, On en a rencontr en Europe, en Afrique, Mada- gascar, dans l'Inde et dans l'Amrique septentrionale; mais c'est surtout en France et en Allemagne qu'on en a dcouvert le plus grand nombre : la faune franaise en renferme une dizaine, La difficult de se procurer ces animaux, leur petite taille, leur pelage, dont les couleurs varient souvent dans la mme espce, suivant les ges, les saisons et les sexes, ont rendu la caractristi- que spcifique trs-difficile; aussi les zoologistes ne sont-ils pas d'accord sur le nombre d'espces qu'on doit placer dans ce genre, et cela malgr les belles monographies publies sur ces Insecti- vores. Les uns n'en reconnaissent qu'un trop petit nonjbre, et d'autres en admettent peut-tre beaucoup trop. Quelques Musaraignes, conserves l'tat de momies, ont t trouves dans les tombeaux des anciens Egyptiens, et la raison qui semble avoir dtermin ce peuple les placer au nombre des animaux sacrs, c'est que, suivant Antoine Liberalis, Latone avait pris la forme d'une Musaraigne pour chapper aux poursuites de Typhon, ou bien, d'aprs Plutarque, parce que cet animal ne nuit pas l'homme. Strabon rapporte qu'elles taient adores nthribis. Olivier est le premier natura- liste qui ait reconnu les restes d'une grande espce de Musaraigne au nombre des momies gyp- tiennes; depuis, on en a trouv plusieurs dans divers ncropolis. On ne sait pas d'une manire positive si ces Musaraignes momifies appartiennent des espces distinctes, ou si l'on doit les rapporter une espce qui vit encore aujourd'hui en Egypte. Quoi qu'il en soit, M. Isidore Geoffroy Saint-IIilaire pense que Ton doit rapporter certaines momies de Musaraignes aux Sorcx myosunis et aramns, et qu'une autre momie doit tre le type d'une espce distincte, son Sorcx rclUjiosus; MM. Ehrenherg et De Blainville sont d'un avis oppos; ils croient que les momies gyptiennes de Musaraignes ne sont pas distinctes du Sorcx flavescens, grande espce que l'on trouve commun- ment aujourd'hui dans une grande partie de l'Afrique. Les Musaraignes ont galement t signales l'tat fossile. G. Cuvier, le premier, en a indiqu des dbris dans une brche osseuse provenant de Sardaigne, et De Blainville rapporte ces dbris, soit au Sorcx fodicns, soit au Sorex rcmifer. D'autres fossiles de ces animaux ont t signals par MM. Wagner, Owen, de Schlotheim, Billaudel, et surtout par M. Schmerling, qui dcrit deux crnes presque complets qu'il rapporte avec certitude aux Sorcx araneus et vulgaris. De Blainville signale aussi quelques dbris de Musaraigne trouvs dans des dpts de Sansans, par M. Lartet, et d'Auver- gne, par M. Bravard. C'est peut-tre aussi un fossile de ce genre que doit se rapporter le genre SpaUicoUon (aTraXa?, Taupe; c^ou,-, dent) de M. Wood (i8i5, Journal de l'InslUiii, n" 578). GaUdictts viltata Gray. l'I IS. CARNASSliiRS. 157 Nous avons dj donn une esquisse de riiisloire zooclassiqne du genre Musaraigne; nous avons dit qu'Aristote les dsignait sous !e nom de (^-u-ya).-/) {Mijgalc), et Pline sous celui de Musnranrus; et nous avons cit les principaux auteurs qui, tels que Buffon, Daubenlon, llerniann, Pallas, G. et Fr. Cu- vier, De Blainville, A. G. Desmaresl, Savi, Say, et MM. Et. et Isid. Geoffroy Saint-Ililaire, De Selys Long-champs, Waglcr, Duvernoy, Jennys. Natliusius, Kaup, Gray, Dckay, Brandt, etc., se sont occu- ' ps de ces animaux. Il ne nous reste plus qu' parler des nombreuses subdivisions gnriques qui ont t formes dans ce genre, puis dcrire quelques-unes dos principales espces, qui sont au nombre d'environ vingt-cinq. Les caractres sur lesquels reposent ces divers genres, qui souvent sont synonymes les uns des autres, ne nous ont pas paru assez tranchs pour que nous ayons cru devoir les adopter; nous nous bornerons donc indiquer ces diffrents groupes, et nous suivrons la monographie des Musaraignes, publie en 1842, par M. Duvernoy, dans le tome IV, 2" srie, du Ma- gasin de Zoologie de M. Gurin-Mneville, ainsi que dans les Mmoires de la Socii du Musum d'Histoire naturelle de Strasbourg, 1854, tome II. Nous admettrons quatre sous-genres : 1 Les SOREX, comprenant : A. CnociDURA (x.,cy.i;, duvet; cupa, queue), Wagler (1852, Isis); type : le Sorex araneus. B. ScKCUs, Hemprin et Ehrenberg. C. Pachyura {Tzy.yjj, pais; oupa, queue), Selys Longcbamps [Micromaninialogie, 1859); type : Sorex elruscus. D. Myosorex (a'j-r, Bat; sorex. Musaraigne), Gray (1857, Proceedings of Zoologicat Socielg of London, t. V), ayant pour type le Sorex varius, Smith, du cap de Bonne-Esprance, qui rpond probablement au 5. lierpesles, Duvernoy. 2" Les AMPHISOREX, qui correspondent au genre Corsira, Gray (1857, Proc. Soc. Lond.), ayant pour type le Sorex pugmus 5" Les HYDROSOREX, qui renferment les deux genres : A. Cuossopus (;4fcf;(jc-:, membrane; ivcu, pied), Wagler (/.si^, 1852); lype : Sorex fodiens. B. PiNALiA, Gray [Proc. Zool. Soc. Lond-, 1857). A" Les BRAClYSOREX, rpondant au genre Blarina, Gray {Proc. Zool. Soc. of Lond., 1857), et ayant pour type le Sorex hrevicnudatus. On doit peut-tre indiquer comme synonyme de ce sous- genre le genre Utisorex (oj;, oreille; sorex. Musaraigne), Dckay (1842, N. H. Neiv-York, t. 1). Quant au genre Solnodon [Solenodon] (cwXr.v, canal; o^wv, dent), Brandt (1825, Mamm. exol. Mus. Pe.tr.), qui a pour type le Sorex paradoxus, De Blainville, provenant d'Hati et de Cuba, nous ne le laissons qu'avec doute dans le groupe naturel des Musaraignes, car il doit probablement en tre distingu. Enfin, nous citerons comme devant peut-tre rentrer dans ce mme groupe les deux genres indi- qus par M. Kaup (Eutw. G. Europa's, t. I, 1859) sous les dnominations d'HYDROGALE (ui'up, eau; ^;7.Xn, Belette), et de Leucorhyixcuus {'/vj-m:, blanc; fj^x-o;, bec). i" S0US-CF:NRE. musaraigne. SOIEX. Duvernoy. 1S54. Mmoire (lo la Socit du Musum d'Histoire naturelle de Strasbourg, t. II. Les deux incisives infrieures tranchant simple, et les deux suprieures en hameons, cest-a dire nijant un talon en pointe; les trois on quatre petites dents cpii suivent, la mchoire suprieure, diminuant beaucoup de vohime de la premire la seconde; aucune n'tant colore. \- 18 \:,8 lilSTOilll:: iNATLMiELLE. Outro ces caractres fondamcnlaux, les Musaraignes de ce sous-genre ont toujours les oreilles d- couvertes et plus dveloppf's que celles des espces des autres sous-genres; leur pelage est plus sec, moins luisant, moins huileux; elles sont, en gnral, plus terrestres. Les Soicx renferment une douzaine d'espces propres l'Europe et diverses rgions de TAfri- quc; on en a indiqu une comme venant de Java. A. F.^PCES AYANT TROIS TFTITES DENT> I.NTERJIDIAIRES. 1. MUSARAIGNE COMMUNE. SOREX ARA^^US Linn. CAiACTLHES srnciFiQUER. l'elagc gris en dessus, cendr en dessous; dans les parties suprieures du corps, la pointe des poils tant rousse, le gris y prend celte teinte, et le cendr des parties inf- rieures vient de ce que les poils sont termins par du blanclilre : du reste, la couleur varie beau- coup. Longueur de la tte et du corps, 0'",062; de la queue, 0"'.0r)5. Celte espce, qui porte vulgairement le nom de Mii.<;cllC; sous lequel la dsigne Buffon, et est le type du genre CrGcidiira de Wagler, doit tre distingue du Sorex (encodon, llermaun, qui a t confondu tort avec elle. On la trouve assez communment dans les diverses parties de la France, de l'Allemagne, de l'Italie et de presque toute TEurope, et principalement dans les bois, o elle se cache dans les troncs d'arbres, les creux des rochers, sous les feuilles, etc. L'hiver, elle se rap- proche des habitations et vient se cacher dans les curies, les granges, les cours fumier, etc. 2. MUS.\RAIGNE MANGOUSTE. SOREX HERPESTES. rinvcrnoy CAnACT;r,ES spcifiques. Pelage pais, soyeux, gris-brun un peu mlang de gris clair en des- sous; queue grle. Celle espce, propre au cap de Bonne-Esprance, et qui se distingue facilement du Sorcx cija- neits, Duvernoy, du mme pays, est probablement le Mijosorcx varius, Smith, Gray. Nous indiquerons, en outre, les Sorex flavcscens, Is. Geoffroy, et crassicaudciuis, Lichleinstein, propres l'Afrique qualoriale. B. ESPCES AYANT QUATRE PETITES DEXTS I.NTERMDIAIP.ES. 5. MUSARAIGNE GANTE. SOREX GIGANTEVS. Is. GeolTroy Saint-Uilaire. CvrACTiHEs SPCIFIQUES. Pclagc cendr, lgrement rousslre en dessus, d'un cendr pur en dossous; queue arrondie. La tle elle corps longs de O,!!; la queue, 0,05. Celte espce, qui est tout fait distincte des Sorcx Somicrali'i et niiiosunts, se trouve, comme eux, a.ssez communment dans les Indes orientales. Elle est trs-incommode par l'odeur niusquce qu'elle rpand, ce qui, dil-on, fait fuir les Serpents. C.VllNASSIEllS. 159 4. MUSAKAlGiNt: DK MADAIJASCAH. snitliX MADGASCAUIEySIS. ('h. Cujiicic!. Caiiactres spcifiques. Pelage pais, soyeux, luisant, d'un ^v'is bruntre, un peu plus l'ont sur les rgions suprieures. Longueur du eorps et de la tie, 0"'.(JI.)9; de la queue, 0"\05(S. Cette espce, voisine du Sonx ijraciiis, De Blainvillc, du cap de Bonnc-lisprance, et du S. ctni:^- cns, Savi, provient de Madagascar. 5. MUSARAIGNE DE TOSCANE. SOIIEX ETliUSClS. Savi. C.\n.'\cTnEs sn'ciFiQuns. Pelage brun gristre en dessus, gris en dessous. Longueur de la tte et du corps, 0'",03; de la queue, 0'",05. Celle espce, type du genre Paclujuva de M. Selys Longcliamps, babite communment l'Italie. Elle se tient ordinairement sous les racines ou dans les troncs des vieux arbres, d;ins des amas de paille ou de feuilles, ou bien dans les trous des digues. Elle se plat particulirement, pendant l'hiver, dans les las de fumier. 2'"e SOUS-GENRE AMPIIISOREX. AMPUISOREX. Duvenioy, I83i. MDioirts de la Suciuic du .Miinniiu d'Histoire niiurcUe de Strasbourg, t. li. Aij.o:, autour; 40)!.i-, Musaraigne. Les incisives infrieures a tranchant denlcl; les suprieures fourchues, ayant leur talon pro long; les petites dents qui les suivent, au nombre de cinq, diminuant graduellement de In premire la dernire, qui est rudimenlaire; toutes les dents colores leur pointe. Les Amplii.sorex ont les oreilles replies et peu prs caches dans les poils; ils sont moins ter- restres que les espces du sous-genre prcdent, et se trouvent en Europe et dans l'Amrique sep- tentrionale. G. MUSARAIGNE CARRELET. SOREX TETRAGONURUS. Ilerminn. CAr.ACTiiREs SPCIFIQUES. Pelage ordinairement noirtre en dessus et cendr brun en dessous; mais le noir du dessus du corps passant parfois au brun, et les flancs variant du brun gristre au gris plus clair. De la taille de la Musaraigne commune. Celte espce, type du genre Corsica, se trouve, dans presque toute TEurope, dans les jardins et dans les granges. Parmi les autres espces de ce sous-genre nous citerons seulement, pour PEurope, la Musaraigne ri.Ai;oN, Daubenlon, Sorcx constriclus, llermann, pijgmus, Gloyer, et la Musaraigne des Alpes, Sorex Alpinus, Schinls; et, pour l'Amrique du Nord, les Sorex personnatus, Isidore Geoffroy Saint-Uilaire, et Lesuerii, Duvernov. 140 [JISTOIllE NATUilELLE. o'^" SOUS-GENRE. UYDilUSOREX. UYDliOSOREX. Duvcrnoy, 183-i. Mmoires de la Socit(' ilii Musum d'Hisluire naturelle de Strasbourg, t. li. Y^tof,eau; sorcx. Musaraigne. Les incisives infrieures h tranchanl simple., du moins sans dentelures muUiplcs; les incisives suprieures en hameons; les deux premires petites dents suivantes gales, la troisime un peu plus petite, la quatrime rudimentaire; la pointe des incisives et celle des molaires plus ou moins colores. Dans les Ihjdrosorex, les oreilles sont replies et caches dans les poils; le bord cMerne des larses est garni d'une range de poils roides. Les espces de ce sous-genre, qui habitent les mmes pays que celles du sous-genre prcdent, s'en distinguent facilement en ce qu'elles sont essentielle- ment aquatiques. 7. MUSARAIGNE AQUATIQUE. Daubenton SOREX CAniNATUS llermanii Caractres spiciiques. Pelage d'un brun noirtre en dessus, d'un blanc lgrement gris rous- stre en dessous; ces deux couleurs ne se confondant pas Tune avec l'autre sur les flancs; queue offrant sa face infrieure une ligne blanche trs-distincte et compose son extrmit d'assez longs poils. Longueur totale : O^.IO, sur lesquels la queue mesure 0'",05. Cette espce, type du genre Crossopus, prsente de nombreuses variations de couleur qui ont reu chacune un nom particulier, ce qui fait que la synonymie en est trs-embrouille. On la trouve dans presque toute l'Europe : elle n'est pas rare aux environs de Paris, vit dans les ruisseaux tran- quilles, et attaque des animaux parfois plus forts qu'elle. Une espce, qui a t anciennement confondue avec elle, est la Musaraigke ror.iE-RAME {Sorex re- mifer), Et. Geoffroy. 4""e SOUS-GEPnRE. - BRACIIYSOBEX. BBACHYSOREX. Duvernoy, 1842. Magasin de Zoologie de M. Guriu-Mncville. B^cf-Yu;, court; sorex, Musaraijiiie. L'incisive infrieure atjant deux ou trois dentelures obtuses (pu donnent son tranchant le ca- ractre de celui des Amphisorex; l'incisive suprieure n'offrant cpi'un talon pointu ne dpassant pas la petite dent intermdiaire cpii la suit, et se divisant par l'usure en deux talons; il ij a cpialre ou cinq petites dents intermdiaires qui ont un talon produisant une petite pointe, double de celle de la partie principale de la dent; molaires suprieures h talon formant une ou deux pyramides; la seconde fausse molaire d'en bas ayant sa couronne complique d'une ou deux pointes avec un tranchant arrondi en arrire; dents colores. Les Brachysorex, qui correspondent aux Blarina de M. Gray, ont les oreilles caches dans les poils et assez petites. Leur queue est trs-courte. Le type est : CAUNASSIEUS. lii 8. MUSARAIGNE A OUI':UE COIT.K. SORHX BREVICAUDTUS. Say. CAnACTnEs SPCIFIQUES. Pelage d'un noirtre plomb en dessus et d'une nuance plus claire en dessous; pieds blancs; queue courte, robuste, peu velue, renfle lgrement dans son milieu, dpri- me. Un peu plus petite que la Musaraigne commune. Cette espce se trouve dans les latsUnis d'Amrique, principalement dans la province du Mis- souri. Une seconde espce de ce sous-genre est le Bmchysorex Ilarlanl, Duvernoy, qui se rapporte probablement au Sorcx parvus, Say, cl qui habite le mme pays que la prcdente. Pour terminer l'histoire du genre Musaraigne, il nous reste dire quelques mots d'une grande espce de ce groupe naturel que De Dlainville indique, ainsi que nous l'avons dit, sous le nom de Sorcx paradoxus, et dont M. Brandt a fait son genre Solcnodon, qui est adopt par la plupart des naturalistes. Le systme dentaire de cette espce, tout en rappelant celui des Sorcx d'une manire gnrale, semble aussi se rapprocher d'une part de celui des Desmans, et de l'autre de celui des Chrysochlores, C'est donc un des chanons de la srie zoologique. Le Solemdon paradoxus, Brandt, habite l'Amrique tropicale et plus spcialement Haili et Cuba. TROISIEAIE TRIBU MACROSCLIDS. MACROSCELW/E. Is. GeotTroy Saint-Hilairc. Piailles des pieds et paumes des mains nues Corps couvert de poils. Yeux bien dvelopps. Membres postrieurs exlremcmenl dvelopps. Cette tribu correspond la famille d'Insectivores de M. Isidore Geoffroy Saint-IIilaire; qui porte le mme nom; elle ne comprend qu'un seul genre, celui des Machosclides, propre l'Afrique, qui est des plus remarquables en ce que ses formes gnrales rappellent celles des Gerboises. GENRE UNIQUE. MACROSCLIDE. MACROSCEUDES. Smith, 1850. lii Soiith-Atricaii Quarlcrly Journal. Ma/.:o;, long; o/.eXi;, jambe. CARACTRES GNRIQUES. Sijsii'me dentaire : incisives, ^; molaires, |-Z^; les incisives sont petites; la mchoire suprieure il y a deux fausses molaires de chaque ct et cinq vraies; la mchoire infrieure deux fausses molaires abnormales et trois fausses molaires normales ou deux racines, et trois vraies de chaque ct; les vraies molaires ont la couronne creuse au milieu; l'mail qui borde la couronne est fes- tonn en plusieurs pointes, plus saillantes en dehors suprieurement et moins saillantes en dedans, et le contraire a lieu la mchoire infrieure. (Duvernoy.) Museau alloncj, en forme de petite trompe, assez semblable celle des Desmans, mais plus arrondie. 142 IIISTOUE iNATUUELLE. Yeux mdiocres. Oreilles grandes. Jambes postrieures beaucoup plus lonjues que les antrieures. Mains et pieds planlicfrades, tous a cinq doigts et ceux-ci onguiculs; le pouce, surtout aux pieds de derrire, beaucoup plus court et plus recul que les autres doigts. Ongles tranchants, en faucille, au innins s'nni-rrtractiles Queue allonge. Fig. 50. Macrosclide lypo. Ce genre a t cr par M. Smilli, en 1859, dans un supplment la Zoologie du sud de l'Afrique, et, la mme anne, M. Isidore Geoffroy Saiut-Hilaire [Annales des Sciences naturelles) en donnait une nouvelle description Paris et dmontrait que l'espce typique n'tait autre que le Sorcxara- ueus maximus Qtpensis, dcrit et figur par Pctiver dans ses Opcra Hislorinm naturatem spectan- tia, pi. wiii, llg. 'J. Depuis, M. Uuvernoy [Mm. de ta Socit d'Histoire naturelle de Strasbourg) on a fait connatre', tant sous le point de vue zoologique que sous celui de l'anatomie, une deuxime espce, et MM. Liclistenstein etOgilby en ont galement dcrit plusieurs autres. Le genre Macrosclide est des plus curieux et est principalement remarquable par la grande dis- proportion que l'on trouva! entre ses deux paires de membres, les antoric; rs tant beaucoup plus petits que les postrieurs. D'aprs ce caractre important, ces animaux reprsentent, parmi les In- sectivores, les Gerboises, qui appartiennent l'ordre des Rongeurs, et les Pramles, qui sont de la sous-classe des Marsupiaux; ils ont le port extrieur des uns et des autres; mais la conformation de leurs organes gnitaux les loigne considrablement des Pramles, qui, au reste, sont plus grands qu'eux, tandis que la forme et la disposition de leurs dents ne permettent pas de les placer avec les Rongeurs, car elles indiquent parfaitement que ce sont de vritables Insectivores. Mais la dcou- verte de ce genre est surtout intressante en ce qu'elle vient montrer la reproduction de types fon- ds sur les mmes principes dans des ordres trs-diffrents, et elle vient l'appui de la srie paral- llique si liabilement dmontres en zoologie par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Les naturalistes ne sont pas d'accord sur la disposition du systme dentaire, ni mme sur la d- termination des dents, ^'ous avons ra))porl l'opinion de M. Duvernoy ce sujet. D'aprs M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire, en procdant d'arrire en avant, on trouve de chaque ct, la mchoire su- prieure, cinq mchelires, dont la pnultime et l'antepnullime sont les plus grosses, et la der- CARNASSIERS. 14." iiire la plus petite; celle-ci est de forme triangulaire et n'a que trois pointes, dont deux sont ant- rieures et une postrieure; les quatre autres sont de forme quadrangulaire et ont quatre pointes; en avant de ces cinq mchelires se trouvent quatre fausses molaires trs-comprimes, dont la pos- trieure a deux pointes places l'une la suite do l'autre, et les trois antrieiiies une pointe un |)eu recourbe en arrire, et un petit tubercule obtus; la troisime fausse molaire, la plus grande de tontes, est spare des deux antrieures par un espace peu prs gal la longueur d'une dent; enfin tout en avant se trouve une dent plus longue que les fausses molaires, conique, arrondie son extrmit, spare de celle du ct oppos par un intervalle vide, assez tendu, et qui, d'aprs l'ana- logie, doit tre considr comme une canine. A la mchoire infrieure, on trouve de chaque ct, d'arrire en avant, deux mchelires de forme quadrangulaire et quatre pointes, trs-semblables la pnultime et rantpnultime suprieures; puis une trs-longue dent, spare par un sillon profond, en deux portions : l'une postrieure, triangulaire, deux pointes; l'autre antrieure, trian- gulaire, trois pointes; viennent ensuite deux autres mchelires de forme comprime, ayant trois pointes places la suite Tune de l'autre, et dont Fintermdiaire est la plus grande; puis quatre autres dents trs-comprimes, paraissant tre des fausses molaires; enfin une dent plus longue moins large que les prcdentes, tourne en avant, se trouvant en contact avec celle du ct oppos et qui parat tre une canine. Ainsi, en rsum, pour M. Is. Geoffroy, les Marrosclides auraient chaque mchoire et de chaque ct : neuf molaires dont quatre fausses, une canine et pas d'in- cisive. Enfin, selon De Rlainville, la formule dentaire serait : incisives, |; canines, {^J; mo- laires, ^i^, et la disposition gnrale de ces diverses dents s'loignerait de celle des Musaraignes pour se rapprocher de celle des Hrissons. Le squelette des Macrosclides, dabord tudi par MM. Isid. Geof'oy et Duvernoy, l'a t depuis par De Blainville dans son Oslo(jraplnc. La tte, assez raccourcie, toujours triangulaire, et fort large en arrire, rappelle un peu celle des Chrysochlores, par le grand dveloppement de toute la loge auditive, l'tat bulleux et la grande saillie de la caisse, par la petitesse et la finesse du museau, ainsi que par l'tat complet du cadre orbitaire et de l'arcade zygomatique. La colonne vertbrale ressemble assez celle des Desmans; elle prsente sept vertbres cervicales, treize dorsales, sept lombaires, six sacres et dix-sept coccygiennes. Le sternum se compose de six pices, et la premire en forme de T troit et allong. Les ctes sont comme chez les Musaraignes; il en est de mme des membres antrieurs; cependant, ils sont beaucoup plus grles, et surtout bien plus petits, compara- tivement avec les postrieurs. Ceux-ci sont, au contraire, tout diffremment constitus; le bassin est plus ouvert que chez les Sorex; le fmur plus long, moins robuste; le tibia l'est encore plus, et rappelle un peu celui d'un Oiseau par sa gracilit; le pron est trs-mince; le pied est g:alemcnt trs-allong, et gale en longueur les deux tiers de la jambe. Quelques autres particularits anatomiques ont t donnes par M. Duvernoy, principalement pour une espce particulire, son Macrosclides Rozeti. Pour la myologie, on peut surtout remarquer que les muscles propres produire l'extension du pied sur la jambe, ou de celle-ci s'ir la cuisse, et de la cuisse sur le bassin, ont reu un dveloppement proporti nn l'usage que l'animal devait faire de ses membres postrieurs. Plus particulirement destin se dresser sur ces extrmits, et s'avancer en sautant par le redressement subit de leurs diffrentes parties, le Macroscelide devait avoir, dans les muscles qui servent oprer ce redressement, une force et un dveloppement extraor- dinaires. Cela a lieu en effet, et c'est la principale modification qui se prsente dans le plan gnral d'organisation de ces extrmits. Les glandes parotides sont minces et tendues. Le corps de l'os hyode forme une lame comprime, aplatie, courbe dans le sens de son bord. La langue est pro- portionnellement trs-grande, longue, troite, obtuse, et sans asprits sur sa surface. L'sophage se dilate vers le cardia. Les intestins ont un diamtre gal partout. Le foie est subdivis en quatre lobes : le moyen prsentant deux scissures, et un lobule droit, prismatique, bifurqu, grand; le droit petit, rond, et le gauche oblong, assez dvelopp. La vsicule du fiel est mdiocre. Les poumons ont chacun trois lobes. Le cur est ovale, obtus; son ventricule droit a des parois si minces, qu'elles sont affaisses : de sorte que la forme qu'il conserve vient de son ventricule gauche. Dans l'indi- vidu femelle, tudi par M. Duvernoy, la vessie tait assez grande, parois trs-paisses; les reins taient grands, ovales; la vulve prsentait une large ouverture. Les Macrosclides ont reu de De Blainville {Ostocjravltic, 184J) le nom de Diposorcx (^ittcu, iU IIISTOII'.E NATUiSELLE. Bipde; sorcx, Musaraigne), et aussi la dnomination de Musaraicjnvfi-Gerboisca, qui indique les rapports qu'ils ont avec un des groupes les plus naturels de l'ordre des Rongeurs :Lichtenstein (1853, SaKj Thicre), prenant eu considration d'autres particularits, celles de la forme de rexlrmit de leur museau, les nomme Bhnomus (piv, nez; mus, Rat). Ce sont des animaux de petite taille, pe- lage doux, assez long, et qui ne marchent que difficilement sur leurs quatre pattes, tandis qu'ils font des sauts successifs, et courent avec agilit au moyen de leurs membres de derrire, ainsi que l'indique toute la disposition de ces parties. Ils se nourrissent principalement d'Insectes et d'autres petits animaux; mais, comme le fait observer M. Duvernoy, leurs dents montrent qu'ils ne doivent pas rejeter entirement une alimentation vgtale, et qu'ils mangent des graines. On croit qu'ils se construi- sent des sortes de terriers o ils se rfugient. Tous leurs organes des sens paraissent Irs-dvelopps, leur museau, trs-allong, annonce que l'odorat a reu une grande tendue, que la trompe prolonge encore, tout en lui servant d'organe de toucher actif trs-dlicat. La grandeur de la caisse, et celle de l'oreille externe, donnent une grande perfection au sens de l'oue. Les yeux tant placs de ct, il n'y en a jamais qu'un qui voit un mme objet; cnliu, si l'on peut juger de la bont de la vue par le dveloppement de ses organes, il est probable que cet animal voit trs-bien, et que l'un ou l'autre de ces sens l'avertissent fidlement de tout ce qui se passe autour de lui une assez grande distance. On connat aujourd'hui six espces de Macrosclides; cinq proviennent des environs du cap de Bonne-Esprance, et une de l'Afrique septentrionale. Les deux plus connues sont les suivantes. 1. MACROSCI'XIDE TYPE. MACROSCELIDES TYPUS. Smitli. CAitACTiir.F.s spciFinurs. Dessus du corps rexlii de poils U'un gris noirtre dans la plus grande partie de leur longueur, puis noir, et enfin fauve la pointe, ce qui, dans leur ensemble, produit une teinte fauve varie de brun; poils de la face concave des oreilles blanchtres : ceux de la face convexe d'un fauve roussatre; dessous du corps avec des poils noirs la racine, blancs la pointe; face interne des avant-bras et des jambes, mains et pieds, pelage blanchtre; queue varie de roux bruntre et de blanchtre son origine, noire dans le reste de son tendue. Longueur de la tte et du corps : O^.lo; de la queue, 0'",10. Habite le cap de Bonne-Esperance. '2. MACROSCi;r>IDE DE UOZET. MACROSCELIDES ROZETI. Duvernoy Caractres spcifiqiiks. Pelage d'un gris de souris, plus fauve en dessus qu'en dessous, avec un peu de jaune et de brun; moustaches longues, composes de poils variant de couleur, tantt jaunes, tantt gris, tantt noirs; oreilles ayant peu de poils; queue semblant forme de petits an- neaux cailleux et imbriqus, ce qui tient la disposition de l'piderme. et offrant des poils roidcs, peu nombreux. Longueur de la tte et du corps : 0"',1C; de la queue, 0'",'12. Cotte espce habite la Barbarie; elle se trouve dans les environs de Bonc et d'Oran, et mme, assure-t-on, d'Alger. M. Wagner a pu l'observer l'tat de libert. Ce Macrosclide se lient princi- palement dans les crevasses de grandes roches dtaches, sur une montagne rocailleuse situe au bord de la mer prs d'Oran; il ne creuse pas de trous profonds, mais il fait pour ses petits une espce de lit dans les broussailles les plus paisses du palmier nain; il se nourrit de larves d'In- sectes, de Sauterelles et de Mollusques terrestres; incapable de casser la coquille de l'IIelix lact, il introduit sa trompe dans cette coquille, et ne laisse pas l'animal le temps de se retirer. 11 marche sur ses quatre pattes, mais il se sert de ses longues jambes postrieures pour sauter sur sa proie. Il fait entendre un trs-petit cri ou sifflement quand il est poursuivi. Ses murs sont trs-douces, et l''iii I Panlhre iiile, vieille. ^CET. K,o. 2, l'.intlire Ifiinello l'I r.i CAIUNASSIKRS. \AU r. l'on peut facilement le tenir en captivit; on le nourrit avec des t;raines de plusieurs sortes, mais il j)rrre tout autre aliment des Insectes, et, lorsqu'on lui en prsente, il les saisit avec avidit. Les autres espces de ce genre, provenant toutes du cap de lonne-Ksprancc, ou plus particu- lirement de la cte sud-ouest de ce pays, sont les Macioscclidcs uipcstris, Sm'ilh; jacii lu s [liliino- vnjs), Liclisteinsten; mclanotis el Alcxandri, Ogilby. QUATRIME TRIBU. TUPAIDS. TUPAWjE. Is. Geoffroy Saint-Hilaire. Plantes des pieds et pnnmcs des mains mies. Corps couvert de poUs. Yeux bien dvelopps. Membres postrieurs normalement dvelopps. Queue touffue. M Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a fond cette tribu sous le nom de famille, et il la place entre les Euplrids et les G maurids.On n'y range qu'un seul genre, celui des Tupain ou Cladohales, propre aux les de la Sonde, et comprenant des Insectivores grimpeurs. Nous y runirons le genre fossile des Palospalax de M. Owen. GENRE UNIQUE. TUPAIA. TUPAIA. Haftles, 1822. Liiincnii Traiisaclioii ot Society ol l.oiuloii, I. Mil. Nom (le pays de l'espce typi(iuc. CARACTRES GNRIQUES. Sijstme dentaire : incisives, |.; canines, ^; molaires, 1^]; en totalit, trente-huit dents; les inci- sives suprieures sont petites, arrondies, crochues, les moyennes plus fortes que les latrales, (pli sont cartes des premires : les infrieures sont longues, obiupies en avant, les (piatre nunp-nnes plus grandes cpe les deux latrales; les fausses molaires, au nombre de (piaire de chaque ct des deux mchoires, sont arrondies, trcs-distanles : les molaires normales sont assez serres, aijantdes tubercules sur la couronne : les fausses molaires infrieures sont trs-anomales. (Fr. Cuvier.) Corps allong, cijlindri(pic . Tcle pointue. Yeux trs-grands. Oreilles peu leves et fort larges. Museau trs-allong, termin par un mufle sur les cts duquel s'ouvrent les narines. Bouche fortement fendue. Langue douce. Moustaches courtes. Membres h cinq doigts, arnu's d'ongles aigus qui se relvent el ne .s'usent pas dans la marche Paumes des mains et plantes des pieds nues; les plantes .s'appliquant en entier sur le .sol. Queue longue, velue, disliipie. Pelage doux, pais. Mamelles ventrales, au nombre de quatre. U 19 140 HISTOIRE NATUl'.KLLE. Ce i^cnrv. avail t fond par A. G. Dosmarest [MammaUxjv, 18'20) sous la dnomination de Gii- sorex {(/lis, Loir; sorcx, Musaraigne); mais le nom de Tiipaia, cr postrieurement par Raffles (Lhmcan Traus. of Soc. of London, 1822), a prvalu. On lui a aussi successivement appliqu plu- sieurs autres dnominations qui sont gnralement rcjctes aujourd'luii; telles sont celles des So- rcxcilis [sorcx, Musaraigne; (jl'ts, Loir) de Diard [Asiniic. lUsearch.. t. XIV, 1822); Hijlocjulc (uXvi, bois; -ja/.-/). Belette) de M. Temminck (Monoijraplncdc Mainnialo()ic, t. I, 1820); Hijlomifs (jr,, bois; p.'j-:, Rat) de M. Millier [Vcrlh. Nerderl. av. Bcz'nt., 1859), et Cladobalcs (/.>.arc:, branche; paivc), je marche) de Fr. Cuvier {Denis des Manmfcrcs, 1825), quoique ce dernier nom soit ciicore quelquefois employ, surtout en France. i I Fig. 51. - Tiipsia Tmin. D'aprs De Ii\airivil!e, le systme dentaire des Tupaia a assez d'analogie avec celui des Musarai- gnes; toutefois, il commence en mme temps ressembler celui des Hrissons. Les incisives sup- rieures sont latrales, coniques, un peu courbes, aigus, fort distantes; la premire plus forte que la seconde : les infrieures sont, au contraire, comprimes, aigus, les deux premires presque gales, serres, dclives et terminales, un peu comme dans les Makis; la Iroisiiue beaucoup plus petite et latrale; la piemire molaire suprieure est de mme forme et grandeur que la premire avant-molaire; mais la correspondante infrieure est en forme de canine : il n'y a plus que six vraies molaires de chaque ct et chaque mchoire suprieurement comme iufrieurement. Le squelette de ces animaux semble, au premier aspect, rappeler celui des Ecureuils, tant par la laille que par la disposition gnrale des pices qui le constituent. H y a quaranie-liuil vertbres : qua- tre cphali(|ues, sQ\)[ cervicales, treize dorsales, sept lombaires, quatre sacreset vingt coccygieunes. La tte, en totalit, prsente une cavit crbrale assez grande; une selle tursique troite; des fosses cribles trs-larges; une orbite complte; une fosse temporale peu profonde; des fosses auditives peu dveloppes : la mchoire infrieure a sa branche horizontale longue et troite. Les vertbres cervi- cales sont courtes, larges, entasses, sans apophyses un peu prononces : les dorsales sont galement courtes et larges; les lombaires plus fortes. Le sacrum est compos de deux vertbres soudes; mais dont une seule est articule avec l'ilon. Les premires vertbres coccygiennes sont courtes, mais elles vont en s'allongeant et eu se rtrcissant vers l'extrmit. L'os IivoIp a une forme particulire. Les CAnNASSIERS. ]f,l cles sont au nombre de treize, et produisent, par leur runion avec les vertbres et le sternum, un thorax court, conique, peu dvelopp. Les membres sont, en ayant ([uehpuvs rapports avec ceux des Musaraignes, encore plus dans la forme de ceux des cureuils que le tronc, par leur allongement et leur lgance. Cette dernire particularit organique indique les murs de ces animaux. En effet, loin de se cacher dans des galeries souterraines, ou de rester sur la terre, ils montent avec agilit sur les arbres. Ces habitudes, et quelques-uns de leurs caraclres extrieurs, parliculiremenl celui tir de leur queue longue et touffue pouvant tre releve sur leur dos, les font ressembler des c'ureuils avec lesquels on les a parfois confondus. Dans une note que M. Paul Gervais a communique l'Acadmie des sciences en 1858, ce natu- raliste cherche dmontrer qu'on doit placer ct des Tupaia le genre Mijrmecobius, fond par M. Waterhouse, et plac par lui dans la sous-classe des Marsupiaux. En comparant les caraclres des Myrmcobies avec ceux des Didelphes, on peut reconnatre, dit M. l'aul Gervais, qu'ils s'en loi- gnent manifestement pour se rappi'ocher davantage de ceux des Insectivores, et, en particulier, de ceux des Tupaias. Les caractres extrieurs du Mijrmecobius, ainsi que ceux fournis par l'examcii de son crne, me semblent, en effet, confirmer l'opinion que j'avance. La tte osseuse du Mijnnv- cob'ius fasciatiis, compare celle des Tupaia, prsente la mme forme gnrale : les orbites, com- pltes dans celle-ci, y offrent, presque un gal degi, la mme particularit; l'angle de la mchoire infrieure, si diffrent de ce qu'il est dans les Didelphes, la branche montante de celle-ci et la po*- siliou (lu condyle sont tout fait semblables. Il n'y a galement (jue deux trous palatins : les ant- rieurs, trs-petits, au lieu de quatre, comme dans les Didelphes, et les dents, quoique diffrentes en nombre, affectent la mme structure et la mme disposition. Nous avons cru devoir indiquer le rapprochement propos par M. Paul Gervais; toutefois, comme il n'est gnralement pas adopi, nous laisserons le genre Myrmcobie avec les Marsupiaux, et nous ne nous en occuperons pas ac- tuellement. On n'a encore donn la description que de quatre espces de Tupaia; toutes de petite taille, et propres l'Asie et la Malaisie. 1. BANXRINGS ou SISRING DES JAVANAIS. TUPAIA JAVANICA. Ralfles. Caractres spcifiques. Pelage brun, tiquet de jauntre en dessus, et de blanchtre en des- sous; une ligne blanche droite, naissant sous le cou, et venant, de chaque ct, se terminer au mi- lieu de l'paule. Longueur du corps : O^.Sl; de la queue, 0'",18. Habite Java. 2. TUPAIA ou TANA. TUPAIA TAXA. Raffles. Caractres spcifiques. Pelage brun, tiquet de jauntre en dessus, roux ferrugineux en dessous, ainsi que dans une petite ligne oblique qui s'tend du cou aux paules. Longueur du corps : 0'",'27; de la queue, O^.IS. Habite Sumatra. 3. PRESS. TUPAIA FERRUGINEA. Raffles Caractres spcifiques. Pelage brun-marron en dessus, blanchtre en dessous; queue gristre. Longueur du corps : 0"'/2l; de la queue, 0'",15. Se trouve Java. f48 HISTOIRE NATURELLE. La dernire espce de ce genre, le Tiipaia Pcfiuanits, a t nouvellement dcrite, par M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, dans le Voyage de Blanger, et provient, comme l'indique son nom, du Pgu. Nous riipprocherons du genre Tupaia le groupe gnrique fossile, indiqu par M. Owen (1844, IJi.st. hr'il. foss. Mamm.). sous la dnomination de Palospalax (naXaio;, antique; oTvaXa?, Taupe), qui, tout en prsentant des caractres intermdiaires aux animaux que nous tudions, particuli- rement au Tiipaia lana, et ceux des ricules, offre aussi certaines particularits des Talpiens. Ce genre Palospalax ne renferme qu'une seule espce, le P maffuns, dont quelques dbris ont t trouvs en Angleterre CIXQUIEME TRIBI . GYMNUHIDS. GYMMURID^. Is. Geotlrov Sainl-Hilaire. Paumes des mains el plantes des pieds nues. (lorps couvert de poils. Yeux bien dvelopps. Membres postrieurs normalement dvelopps. Queue caillense. Cette tribu, repondant la famille du mme nom, ne renferme que le seul genre Gyninure, qui lui-mme ne comprend qu'une seule espce habitant la Malaisie. GENRE UNIQUE. - GYMNURE. CYMNURA Vigors el Horsfield, 1827. Zoological Ji)iini;il, I. 111, ii. 10. ruu,vo.', 1111 ; cupa, queue. CARACTRES GNRIQUES. Sijsime dentaire : incisives, {-; canines, \^; molaires, l^]; la conformation des dents est peu prs semblable h celle des Ilrissous; les i)icisives suprieures sont latrales, simples, en crochet; les deux premires infrieures troites, dclives, presque terminales, et la troisime latrale, plus petite, en crochet; canines toutes bvtgues, troites, aijurs, les supneures ont deux racines; des (piaire avant molaires suprieures, trois sont trs-petites, simples, coniques, presque cfales, et la dernire paisse, triqutre, h talon interne; ces mmes dents, la mchoire infrieure, se rappro- chent de celles des Tanrecs; les deux premires sont petites, coniques, obtuses, et les autres moins leves que les cauiucs; les trois molaires vraies, en haut comme en bas, sont disposes comme dans les Hrissons. [\)e I)L.\iinville.) Corps assez peu dgag. Museau troit, allong, pointu, dpassant la mchoire infrieure. Oreilles arrondies, nues. Yeux petits. Moush((chrs assez, bnigues. Ongles mdiocres, rtracliles. Queue de inoijeniie longueur, grle, nue el squameuse dans une partie de son tendue. l^iltlcs le premier tudia les animaux qui nous occupent, ol il les dcrivit sous le nom de Viverra gipunura; toutefois, comme ils sont trs-distincts des Viverra ou Civettes, avec lesquels le clbre voyageur anglais les laissait confondus, plusieurs naturalistes eurent la fois l'ide de les en spa- CARNASSIERS. 149 rer gnriquement. Lesson et A. G. Desmarest en France, Vigors et llorsfield en Angleterre, tabli- rent en effet, dans la mme anne 1827, une coupe gnrique nouvelle pour le Viverrn gipnnura, et, par un heureux liasard, ou plult parce qu'ils aperurent tous le caractre le plus apparent de ces Mammifres, les uns et les autres donnrent cette subdivision le nom si bien trouv de G//m- niira, qui devint gnrique de spcifique qu'il tait, et ils ddirent l'espce type Raffles. Cepen- dant, comme cette transformation de nom est contraire aux principes d'une saine nomenclature, De Blainville (Comptes roidus de l'Acadmie des Scioices, 1858) proposa de changer la dnomination de Gymnure en celle AKcliinosorex (ey^ivo;, pineux; sorex, Musaraigne), qui rappelle les rapports naturels de ces animaux et en mme temps la nature de leurs poils demi pineux. Mais cette mo- dification nouvelle n'a pas t adopte. Une fois cr, le genre Gxjmnura fut laiss ct des Ci- vettes dans la famille des Carnivores; ce n'est que plus tard que MM. Vigors et Horsfield, ainsi que De Blainville, dmontrrent que ces animaux, par leur systme dentaire et la forme de leur tte, de- vaient tre placs dans la famille des Insectivores et tablir le passage des Tupaia aux Hrissons, dont ils prsentent les caractres communs. Fig; 52. Gymnure de Raffles. On ne connat pas les murs de ces animaux, et leurs dpouilles n'ont mme t envoyes que trs-rarement dans nos collections. On n'en a dcrit qu'une seule espce. GYMNURE DE RAFFLES. GYMNVRA RAFFLESII. Vigors et Horsfield. Caractres spcifiques, Pelage compos de deux sortes de poils : une bourre courte, trs- paisse et trs-douce, et un poil long et dur; le corps, les jambes et la premire moiti de la queue, noirs; la tte, le cou et les paules blancs; une bande noire passant sur les yeux. Longueur de la tte et du corps, 0'",55; de la queue, 0'",28. Cette espce habite les Indes orientales. 130 HISTOIRE NATURELLE. SIXIEME TRIBU. RINACIDS. ERINACEIDjE. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Corps couvert de piquanls. Cette tribu, caractrise d'une manire complte par son systme dentaire d'Insectivore et ses poils transforms en piquants, caractre des plus remarquables et que l'on ne retrouve que chez les Ecliid- urs, dans la division des Monotrmes, correspond la famille des rinacids de M. Isidore Geof- froy Saint-Hilaire. Elle ne renferme que trois genres, ceux des Hrisson, Ericule et Tanrec; le pre- mier propre l'Europe, l'Asie et l'Afrique, et les deux autres particuliers aux les de Bourbon et de Madagascar. 1" GENRE. HRISSON. ERINACEVS. Linn, 1735. Systema uatura;. Erinaceus, nom appliqu anciennement l'espce typique de ce groupe. CARACTRES GNRIQUES. Sijslcme dentaire : incisives, f; canines, {j; molaires, ^^, la premire incisive suprieure est forte, trs spare de l'analogue d'en bas, convergente avec elle, trs-obtuse; les suivantes sont trs- petites et rappellent par leurs formes les fausses molaires; l'incisive infrieure est couche en avant, parallle celle qui lui est contigu; il n'y a pas de canines; les molaires ne sont plus des prismes saillants, leves par leur face triangulaire sur une base, celle-ci est confondue avec les prismes, et ces dents sont devenues tout fait triturantes; elles se subdivisent en haut et de chaque ct en trois fausses et quatre vraies; les deux premires fausses molaires n'ont qu'une seule racine et la premire est la plus grande; la troisime est h plusieurs racines, sa face interne offre un tubercule pointu qui l' paissit beaucoup; la premire molaire vraie est remarquable par le tubercule principal de la face externe et la petite partie tranchante de sa base antrieure; elle prsente, en outre, plusieurs pointes; la deuxime, tout fait triturante, est peu prs carre, avec xine pointe chaque angle; la troi- sime, qui est plus petite que la deuxime, lui ressemble pour la forme; la dernire est petite, com- prime d'avant en arrire, tranchante, avec une ou deux petites chancrures sur le ct externe de son tranchant; les molaires infrieures sont de chaque ct an nombre de quatre fausses et trois vraies; les trois premires fausses molaires n'ont qu'une seule racine, c'est la moifenne qui est la plus grande, les deux autres tant a peu prs d'gale grandeur; la dernire prsente trois pointes disposes en triangle; la premire et la deuxime vraies molaires sont formes de deux parties, une antrieure compose de trois pointes d'gale grandeur, disposes en triangle, et une postrieure compose de deux pointes; la troisime de ces dnis est irs-pelite, avec trois pointes. (Fr.. Cuvikr.) Corps trapu, couvert de piquants en dessus et de poils roides en dessous, pouvant se rouler par- faitement en boule par la contraction des muscles peaussiers. Museau pointu. Narines s'ouvrant sur les cts d'un mufle h contour frang, qui dpasse de beaucoup la mchoire infrieure. Lvres entires, sans sillon ni dcoupures. Yeux de moyenne taille, pupille circulaire et ayant une troisime paupire qui peut les re- couvrir. Oreilles arrondies, plus ou moins courtes. CAl^NASSIERS;. 151 Pieds courts, prscnltml tous chiq do'Kjis, arms d'ongles robustes, propres h fouir la terre. Paumes des mmiis et plantes des pieds nues, (famies de tubercules saillants, recouverts d'une peau douce. Queue nue, courte ou presque nulle. Mamelles au nombre de dix en totalit : six pectorales et quatre ventrales. Pas de ccecum. FIl'. 53. Hrisson d'Europe. Le genre Hrisson, Erinaceus, Tnn des pins remarquables de Ions ceux de la famille des Insecti vores, a t cre par Lidii, qui y comprenait, outre Tespce connue depuis la plus haute antiquit, V Erinaceus Europus, le Tanrec, son Erinaceus ecaudatns, qui forme aujourd'hui, ajuste titre, le type d'un genre distinct Le nom qui est aj)pliqu ce genre, et qui lui a t donn depuis trs- iongtemps, celui de Hrisson, rappelle la particularit la plus saillante de leur organisme, la pr- sence d'pines qui hrissent la peau. Le systme dentaire de ces Mammifres est des plus remarijuablcs, mais les zoologistes sjnt loin d'tre d'accord sur les noms qu'ils doivent appli(|uer aux dents qui le composent. Nous avons donn la formule dentaire admise par Fr. Cuvier, et nous ajouterons, d'aprs ce savant naturaliste, que, dans leur position rciproque, les incisives infrieures correspondent par leur pointe avec la pointe des incisives de l'autre mchoire; que les fausses molaires infrieures agissent par leur pointe contre la face interne et postrieure des deux dernires incisives et des fausses molaires infrieures, et que les molaires, opposes couronnes couronnes, remplissent par leurs saillies les vides qu'elles forment ou qu'elles laissent entre elles, et que la partie antrieure et externe de la premire mo- laire d'en bas agit contre la portion tranchante de la premire molaire d'en haut, et la face post- rieure de la dernire molaire infrieure agit contre la face antrieure de la petite dent comprime qui termine la srie des molaires suprieures. G. Cuvier, et d'aprs lui A. G. Desmaresl, admettent pour les Hrissons un systme dentaire complet, et la formule qu'ils donnent est : incisives, f; ca- nines, }^; molaires, | 'j, ce qui, en totalit, donne trente-quatre dents; pour ces naturalistes les incisives intermdiaires de la mchoire suprieure sont fort longues, cartes l'une de l'autre, cylin- driques et diriges en avant, et les infrieures sont proclives; les canines sont plus petites que le? molaires, et ces dernires rappellent un peu celles des Carnivores. PourMM. Etienne et Is. Geoffroy Saint-Ililairo, il n'y aurait que deux sortes de dents, et, au contraire de ce que pense F. Cuvier, ce se- raient les incisives qui manqueraient. Enfin De Blainville a galement une opinion diffrente comnin on peut le voir par le passage que nous transcrivons de son Oslograplne : Chez les Hrissons proprement dits, le systme dentaire est encore aussi anomal au moins que dars les Tupaias; eu ef- fet, le nombre total de dix dents en haut n'est que de huit en bas, par le manque de l'incisive et de l'avant-molaire intermdiaire, et la forme ainsi que la proportion des canines. Les trois incisives de la mchoire suprieure sont compllemeit latrales, simples, coniques, verticales, la premire nota- ^50 HISTOIP.E NATURELLE. blement plus longue que les deux autres; les deux de la maudibule sont dclives, surtout la pre- mire, bien plus'longue et plus large. La premire maxillaire est trs-petite, deux racines et une seule pointe, comme les avant-molaires, et celle qui lui correspond en bas est plus large et oblique la couronne, imbriquant la dernire incisive. On compte trois avant-molaires en haut, dont les deux antrieures simples et presque semblables, et la troisime, sorte de principale, est carre sa base et triqutre, tranchante, couronne oblique, tandis qu'en bas il n'en existe que deux, une pre- mire trs-petite et une dernire triqutre, souleve et trois cornes sa partie antrieure, avec un talon simple pour la postrieure. Des trois vraies molaires d'en haut, la premire et la seconde ont leur couronne carre, surtout celle-l, avec un tubercule mousse chaque angle, la postrieure s'- chappant en outre en un lobe tranchant dirig en dehors et en arrire, et la troisime beaucoup plus petite, oblique, presque tranchante la couronne. A la mchoire infrieure, les deux premires sont galement de mme l'orme, si ce n'est que l'antrieure est souleve par trois pointes et la pos- trieure en talon deux pointes; quant la troisime, elle est beaucoup plus petite, et c'est le talon qui est plus lev que la partie antrieure, devenue presque rudimentaire. La disposition des al- voles offre une srie simple de cinq trous arrondis, dont le premier est le plus grand, et le deuxime le plus petit et le plus rentr, et au del deux sries, l'une externe, de dix trous, assez bien rap- prochs deux deux, les premiers bien plus petits et plus serrs; l'interne de quatre, en gnral plus grands et comme bilobs. Lifrieurement, il n'y a que onze alvoles, les quatre premiers ser- rs, ronds, un peu obliques, les six suivants deux deux, plus grands et verticaux, et enfin un dernier vas et rond. L'importance du sujet dont nous venons de nous occuper nous a engag nous tendre autant que nous l'avons fait; pour plus de dtails, nous renvoyons nos lecteurs aux ouvrages des auteurs que nous avons cits et l'article Hrisson, insr par M. Emile Baudemeni dans le tome VI du D'ict'wuiiu'irc loiiverscl d'Hisluire nuttirellc. La forme gnrale du squelette des Hrissons revient un peu, parle raccourcissement du tronc et des membres, celle de la Taupe; le tronc est mme encore plus court par suite de la brivet de la queue. Plusieurs naturalistes, et spcialement Buffon, Daubenton, Et. Geoffroy, G. et Fr. Cuvier, De Blain- ville, etc., se sont occups de l'oslologie de ces animaux, et nous allons en dire quelques mots d'a- prs le dernier zoologiste que nous venons de nommer. Dans ces animaux, et plus particulirement dans VErinaceus Europus pris pour type, il y a quarante sept vertbres : quatre cphaliques, sept cer- vicales, quinze dorsales, six lombaires, trois sacres et douze ou treize coccygiennes, et toutes ces vertbres sont en gnral courtes et fort serres entre elles. Les vertbres cphaliques commencent manifestement la tendance la brivet du tronc, aussi bien dans leur partie basilaire, profon- dment canalicule, que dans les arcs qui composent la vote du crne. Le rocher est petit, pres- que arrondi, convexe, lgrement saillant en dehors Les osselets de l'oue sont assez ramasss. La caisse du tympan est forme par un os assez large et laissant une ouverture grande, oblique et arrondie. Le mastodien est triangulaire. Le squammeux s'largit en dehors. La tte osseuse, considre en totalit, est courte, ses deux lignes longitudinales forment un angle de 15o environ; ses deux orifices externes sont tout fait terminaux; Fexlrieur l'orbite est incomplet et confondu entirement avec une fosse tenijiorale trs-grande, et l'intrieur la cavit crbrale n'offre toujours de bien prononc que la loge du lobe olfactif. La mchoire infrieure, ])resque aussi longue que la tte, est forte cause de sa largeur et de sa brivet, et offre surtout une courbure gnrale assez remarquable. Les vertbres cervicales sont larges, courtes, aplaties dans leur corps, surbaisses dans leur arc, en toit, mais sans apophyse pineuse, sauf l'axis, o elle est mme assez peu leve et arrondie; mais elles ont, au contraire, des apophyses transverses fortes. Les vertbres dor- sales ont le corps galement assez lai'ge, mais rond, et l'arc serr, pres(|ue imbriqu, avec une apo- physe pineuse large, conligue et un peu leve. Les vertbres lond)aires, peine plus fortes que les dorsales, oi!l le corps trs-cylindri(pie : leur apophyse pineuse est arrondie, peine plus leve, et les tubercules suprieurs des articulations sont aussi levs qu'aux doi'sales, mais il n'y a pas d'a- pophyses transverses. Le sacrum, foi'in par les vertbres sacres soudes ensemble, est un peu cu- niforme. La deuxime vertbre eoccygienne et les suivantes, les antrieures surtout, n'ont plus gure que des apophyses articulaires et transverses et pas d'os en V. L'hyode, compos de neul pices, a sou corps transverse, aplati, dilat un peu aux extrmits. Le sternum a pris le caractre raccourci de tout le squelette; aussi les cinq pices dont il se compose sont-elles larges, paisses et .^ESStf^ Fin. 1. CttKi.s or.liroptis. l'i-. -. Ch.ical. PI. ^0 CARNASSIERS. 153 assez courtes, sauf le manubrium, qui est toujours un peu plus long; le xiphode, au contraire, est si court, qu'il semble rudimentaire. Les ctes, au nombre de quinze, huit vraies et sept fausses, sont larges, assez fortes, assez longues, courbes en dehors et surtout sur leurs bords; les deux dernires sont mme presque toutes droites, trs-petites, tandis que la premire est notablement plus paisse et plus courbe. Les membres sont peu prs gaux en longueur, mais les antrieurs sont un peu plus robustes que les postrieurs. L'omoplate, de la longueur de l'humrus, est troite, triangulaire et cavit glnode offrant une apophyse coracode paisse, assez avance. La clavicule est longue, aplatie, et n'offre qu'une seule courbure. L'humrus, assez court, ro- buste dans ses crtes et ses tubrosits, prsente la particularit unique dans cette famille d'tre ouvert dans la cavit olcranienne et de n'tre pas perc au condyle interne. L'avant-bras est assez bien comme dans les Musaraignes, le cubitus tant cependant plus large et plus comprim, et son olcrane comme tronqu, pais, mais non dilat, ni contourn. La main est galement courte, le carpe compos du mme nombre et des mmes os que celui des Tupaias, seulement avec des formes et des proportions un peu diffrentes : il y a trois os au premier rang, un l'intermdiaire et quatre au second, sans compter les ssamodes. Les doigts tant aussi bien dans les mmes proportions que dans les Musaraignes, les os qui les composent suivent ces proportions; cependant les mtacarpiens sont notablement plus courts et plus robustes, et les onguaux un peu plus longs. Les membres pos- trieurs rentrent aussi dans la forme de ceux des Sorex. Ainsi le bassin s'articule par un ilon assez largi avec les vertbres sacres ; il n'y a pas de symphyse pubienne , quoique les dtroits soient considrablement agrandis. Le fmur est trs-robuste, aplati, largi suprieurement par un troisime trochanter en forme de crte, et infrieurement par une large poulie cartant les deux tu- brosits, d'ailleurs fort paisses. Les deux os de la jambe, en se soudant intimement dans la moiti infrieure de leur longueur, reproduisent ce qui existe dans presque tous les Insectivores, except chez les Tupaias et les Tanrecs. Dans le pied, le pouce est plus court proportionnellement que chez les Musaraignes; la tubrosit du calcanum est plus large, plus recourbe en dessous, et les mta- tarsiens sont bien moins longs en proportion, ce qui indique une marche plus essentiellement plantigrade. La rotule est fort paisse, troite, semi-cylindrique, arrondie aux deux extrmits. Il n'y a pas d'os du pnis. Les Hrissons sont des animaux de taille moyenne. Leur nourriture ordinaire se compose princi- palement d'Insectes, de Mollusques, de Crapauds et de petits Mammifres Ils sont trs-voraces et trs-avides de chair; ils peuvent, toutefois, se passer assez longtemps de nourriture. Ils man- gent aussi des racines et des fruits, et quelquefois des bourgeons, mais ils ne montent pas sur les arbres, comme on l'a prtendu, leurs ongles ne pouvant leur permettre de grimper, et ils n'empor- tent pas non plus les fruits en les perant avec leurs pines, comme on l'a prtendu, car il leur serait, en effet, impossible de se dbarrasser ensuite de leur butin. C'est galement tort que les anciens naturalistes rapportaient que ces animaux s'approvisionnaient pour l'hiver dans le creux des arbres; cela ne leur serait d'aucune utilit, puisqu'ils passent en lthargie la saison hibernale. Comme les Lapins, ils supportent aisment la privation d'eau. Pallas dit qu'ils peuvent impunment manger plus d'une centaine de Cantharides sans prouver aucun accident, tandis que la plupart des Carnas- siers n'en mangeraient pas une seule sans ressentir les douleurs violentes d'un empoisonnement, et qu'un petit nombre de ces Insectes leur donnerait invitablement la mort. Si ce fait, avanc par un naturaliste en qui on doit avoir toute confiance, tait vrifi par des observations nouvelles, il serait trs-intressant pour la physiologie, et nous appelons sur lui l'attention des personnes qui pour- raient le constater. Le Hrisson tablit sa demeure dans les trous au pied des vieux arbres, sous la mousse, sous les pierres, dans tous les trous forms par les corps qui se trouvent la surface du sol, ou dans des anfractuosits de terrain. Il y reste plong dans l'obscurit pendant le jour, et ne sort gure mo- mentanment du repos dans lequel il est comme engourdi que pour chercher sa proie, ce qu'il fait surtout vers le crpuscule, et, ds qu'il a trouv la matire animale dont il se nourrit, il la dvore et rentre dans son immobilit. Les formes paisses de cet animal, ses membres courts, sa marche plantigrade, tout indique un tre lourd et indolent; son intelligence est trs-borne, et Ton n'a russi que trs-rarement l'apprivoiser. H deviendrait trs-souvent la victime des Carnivores, s'il n'avait reu de la nature une armure puissante qui arrte l'imptuosit de ses adversaires. Cette armure, 15 20 154 HISTOIRE NATURELLE. dil M. Emile Bauclement, ne consiste pas dans un organe particulier cr exclusivement dans ce but; elle n'est autre chose qu'un large bouclier form par la peau, dont les poils, lgrement modilis, sont devenus des pines acres. Ces piquants, qui garnissent le sommet de la tte, le dos, les paules, la croupe et les cts du corps, sont de forme conique, et se rtrcissent leur base en une sorte de petit pdicule qui les attache la peau. Ils sont blanchtres dans les deux tiers de la lon- gueur, prsentent ensuite un anneau d'un brun noirtre, et sont termins par une pointe d'un blanc terne. Dans toute l'tendue du bouclier hriss de ces piquants, on ne trouve aucune aulre espce de poils. Le front et les cts de la tte, la gorge, la poitrine et le ventre, les aisselles et les jam- bes, sont couverts de poils soyeux et durs, bruntres ou blanchtres, au-dessous desquels se trouve une bourre paisse, presque toujours peuple par des Parasites. La peau est noire partout o elle est couverte de piquants; elle est d'un blanc roux dans ia partie o elle est revtue de poils; le museau, les oreilles et les doigts, sont d'un brun violet. Le tour des yeux et des lvres, le mu- seau, les oreilles et le dessus des doigts, sont dpourvus de poils, et on ne trouve que de lgres moustaches sur le ct de la lvre suprieure. La queue, trs-courte et noire, est nue el de couleur brune. Quand le Hrisson n'est pas inquit, les piquants restent couchs en arrire; son corps se prsente alors comme une masse oblongue, convexe, porte sur quatre jambes trs-courtes dont on n'aperoit que les pieds, et termine, en avant, par un museau mince. Mais, est-il effray par quel- que bruit, essaye-t-on de le saisir ou de le toucher, est-il menac par quelque Carnassier, il se pe- lotonne aussitt, en flchissant la tte et les pattes sous le ventre; ce n'est plus un animal; on ne voit qu'une sorte de boule hrisse de piquants entre-croiss en tous sens, qu'on ne saurait prendre d'aucun ct, et devant laquelle s'arrte l'audace de celui qui l'attaque, qui n'ose aller dchirer sa gueule et ses pattes sur cette pelote menaante. Cependant, et ce fait est racont de- puis la plus haute antiquit, le Renard ne se laisse pas rebuter par ces difficults, et il parvient, non sans avoir reu de nombreuses blessures, forcer son ennemi se dvelopper. On a pu aussi dresser des Chiens cette chasse. C'est la peur qui rend le Hrisson immobile pendant cette d- fense toute passive; c'est aussi la peur qui l'oblige rpandre son urine, dont l'odeur ambre, ds- agrable, loigne encore, dit-on, les assaillants. Quand les Hrissons n'ont rien qui les inquite, leurs piquants, si hrisss lorsqu'ils se mettenten dfense, sont couchs en arrire les uns sur les autres comme le poil des autres Mammifres. Pour que ces Insectivores puissent, ainsi que nous l'avons dit, hrisser si fortement leurs piquants, il leur fallait une disposition particulire de certains de leurs muscles. C'est ce qui a lieu en effet, et leurs peaussiers sont trs-dvelopps et disposs d'une manire admirable pour cet usage, ainsi que pour permettre aux diverses parties de Taniuial de se transformer en une espce de boule. Les intestins sont assez dvelopps; mais il n'y a pas de ccum. Les piploons, le foie, la raie, les reins, sont logs dans d'normes paquets de graisse; et ces paquets graisseux, trs-volumineux avant l'poque o l'animal doit se mettre en lthargie, le sont, au contraire, trs-peu celle o il sort de son tat d'engourdissement annuel. C'est, en quelque sorte, une espce de nourriture qui sert con- server la vie ces animaux pendant qu'ils ne prennent pas de nourriture extrieure. La parotide, les glandes maxillaires, sous-maxillaires et cervicales, peuvent quelquefois ne former qu'un seul et mme appareil runi au thymus. Le systme nerveux prsente des dispositions paiticulires; nous nous bornerons noter que la moelle pinire se termine, assure-t-on, la deuxime vertbre lom- baire; le nerf optique est presque rudimentaire, et il en rsulte que leur vue est faible et trs-peu tendue, surtout pendant le jour. Si les Hrissons passent le jour dans un tat d'inaction et de somnolence peu prs complet, et s'ils restent caches dans les pierres, sous les troncs des vieux arbres ou dans la mousse qui couvre leurs racines, ils deviennent, au contraire, assez actifs pendant la nuit, et marchent presque toujours, n'approchant pas des habitations et recherchant la proie dont ils doivent se nourrir. On ne les voit pas boire, dit-on; quoiqu'ils mangent beaucoup, ils peuvent supporter une longue dite. Ils sont trs-carnassiers, et mangent parfois des cadavres de grands Mammifres nouvellement morts, et qu'ils trouvent dans les bois. Ils font mouvoir sans cesse autour d'eux leur mufle, la manire des Co- chons, fouissent la terre une petite profondeur, et prennent le vent avec une trs-grande dlica- tesse. Ils se jettent l'eau quand le pril est imminent, et nagent pendant longtemps avec une grande facilit. Un fait trs-remarquable a t signal par MM. Prvost et Dumas sur la rsistance qu'oppose CARNASSIERS. 155 e flrisson Tasphyxie; plusieurs fois ces savants l'ont vu, aprs un sjour de douze quinze mi- nutes sous l'eau, reprendre rapidement ses facults et courir comme auparavant, tandis que la plu- part des animaux sang chaud auraient trouv, dans cette immersion, une mort trs-prompte. Us ne causent que peu de dgts dans les jardins et dans les parcs; ils peuvent mme y rendre d'utiles services, en dtruisant un grand nombre de petits Mammifres, d'Insectes et de Mollusques nuisi- bles. Il parat que sur les bords du Tanas et Astracan, on les lve dans les maisons comme les Chats, et qu'ils rendent peu prs les mmes services que ces Carnivores. On en voit parfois, dans nos climats, en domesticit; on peut mme les faire obir la voix de Thomme, et l'on en a vu qui se droulaient et se laissaient manier sans cesse au commandement de leurs matres. La captivit leur est nanmoins odieuse; la mre abandonne ses nouveau-ns dans l'esclavage ds qu'elle peut s'en tirer elle-mme; l'on amme remarqu des femelles, troitement renfermes, dvorer leurprogniture. L'accouplement a Heu au commencement du printemps, et c'est pendant la nuit que les mles re- cherchent leurs femelles. Les testicules sont gros, presque cylindriques, dpourvus de scrotum; les vsicules sminales ont un volume beaucoup plus considrable que celui des testicules, et forment, de chaque ct, de trois cinq paquets, composs chacun d'un tube parois minces et membraneuses, qui se replient un trs-grand nombre de fois et se runissent ensuite en un canal unique; il y a, en outre, des vsicules accessoires galement trs-dveloppes, et que l'on ne doit pas confondre, comme l'ontfait certains naturalistes, avec les prostates, qui manquentchezcesanimaux, ainsi que les glandes de Cowper. La verge est dirige en avant, et comme dcoupe en trois lobes figurant un trfle. Les reins ne sont pas diviss, et leurs capsules en sont peu prs le seizime en volume. Les organes fe- melles n'offrent gure de particularits diffrentielles; cependant, l'ovaire est galement trs-divis. A l'poque des amours, les vsicules sminales sont extraordinairement gonfles, et les testicules se glissent en quelque sorte du bas-ventre sous la peau du prine ou sous celle de l'aine. Les piquants de la peau ne forcent pas le Hrisson s'accoupler face face, debout ou couch, comme l'avaient suppos plusieurs naturalistes; il s'accouple la manire des autres Mammifres. On ne sait pas au juste la dure de la gestation; mais c'est vers la fin de mai qu'on trouve les jeunes nouveau-ns. La porte est de trois sept petits, dont la peau est blanche et parseme de poils qui indiquent la place des piquants. Ils naissent les yeux et les oreilles ferms. Pendant l'hiver, les Hrissons se retirent dans des trous o ils restent plongs dans un engour- dissement lthargique complet. Dans l'tat de veille, leur temprature, comme celle des autres ani- maux hibernants, est peu prs aussi leve que celle des Mammifres qui n'hibernent pas, et elle est d'ailleurs toujours plus leve que la temprature de l'atmosphre, bien qu'elle soit un peu en rai- son de celle-ci. Parmi les animaux hibernants, le Hrisson est un de ceux qui s'engourdit le plus fa- cilement et le plus profondment; il tombe dans l'tat lthargique quand le thermomtre est encore six et mme sept degrs au-dessus de zro. En se rveillant, il lui faut de cinq six heures pour reprendre sa temprature ordinaire, et, si une excitation ou une temprature plus leve l'- veille, il retombe ensuite dans son engourdissement quand cette mme temprature vient changer. Dans nos pays, la chair des Hrissons n'est pas estime; elle ne laisse pas de l'tre cependant en Espagne, o elle passe pour une viande de carme. Anciennement, on se servait des peaux de ces animaux pour dmler ou serancer le chanvre; mais, maintenant, on emploie des peignes dont l'u- sage est infiniment prfrable. On ne connat d'une manire bien complte que deux espces de Hrissons, qui sont propres l'Europe, tant tempre que septentrionale; toutefois, dans ces derniers temps, on a donn la des- cription de sept autres espces qui seraient particulires l'Asie et l'Afrique, et qui sont encore loin d'tre connues d'une manire assez suffisante pour tre dfinitivement admises dans le catalogue des Mammifres. En outre, certaines espces, autrefois places dans ce groupe naturel, ont d, mieux tudies, servir de types pour des genres distincts ou rentrer dans des divisions dj cres. C'est ainsi que les Hrissons de Madagascar et soyeux, plus connus sous les noms de Tanrec et de Ten- drac, forment les genres Tanrec et ricule; que le Hrisson de Sibrie n'est qu'une varit du H- risson d'Europe; que les Hrissons de Malacca et d'Amrique sont des espces de Porcs-pics, et, enfin, que les Hrissons cuirasss sont des Tatous. On a signal, l'tat fossile, des dbris qui doivent se rapporter ce groupe naturel d'Insecti- vores. C'est ainsi que M. Schmerling a trouv, dans les cavernes d'Engihoul et d'Engis, auprs de 156 HISTOIRE NATURELLE. Lige, des fragments de (rois demi-mchoires infrieures qui doivent, sans nul doute, se rapporter au Hrisson commun, VErnaccus Enropus; et, ce qui est digne de remarque, c'est que ces os se sont rencontrs, briss et disperss comme ceux des espces teintes, diffrentes profondeurs dans la terre ossements, et par consquent avec des dbris d'espces que l'on regarde comme perdues. De Blainville dcrit aussi des dbris fossiles de trois espces plus ou moins voisines des Hrissons, et dcouverts, en Auvergne, dans un terrain fluviatile. Ce sont : 1" son Erinacciis Arvernensis, fond principalement sur une portion peu prs complte de tte, dcouverte par M. l'abb Croizet, et dont les dents montrent un grand rapprochement avec celles de nos Erhiaceus aujourd'hui exis- tants; 2" son Erinaccus soricino'ules, qui comprend une moiti gauche de mchoire infrieure qui se rapporte un animal fossile reprsentant un degr d'organisation insectivore intermdiaire aux Mu- saraignes et aux Hrissons, et dont la taille tait assez considrable; et 3" son Erinaccus [Centelcs] aniHiuus, provenant de la collection de M. De Laizer, et consistant en un fragment de mandibule du ct gauche; ce dernier fossile semble se rapporter une espce du genre Tanrec, ce qui est on ne peut plus remarquable, puisqu'on ne retrouve plus les espces actuellement vivantes de ce groupe qu' Bourbon et Madagascar; mais l'on doit encore conserver quelques doutes relativement cette espce, car l'on ne connat pas assez de dbris pour pouvoir la dterminer positivement 1 . HKRISSON. ERINACEUS. Linn. Caractres spcifiques. Corps oblong, convexe en dessus; tte trs-pointue; oreilles courtes, larges, arrondies; yeux saillants; cou trs-court; jambes trs-basses, laissant toucher le ventre terre dans la marche; parties suprieures du corps revtues de piquants roides, trs-aigus leur ex- trmit, peine longs de O^jOo, implants par petits groupes, divergents et s'entre-croisant dans toutes les directions, ayant chacun la pointe blanchtre, ainsi que les deux tiers de la longueur de- puis la racine, et un anneau brun dans le commencement du troisime tiers; museau, front, cts de la tte, dessous et cts du cou, poitrine, aisselles, jambes, couverts de poils rudes d'un blanc jau- ntre sale; pieds et queue revtus de poils courts et roides. Mesure du corps depuis le haut du mu- seau jusqu' lanus, 0'",20; de la queue, O^.OO^. Le Hrisson avait reu des Grecs le nom d'Ex^vo?, et des Latins celui ! Erinaccus, qu'on lui a g- nriqucment conserv dans nos nomenclatures zoologiques modernes. Beaucoup de naturalistes ont distingu deux races dans le Hrisson commun, et quelques-uns d'entre eux les ont mme regardes comme des espces distinctes. L'une de ces races porte le nom dllKiiissoN-CHiEN (Erinaccus caninus), Et. Geoffroy, et l'autre celui d'HnissoN-PoRC {Erinaccus suillus, Et. Geoffroy). Leurs caractres particuliers sont tirs de la forme du museau, qui ressemble celui du Chien dans la premire, et qui, dans la seconde, rappelle le groin du Cochon. Outre son museau plus court et plus mousse, le Hrisson-Chien n'aurait pas les crtes occipitales qu'Etienne Geoffroy Saint-IIilaire a trouves dans le Hrisson-Porc; chez celui-ci l'tendue de la peau couverte de piquants serait moins considrable; la queue serait plus longue et plus mince, et les poils plus grossiers, plus roides et d'un roux fonc. Perrault assure que le Hrisson-Chien est plus rare, et Ray affirme, au contraire, que le Hrisson-Porc ne se rencontre pas en Angleterre. Daubenton, de son ct, aprs avoir examin plusieurs Hrissons qu'on lui prsentait comme appartenant l'une et l'autre de ces deux races, dit ne pas avoir reconnu de diffrences tant soit peu considrables entre elles; il conteste Perrault la valeur de ses observations et Texactilude de ses dessins, en mme temps qu'il se sert de la contradiction qui existe entre les assertions de Perrault et celles de Ray, comme d'une induction contre l'existence des deux races. . G. Desmarest semble tre du mme avis que Daubenton : il pense que les diffrences qu'on a pu remarquer dans cette espce ne sont peut-tre que des diffrences de sexes, et nous admettrions ce point comme entirement clairci si l'opinion d'Etienne Geoffroy Saint-Ililaire, qui est d'un grand poids scientifique, ne venait le con- tredire. CARNASSIERS. 157 On peut regarder galement comme varit du Hrisson d'Europe l'animal que Sba dsignait sous le nom spcifique de Hkrisson de Sibip.ie, et que Pallas nomme Erinaceus Silnrlcus; en effet, il ne s'en distingue pas d'une manire bien manifeste et n'en diffre gure que par ses oreilles plus simples et par le bord de ses narines ne prsentant ])aa de dcoupures. Les dtails de murs dans lesquels nous sommes entr en parlant du genre se rapportent tous cette espce : aussi n'y reviendrons-nous pas. Nous dirons seulement que cet Insectivore fixe son domicile dans les bois ou dans les haies paisses, et vit dans l'isolement; que sa retraite ordinaire est le creux d'une souche, ou un trou sous une grosse pierre ou une roche, et quelquefois aussi il se cache dans la mousse ou les feuilles sches. Ce Hrisson se trouve gnralement rpandu dans toutes les rgions de l'Europe, et il semble avoir le Volga pour limite. C'est le seul de nos Mammifres d'Europe dont le corps soit arm d'- pines et qui jouisse de la proprit de pouvoir se pelotonner et se transformer en boule. Sa chair n'est pas bonne manger; chez les anciens, il tait l'objet d'une chasse importante, parce qu'on se servait de sa peau comme de cardes pour peigner les laines. Pline rapporte que le monopole de cette marchandise, accapar par la fraude, donnait de grands bnfices, et qu'il n'est point d'objet sur lequel le snat ait port plus de dcrets, ou propos duquel les empereurs aient adress plus de plaintes aux provinces. Aujourd'hui les piquants sont employs comme pingles dans les laboratoires d'anatomie pour attacher les prparations qui doivent tre conserves dans l'alcool. Jadis on s'en servait en mdecine contre lincontinence d'urine, surtout contre celle qui suit parfois les accou- chements difficiles, et contre l'hydropisie. Lmery dit que sa chair a bon got et fournit un bouillon diurtique et laxatif, et il rapporte diverses proprits attribues son foie, sch et pulvris. Enfin M. Carbarcini de Campiglio a employ assez rcemment le fiel, qui a une odeur musque trs- prononce, pour prparer une eau distille propre suppler au musc. 2. HERISSON A LONGUES OREILLES. ERINACEUS AURITUS. Pallas. CARACTi^:RES SPCIFIQUES. Muscau court; oreilles grandes; piquants non runis par touffes ou pis leur racine, spars et courbs en arrire, dans le repos de l'animal; narines denteles comme la crte d'un Coq; jambes un peu plus minces et plus longues que celles du Hrisson d'Europe; queue un peu plus courte, conique, presque nue; poils plus fins; museau garni de quatre ranges de moustaches; piquants blancs la base, avec une zone fort troite de brun noirtre sur le milieu, et du jauntre leur pointe; iris de l'il bleutre; queue d'un blanc jauntre. Taille un peu moindre que celle de l'espce prcdente. Outre les caractres spcifiques que nous venons d'indiquer, on peut ajouter que le Hrisson longues oreilles diffre du Hrisson d'Europe en ce que ses piquants sont cannels, et les cannelures bordes de petits tubercules; que ses oreilles atteignent presque la moiti de la tte en hauteur, et qu'elles sont brunes au bord et blanches intrieurement; que les poils qui recouvrent le dessus du corps sont blancs; que les yeux sont plus grands, etc. 11 parat aussi que la femelle fait deux por- tes par an et que chacune de ses portes est compose de six sept petits. Pallas a constat que cet animal prouvait, comme notre espce, un engourdissement hibernal. Une autre particularit re- marquable, c'est que, moins bien arm que le Hrisson d'Europe, il devient plus facilement la proie des animaux qui l'attaquent, et il parat que les Flamants en dtruisent un grand nombre prs de l'Oural et du Yaik. D'aprs M. Emile Baudement, le Hrisson longues oreilles prsenterait galement quelques dif- frences anatomiques; c'est ainsi que, d'aprs le naturaliste que nous venons de citer, cet Insecti- vore aurait dix-neuf vertbres dorsales et lombaires, treize ctes avec le rudiment d'une quatorzime; le Hrisson d'Europe ayant quatorze ctes avec le rudiment d'une quinzime; le premier aurait donc six vertbres lombaires et le second sept. En outre, la clavicule du Hrisson d'Europe serait plus courbe que celle du Hrisson longues oreilles. 158 HISTOIRE NATURELLE. Cet animal liabito principalement la province crAstracan, vers la partie infrieure du Volga et de l'Oural, ainsi qu' rorient, en de du lac Raikal. Mais on le trouve aussi dans un tout autre pays; c'est ainsi qu'iienne Geoffroy Sainf-Hilaire Ta dcouvert en Egypte, ce qui lui a fait donner par ce naturaliste le nom de Hrisson d'fiypic. Car il est bien dmontr que ce dernier animal ne doit pas former une espce particulire, ainsi qu'on l'a cru pendant quelque temps. Les autres espces, signales dans ces derniers temps et dont nous nous bornerons citer les noms, sont les Er'maceus concolor, Martin, de Trbizonde; spatcmgus et Graiju, Bennett, de l'Hi- malaya; collaris, Gray, de Tlnde continentale; frontalis, Bennett, du sud de TAfrique, et Capensis, Smith, du cap de Bonne-Esprance. S-"^ GENRE. RICULE. EIUCULUS. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, 1837 Comptes rendus de l'Acadmie des sciences. Diminutif A'Erinaceus, nom latin du genre Hrisson CAKCTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, |; canines, \^\; molaires, fE^, dont fausses molaires, \^{, et vraies molaires, j^; en totalit trente-six dents; incisives non spares des molaires, comme chez les Tanrecs, par de grandes canines semblables celles des Carnivores; de chaque ct et chaque mchoire, la canine est presque continue la fausse molaire; mchelieres ressemblant, par la fonne gnrale, celles des Tanrecs; mais cajant, transversalement, plus d'tendue leur couronne, et les fausses molaires tant beaucoup plus petites. (Isid. Geoffroy.) Tte plus allonge que dans les Hrissons, et moins que chez les Tanrecs. Membres courts. Pieds pentadactyles; le doigt mdian le plus long de tous : les latraux plus courts. Queue peu apparente, trs-courte. Pelage compos de trois sortes de poils; les tins, en petit nombre, ordinaires, les autres trs-longs, et les derniers, plus nombreux, transforms en piquants trs-rsistants. Fi g. 54. ritu'.c tcndrac. Le genre ricule a t cr, par M. Isidore Geoffroy Saint-IIitaire (1857, Comptes rendus de l'Acadmie des sciences, et 1839, Magasin de Zoologie, de M. Gurin-Mneville), pour un genre d'Insectivores dans lequel il place le Sora et le Tcndrac de Buffon, et qui, par l'ensemble de ses caractres, offre la transition des Hrissons aux Tanrecs. M. Martin (1838, Procecdings of Zoolo- gical Society of London), qui ne connaissait pas le travail du savant professeur de Mammalogie CARNASSIERS. 159 du Musum de l'Histoire naturelle de Paris, a appliqu ce mme ^enre la dnomination d'Ecln- nops (s/.tvo;, pineux; w]^, aspect), qui n'a pas d tre adopt : et il en est de mme du nom de Tendrac, indiqu par De Blainville. Le systme dentaire des ricules offre des rapports mixtes avec ceux des Hrissons et les Tanrecs; d'une part, en effet, selon M. Isid. Geoffroy, auquel nous empruntons le passage qui va suivre, les molaires sont en mme nombre, et peu prs de mme forme que chez les Tanrecs; et, de Tautre, les grandes canines, comprimes, pointues, qui forment le caractre minemment dislinctif de ceux-ci, et les rendent, seuls entre les Insectivores, comparables, par leur systme dentaire, aux Carnivores, sont remplaces par des dents que Ton pourrait prendre seulement- pour les premires fausses molaires. La premire incisive suprieure un peu comprime, ayant en arrire un petit talon, mousse son extrmit, prsente une plus grande surface en dehors; elle est spare de sa cong- nre par un intervalle assez tendu, absolument comme chez les Hrissons; la seconde incisive, s- pare aussi par un intervalle, soit d'elle, soit de la canine, a la mme disposition et offre de mme, en arrire, un petit talon; mais elle est plus courte. La troisime dent vient immdiatement derrire la suture de l'intermaxillaire, et a, par consquent, la position d'une canine; mais la forme en est tout autre. Elle est comprime, et prsente en arrire un talon trs-peu distinct du reste de la couronne, qui reprsente, dans son ensemble, un triangle. La dent qui suit celle-ci, ou la fausse molaire, est plus petite et de forme triangulaire; elle est spare par un petit intervalle de la canine, et contigu la premire des vraies molaires. Chacune de celles-ci porte une grande mi- nence qui compose, elle seule, presque toute la couronne, et qui se termine par une surface trs- allonge, peu prolonge, dirige obliquement de dehors en dedans, et d'arrire en avant : l'angle interne de cette surface s'lve en une pointe assez aigu. La cinquime molaire, qui est peu prs de la mme forme que les autres, est beaucoup plus pelite; elle n'a que deux racines, comme la fausse molaire, tandis que les autres mchelires en ont trois. Les incisives infrieures ne ressemblent ni celles des Tanrecs ni celles des Hrissons : la premire, spare de son homologue par un inter- valle peu tendu, est trs-petite, et a en dedans un talon tellement petit, qu'on l'aperoit peine; elle prsente, en avant, une surface troite en bas, dilate en haut; la deuxime incisive, grande, lui est contigu; sa face principale est tourne en dehors; elle a, postrieurement, un talon bien marqu. La dent qui vient ensuite, et que l'on doit considrer comme la canine infrieure, est un peu plus grande, et a deux petits talons : l'un en avant, l'autre en arrire; sa forme gnrale est celle d'un triangle dont le sommet est dirig en haut et un peu en ardre. Lorsque les mchoires sont rapproches, ce sommet se trouve plac en avant de la pointe de la canine suprieure. La fausse molaire reprsente de mme un triangle deux talons : l'un antrieur, l'autre postrieur; mais elle est plus petite que la canine. Les quatre premires mchelires ont chacune '^ar couronne presque entirement forme .par une grande minence surface suprieure triangulaire, avec deux angles internes se relevant en pointes mousses, et un angle externe lev en une pointe plus haute et moins obtuse. La cinquime molaire a la mme forme que les autres; mais elle est beaucoup plus petite. Le squelette ressemble beaucoup celui des Tanrecs. La tte, par sa longueur et par sa forme, tient le milieu entre celle de ces animaux, mais elle est beaucoup plus longue, et celle des Hris- sons, qui est plus courte; toutefois les ricules ressemblent surtout aux Tanrecs par la forme de la rgion moyenne de la tte, et notamment par le caractre qui rend si remarquable la tte de ces derniers, par l'absence d'arcade zygoraatique; mais la rgion occipitale, l'exception du trou sous- orbitaire, toutes les parties antrieures, particulirement les intermaxillaires et les maxillaires inf- rieures, sont comme chez les Hrissons. Les pieds ont chacun cinq doigts arms d'ongles assez longs, un peu plus recourbs, et surtout plus comprims que chez les Tanrecs. Le doigt mdian est le plus long : les deux autres doigts, surtout l'interne, sont les plus courts. Le doigt externe des pieds de devant est cependant propor- tionnellement plus long que dans les Tanrecs. La queue existe, mais elle est plus courte encore que chez les Hrissons, trs-peu apparente; les piquants de la croupe ne s'arrtant pas, comme dans les Ennacens, quelque distance au-dessous de la queue, mais s'tendant jusqu' elle, et l'enveloppant suprieurement et latralement. Le pelage, bien diffrent de celui des Tanrecs, est, comme dans les Hrissons, compos de trois sortes de poils : des poils ordinaires, en petit nombre, couvrant la tte jusqu' la nuque, les mem- 160 HISTOIRE NATURELLE. bres et toutes les parties infrieures du corps; quelques longs poils naissant sur les parties latrales du museau, et se dirigeant en arrire; enfin, des piquants trs-rsislants, soit en avant et au milieu du dos, soit en arrire, et il n'existe cet gard aucune diffrence entre ceux de la croupe, du dos et du cou. Sur la tte comme sur les flancs, les pines commencent tout coup remplacer les poils, sans qu'il existe entre les unes et les autres, ou une tendue plus ou moins grande, des soies roides et des pines demi flexibles, faisant une transition presque insensible des poils aux pines; enfin, les longs poils qui, chez les Tanrecs, s'lvent du milieu des piquants, manquent compl- tement. Les ricules, de mme que les Tanrecs, ne se trouvent qu' Madagascar. On n'en connat que deux espces, et encore n'est-on pas certain qu'elles soient rellement distinctes l'une de l'autre. On a, d'aprs M. Jules Goudot, des dtails sur les murs de l'une d'elles, qui a reu des voyageurs le nom de Sora. Cet animal habite Madagascar dans l'intrieur des vastes forts qui couvrent les montagnes du pays des Ambanivoults. C'est au milieu du jour qu'on le voit sortir de sa retraite, probablement souterraine, et chercher en furetant sa nourriture; il saute et court avec beaucoup d'a- gilit; lorsqu'on s'approche de lui, il hrisse aussitt en diadme la huppe pineuse qu'il porte or- dinairement rabattue sur son cou; on l'entend alors souffler trs-distinctement, et il saute par inter- valles en hrissant de plus en plus ses piquants. Les voyageurs, et en particulier MM. Goudot et Sganzin, distinguent les ricules des Tanrecs, et les indiquent comme des espces particulires de Hrissons. En parlant des Tanrecs, nous ajouterons, d'aprs M. Ch. Coquerel, quelques dtails de murs sur une des espces d'ricule. 1. SORA. ERICULUS NIGRESCENS. Isidore Geoffroy Saint-IIilaire Cahactres spcifiques. Pelage compos, en dessus du corps, de piquants dont la portion ap- parente au dehors est noire, avec l'extrme pointe d'une partie d'entre eux blanchtre ou rousslre; coloration gnrale noirtre, quelquefois finement tiquete de blanchtre. Longueur totale, 0,19. C'est l'espce typique dont le Musum possde trois individus, rapports par MM. J. Goudot et Sganz'U, et que M. Martin nomme Echinops l'elfairii. ii. TENDRAC. Buffon. ERICULUS SPINOSUS [CENTETES). Illigcr. Caractres spcifiques. Pelage prsentant des piquants dont la portion apparente au dehors est rousslre, avec l'extrme pointe blanchtre. De la taille du prcdent. Cette espce, qui a reu les noms d'Erinaceus ecaudatits, Linn; Seliger inaiiris, Et. Geoffroy, d'aprs Lesson; et Echinops sp'mosiis, Lesson, est regarde comme douteuse par M. Isid. Geoffroy, et comme devant peut-tre tre runie au Sora : le Musum de Paris n'en possde que de vieilles peaux, et les voyageurs modernes n'ont pas donn de nouveaux dtails sur cet animal. 3" GENRE. TANREC. CENTETES. lUiger, 18H Prodronius Mainnialiuni et Aviuni. Kevtso), je pique. CARACTRES GNRIQUES. Syslcmc dentaire : incisives, ^ ou j; canines, \^^, molaires, |e|, dont fausses molaires, J^; vraies molaires, |^|; en totalit trente-huit ou quarante dents. Par l'existence d'incisives, les Tan- CARNASSIERS. ICI rccs se distinguent des Hrissons, et, par la disposition de ces dents, places entre de grandes ca- nines, ils sont diffrencis des Ericules, chez, lesquels elles sont situes entre de petites canines; les incisives suprieures sont comprimes, crochues, denteles h leur bord postrieur : les infrieures sont minces, tranchant arrondi; les canines d'en haut sont fortes et crochues, isoles : celles d'en bas grandes, fortes, s engageant dans un vide de l'os intermaxillaire ijuand les mchoires sont ru- nies; les molaires sont normales, et disposes comme chez les Hrissons. Tte allonge, conique. Museau trs-pointu. Narines terminales, et perces dans un petit mufle. Gueule trs-fendue. Yeux mdiocres. Oreilles courtes, arrondies, presque nulles. Corps bas sur jambes, couvert de piquants comme celui des Hrissons, mais ne pouvant se mettre en boule. Pieds plantigrades, cing doigts arms d'ongles assez robustes, fouisseurs. Queue nulle. Fig. . Sc[uelclle de Tanrcc. Buffon et Daiibenton sont les premiers naturalistes qui aient parl de l'espce type de ce genre, le Tanrcc, et non Tenrec, comme on l'crit gnralement par erreur. G. Cuvier, en 1798, tout en laissant les Tanrecs avec les Erinaceus, les distingua cependant des vritables Hrissons, et forma pour eux une section qui fut bientt aprs rige en genre par Lacpde, en 1805 {Tableau de laclas- siftcation des Mammifres), sous le nom de Tenrec, dont on a fait Tenreeus, puis galement, par Et. Geoffroy Saint-Ililaire (1800, Catalogue des Mammifres du Musum), sous celui de Seliger {scta, piquant-, gero, ]e porte), modili en celui de Sctifer, et enfin par Illiger (1811, Prodromus Mammaliumct Avium), sous la dnomination de Centetes (zsvte), je pique), dont une faute ortho- graphique fit plus tard Centcnes. De toutes ces dnominations latines, la dernire fut le plus habi- tuellement adopte; comme M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, nous avons prfr prendre la dno- mination de Centetes, qui, sauf la recliticaiion d'une seule lettre, est celle que l'usage a consacre. En 1857 et 1859 [Comptes rendus de l'Acadmie des Sciences et Magasin de Zoologie de M. Gurin- Mneville), M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, Paris, en rvisant les caractres gnriques et spci- fiques des animaux qui nous occupent, et l'anne suivante M. Martin, Londres, formrent, aux 16 21 -jn? IIISTOmE NATURELLE. (Ic'.pens des Tanrecs, le premier, son genre ricule, et le second, son genre climops, qui tous les deux se correspondent. Le systme dentaire constitue, pour le genre Tanrec, un caractre des plus tranchs et des plus remarquables. Comparable, en effet, par la disposition des dents de trois sortes, au systme den- taire des Carnivores, il s'carte tout fait des conditions ordinaires aux autres Insectivores, quoi- que prsentant certaines ressemblances avec le systme des Hrissons et des Taupes : tous ceux-ci, sans aucune exception, manquant de longues canines, et offrant, quant leurs incisives, des arrange- ments variables suivant les genres, mais toujours trs-diffrents, et qui rendent, le plus souvent, extrmement diflicilc la dtermination des dents antrieures. Les auteurs ont, depuis longtemps, signal l'importance de ces dernires dents, et, cependant, ils sont loin d'tre d'accord sur ce su- jet. Pour M. Isidore Geoffroy Sainl-llilaire, les vritables nombres des incisives sont, pendant une partie de la vie des Tanrecs, f , puis, plus tard, lorsqu'ils sont parvenus l'ge adulte, i\ et la rai- son de cette diffrence entre les jeunes individus et les vieux est videmment l'accroissement consid- rable qu'ont pris, dans ces derniers, les canines infrieures, dont les pointes, quand la bouche est ferme, sont reues dans deux larges et profondes chancrures de la portion postrieure de l'inter- niaxillaire, et occupent prcisment de chaque cot la place o se trouvait d'abord la troisime incisive infrieure. Quant aux incisives infrieures, rien de semblable n'a lieu : les canines sup- rieures, quand la bouche est ferme, se trouvent derrire les canines infrieures, et, par consquent, leur accroissement peut se continuer sans dterminer la chute des dents places tout en avant de la mclioire. Les auteurs qui n'ont indiqu que quatre incisives infrieures se sont donc tromps, ou bien ont fait leurs descriptions d'aprs des mchoires dentitions incompltes, en exceptant toute- fois ceux d'entre eux qui ont appliqu le nombre de quatre l'animal dcrit par Buffon sous le nom de Tendrac, et qui entre dans un groupe particulier, celui des ricules. D'aprs De Blainville, le systme dentaire des Tanrecs, quoique rgulier, et par l se rapprochant de celui des Carnivores, tient aussi d'une manire assez vidente celui des Didelphes; selon lui, il est compos de dix dents en haut comme en bas : trois incisives, une canine et six molaires. Le squelette de ces animaux a t tudi par plusieurs auteurs, et particulirement par De Blain- ville, G. Cuvier et M. Isidore Geoffroy; d'aprs ces auteurs, sa forme gnrale rappelle assez bien celle des Hrissons, quoique peut-tre moins qu'on ne le croirait l'extrieur. Le nombre total des vert- bres est de quarante-sept : quatre cplialiques, sept cervicales, dix-neuf dorsales, deux sacres et dix coccygiennes. La tte est allonge, et cela a un certain effet sur les cavits, loges sensoriales et fosses d'insertion musculaire; mais ce n'est qu'une exagration de ce qui a lieu dans le Hrisson : la m- choire infrieure est plus longue et plus troite, moins courbe dans sa branche horizontale, et avec, une apophyse bien plus longue que dans le genre Erinaceus. Les vertbres cervicales sont un peu moins courtes, moins entasses, que celles du Hrisson; elles offrent toutefois les mmes particu- larits, si ce n'est que l'apophyse pineuse est plus leve et les apophyses transverses plus longues et plus imbriques. Les vertbres dorsales sont plus nombreuses, et remarquables parla grande l- vation et la grande inclinaison de leur apophyse pineuse, qui, en mme temps, est plus troite. Les lombaires ressemblent tout fait celles du Hrisson. Les vertbres sacres n'ont pas d'apo- physes pineuses; les coccygiennes ne prsentent rien de particulier. L'hyode est plus simple que celui des Eilnaccus; le sternum est allong, plutt comprim que dprim, compos de sept pices. H y a dix ctes, longues, grles. Les membres sont aussi bien dans les mmes proportions que dans le Hrisson : aux antrieurs, l'omoplate est plus large, la clavicule est un peu aplatie, l'humrus l)lus robuste, le radius acqurant plus de prpondrance que le cubitus; la main n'offre pas de diff- rences apprciables : aux membres postrieurs, le bassin est plus articul la symphyse pubienne; le fmur a son troisime Irochanter moins prononc; la jambe ressemble presque compltement celles des Tupaias, c'est--dire que les deux os, proportionnellement un peu moins longs cepen- dant, sont entirement spars dans toute leur longueur; la rotule est courte, presque triqutre, Irs-convexe d'un ct, et presque plate de l'autre; le pied est un peu plus long que dans le Hrisson. Le pelage, comme dans le Hrisson, est pineux la partie suprieure du corps et sur les flancs; mais il se prsente des diffrences remarquables entre les tguments des Tanrecs et ceux des Hris- sons. Dans ces derniers, la tte est garnie de poils en dessus comme en dessous, jusqu' la nuque, CARNASSIERS. 1 ( )0 ri-ion partir de laquelle toute la face suprieure du corps est couverte de piquants dont la Iom- i^ueur et la force sont sensiblcmont les mmes partout, cl qui sont les seuls ti^umeiits de la partie suprieure; chez les Tanrecs, a|)rs un espace assez tendu, qui est un proloiic,enienldu muno, vien- nent des poils courts de nature ordinaire, puis d'autres un ]uui plus durs, ensuite d'aulres j)Uis durs encore, et ainsi de suite, par gradation insensible, jusqu' ce qu'au niveau des yeux on trouve de petits piquants, suivis eux-mmes d'autres plus forts et plus longs. Le passage des piquants aux j)oils se fait de mme par nuances insensibles sur les flancs, tandis qu'il en est tout autrement dans les Hrissons. Un troisime caractre des tguments des Tanrecs est que la partie postrieure du corps est couverte, non plus de piquants forts et rsistants comme ceux de la partie antrieure, mais de poils assez faibles et demi-fexibles, ou mme de soies. Enfin, du milieu des piquants et des soies, naissent, de dislance en distance, de trs-longs poils, comparables ceux des moustaches. Toutes ces diffrences entre les Tanrecs et les Hrissons ne peuvent assurment tre considrs comme tant de valeur gnrique, mais elles mritent d'tre apprcies, en raison de leur gnralit, puisqu'on les retrouve dans toutes les espces qui, par le reste de leur organisation, se rapportent au genre Tanrec. En outre, tandis que chez les Tanrecs le corps est couvert, en dessous, de poils, et en dessus de piquants, avec des soies roides intermdiaires, par lesquelles s'opre graduellement le passage des poils aux piquants, il est, chez les Ericules, garni galement, en dessous, de poils, mais, en dessus, il n'offre que des piquants roides, sans intermdiaires. La tte est considrablement allonge; le museau prolong en une sorte de groin trs-certaine- ment mobile, et qui, en avant, dpasse de beaucoup les dents. Les cinq doigts des Tanrecs sont symtriquement disposs; savoir : le mdian le plus long de tous, le deuxime et le quatrime presque aussi longs que lui, les deux latraux trs-courts. Les trois premiers portent des ongles robustes, assez longs, trs-peu arqus, plus ou moins obtus leur extrmit; les deux autres, des ongles plus courts et un peu plus arqus. La disposition des doigts et la proportion des ongles sont sensiblement les mmes aux pieds de devant et ceux de derrire, c'est la seule diffrence de quelque intrt que l'on ait remarquer, quant aux pieds, entre les Tan- recs et les Hrissons, qui ont les membres conforms sur des types consquenimenl peu diffrents. La queue manque chez les Tanrecs; seulement, on voit sa place un petit tubercule form par la pointe du coccyx : mais ce caractre est de peu d'importance, puisque les Hrissons n'ont eux- mmes qu'une queue extrmement courte et presque rudimentaire. Les Tanrecs se creusent des terriers dans le voisinage des eaux, et s'y endorment plusieurs mois de Tanne, et cela, au rapport de Bruguire, pendant les grandes chaleurs. Ils ne peuvent se mettre en boule comme les Hrissons, et prennent une nourriture semblable la leur et presque unique- ment-compose d'Insectes. Ils se vautrent dans la fange et sjournent plus longtemps dans l'eau que sur la terre. Ils multiplient beaucoup. Ils sont tous originaires de Madagascar, mais ils ont t na- turaliss aux les de France et de Bourbon. Buffon rapporte que ces petits animaux grognent comme des Pourceaux; qu'ils se vautrent comme eux dans la fange; qu'ils aiment Teau et y sjour- nent longtemps, et qu'on les prend dans les petits canaux d'eau sale et dans les lagunes de la mer. Puis il ajoute qu'ils sont trs-ardents en amour; qu'ils se creusent des terriers o ils se retirent et s'engourdissent pendant plusieurs mois; que dans cet tat de torpeur leur poil tombe, et qu'il re- nat aprs leur rveil; qu'ils sont ordinairement fort gras, et que, quoique leur chair soit fade et mollasse, les Indiens la trouvent de leur got et en sont mme friands. M. Ch. Coquercl {Revue zoologique, 1848) a donn des dtails sur les murs du Tanrec soijeux et de Viicule noirtre, et nous croyons utile de reproduire en partie cette note. Les habitudes de ces deux espces sont trs-diffrentes : les Tanrecs, quand on les saisit, se dfendent avec fureur et mordent cruellement; Tricule, au contraire, se blottit sur lui-mme et se roule en boule ds qu'on l'inquite, n'offrant ses agresseurs qu'une dfense purement passive. Il ne se roule pas cependant en boule aussi compltement que le Hrisson; il se renverse sur le dos, rapproche seulement ses deux extrmits en fourrant sa tte entre ses pattes et l'embrassant souvent avec ses mendjres antrieurs. 11 demeure dans cette position jusqu' ce que le danger qu'il redoutait semble s'tre loign; il revient alors peu peu sur lui-mme, se rtablit sur ses pattes et cherche fuir, mais sa course est alors moins rapide que celle des Tanrecs. L'ricule est beaucoup plus rare Sainte-Marie de Madagascar que les Tanrecs; pendant les trois mois que j'y passai terre, je n'ai pu me procu- jf;4 IIISTOIUE NATURELLE. rtT par les naturels qu'un seul individu. Je le plaai dans un petit enclos ferm par une palissade de bois, laquelle il tait attach par une patte de derrire au moyen d une corde assez lon.que. Ten- dant le jour il se tint blotti dans un coin; mais durant la nuit il creusa une petite galerie sous terre travers laquelle il passa de Tautre ct de la palissade. Il ne put cependant se dbarrasser de la corde qui le tenait captif, et je fus trs-tonn de le retrouver le lendemain malin au dehors de l'enclos o je l'avais plac la veille. Je ne crois pas que l'ricule ait jamais t trouv Maurice ou iourbon; les Tanrecs au contraire y ont t transports et s'y sont beaucoup multiplis. Us sont connus sous le nom de Tangues par les noirs, qui les recherchent comme animaux alimentaires; ils ne mangent toutefois que les femelles et rejettent les mles cause de l'odeur infecte qu'exha- lent ces derniers, surtout l'poque du rut. J'aurais vivement dsir avoir des renseignements exacts sur le prtendu sommeil de ces animaux pendant les grandes chaleurs; mais je ne puis mal- heureusement me prononcer avec une certitude complte cet gard; je dois dire cependant que ce fait me parat trs-douteux. Je me suis trouv Sainte-Marie de Madagascar pendant les mois les plus chauds de Tanne, en janvier et fvrier; j'ai conserv cette poque des Tanrecs pendant plusieurs semaines dans une caisse en bois, et je n'ai jamais remarqu que ces animaux tombassent dans un tat de torpeur. Us sont essentiellement nocturnes; pendant le jour ils restent blottis dans un coin; ils s'agitent au contraire beaucoup pendant la nuit; plusieurs parviennent mme alors s'chapper en grimpant le long des parois de la caisse, qui taient cependant assez leves. 11 se peut que des observateurs inattentifs, ayant trouv pendant le jour des Tanrecs engourdis, aient conclu, dans l'ignorance de leurs habitudes nocturnes, que ces animaux passent les grandes chaleurs dans un tat de torpeur. Tlusieurs personnes, en qui je puis avoir toute confiance, m'ont assur cependant qu' Dourbon, l'poque de la saison la plus chaude, les Tanrecs disparaissent tout coup dans les lieux bas; mais elles n'avaient jamais entendu parler de leur prtendu sommeil estival, et m'ont as- sur qu' cette poque ces Insectivores se retiraient sur les hauteurs, o ils trouvent sans doute une temprature moins leve et une nourriture plus abondante. Les noirs, de leur ct, m'ont rpt que, dans les lieux levs, on trouvait des Tanrecs pendant toute Tanne. Ces animaux vivent dans des espces de terriers qu'ils creusent l'aide de leurs ongles robustes. Leur rgime peut tre exclusi- vement insectivore; j'ai nourri toutefois pendant plus de quinze jours un trs-petit Tanrec avec du sucre brut qu'il dvorait avec avidit. Quand on les inquite, ils redressent leur huppe pineuse, mais je ne les ai jamais vus sauter par intervalle, comme le dit M. Jules Goudot; ils courent avec as- sez d'agilit, mais ne sautent pas. De son ct, M. le docteur Rrown-Squart (Comptes rendus de la Socit de Biologie, 1849) s'est occup de l'tat lthargique des Tanrecs. Selon lui, la torpeur de ces animaux a lieu de la mme ma- nire que celle des Hrissons, des Loirs et autres Mammifres hivernants. Son opinion est fonde sur les faits suivants : 1 les Tanrecs terrent et dorment, ainsi que Tout constat MM. Julien Desjardins et Telfaio, du mois de juin au mois de novembre, c'est--dire pendant la saison froide des les Mau- rice et Madagascar; 2" des animaux hivernants de plusieurs espces, observs par Pallas, Mangilli, Marshall, llill, Berthold et Barkow, se sont engourdis une temprature de 16" 19" centi- grades au-dessus de zro. M. Brown-Squart a trouv que des Loirs, mme la temprature de 20" 22", peuvent tomber dans la torpeur hibernale, et il en a vu dormir pendant une semaine entire une temprature variant de 15" 20"; 5" les Tanrecs sont soumis, pendant le temps de leur hibernation, aune temprature qui varie entre 15" 22" ou 25" centigrades, rarement plus, pour Maurice et souvent moins pour Madagascar; ces animaux sont donc exposs une temprature suffi- samment basse pour pouvoir les endormir, puisqu'elle peut engourdir les animaux hivernant en Eu- lope; il y a donc lieu d'admettre que l'hibernation a les mmes causes pour les Tanrecs que pour les autres Mammifres soumis cet tat de torpeur. Les espces places dans le genre Tanrec sont aujourd'hui au nombre de trois; car Ton doit en re- irancher deux espces qu'on y plaait jadis : 1 le TEisnr.AC, Buffon, type du genre ricule, et 2" le Taniiec sans or,Eiu,Es [Seiiger inauris, El Geoffroy), qui n'tait fonde que sur un individu reconnu pour un Hrisson dform par une mauvaise prparation. CARNASSIERS. 165 1. TANREC. Cuflon. CENTETES SETOSVS. G. Cuvicr. CAnACTr.Es SPECIFIQUES. Pelage fauve, plus ou moins tiquet do blanc en dessus, compos, sur la nuque, le cou, la ])arlie anlrieuie du dos et la croupe, de soies roides, et en dessous de poils ordinaires. A peu prs de la taille de notre Hrisson, c'est--dire ayant environ 0"',28 de longueur totale. Cette espce, qui est VErinocens ecaudalus de Linn, se trouve Madagascar et aussi Maurice et Bourbon, o elle a t naturalise. 2. TANREC ARM. CENTETES ARMATUS. Isid. Geoffroy Saint-Ililaire C.\nACTr>Es SPCIFIQUES. Pelage d'un gris noirtre, trs-tiquet de blanc, compos sur la nuque, le cou, les paules, le dos et les lombes, de piquants trs-rsistants, sur la croupe de piquants fins t demi-lle\ibles, et en dessous de poils ordinaires. Longueur totale de la tte et du corps : 0"\'i'i. Celte espce a t fonde sur un individu non encore adulte et qui provenait de Madagascar, d'o avait t rapport par M. Sganzin. e 3, TAiNREC RAYE. CENTETES SEMI-SPINOSUS. G. Cuvicr. CAr.ACTREs SPCIFIQUES. Pelage prsentant trois raies longitudinales d'un blanc jauntre sur un fond noirtre; des poils entremls de piquants formant vers la nuque une huppe. Longueur del tte et du corps : 0'",15. Le Tanrec ray, dcrit par Sonnerai, indiqu par Buffon sous la dnomination de Jeune Tanrcc, et par Et. Geoffroy sous celle de Seliger variegahis, n'est pas suffisamment connu. Il semble trs- probable que ce n'est que le jeune ge en livre d'une espce que l'on n'a pas encore pu tudier l'ge adulte. Il provient galement de Madagascar. SEPTIEME TRIBU, EUPLRIDES. EUPLERIDjE. Is. Geoffroy Saiiil-Hilaire. Planles tics p'te{ls velues. Corps couvert de poils. Yeux assez grands. Membres postrieurs bien dveloppes. Celte tribu, qui rpond la famille des Euplrids de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, ne com- prend qu'un seul genre, celui des Euplres, cr en 1855 par M. Doyre. Ce n'est qu'avec doute que nous comprenons celte tribu dans la famille des Insectivores; car, ainsi que De Blainville a cherch le dmontrer, les caractres tirs des dents de l'espce typique, ainsi que ceux donns par le squelette, et mme la forme gnrale du corps, comme on peut le juger par notre figure, sem- 166 HISTOIRE NATURELLE. blent montrer qu'elle devrait tre place dans la famille des Carnivores, auprs des Mangoustes et des Geneltes GENRE UNIQUE. EUPLRE. EUPLERES. Uoyre,. 1855. Annales des Sciences n;!tuiclles. K'J, bien; 7rXvip-/i;, complet. CAnACTRES GNRIQUES. Sijsii'me dentaire : incisives, |; canines, -J^]; molaires, |e-^; les incisives su fricur es peu les, par- failcmenl ranies; les canines infrietircs double racine, se lo(]eant en arrire des canines d'en haut, comme dans la Taupe; h la mchoire d'en haut, six fausses molaires spares par de larcjcs intervalles, cl quatre, pcut-clre six molaires vraies cinq pointes; la mchoire d'en bas, quatre fausses molaires et an moins six vraies hrisses de pointes aigiics. Museau effil, term'in par un petit mufle. Yeux grands. Oreilles grandes, triangulaires. Jambes de moyenne grandeur. Tarses allongs, garnis de poils en des.sous. Pieds tous cinq doigts bien spars, garnis en dessus d'un poil ras; te pouce beaucoup plus court que les autres doigts, surtout aux membres postrieurs, oii il touche peine la terre. Ongles dprims, aigus, semi-rtracliles, de moiti plus longs aux membres antrieurs. Corps vermiforme, revtu d'une fourrure paisse et compose de poils soijcux, garnis leur base d'un duvet court, serr. Toile est la caractristique de ce genre donne par M. Doyre, d'aprs un individu unique, et malheureusement jeune, rapport de Madagascar par M. Jules Goudot, et appartenant au Musum. Le crateur du genre insiste particulirement sur le systme dentaire de l'Euplre, qui, d'aprs lui, doit le faire ranger dans l'ordre des Insectivores et doit le faire rapprocher des Carnivores; il donne aussi des dtails sur la tte osseuse de cet animal. De son ct, DeBlainville, qui avait eu sa dispo- sition les mmes matriaux qui avaient servi M. Doyre, pense que l'EupUre doit tre rang dans 1 ordre des Carnivores et tre plac auprs des Mangoustes. Selon le savant auteur de VOslogra- phie, les incisives suprieures, au nombre de trois paires, sont disposes en cercle, non contigus, ga- lement distantes, presque gales, pointues; les canines sont trs-petites, en crochet, un peu compri- mes et d'une forme particulire; les trois molaires sont larges, l'antrieure triangulaire, mince, aune seule pointe, mais avec deux racines; la principale plus large, tranchante au bord externe, unicuspide avec un petit talon interne presque mdian; l'arrire-molaire, triqutre la base, est releve en de- hors par un tranchant oblique, divise en deux pointes peu prs gales, et pourvue d'un talon en dedans. A la mchoire infrieure les incisives sont petites, gales, en cercle : l'externe seule bilobe la tranche; les canines sont encore plus petites qu'en haut, en crochet aigu, avec deux talons, l'un en avant et l'autre en arrire; les trois molaires sont assez bien comme en haut, mais en gnral trs-recules. Outre ces trois molaires, que De Blainville regarde comme de jeune ge, on voit aussi qu(!lques dents qui sont videmment d'adultes. A la mchoire suprieure il regarde comme telle une premire avant-molaire un peu plus petite; mais en crochet comme la canine de lait, et une arrire- molaire tout fait semblable celle du jeune ge, un peu plus grosse cependant et avec un talon plus large, plus arrondi. A la mchoire infrieure, il range au nombre des dents d'adulte une pre- mire avant-molaire en crochet aigu, colle contre la canine, une premire arrire-molaire en train de sortir, plus large que son analogue dans le systme de lait, mais de n)me forme, et seulement avec la pointe interne de la partie antrieure et le talon plus larges, et, comme en arrire de cette dent il existe une alvole assez grande, on peut, dit-il, en conclure que dans l'Euplre il y a au moins la mchoire infrieure deux arrire-molaires, une principale et trois avant-molaires, ou six en tout, comme dans les Yivcrras. s CAnNASSIRRS. IG7 La \lo osseuse de l'Eiiplre est remarffuable par sa forme ovale et mme allonge, arrondie et un peu rf^nlle en arrire au crne, allmu'e et presque poiutue en avant, sans rtrcissement postorbi- 'aire fortement indiqu, surtout par l'absence presque complte d'apophyse de ce nom au frontal comme au jugal; du reste le chanfrein de cette tte est fortement arqu, sans traces d'aucune crte, sans doute cause de l'ge, mais avec une saillie vermiforme considrable, au milieu de l'occipital postrieur. Les appendices maxillaires sont remarquables par leur lroilesse et par leur forme poin- tue, attnue en avant. Dans le membre antrieur que l'on possde au Musum, mais incompltement, l'humrus est court et gros, les deux os de l'avant-bras sont galement courts, un peu mme plus que l'humrus, ce qui est encore assez bien comme dans la Mangouste; on peut en dire peu prs autant des os de la main, quoique le premier doigt soit proportionnellement un peu plus fort. Dans le membre postrieur, le fmur est court et gros; le tibia et le pron sont peu anguleux; le pied est assez court. On ne connat qu'une espce de ce genre. EUPLRE DE GOUDOT. EUPLERES GOVDOTIl. Doyre. CARACTnrs SPCIFIQUES. Poil soyeux ou jar d'un brun trs-fonc; le duvet qui en garnit la base fauve, d'o rsulte un pelage d'un fauve nuanc de brun, plus fonc aux parties suprieures; le des- sous du corps, o il n'y a pas de jar, est d'une couleur beaucoup plus claire, et notamment la gorge, qui est d'un blanc cendr; une ligne noire transversale passe au-dessus des paules. Longueur, de- puis le bout du museau jusqu' l'origine de la queue, C'j^G, et de celle-ci, 0"',15 (jeune ge). Cette espce, qui porte Tamalave le nom de Falanouc, se trouve dans les plaines sablonneuses o elle se creuse des terriers. l'ig fif; EiiplTc (je Gondol. iG8 HISTOIRE NATURELLE. TROISIME FAMILLE. CARNIVORES. CARNIVOBA. Los animaux qui composent la famille des Carnivores sont principalement caractriss par la dis- position de leur systme dentaire; ils ont toujours chaque mchoire quatre grosses et longues ca- nines cartes, entre lesquelles sont le plus ordinairement six incisives dont la racine des infrieures est un peu plus rentre qiie les autres; leurs molaires sont, ou entirement tranchantes ou mles seulement de parties tubercules mousses et non hrisses de pointes coniques; les molaires ant- rieures, tant la mchoire suprieure qu' l'infrieure, sont les plus tranchantes, et portent le plus habituellement le nom de fausses molaires; vient ensuite une molaire plus grosse que les autres, la carnassire, qui a d'ordinaire un talon tuberculeux plus ou moins large, et derrire elle on trouve une ou deux petites dents entirement plates, et ces molaires postrieures ont reu la dno- mination de tnberculenses. Quelquefois, dans le langage vulgaire, le nom de Carnivores est appliqu tous les Mammifres qui se nourrissent en totalit ou en grande partie de chair, et il est alors synonyme de Carnas- siers; mais d'une manire plus spciale, et particulirement d'aprs G. Cuvier, la dnomination de Carnivores est applique l'une des familles de l'ordre des Carnassiers et rpond l'expression si gnralement usite de Btes froces, et celles de Fer et de Seciindates, au moins en partie pour cette dernire. On peut, avec Fr. Cuvier, dire que ce sont les animaux les plus puissants par la force musculaire et peut-tre aussi par l'intelligence; aussi sont-ils, avec les Singes, les Mammifres dont les rapports avec la nature sont les plus tendus, et qui exercent sur son conomie la plus grantle influence. Comme l'indique leur nom, les Carnivores vivent, soit compltement, soit en grande partie, de chair, ou mieux et plus gnralement de matires animales, telles que. des muscles, ou bien de sang, de substance crbrale, de tendons, etc., parties de l'organisme que beaucoup d'espces prfrent la chair musculaire; plusieurs se nourrissent aussi d'os. Mais il est peu d'espces, qui, dans leur rgime dicliique, ne mlangent aux matires animales quelques substances vgtales; il en est qui vivent autant de vgtaux que de parties animales, et certaines espces sont plus phytophages que carnivores. C'est ce que nous verrons en tudiant les Ours, qui ne sont carnivores que par excep- tion; tandis que nous montrerons que les Chats sont exclusivement carnivores, et intermdiaire- ment nous pourrions citer d'autres groupes d'animaux. Ces diffrences d'instincts concordent n- cessairement avec des diffrences de conformation, soil de l'ensemble de l'appareil digestif, soit de chacune de ses parties, spcialement de l'intestin d'autant plus court, de l'estomac d'autant plus petit, du foie et des glandes accessoires d'autant plus dvelopps, des molaires d'autant plus tran- chantes que l'animal est plus carnassier. Le systme dentaire est surtout des plus importants tu- dier; en effet, ces animaux sont d'autant plus exclusivement carnivores que leurs dents sont plus compltement tranchantes, et l'on peut presque calculer la proportion de leur rgime dittique d'aprs retendue de la surface tuberculeuse de leurs dents, compare la partie tranchante; et de l il rsulte encore que dans cette